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Copies d'élèves (2005/2006) - a) Commentaires 2nde
 Vous trouverez ci-dessous quelques commentaires rédigés par des élèves de seconde de section internationale du lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis (Centre International de Valbonne) au cours de l'année scolaire 2005/2006 (professeur de Lettres : M. JF Bouché.)

 

 

 

 civ.jpg

        Ce devoir a été réalisé en trois heures, dans des conditions d'examen (le sujet ne comportait pas de question préalable). Il concluait une séquence consacrée au Romantisme (objet d'étude : Un mouvement littéraire et culturel du XIXème siècle) et à la méthodologie du commentaire et de la lecture analytique. Il s'agissait, pour ces élèves, de leur premier devoir de commentaire, en temps limité.

        Ces quelques exemples de devoir peuvent aider les élèves qui sont en cours d'acquisition de la méthodologie du commentaire, et peuvent aussi servir de support à une éventuelle remédiation.

 

 

 

 

 

Sujet : Vous ferez un commentaire du texte suivant.


 


 

 

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,

Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;

Moi qui passais par là, je crus voir une fée,

Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?


 

Elle me regarda de ce regard suprême

Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,

Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,

Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?


 

Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive ;

Elle me regarda pour la seconde fois,

Et la belle folâtre devint alors pensive.

Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !


 

Comme l’eau caressait doucement le rivage !

Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,

La belle fille heureuse, effarée et sauvage,

Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.


 


 

 

V.Hugo, Les contemplations (1855).

Ce poème peut être entendu lu par un élève dans la zone "Téléchargements" du présent site.
 

 

hugo 2.jpg
 


 


 

 

 

Code des couleurs :

-1ère étape de l'introduction : présentation de l'époque et du mouvement littéraire.

-2ème étape  de l'intro : présentation de l'auteur et de l'oeuvre dont émane le texte à commenter.

-3ème étape : présentation de l'extrait.

-4ème étape : annonce des axes de lecture.

-Connecteur logique.

-Amorce d'un axe de lecture.

-Rappel de l'axe de lecture en cours.

-Transition.

-1ère étape de la conclusion : rappel des axes de lecture du devoir.

-2nde étape de la conclusion : Ouverture.

 

 

Code des couleurs : ce guidage méthodologique ajouté aux copies elles-mêmes est destiné à faire de ces productions d'élèves un potentiel outil d'élaboration de futurs devoirs, ou encore de remédiation ou de correction.

 

1er commentaire : Clément R.

 


Commentaire :


        Le romantisme est le principal mouvement littéraire de la première moitié du XIXème siècle. Ses principaux thèmes sont l’exploration des sentiments et l’amour de la nature et de l’exotisme. Victor Hugo est généralement considéré comme le plus grand auteur romantique et a écrit Les Contemplations, recueil publié en 1855 d’où est extrait le poème proposé. « Elle était déchaussée… » narre la rencontre amoureuse entre le poète et une jeune et belle fille. Le texte est axé sur l’expression d’un lyrisme heureux et amoureux, proche de la nature et projeté sur elle, qu’elle soit féminine ou végétale.




        Tout d’abord, le poème exprime des sentiments de bonheur et d’amour intenses, notamment au sujet du personnage de la jeune fille. Celle-ci est apparemment magnifique, comme le montre l’adjectif qualificatif « belle » répété aux vers 11 et 15. La « beauté » (v.6) est incluse dans une tournure qui fait de ce personnage une allégorie de la beauté, une égérie. L’hyperbole « regard suprême » (v.5) renforce cette impression et donne à cette femme un caractère surhumain, complété par une seconde hyperbole, « fée » (v.3), référence légendaire qui crée une aura de mystère et de beauté autour de la jeune fille, propice au développement du lyrisme amoureux.

        Ce personnage est de plus caractérisé par une joie de vivre qui renforce l’attirance du poète. Les qualificatifs « folâtre » (v.11) et « heureux » (v.15), créent en effet une impression de bonheur, de jeu et de liberté. Le participe présent « riant » participe aussi à l’élaboration de cet aspect enjoué du personnage féminin. Ce champ lexical du bonheur est l’expressssion du lyrisme heureux, qui est renforcé par l’interjection « Oh ! » (v.12) et la ponctuation forte : les points d’interrogation (v.4 et 8) et d’exclamation (v.12 et 13) sont autant d’éléments qui mettent en relief le lyrisme du texte.

        L’amour réciproque est enfin la dernière incursion dans les sentiments des personnages. L’anaphore d’ « Et je lui dis : Veux-tu » aux vers 4 et 7, puis « Veux-tu » de nouveau au vers 8, montrent le désir des personnages, dont la réciprocité est illustrée par les pronoms sujets « je » et « tu » et le verbe « vouloir ». L’amour est évidemment repérable par la forme verbale « on aime » au vers 9. Le pronom sujet « Elle » mis en anaphore aux vers 1, 5, 9 et 10, traduisant l’obsession passionnelle du poète pour la jeune fille. Cette passion est un exemple frappant du lyrisme qui imprègne ce poème.




        Cependant, ce lyrisme amoureux est profondément ancré dans un contexte exclusivement naturel, et ce par plusieurs aspects. D’une part, ce personnage féminin est, comme on l’a dit, particulièrement mystérieux, et semble quelque peu hors de l’humanité, donnant une impression très naturelle. Le balancement binaire « Elle était déchaussée, elle était décoiffée » (v.1), et le rythme ternaire « heureuse, effarée et sauvage » (v.15) contribuent à définir cet aspect du personnage. La mention des pieds, « nus » au vers 2 et qu’ « Elle essuya à l’herbe de la rive » au vers 9 semble inscrire la jeune femme dans la nature qui l’environne. Enfin, « Ses cheveux dans ses yeux » (v.16) montre la décontraction et la sérénité naturelles qu’affecte le personnage, personnification de la nature.

        D’autre part, la nature est ici le cadre spatio-temporel de l’aventure sentimentale. Le champ lexical de la nature est particulièrement abondant : « les joncs penchants » (v.2), « les champs » (v.4), « les arbres profonds » (v.8), « l’herbe de la rive » (v.9), « les grands roseaux verts » (v.14) sont autant d’éléments du cadre naturel. Le bonheur est illustré par « les oiseaux qui chantaient au fond des bois » (v.12) et la liquidité, présente dans « Comme l’eau caressait doucement le rivage » et l’allitération en [v] et [f] dans la dernière strophe (« rivage » (v.13), « vis venir » (v.14), « verts » (v.14), « fille », « effarée » et « sauvage » (v.15), « cheveux » et « travers » enfin (v.16)), semble faire écho au lyrisme amoureux et tendre. De plus, le poète donne à cette rencontre un cadre temporel, grâce à « le mois où l’on aime » (v.7), cadre qui renforce le sentiment amoureux. La nature, cadre superbe de ce poème, « [chante] » et « [caresse] » (v.12 et 13), verbes qui illustrent parfaitement la projection faite par le poète des sentiments et du lyrisme sur une nature également agréable, tendre et heureuse.




        « Elle était déchaussée… » reprend les grands thèmes du romantisme, c’est-à-dire le lyrisme et sa projection sur la nature. Ce poème est un hymne à la joie de vivre et à l’amour au travers d’une rencontre sentimentale. D’autres auteurs romantiques, comme Lamartine ou Gérard de Nerval, utiliseront dans leurs œuvres des rencontres amoureuses, au dénouement heureux ou malheureux, souvent personnelles et faisant également appel aux sentiments et à l’amour de la nature.


 

Clément R., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis (Centre International de Valbonne) ; mars 2006.
 


 

 

 

 

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2ème commentaire : Elodie P.

 


 

        Le poème « Elle était déchaussée, elle était décoiffée », appartient au mouvement littéraire du début du XIXème siècle, le romantisme, que l’on date entre 1820 et 1848, bien qu’il ait continué à influencer le siècle entier. Ce mouvement consiste principalement à laisser place à l’expression des sensations et des sentiments en abolissant les règles stricte de la littérature classique (par exemple, les unités de temps, de lieu et d' action). Victor Hugo, l’auteur de cette œuvre, est à la tête de ce mouvement. Comme la plupart des romantiques, il a été influencé par la révolution de 1789 et revendique la liberté d’expression et les droits de chacun. On peut séparer la vie de Victor Hugo en deux parties : sa vie avant la mort de sa fille, pleine de joie de vivre et d’innocence, et sa vie après, emplie de tristesse et de désespoir.  Ce texte a été écrit durant la première partie de sa vie. Il nous décrit un sentiment profond, innocent et agréable : l’amour. Il exprime les sensations et émotions d’une première rencontre amoureuse qui est de plus, ici, en parfaite harmonie avec la nature.

 

 

 

          En premier lieu, on remarque que l’auteur utilise le registre lyrique afin de nous imprégner des sentiments ressentis par le personnage. On vit ces sensations en même temps que l’auteur. Comme toute première rencontre amoureuse, les émotions passent par le regard , d’où la présence du champ lexical visuel tout au long du poème : « je crus voir une fée, […] » (v.2) ; « elle me regarda de ce regard […] » (v.10) ; « je vis venir vers moi […]» (v.14). Il y a une certaine réciprocité entre les deux personnages grâce au « jeu » des regards mais aussi à la structure du poème : le pronom personnel « je » utilisé aux vers 3, 4, 7, 14 est aussi présent que le pronom personnel « elle » aux vers 1, 5, 9, 10. Elle présente un certain équilibre comme le montrent, par exemple, les deux premières strophes où les deux premiers vers parlent d’elle et les deux derniers de lui.

        Alors que cette réciprocité s’installe, les sentiments du personnage s’intensifient comme nous le montre la ponctuation de plus en plus forte et l’interjection « Oh » au vers 12. On remarque aussi une allitération en [v] : « je crus voir […] » au vers 3, « […] Veux-tu t’en venir dans les champs ? » au vers 4, « Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts, […] » au vers 14. Cette sonorité douce montre que le sentiment ressenti est agréable. Cette douceur s’exprime aussi par les rimes régulières tout au long du poème qui le rend musical : « décoiffée » et « fée » aux vers 1 et 3, « penchants » et « champs » aux vers 2 et 4 ; « suprême » et « aime » aux vers 5 et 7, « triomphons » et « profonds » aux vers 6 et 8. Le désir d’une rencontre plus profonde avec cette femme nous est montré avec la métaphore « Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ? » au vers 8. On sait alors que les sensations éprouvées par le personnage durant cette rencontre sont intenses et importantes à ses yeux.

        En effet,  les émotions qu’il ressent sont si fortes qu’il idéalise cette jeune femme. La seule description physique qu’on a d’elle est sa « beauté » (vers 6). Il la décrit comme une « belle folâtre » au vers 11 et une « belle fille » au vers 15. Sa description est hyperbolique, comme nous le montre l’hyperbole « […] je crus voir une fée […]» au vers 3. Sa beauté est aussi ancrée dans sa nudité, (on nous parle de ses « pieds nus » au vers 2) et dans son naturel. Elle nous est montrée « déchaussée », « décoiffée » (v.1), « effarée et sauvage » (v.15). L’éblouissement que ressent le jeune homme durant cette rencontre se reflète dans la nature qui l’entoure.




 

        Bien que la beauté de cette jeune fille paraisse incomparable, la beauté de la nature semble égaler cet éblouissement et refléter parfaitement les sensations du personnage. La nature est très présente dans ce poème, comme nous le montre le champ lexical étendu de la nature. La jeune femme est assise « parmi les joncs » (v.2), le jeune homme l’invite à aller dans « les champs » (v.4) puis « sous les arbres profonds » (v.8), elle essuie ses pieds sur « l’herbe » de la « rive » (v.9).

        Cette nature est même personnifiée avec « l’eau (qui)caressait doucement le rivage » au vers 13, ce qui renforce encore la symbiose entre les sentiments ressentis par le personnage et la nature. Cette nature semble en harmonie avec la douceur des sensations ressenties comme le montre l'adverbe «l’eau caressait doucement » (v.13) ; elle est aussi gaie et envoûtante que l’amour du jeune homme comme l’atteste « les oiseaux chantaient […]» au vers 12.

        Elle est d’autant plus harmonieuse que la beauté de cette nature est semblable à la beauté naturelle de cette femme. Les allitérations en [s] et en [f] : « déchaussée » (V.1), « décoiffée » (v.1), « assise » (v.2), « passais » (v.3) « fée » (v.3), « suprême » (v.5) « essuya » (v.9), « folâtre » (v.11), sont des sonorités sifflantes, qui nous rappellent le vent. D’autant plus que la jeune fille a les « cheveux dans ses yeux » (v.16) ce qui la rend d’autant plus naturelle. Sa nudité, citée précédemment, est semblable à la nudité de la nature. Toutes deux sont d’une beauté naturelle extrême, ce qui les unie fortement.



 


        Grâce au registre lyrique et à cette harmonie parfaite avec la nature, on peut dire que ce poème est caractéristique du mouvement romantique. Le romantisme laissera bientôt place au réalisme, avec de grands auteurs tels qu' Emile Zola, ou encore Honoré de Balzac. Bien que le réalisme hérite en partie du romantisme, l’idéal de l’amour décrit ici disparaîtra complètement.

 

 

Elodie P., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis (Centre International de Valbonne) ; mars 2006.

 

 


 

 

 

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3ème commentaire : Manuel C.

 

 

 

        Durant la première moitié du XIXème siècle, le romantisme précède le réalisme en tant que mouvement littéraire dominant. Il se caractérise par une exaltation des sentiments et des personnages. HUGO écrit Les Contemplations en 1855, et restera le fer de lance du romantisme jusqu’à sa mort. Les Contemplations racontent la joie de vivre de l’auteur, jusqu’à la noyade accidentelle de sa fille, et son désespoir après ce drame. Ce texte, écrit manifestement avant l’accident, contient donc un lyrisme exalté et une correspondance du cadre naturel avec le sentiment amoureux.

 

 

 

        En premier lieu, c’est la force de l’exaltation amoureuse qui retient l’attention du lecteur. Le poète est troublé par cette force, comme en témoigne la répétition de « Et je lui dis » (v.4 et 7) et de la question « Veux-tu […] ? » (v.4, 7 et 8). L’aise du narrateur est telle qu’elle apporte la confusion dans ses sens, et son amour embellit tout ce qui l’entoure, comme l’attestent l’exclamation « Oh ! » (v.12) pour parler du chant des oiseaux, ou encore les hyperboles « fée » (v.3), « suprême » (v.5), « triomphons » (v.6), « effarée et sauvage » (v.15). Sa perception visuelle et sa perception auditive sont toutes deux exaltées, et le poète s’émerveille des plus petits éléments, comme le prouve la répétition du mot « comme » (v. 12 et 13). La confusion de l’auteur est le fruit de son exaltation lyrique.

        Par ailleurs, les sonorités du texte font penser par leur douceur à de grandes délices. On a par exemple l’allitération en [m] de la deuxième strophe (« me », « suprême », « mois », « aime ») et celle en « ch » avec « déchaussée », « penchants », « champs » (v. 1, 2 et 4). L’allitération la plus fournie et la plus étendue est sans doute celle en [v], sonorité également très suave. On a la répétition « Veux-tu » (v.4, 6 et 7), le verbe « voir » (v.3) que l’on trouve conjugué au vers 14, les adjectifs qualificatifs « pensive » (v.11), « verts » (v.14), « sauvage » (v.15), et les substantifs « rive » (v.9), « rivage » (v.13), « cheveux » (v.16), « travers » (v.16). Malgré le titre du recueil de poèmes, on peut dire que l’ouïe est un vecteur très important des émotions exaltées et donc du lyrisme.

        En outre, on observe la présence forte de la thématique de l’amour libre, innocent, échevelé, comme l’illustrent les qualificatifs « décoiffée » (v.1), « folâtre » (v.11), « sauvage ». Elle n’a cure des cheveux qui gênent sa vue, et est simplement « heureuse », et ne cherche pas à le cacher. Cet épanchement de bonheur est typiquement lyrique.

 

 

 

        D’autre part, une correspondance peut rapidement être établie entre ce lyrisme fou et le cadre qui l’accueille. Ce lien entre les sentiments et la nature et l’une des caractéristiques majeures du romantisme. Comment la nature réagit-elle face à cet amour naissant entre les deux personnages ? Tout d’abord, la rencontre se fait sur la « rive » d’un tranquille ruisseau, bordé de « joncs » et de « roseaux ». Tantôt le poète veut emmener sa vision idyllique « dans les champs » (v.4), tantôt « sous les arbres profonds ». Les deux endroits étant propices à l’amour, le narrateur hésite et ne sait lequel choisir. La métaphore « sous les arbres profonds » présente la forêt, lieu très prisé des poètes en général et des romantiques en particulier, comme un nid douillet. Elle est d’ailleurs dans l’imaginaire collectif le refuge de créatures bienveillantes comme les elfes ou les « fées » (v.4). Le champ lexical des perceptions illustre cette idée de nature riche et propice. « crus voir » (v.4), « regarda » (v.5 et 10), « regard » (v.5), « beauté » (v.6), « verts » (v.14), « yeux » (v.16) relèvent tous de la vue, mais l’ouïe, avec « chantaient » (v.12) et même le toucher avec « caressait » (v.13). La nature est donc le cadre spatial propice au lyrisme.

        Pour conclure, on peut dire que la nature, déjà belle au départ, est embellie par l’amour. On peut supposer que « le mois où l’on aime » (v.6) est une généralité de la nature : « comme les oiseaux chantaient […] ! » (v.12) montre qu’elle est loin d’être passive dans l’amour. On a d’ailleurs une personnification de l’eau au vers 13 qui lui confère un caractère presque sensuel, en lui permettant de caresser « doucement le rivage ». Cette personnification peut d’ailleurs être perçue par le poète comme une incitation à l' amour. La nature cesse donc d’être complètement inerte et devient complice du lyrisme des personnages. Elle montre en quelque sorte un exemple omniprésent.

 

 

 

        Le lyrisme, son reflet sur la nature et le caractère onirique de ce poème en font un texte typiquement romantique. Les hyperboles et l’exagération des perceptions achèvent de le démontrer. C’est contre cette vision relativement naïve du monde que va prendre position le réalisme. Ce courant littéraire prônera la représentation de la vérité dans toute sa laideur, sans chercher d’une quelconque manière à l’embellir. Le réalisme apparaît dès le début du XIXème siècle, avec BALZAC notamment, mais ne s’imposera que dans la seconde moitié du XIXème siècle.

 

 

Manuel C., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis (Centre international de Valbonne) ; mars 2006.

 

 

 

 

 

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4ème commentaire : Maxime C.

 

 

        Le romantisme, mouvement littéraire dominant dans la première moitié du XIXème siècle, est caractérisé par l'expression des sentiments, une forte idéalisation de l'être aimé, et par l'amour de la nature. Victor Hugo, chef de file incontesté des auteurs romantiques, a su briller dans les trois genres littéraires et il s'est notamment grandement illustré en poésie grâce au célèbre recueil des Contemplations. Cette oeuvre, dont est extrait le poème, a été composée en 1855 et est divisée en deux parties, marquées par le drame de la vie d'Hugo : la mort de sa fille. Ainsi, le texte, appartenant à la première partie du recueil, révèle une certaine joie de vivre et un amour de la vie et de la nature. Le premier axe de lecture concerne donc le poète, amateur de promenades et grand passionné de la nature; le second axe, quant à lui, révèle sa rencontre avec une jeune fille, belle et sauvage; enfin le dernier axe de lecture illustre les sentiments du narrateur envers la jeune fille.

 

 

 

        C'est l'importance de la nature qui frappe le lecteur au premier abord. On peut remarquer, dans un premier temps, un champ lexical de la forêt et de la végétation intense. Dès le début du poème apparaît le groupe nominal " les joncs penchants " (V.2) qui est suivi de près par le nom commun " champs "(V.4). Dans la deuxième strophe, le seul vocabulaire en rapport avec la nature est le groupe nominal " les arbres profonds " (V.8). On sait donc d'ores et déjà que la scène se déroule dans une forêt mais l'on apprend ensuite que les personnages sont proches d'un cours d'eau puisque le groupe nominal " l'herbe de la rive" (V.9) apparaît. Ensuite, " les oiseaux " (V.12) viennent apporter un peu de gaieté aux " bois " (V.12). « L'eau » (V.13) vient couler le long du "rivage" (V.13) où poussent de " grands roseaux verts " (V.14). Cette grande étendue du champ lexical de la nature montre la réelle importance de la forêt dans le poème.

        En second lieu, des figures de style plus élaborées font leur apparition. L'allitération en [p], aux vers 2 et 3 ("pieds", "parmi", "penchants", "passait" et "par"), évoque le clapotis de l'eau de la rivière. De même, il y a une sorte de chiasme à distance avec le groupe nominal " les arbres profonds " (V.8) et   « fond des bois » (V.12). Il y a d'abord "arbres" puis "profonds" , suivi de "fond" et enfin "bois".Ce chiasme révèle l'amour réciproque que ressentent les deux personnes au bord de la rive. C'est donc dans un paysage favorisant les relations amoureuses et dans un cadre idyllique que le poète rencontre cette jeune fille.

Enfin, les exclamations du poète, " Oh! Comme les oiseaux chantaient au fond des bois! "et « Comme l'eau caressait doucement le rivage ! » achèvent d'exprimer l'enthousiasme du narrateur, de même que le printemps, car les " oiseaux chantent " (V.12) et la périphrase " c'est le mois où l'on aime " (V.7) ne fait aucun doute sur la saison. De plus, l'amour du poète pour la jeune fille est métaphorique de la personnification de l'eau " qui caresse doucement le rivage " (V.13) révélant une grande tendresse affective et un fort amour pour la nature.

 

 

        Néanmoins, ce paysage naturel a une liaison avec l'humanité, grâce à cette femme qui semble appartenir à la forêt. Tout d'abord, on peut relever un champ lexical assez important concernant cette femme inconnue et "sauvage" (V.15). Elle apparaît « déchaussé » et "décoiffée" (V.1), ce qui n'enlève rien à sa "beauté" (V.6). Elle est " assise parmi les joncs penchants " comme si elle faisait partie d'eux, comme si ces joncs étaient ses amis ou sa famille, elle a "les pieds nus" (V.2). Elle reste silencieuse mais paraît en symbiose avec la nature car " elle essu(ie) ses pieds à l'herbe de la rive "(V.9). Cette fille est donc tout à fait adaptée à la forêt et semble faire partie d'elle, comme lorsqu'elle sort des "grands roseaux verts" (V.13).

C'est d'autant plus vrai qu'elle a "les cheveux dans les yeux", qui reflètent un aspect sauvage et métaphorique d'un arbre, avec ses branches identiques à la chevelure de la jeune femme. Le poète utilise la métaphore "fée" (V.3) pour la décrire, lui donnant par la même occasion un aspect supérieur, de divinité, renforcé par l'hyperbole "suprême" (V.5). Cette "nymphe" semble donc réellement appartenir à la forêt, et non au commun des mortels.

        En fin de compte, la description de cette femme s'achève par les différents rythmes du poème. Le rythme binaire " elle était déchaussée, elle était décoiffée " révèle son insouciance et son naturel de même que le rythme ternaire " la belle fille heureuse, effarée et sauvage "(V.15) révèle ses sentiments et sa beauté. C'est donc une sorte de nymphe attachée à la forêt que rencontre le narrateur lors de sa promenade.

 

 

 

        Malgré tout, un texte romantique peut exprimer un amour pour la nature, mais il doit révéler un amour pour une personne, comme c'est le cas ici. Tout d'abord, les vers du poème, des alexandrins, sont l'image de la demande d'amour du poète à cette inconnue. Ce rythme long est renforcé par les exclamations du poète, "Oh! Comme les oiseaux chantaient au fond des bois!" (V.12) et "Oh! Comme l'eau caressait doucement le rivage!" et qui marquent aussi, renforcées par une forte ponctuation, l'enthousiasme et la gaieté du poète.

Ce sont ensuite les rythmes binaires et ternaires qui expriment l'exaltation du narrateur. Comme le montre le rythme ternaire "Elle...Elle...Elle" au début des trois premières strophes, le poète est obsédé par cette jeune femme assise dans les roseaux et il n'a d'yeux que pour elle ; toutes ses pensées sont concentrées sur cette inconnue.

        De même, le rythme binaire " comme les oiseaux chantaient au fond des bois... comme l'eau caressait doucement le rivage " montre la gaieté qui emplit son coeur car il est doublement heureux. Le second rythme binaire, "et je lui dis" (V.4 et 7) exprime l'insistance avec laquelle il aborde la jeune femme pour qu'elle l'accompagne, comme l'illustre le rythme ternaire " Veux-tu [...] ?" (V.4, 5 et 6) qui exprime aussi son empressement de se retrouver avec elle, seuls, " au fond des bois " (V.12). Le narrateur est donc fou amoureux de cette jeune fille vu la manière dont il s'empresse de l'aborder, vu son emportement, et il semble que son insistance ait fini par porter ses fruits .Il a contemplé depuis le début cette belle femme et le recueil porte donc bien son nom.

 

 

 

        L'amour pour la nature, la beauté sauvage, l'idéalisation et l'amour pour une personne sont donc des caractéristiques typiques du romantisme. Comme le montre si bien le poème, Victor Hugo était incontestablement le plus grand auteur romantique ayant jamais existé. Il a toujours fait preuve d'une grande maîtrise des oeuvres romantiques mais aussi d'une grande beauté dans leur rédaction.

 

Maxime C., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis (Centre international de Valbonne) ; mars 2006.

 

 

 

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5ème commentaire : Elsa L.

 

 

 

 


 

        Le romantisme est un mouvement littéraire cherchant à exprimer les sentiments intenses du personnage, à valoriser l’introspection et souvent à démontrer une certaine adoration pour la nature et la vie à l’état sauvage, libre et douloureux. Il naquit dans le courant de la première moitié du XIXème siècle, en France. Victor HUGO fut l’un des écrivains fondateurs de cette tendance. Ce dernier publia de nombreux romans, poèmes et pièces de théâtre. Elle était déchaussée, Elle était décoiffée est un poème romantique, de registre lyrique, à travers lequel le poète décrit la beauté sauvage, vierge et éternelle d’une femme dont il est amoureux, et la compare métaphoriquement à l’environnement naturel qui l’entoure.


 


 


 

        Tout d’abord, le poète contemple et admire la beauté du personnage. « Elle » (v. 1) est belle, jeune, vive, secrète, et sauvage. Son apparence physique se traduit par le champ lexical de la beauté et de l’éternelle jeunesse. Puis, nous avons aux vers 7 et 8 la preuve d’un désir d’union ou de fusion entre les deux êtres. Le « on » du vers 7 se transforme en « nous » au vers suivant. Le passage d’un pronom indéfini à celui d’un pronom personnel pluriel montre à quel point le poète aime rêve de conquérir la jeune fille.

        Ensuite, l’anaphore d’ « Elle » au vers 1, 5, 9 et 10 confère l’importance du personnage féminin. Notons également qu’elle est reprise à chaque début de vers sauf dans l’ultime. La première personne du singulier revient également très souvent. « Je » parle toujours au passé simple, alors qu’ « elle » ne s’exprime qu’à l’imparfait (qui est en soi un temps inachevé, tout comme sa beauté qui est éternelle).

        De plus, dans la deuxième strophe, le poète souhaite attirer l’attention du lecteur sur la puissance des yeux. En créant une répétition autour d’elle et de son regard, cela indique un contraste entre ce que l’on perçoit, ce que l’on ressent et ce que l’on voit. « Elle » [le] regarda de ce « regard suprême » (v.5). Immédiatement après, le second « regard », nous trouvons un adjectif mélioratif et également hyperbolique : « suprême ». Cette femme est présentée comme une entité extraordinaire, comme une « fée » (v. 3).

        Par ailleurs, ce poème est composé d’alexandrins. Le poème compte quatre strophes. Cette structure est ‘classique’ mais s’adapte bien dans le cadre d’une œuvre romantique, et d’un amour tout sauf traditionnel. Les vers riment en croisés, et sont supposés expliciter le désir d’union ou de liaison du narrateur avec « Elle ». En outre les allitérations de sons fluides en [s] et [f] sont très fréquentes dans Elle était déchaussée, Elle était décoiffée. Elles miment le mouvement de l’eau dans les roseaux, le sifflement du vent dans les herbes et la nature humide autour d’eux. Le poète invite la jeune fille à venir le rejoindre, il l’attire vers un monde d’amour mais la créature jeune et naïve hésite encore entre la vie sauvage, ou l’amour fou. Son charme et le côté secret qu’elle incarne sont projetés sur l’environnement. Cela rappelle les procédés utilisés par d’autres auteurs, comme dans « Ondine » d’Aloysius BERTRAND, lorsque la sirène tente d’emporter avec elle son amant, au fond des lacs (de nouveau, la présence d’eau symbolise le temps qui passe, c'est un élément favorable au lyrisme). La question est reposée à deux reprises, sous formes légèrement différentes. Cela est suivi d’une courte allitération en [p] avec «  les pieds nus, parmi les joncs penchants ; Moi qui passais par la ». Elle illustre le clapotement des eaux le long du « rivage » (v.13) sur lequel la créature divine est accroupie.

        En outre, deux périphrases décrivent la jeune fille sauvage : « belle folâtre » (v.11) et « belle fille » (v.15). Ces périphrases ont pour but la ‘décentralisation’ du personnage féminin dont il est question et ainsi la rendre accessible à n’importe quelle interprétation que le lecteur pourrait en faire. Peut être n’est elle-même pas humaine. Une « fée » ? Un rêve ? Ou simplement une envie de fraîcheur, de vie, de mystère, qu’incarnerait une telle femme ? HUGO s’est sans doute inspiré du charme de sa fille, et du corps de sa femme, afin d’écrire des sentiments qui appartiennent à sa propre histoire.

 


 


 


 

        Cependant, malgré sa beauté éblouissante, l’héroïne est sauvage. « Elle » est libre comme le vent qui déchaîne ses cheveux, et insaisissable comme l’eau qui caresse ses pieds nus. Ses pieds sont « nus » (v.2), elle est « folâtre » (v.11) et ses « cheveux [sont] dans ses yeux » (v.16). Elle est clairement proche de la nature. La scène est comparable à un tableau sur lequel le poète peint ses sentiments, tout comme le soleil dessine les nuages dans le ciel. Les deux, la femme et le poète, sont en un sens, liés à la nature.

        En second lieu, la description de la liberté de cette femme et de la nature qui entoure les deux personnages passe par le champ lexical de tout ce qui est sauvage. Sa tenue vestimentaire est incorrecte pour les mœurs de l’époque. Elle a des pieds nus, elle joue dans les herbes, elle s’avance d’un air « effaré ». Ensuite, on a le champ lexical de la nature avec les « arbres » (v.8), « l’eau » (v.13) et les « champs » (v.4). La bordure de la rive est décorée par une végétation particulière : des « joncs » (v. 2), de l’ « herbe » (v.9) et de « grands roseaux verts » (v.14). Derrière ce paysage humide se cachent des champs et des « bois » dans lesquels vivent des « oiseaux » (v.12). La nature symbolise aussi la joie et le bonheur. Les oiseaux explicitent leur contentement, et la « belle », « heureuse », rit.

        Par la suite, une antithèse confronte la première moitié avant l’hémistiche à celle qui est située après l’hémistiche. Au début du poème, le poète invite la belle fille vers les champs. Il s’agit d’un lieu ouvert, aéré et lumineux. Contrairement à cela, dans la partie suivante, le personnage masculin propose à la femme de le rejoindre parmi les arbres, dans les bois. Il ne s’agit plus du même endroit. Ce dernier est sombre, et plus intime. La ponctuation forte de la fin de certains vers (comme les vers 4, 8, 12, 13) indiquent le ton et prouvent le lyrisme. L’interjection du vers 12, « Oh ! Comme les oiseaux chantaient au fond des bois ! », complète cette idée de béatitude, et d’étonnement devant une si belle personne, ce qui évoque l’étude de la description de la nature.

        De même , le temps joue un rôle relativement important dans Elle était déchaussée, Elle était décoiffée, comme dans beaucoup de poèmes romantiques, l’amour étant étroitement lié au temps qui s’écoule. Le temps, les saisons et les jours rythment la vie des plantes, ainsi que celle des hommes. Dans ce poème, le beauté surprenante de la femme ne semble pas atteinte par cette inexorable progression d’une entité qu’on ne contrôle pas. La nature voyage à part, et les deux amoureux sont dans une sphère de ‘rêve’. L’eau (élément essentiel a la vie) qui coule aux pieds de la fille sauvage rappelle la fuite du temps.

        Enfin, la notion du secret et de l’imaginaire est clairement imprimée dans ce poème. Le milieu reflète la personnalité de la jeune fille… le poète parle des « arbres profonds » (v.8) ainsi que du « fond des bois » (v.12), ce qui fait penser à une cachette. L’environnement est confondu avec le personnage décrit, et devient un outil stylistique que le poète va employer allègrement pour décrire la femme aimée.


 


 

 

        Finalement, Elle était déchaussée, Elle était décoiffée est un poème romantique, de registre lyrique dans lequel il est question d’une jeune fille à la beauté extraordinaire, de son caractère sauvage, et de la nature qui l’entoure. HUGO était un poète remarquable, poète de sa propre histoire, qui sut marier la description fine d’un lieu, d’un personnage ou d’un événement à un style unique. Le mouvement du réalisme suivi du naturalisme succédèrent au romantisme, révélant des auteurs tels que ZOLA, BALZAC et FLAUBERT. Comme dirait l’auteur du poème commenté, Aimons toujours ! Aimons encore !*.


 


 


 


 


 


 

* Aimons toujours ! Aimons encore ! : Titre d’un poème écrit par V. HUGO, in Les Contemplations


 


 

Elsa L., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis (Centre international de Valbonne) ; mars 2006.


 


 


 


 

 


Date de création : 12/11/2006 @ 21:43
Dernière modification : 22/05/2010 @ 12:20
Catégorie : Copies d'élèves (2005/2006)
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