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Préparations 2010/2011 - 2nde 4

Séquence n°1 : Le roman et son évolution du XVIIème au XXème.

Groupement de textes n°1 : La rencontre amoureuse.



Lecture analytique n°2 : extrait de Manon Lescaut, de l'Abbé Prévost (XVIIIème siècle).

Mais il en resta une, fort jeune, qui s'arrêta seule, dans la cour, pendant qu'un homme d'un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s'empressait pour faite tirer son équipage des paniers. Elle me parut si charmante que moi, qui n'avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d'attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d'un coup jusqu'au transport. J'avais le défaut d'être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais, loin d'être arrêté alors par cette faiblesse, je m'avançai vers la maîtresse de mon coeur. Quoiqu'elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l'amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me répondit ingénument qu'elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse. L'amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu'il était dans mon coeur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d'une manière qui lui fit comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi. C'était malgré elle qu'on l'envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir, qui s'était déjà déclaré et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens. Je combattis la cruelle intention de ses parents par toutes les raisons que mon amour naissant et mon éloquence scolastique purent me suggérer. Elle n'affecta ni rigueur ni dédain. Elle me dit, après un moment de silence, qu'elle ne prévoyait que trop qu'elle allait être malheureuse, mais que c'était apparemment la volonté du Ciel, puisqu'il ne lui laissait nul moyen de l'éviter.
La douceur de ses regards, un air charmant de tristesse en prononçant ces paroles, ou, plutôt, l'ascendant de ma destinée qui m'entraînait à ma perte, ne me permirent pas de balancer un moment su ma réponse. Je l'assurai que, si elle voulait faire quelque fond su mon honneur et sur la tendresse infinie qu'elle m'inspirait déjà, j'emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse. Je me suis étonné mille fois, en y réfléchissant, d'où me venait alors tant de hardiesse et de facilité à m'exprimer ; mais on ne ferait pas une divinité de l'amour, s'il n'opérait souvent des prodiges. J'ajoutai mille choses pressantes. Ma belle inconnue savait bien qu'on n'est point trompeur à mon âge ; elle me confessa que, si je voyais quelque jour à la pouvoir mettre en liberté, elle croirait m'être redevable de quelque chose de plus cher que la vie.


Préparation écrite sur l'extrait de Manon Lescaut : repérez et analysez les manifestations du sentiment amoureux, dans ce passage.

 

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Préparation d'Audrey D. :

Dans le texte de l’Abbé Prévost, le personnage principal, le chevalier Des Grieux, relate sa rencontre amoureuse avec une jeune femme. De nombreuses expressions dans le texte laissent paraître ses sentiments, qui sont de plus en plus forts (gradation) au fur et à mesure du récit.
A la vue de la jeune femme, le personnage principal tombe sous le charme au premier regard, c’est le coup de foudre, comme le prouve la citation suivante : « Elle me parut si charmante ».
Il y a aussi une hyperbole, une sensation très forte : « je me retrouvai tout à coup enflammé jusqu’au transport ». Dans cette phrase, le mot « enflammé » signifie être rempli de passion et d’ardeur, et « transport » est une dans ce cas une émotion très vive. Toutefois, le héros avoue à plusieurs moments qu’il ne s’était jamais intéressé à une femme auparavant, comme le prouvent les extraits suivants : « moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une femme avec un peu d’attention », « moi dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue » et « excessivement timide et facile à déconcerter ». Ce sont des hyperboles qui insistent sur l’inexpérience du narrateur en matière d’amour. Cependant, il fait preuve d’initiatives en prenant la parole, en faisant le premier pas vers la jeune femme et en lui avouant ses sentiments. « [l]’amour me rendait déjà si éclairé », « Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments », « mon éloquence scolastique » et « tant de hardiesse et de faciliter à m’exprimer » sont des expressions qui illustrent cette prise d’initiatives. L’amour qu’il ressent pour sa belle lui donne donc un comportement tout à fait différent et inhabituel. Le chevalier, qui est tout à fait novice dans ce domaine, a du mal à cacher ses sentiments vis-à-vis de la jeune femme, il ne prend pas de recul par rapport à ses actes et ses paroles, et ne fait pas preuve de réflexion. Le champ lexical du conflit est aussi présent : « je combattis », « j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents ». C’est une hyperbole légèrement ridicule qui montre à quel point le chevalier est attaché à sa dulcinée.
Tout porte à croire que le chevalier Des Grieux est en situation de supériorité face à Manon, mais pourtant cela semble illusoire. En effet, le portrait que fait Des Grieux de Manon n’est pas valable, puisqu’il est aveuglé, ébloui par son amour, donc subjectif. « [e]lle me répondit ingénument », « elle me dit […] qu’elle ne prévoyait que trop qu’elle allait être malheureuse, mais que c’était apparemment la volonté du Ciel », « la douceur de ses regards, un air charmant de tristesse » sont des expressions du texte qui montrent la naïveté apparente de Manon, elle inspire la pitié et la compassion. Pourtant, la réalité est tout autre : « sans paraître embarrassée », « bien plus expérimentée que moi » et « son penchant au plaisir, qui s’était déjà déclaré » sont autant de citations qui prouvent donc que le chevalier Des Grieux est en fait manipulé par Manon. La jeune fille n’éprouve pas les mêmes sentiments. C’est donc une relation amoureuse qui n’est pas réciproque, puisque le chevalier éprouve de sincères sentiments pour la jeune femme, mais celle-ci, de son côté, se sert du chevalier pour parvenir à ses fins et éviter de rentrer au couvent. Elle semble intéressée et manipulatrice.

Audrey D., 2nde section internationale, septembre 2010.




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Préparation de Shanna F. :

Dans cet extrait de Manon Lescaut écrit par l’Abbé Prévost, il y a une rencontre amoureuse. Le chevalier Des Grieux rencontre pour la première fois une jeune fille dont il tombe instantanément amoureux.
 
Tout d’abord, le narrateur qui est ici le chevalier Des Grieux, exprime son amour avec la beauté physique de la jeune demoiselle: « si charmante » (l.4-5) « la douceur de ses regards » (l.33).
Il est précisé que le chevalier est d’une grande timidité et qu’il est reconnu pour sa sagesse et sa retenue. De ce fait, il est lui-même surpris par l’attirance que cette femme provoque chez lui et de son entrain à aborder la demoiselle comme le montre « tant(…) de facilité à m’exprimer » (l.43). Ce changement de comportement vis-à-vis de la fille est du au sentiment amoureux. Cela se réfère à l’expression courante de nos jours ‘l’amour donne des ailes’. Le chevalier a surmonté sa forte timidité grâce à l’amour qu’il éprouve pour la jeune fille (« on ne ferait pas une divinité de l’amour, s’il n’opérait souvent des prodiges » (l.44-45)). Le mot prodige prouve que c’était un exploit pour le chevalier que d’approcher cette dame.
 
De plus, l’abbé Prévost utilise une figure de style qui accentue la grande émotion qui le gagne. Dans le passage : « je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport » (l.8-9) il y a, premièrement une hyperbole quand il dit qu’il se « trouvait enflammé », qui exagère le fait qu’il fut très agréablement surpris et submergé par sa beauté. Deuxièmement, le mot « transport » signifie qu’une émotion très intense le gagne et il exprime les forts sentiments qu’il ressent pour la jeune femme.
 
Par ailleurs, nous comprenons qu’après un seul regard posé sur la belle adolescente, le chevalier est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie (« je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur » (l.11-12)).
Ensuite, nous comprenons que le chevalier est conscient que son amour est arrivé très rapidement, grâce à l’anaphore du mot ‘déjà’ comme on le voit dans « l’amour me rendait déjà si éclairé » (l.18) « qui s’était déjà déclaré » (l.24-25) « la tendresse infinie qu’elle m’inspirait déjà » (l.39).
                    Nous comprenons aussi que le chevalier se voit passer sa vie en présence de cette unique personne, quand il dit « ma destinée » (l.35).
 
De plus, son amour ne fait que commencer et ne s’achèvera sans doute jamais : « mes sentiments » (l.21-22) « mon amour naissant » (l.27-28).
 
Pour conclure, cet extrait nous montre surtout les sentiments du chevalier Des Grieux pour la jeune fille, mais la dernière phrase de l’extrait (« elle croirait m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (l.48-50)), tend à prouver que la chose plus chère que la vie aux yeux du chevalier, est l’amour qu’elle peut lui rendre.

Shanna F., 2nde section internationale, octobre 2010.

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Préparation d'Igniacio R. :

Dans cet extrait on nous présente la rencontre entre le chevalier DES GRIEUX et une jeune fille dont il tombe soudainement amoureux…
Tout au long de ce passage, le chevalier nous fait par de ses nombreux sentiments envers la jeune fille.
Au début de l’extrait, le chevalier n’a d’yeux que pour elle, comme on peut le voir ici : «   Elle me parut si charmante, que moi, qui n’avait jamais pensé a la différence des deux sexes, ni regardé une fille avec attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenu, je me trouvais enflammé tout d’un coup jusqu’au transport » (lignes 4-9). Ici, il nous fait part de ses premiers sentiments qu’il a envers elle, sans même lui avoir parlé, ce qui défini bien le coup de foudre. Il avoue ne jamais avoir eu des pensés par rapport à la différence des deux sexes, et lorsqu’il la voit, tout change, sa personnalité et sa manière de pensé sont bouleversés… il est vraiment tombé amoureux
On peut trouver une hyperbole, dans cette même phrase (lignes 4-9) qui sert à montrer vraiment les sentiments du chevalier quand il voit Manon dans cette phrase, en insistant sur le faite que ce sois sa première réaction dans ce genre.
A un moment, il dit : « je m’avançais vers la maitresse de mon cœur » (l-12). Sans lui avoir déjà parlé, son cœur lui appartient, il ne demande qu’elle… on peut comprendre l’intensité de son amour.
 Depuis qu’il l’avait rencontrée, l’amour l’envahissait de tout son corps, il se sentait différent, on peut le constater dans les lignes 18-20 : «  L’amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardais ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs » 
Il est tellement amoureux qu’il ne veut sous aucun prétexte abandonner  la maîtresse de son cœur comme on peut le voir aux lignes 29-30 « je combattis la cruelle intention de ses parents, par tout les raisons que mon amour naissant et mon éloquence scolastique purent me suggérer »), il nous fait part de sentiments fort, et la preuve qu’il est sous l’emprise de son cœur et de l’amour qu’il a envers elle.
On peut voir une hyperbole, que le narrateur utilise pour voir l’exagération des sentiments envers Manon de la par du chevalier et de ce qu’il est prêt a faire pour elle. On peut le constater dans la ligne 29 : « je combattis la cruelle intention de ses parents, par tout les raisons que mon amour naissant et mon éloquence scolastique purent me suggérer »
 Quand la jeune fille lui explique qu’elle n’a pas le choix d’être religieuse, que c’était la volonté du ciel (ligne 32), le chevalier la trouve charmante, même quand elle dit quelque chose de triste. Il est tellement sous l’emprise de l’amour qu’il ne parvint pas à avoir une réponse. : «  La douceur de ses regards, un air si charmant de tristesse de prononçant ces paroles, ou plutôt l’ascendant de ma destinée, qui m’entraînait à ma perte, ne me permirent pas de balancer un moment sur ma réponse » (ligne 33-37).
Il est prêt à tout pour l’aider, même s’il devait y passer toute sa vie, juste pour qu’elle soit heureuse, comme c’est écrit dans les lignes 39-41 : « sur la tendresse infini qu’elle m’inspirait déjà, j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse »
Il qualifie la jeune fille de  «  belle inconnue » (ligne 46) et cela définit ses sentiments : amoureux d’une personne qu’il ne connaît pas.
 
Igniacio R., 2nde section internationale, octobre 2010.


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Préparation d'Emma L. :


Dès l’instant que le chevalier des Grieux rencontre la demoiselle et la voie pour la première fois, il est séduit par sa beauté : « Elle me parut si charmante » (l.3-4) : Cette figure de style est une hyperbole et est employée afin de montrer à quel point le chevalier Des Grieux est sous le charme de la jeune fille.
Il insiste sur le fait que pour lui, c’est la première fois qu’il ressent une telle chose à l’égard d’une jeune fille et que c’est même la première fois qu’il porte un quelconque intérêt pour une demoiselle, comme le montre : «  Elle me parut si charmante, que moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention, moi dis-je […] » (l.4-7). Il y a une anaphore du mot moi pour insister sur le fait qu’il n’avait jamais ressenti quoique ce soit envers une demoiselle.
Le chevalier Des Grieux a un coup de foudre comme l’illustre : « je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport » (l.8). La figure de style employée dans cette phrase est l’hyperbole. Le mot « transport » (l.9) signifie dans ce contexte une émotion vive. Il est donc transit par son charme. L’expression «  excessivement timide » (l.9) est une hyperbole qui a pour but d’exagérer et d’amplifier sa timidité pour montrer qu’il n’a aucune expérience  sentimentale. L’amour que ressent le chevalier domine sa timidité. Il est déterminé à parler avec cette jeune fille dont il est éperdument tombé amoureux : «  mais loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur » (l.11-12).
L’annonce que la jeune fille lui a faite, celle d’être envoyée à Amiens pour y devenir religieuse, bouleverse le chevalier qui définit la jeune fille comme la maîtresse de son cœur : «  L’amour me rendait si éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs » (l.18-20) La figure de style employée est l’allégorie ( l’amour / la mort)
Le narrateur l’amène à comprendre ce qu’il ressent pour elle : «  Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments » (l.21-22).
On perçoit la peine, la douleur et le sentiment d’injustice du chevalier comme le montre « c’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent » (l.23) Il ne conçoit pas qu’elle n’ai guère le choix.
La jeune fille n’est point sérieuse et se révèle avoir un penchant au plaisir, ce qui est la raison pour laquelle ses parents exigent qu’elle devienne religieuse : «  […] pour arrêter sans doute son penchant au plaisir » (l.24)
Le narrateur tente son possible pour épargner la jeune fille d’un futur statut de religieuse, par amour : «  Je combattis la cruelle intention de ses parents » (l.26-27) Il éprouve de la colère, du dégoût envers les parents de la jeune fille est emploi l’adjectif qualificatif « cruelle » pour mettre en relief cette injustice ( vocabulaire péjoratif ). Son amour est de plus en plus fort comme le montre l’expression «  mon amour naissant » (l.27)
« Elle n’affecta ni rigueur ni dédain. Elle me dit […] qu’elle ne prévoyait que trop qu’elle allait être malheureuse […] » (l.29-31) Il y a une anaphore du pronom personnel elle, qui a pour but d’insister sur les paroles rapportées de la jeune fille.
Le jeune homme ne peut résister aux attouts de la jeune fille et serait prêt à tout pour elle : «  La douceur de ses regards, un air charmant de tristesse en prononçant ces paroles, ou plutôt l’ascendant de ma destinée […] ne me permirent pas de balancer un moment sur ma réponse » (l.33-36). La figure de style employée est l’accumulation, il insiste sur les différents atouts de la jeune fille et, saisi par sa beauté et son apparence et sans se soucier de sa beauté intérieure, il n’hésite pas à lui venir en aide. Il y a un emploi de vocabulaire mélioratif avec les mots douceur et charmant.
Le narrateur assure la jeune fille qu’il sera entièrement dévoué à elle. Il est prêt à lui consacrer sa vie et ne veut que son bonheur : « Je l’assurai que si elle voulait quelque fond sur mon honneur, et sur la tendresse infinie qu’elle m’inspirait déjà, j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse » (l.37-41). La figure de style employée est l’hyperbole qui donne un effet de ridicule de par l’héroïsme exagéré chez le jeune homme. L’expression « tendresse infinie » (l.39) est une hyperbole qui insiste sur l’affection que le jeune homme lui porte. D’une attirance les sentiments du chevalier se renforcent car au fur et à mesure que le texte progresse, son amour grandit et est à son apogée alors qu’il se voit lui donner sa vie. C’est une gradation car son amour s’intensifie et grandit. L’amour du chevalier lui « donne des ailes » et l’aide à combattre sa timidité. Lui-même est surpris de sa facilité à s’exprimer et l’explique par un prodige que l’amour aurait réalisé : «  mais on ne ferait pas une divinité de l’Amour, s’il n’opérait pas des prodiges » (l.43-45) «  Je me suis étonné mille fois […] d’où me venait alors tant de hardiesse et de facilité à m’exprimer » (l.41-42). Dans l’expression « Ma belle inconnue » il emploie le pronom personnel ma et du vocabulaire mélioratif avec l’adjectif qualificatif belle, pour définir la jeune fille.
Tout au long du récit on constate que les marques d’amour du chevalier des Grieux sont présentes, ce qui n’est pas le cas de celles de la jeune fille qui ne manifeste aucun sentiment à l’égard du jeune homme. Il n’y a donc pas réciprocité entre les deux jeunes gens et la jeune fille semble profiter du chevalier et n’être avec lui que par intérêt. Elle se sert et joue des sentiments du jeune homme pour ne pas devenir religieuse et le manipule comme le montre «  elle me confessa que si je voyais quelque jour à la pouvoir mettre en liberté, elle croirait m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (l.47-50).
 Emma L., 2nde section internationale, octobre 2010.

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Préparation de Solène O. :

Dans cet extrait de Manon Lescaut, de l’Abbé Prévost, nous assistons à la rencontre entre le chevalier Des Grieux et Manon Lescaut. Le jeune homme tombe tout de suite amoureux de la jeune fille dont les parents ont décidé de l’envoyer dans un couvent.
 
Nous pouvons constater dès le début de l’extrait une hyperbole dans les sentiments qu’éprouve Des Grieux à l’égard de Manon. En effet le narrateur est déjà sous le charme de la jeune femme à l’instant où il l’aperçoit jusqu’à se « trouvait enflammé tout d’un coup jusqu’au transport.» (lignes 8 et 9). Ceci montre un « coup de foudre » amoureux car le chevalier se sent tout à coup éprit d’une très forte émotion qu’est l’amour et qu’il ne connaissait pas auparavant (« moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention » lignes 5 à 7). Cette citation prouve que le jeune homme découvre de réels sentiments envers une femme, puisqu’il ne s’était jamais intéressé à celles-ci auparavant.
Tout au long du texte, nous constatons que cette émotion ne cesse d’augmenter ; c’est un crescendo (gradation) dans les sentiments amoureux qu’a le chevalier Des Grieux envers Manon Lescaut. En effet, au fil du texte, le narrateur emploie lui-même le mot « amour » (ligne 18) et fait part petit à petit de ses sentiments à sa bien- aimée, ce qui n’est apparemment pas dans ses habitudes car il se décrit lui-même étant une personne « excessivement timide » (ligne 10) : « Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments » (lignes 20 à 22). De plus, les sentiments amoureux du chevalier sont particulièrement mis en valeurs par l’anaphore du mot « amour » (lignes 18, 27, 44).
Cependant, la jeune femme avoue au chevalier que ses parents ont décidé de l’envoyer dans un couvent « pour arrêter sans doute son penchant au plaisir » (ligne 24). A partir de ce moment là, le jeune homme ressent ce futur départ comme un déchirement, d’où la citation : « qui a causé dans la suite tous ses malheurs et les miens » (lignes 25 et 26). Par ailleurs, cette nouvelle ne change rien aux sentiments du chevalier. Nous voyons en effet que le narrateur se dévoue totalement à son « âme sœur » en lui affirmant : « j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse » (lignes 40 et 41). C’est ici, encore, une hyperbole qui montre les sentiments un peu excessifs que ressens le chevalier envers la jeune femme.
Peu après, le chevalier de Grieux se rend compte de la facilité anormale qu’il a à parler avec « la maîtresse de son cœur » (ligne 12). Il en réfère donc au pouvoir que l’amour exerce sur lui : « on ne ferait pas une divinité de l’Amour, s’il n’opérait souvent des prodiges » (lignes 44 et 45)
 
 
Par ailleurs, ceux de la jeune femme sont, en premiers lieux, moins mis en avant, mais ne sont pas pour autant rejetés. Manon Lescaut est une jeune femme décrite comme étant « bien plus expérimentée » (ligne 22) que le jeune homme timide. Elle n’est donc pas particulièrement gênée par les avances du chevalier. Le narrateur affirme qu’elle « n’affecta ni rigueur ni dédain » (ligne 29).
Nous pouvons constater par la suite que la future religieuse essais de convaincre le chevalier Des Grieux de l’aider à échapper au couvent en se servant des sentiments qu’il éprouve pour elle et qu’il n’arrive pas à contrôler. En effet la jeune femme lui confesse « que si [il] voyais quelque jour à la pouvoir mettre en liberté, elle croirait [lui être] redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (ligne 48 à 50).
 
Les manifestations du sentiment amoureux dans cet extrait de Manon Lescaut ne sont pas vraiment réciproques. En effet, il y a d’un côté le jeune chevalier Des Grieux, novice dans le domaine de l’amour, qui ne contrôle pas ses sentiments et de l’autre côté Manon Lescaut qui est elle plus expérimentée et qui se sert des sentiments du jeune homme pour se sortir du sort que lui réserve le couvent.


Solène O., 2nde section internationale, octobre 2010.


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Préparation de Fantine B. :

Dans l’extrait de Manon Lescaut, de nombreuses manifestations amoureuses sont perceptibles, dans cet extrait l’attirance et les sentiments s’enchaînent et sont condensés. Nous pouvons observer une gradation des sentiments qui commence avec une attirance physique, « Elle me parut si charmante » (l.4 ;5) et qui augmente progressivement vers de forts sentiments comme l’illustre l’hyperbole :  «j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse. » (l.40). Prouvant alors par la suite l’amour du chevalier envers cette nouvelle rencontre.
 
        La rencontre entre les deux personnages se forme autour d’une opposition, car le chevalier en la voyant s’étonne : « [de se ] trouv[er] enflammé tout d’un coup jusqu’au transport » (l.8,9) ce dernier mot faisant partit du registre hyperbolique nous démontre le dévoiement et également la naïveté du chevalier. Alors qu’il disait lui-même « [ n’avoir] jamais pensé à la différence de sexes, ni regarder une fille avec un peu d’attention, moi, di[t’il], dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue » (l.6,7,8).
Cette opposition témoigne d’un grand changement dans le comportement habituel du chevalier, faisant preuve d’une grande attirance envers la jeune femme. Plus loin dans l’extrait, le jeune homme se dévoile et nous amène progressivement à la qualifier de  « maîtresse de [s]on cœur » (l.12). Ici une autre hyperbole est perçu, témoignant le l’exagération des sentiments du chevalier qu’il ne maitrise pas. A la ligne 18 nous pouvons voir une allégorie lorsque le chevalier Des Grieux évoque le contraste entre l’amour et la mort lorsqu’il dit « l’amour me rendait déjà si éclairé depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs » (L.18,19,20) nous laissant donc entendre qu’il est déjà prêt à donner sa vie pour la jeune femme démontrant une nouvelle fois sont excessivité. En comparaison a l’amour que le jeune homme éprouve à cet instant lui, qui vient d’apprendre que sa dulcinée va aller au couvent il prend cette nouvelle comme un coup mortel à mes désirs.
 
Bien que cette jeune femme soit plus jeune que lui, elle semble beaucoup plus mûre, c’est pour cela que le chevalier décida de prendre les devants et de lui avouer ses sentiments, prouvant alors qu’il est sûr de lui et de son amour. Sa passion grandissant de plus en plus mais la différence entre ces deux personnages est également présente. Le chevalier se décrit comme un personne sage, à l’inverse de la jeune femme que l’on envoyait au couvent, « Pour arrêter sans doute son penchant au plaisir » (L.24). Malgré cela le chevalier ira plus loin, et, à la ligne 26 l’hyperbole : « Je combattis la cruelle intention de ses parents » prouve qu’il se décide à prendre les choses en main de « combattre » à la manière d’un réel chevalier pour sauver sa princesse des griffes du couvent, il est également prêt à défier l’intention de ses parents pour défendre sa liberté.
La jeune femme quant à elle, accepte son intention sans le repousser et, très vite le chevalier la complimentes sur « La douceur de ses regards une air charmant de tristesse »    (L.34,35)
 
Puis, très rapidement le jeune homme se projette dans l’avenir en lui promettant « sur [son] honneur et sur la tendresse infinie qu’elle [lui] inspirait déjà » (L.39) qu’il emploierait sa vie pour la délivrer de sa tristesse. Cette réelle et solennelle promesse lui prouva alors son amour, il se dévoue tout entier pour elle sans même la connaître, au risque d’y laisser la vie. C’est à ce moment précis qu’il prouve ses réels sentiments.
 
Viennent alors les questions et l’étonnement liés à cette rencontre intense et à ce chamboulement précipité il se demanda « D’où [lui] venait alors tant de hardiesse et de facilitée à [s’] exprimer » (l.43) Il nous montre qu’il n’est pas d’un naturel avenant et qu’il est habituellement d’une grande timidité et que le comportement qu’il a eu avec cette jeune fille est tout à fait exceptionnel et très inhabituel. Cette rencontre le fait changer et c’est sûrement parce que c’est la première fois qu’il a ressenti des sentiments amoureux.
 
La jeune femme, loin d’être naïve, remarque la sincérité du jeune homme et voit en lui un moyen potentiel de s’échapper du couvent, elle en profita donc pour lui confesser :  « Si je voyais quelque jour à la pouvoir mettre en liberté , elle croirait m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (l.48 49) mais la conjonction de subordination « si » nous fait remarquer qu’il y a une condition à son amour ce qui prouve qu’elle n’éprouve pas de sentiments mais plutôt qu’elle agit par intérêt. Elle est machiavélique, se servant de la naïveté et de l’amour du chevalier pour se libérer du joug et de la tyrannie de ses parents .
 
C’est une relation ingrate ou les sentiments ne sont pas partagés, l’amour de l’un profitera à l’autre mais détruira le chevalier. Lui est naïf et amoureux, courageux il est prêt à tout pour la jeune femme. Elle, est intelligente, perspicace et méchante et intéressée, profitant de la situation elle trouve le moyen de s’échapper du couvent et ne perd pas cette occasion. La différence entre les deux personnages les prédestiné par avance à un échec.
 
Fantine B., 2nde section internationale, octobre 2010.



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Lecture analytique n°4 : incipit d'Aurélien, d'Aragon.



Aurélien tombe amoureux de Bérénice Morel qui, de sa province, est venue passer quelques jours à Paris. Puis les circonstances de la vie éloignent les deux personnages : leur amour ne cesse pas, mais il ne peut pas non plus vraiment exister. En 1940, mobilisé, Aurélien retrouve Bérénice, qui a changé. Mais quelques heures plus tard, elle est tuée par les Allemands, en voiture.
                Voici les premières lignes du roman :
 
La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'avait obsédé, qui l'obsédait encore :

Je demeurai longtemps errant dans Césarée…

En général, les vers, lui… Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi ? c'est ce qu'il ne s'expliquait pas. Tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice…l'autre, la vraie… D'ailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie. Brune alors, la Bérénice de la tragédie. Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth. Territoire sous mandat. Assez moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichis, de voiles. Césarée… un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un beau nom en tout cas. Césarée… Je demeurai longtemps … je deviens gâteux. Impossible de se souvenir : comment s'appelait-il, le type qui disait ça, une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria… qui avait attendu pour se déclarer que Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un bellâtre potelé, ayant l'air d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait la toge. Tite. Sans rire. Tite.


Préparation écrite sur feuille : en quoi cette rencontre amoureuse diffère-t-elle de celles que nous avons étudiées jusqu'à présent?


Préparation d'Hélène D. :

L'incipit du roman 'Aurélien' d'Aragon ne suit pas le schéma traditionnel de la rencontre amoureuse. Il ne parle pas de coup de foudre ni d'admiration. Pourtant une intrigue, un sentiment inexplicable sont dans le cœur d'Aurélien.
                Le vocabulaire choisi est péjoratif, contrastant avec les termes admiratifs des autres rencontres. Dans les autres textes étudiés, des sentiments admiratifs sont décrits par des hyperboles ("j'emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents") . On remarque l'admiration de De Nemours pour la princesse De Clèves et l'héroïsme de Des Grieux envers Manon Lescaut. Or, dans cet incipit le personnage principal ne montre pas de sentiments admiratifs pour Bérénice. Nous ne savons pas ce qu'elle ressent ou perçoit. Le narrateur nous donne le point de vue d'Aurélien seul.
Les hyperboles sont dépréciatives: "il la trouva franchement laide". Le champ lexical de la laideur est plus étoffé que celui de la beauté: " laide", "déplut", "n'aima pas comment elle était habillée", "cheveux ternes", "mal tenus"," pâle". Le narrateur emploie des termes péjoratifs pour parler de Bérénice. Même quand il décrit Bérénice de la pièce de Racine, il parle d'elle comme "assez moricaude, ..."
Par ailleurs il décrit Tite comme étant "une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria" et l'autre comme un "bellâtre potelé, ayant l'air d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait la toge". Les accumulations d'adjectifs montrent du mépris. Aurélien rit du nom de Tite. Aucun personnage de ce début de roman ne représente un 'canon' de la beauté. Ils n'éveillent pas la tendresse ni l'admiration.
Les autres amoureux subissent un coup de foudre. La beauté et les apparences jouent un grand rôle("tellement surpris de sa beauté" ,  "elle me parut si charmante" , "fus plus ébloui par elle que je ne l'avait été").
Ce qui attire Aurélien, c'est le nom de Bérénice. Il l'intrigue car ce prénom contraste avec l'apparence de celle qui le porte comme l'illustre "cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût". Comme cette rencontre ne correspond pas, elle non plus à ce qu'on peut attendre d'une description de rencontre amoureuse. Le narrateur nous intrigue.
                Les hésitations et doutes remplacent les précipitations. On ne trouve pas de précipitation amoureuse ni d'immédiateté comme dans la rencontre de Manon Lescaut et Des Grieux. Le coup de foudre n'est pas au rendez-vous. Aurélien réfléchit, cherche ses mots pour décrire Bérénice: "il l'avait mal regardée", "plutôt petite, pâle...", "une impression vague" "n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune". Il ne se souvient pas bien.
Des hyperboles sont utilisées et puis sont modérées: "...il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. " L'adjectif ' laide ' est très fort et puis il est modéré par la subjectivité d'Aurélien. Dans ce passage: "pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'avait obsédé, qui l'obsédait encore", le narrateur nuance les pensées d'Aurélien, en utilisant l'accumulation et la répétition pour nuancer. Il utilise aussi des oppositions: " cette romance, cette scie":  Bérénice, c'est une romance ou une scie? Les deux? Le narrateur ne choisit pas.  
Aurélien se parle, il nous parle de sa rencontre avec Bérénice et ce qui lui vient en tête c'est un vers.  D'autres amoureux rêvent d'actions héroïques, comme Des Grieux prêt à risquer tout pour Manon. Aurélien, lui, parle d'errance: il se souvient d'un vers de Racine, pense à la Bérénice de Racine et à Tite qui n'a pas osé déclarer son amour. Son esprit vagabonde. Il se voit à la fin de la guerre, la démobilisation, ... et n'est pas rempli d'un amour fou à la rencontre de sa Bérénice.
                Le style de l'écriture dépasse le 'classique' et se montre original. "Drôle de superstition", "une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes", " un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un beau nom en tous cas": certaines phrases sont courtes, nominales, interrompues. Cette rencontre n'obéit pas aux règles de construction de phrases classiques. Les autres rencontres respectent les constructions traditionnelles de phrases qui comprennent un  sujet, un verbe, un complément ou une proposition.
Nous trouvons des marques de langage parlé, familier. "Sans rire", "elle lui déplut enfin", "en général les vers, lui". Le style de langage des autres extraits est un langage soutenu, parfois courant, pas familier("mais il en resta une [...] pendant qu'un homme d'un âge avancé...").
Dans ce texte nous découvrons aussi un mélange de styles: du théâtre classique avec le vers de Racine, des constructions de phrases peu 'classiques' et du langage familier.
La narration n'est pas continue: le narrateur nous fait part de réflexions d'Aurélien qui appartiennent au temps de l'écriture et pas celui de la rencontre: " Il avait des idées sur les étoffes" , "Les cheveux coupés, ça demande des soins constants."
Le texte fonctionne par association d'idées: une étoffe le fait penser à d'autres femmes, sa tenue qui l'oppose à une princesse d'Orient, le nom de Bérénice qui lui rappelle un vers de Racine... La pensée n'est pas présentée comme organisée. Nous passons d'un élément à un autre sans lien évident.
"Je demeurai longtemps errant dans Césarée…" Le vers qui interrompt la narration est au centre du texte et de la rencontre. Le nom de Bérénice évoque un vers, un vers avec un autre beau nom: Césarée. Césarée, c'est l'Orient : "des bracelets en veux-tu en voilà" , "des tas de chichis et de voiles".
 "Je demeurai longtemps errant dans Césarée…" Tite et Bérénice de Racine vivent un amour impossible. Aurélien et Bérénice se rencontrent au début du roman et leur amour semble impossible.
 Hélène D., 2nde section internationale, octobre 2010.


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Préparation d'Emma L. :

Dans les textes que nous avons étudiés auparavant, notamment Manon Lescaut de l’Abbé Prévost et la Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, dés la première rencontre le coup de foudre opère. Le chevalier Des Grieux tombe sous le charme de Manon qu’il trouve d’une beauté incomparable : «  Elle me parut si charmante » (l.3-4) et il en advient de même pour M. de Nemours avec la princesse de Clèves comme le montre : «  M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté » (l.1). Dans ces deux phrases la figure de style employée est l’hyperbole qui a pour but d’insister sur la beauté des deux jeunes femmes. Au contraire, dans l’incipit d’Aurélien d’Aragon, la première fois qu’il aperçoit Bérénice, il la trouve laide et, à première vue, ne tombe pas amoureux d’elle : «  La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide » (l.1) La figure de style employée dans cette phrase est l’hyperbole qui a pour but d’insister sur la laideur qu’évoque Bérénice chez Aurélien. Il y a de plus un emploi de vocabulaire péjoratif avec l’adjectif qualificatif « laide ».
Dans le texte de l’Abbé Prévost, Des Grieux n’a aucune expérience amoureuse et ne s’est jamais intéressé à la gente féminine : «  […] que moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention » (l.5-6), alors que dans le texte d’Aragon, Aurélien semble déjà s’être intéressé aux femmes comme l’illustre : «  Une étoffe qu’il avait vu sur plusieurs femmes » (l.3). La figure de style utilisée est l’anaphore, le nom commun « étoffe » étant répété à trois reprises,  que l’auteur emploie dans l’optique de changer l’écriture stylistique du XXe siècle : «  Une étoffe qu’il n’aurait pas choisie […] des idées sur les étoffes. Une étoffe qu’il avait vu […] » (l.2-3).
Dans chacun des deux textes de Mme de Lafayette et d’Aragon, Mme de Clèves et Bérénice possèdent un titre de noblesse, celui d’être princesse : «  […] celle-ci qui portait un nom de princesse d’Orient » (l.3-4), mais contrairement à M.de Nemours, dans la princesse de Clèves, qui admire la princesse comme le montre : «  […] il ne put s’empêcher de donner des marques de son admiration » (l.3-4), Aurélien n’admire pas Bérénice et pense même qu’elle est dépourvue de bon goût et est négligée : «  Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d’Orient sans avoir l’air de se considérer dans l’obligation d’avoir du goût » (l.3-4)
Dans le texte d’Aragon, une description physique de Bérénice est rédigée et est peu flatteuse comme l’illustre : «  Ses cheveux ternes » (l.5) « Plutôt petite, pâle […] » (l.8) «  Les cheveux coupés » (l.5) Le vocabulaire est péjoratif comme le montre les adjectifs « ternes », « pâle » …
Dans les deux autres textes, aucun détail physique dégradant n’est mentionné, seuls la beauté et le charme des jeunes femmes sont décrits. Aurélien n’attache pas d’importance à Bérénice et ne se souvient pas de son apparence avec précision, il en garde une vague impression comme le montre : «  Aurélien n’aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l’avait mal regardée » (l.6) «  Il lui en demeurait une impression vague, générale, d’ennui et d’irritation » (l.6-7). Il y a une accumulation pour montrer et insister sur le peu d’intérêt et la vague impression qu’Aurélien garde de l’apparence de Bérénice. Des Grieux dans Manon Lescaut lui, se souvient avec exactitude de sa première rencontre avec Manon et en rapporte les paroles : «  Elle me répondit ingénument, qu’elle y était envoyée par ses parents […] » (l.16-17)
En revanche ici, Bérénice lui rappelle un vers de Racine qu’il ne trouve même pas beau mais qui l’obsède comme le montre : « Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l’avait hanté pendant la guerre […] Un vers qu’il ne trouvait même pas un beau vers […] » (l.10-12). La figure de style employée est l’anaphore pour insister sur l’obsession qu’il a pour ce vers. Dans les deux autres textes ce procédé ne se produit guère : « Pourquoi ? » est une question réthorique employée pour montrer qu’Aurélien ne connaît pas la raison pour laquelle ce vers l’obsède.
Dans le texte d’Aragon il n’y a aucune indication sur le contexte de la rencontre entre Aurélien et Bérénice, aucune indication sur le lieu et les circonstances de leur rencontre alors que dans Manon Lescaut et La princesse de Clèves oui,  comme l’illustre «  à la descente de la voiture d’Arras » «  dans la cour » (l.2) «  ce qui l’amenait à Amiens » (l.15) dans le texte de Manon Lescaut et «  dans la salle » (l.4) « danser ensemble sans se connaître » (l.8) dans le texte de La princesse de Clèves.
Nous pouvons également constater qu’il n’y a pas de contact entre les personnages dans l’incipit d’Aurélien, à aucun moment ils ne se parlent, alors que dans Manon Lescaut ce n’est pas le cas : «  Je lui demandai » (l.14) « Elle me répondit » (l.16) ni, par ailleurs dans La princesse de Clèves : « […] elle lui fit la révérence » (l.2) «  ils commencèrent à danser » (l.4), c’est une relation médiatisée.
L’incipit d’Aurélien est le seul texte possédant des phrases nominales comme le montre « Césarée… un beau nom pour une ville. Ou pour une femme » (l.19-20), et employant ce type de ponctuation, c’est-à-dire, les points de suspensions qui servent à faire planer le doute et à créer une rupture stylistique par rapport aux siècles précédents.
L’incipit d’Aurélien se présente sous la forme de deux paragraphes, la mise en page est différente de celle de l’extrait du Lys dans la vallée de Balzac et de celle de Manon Lescaut de l’Abbé Prévost qui ne possèdent qu’un seul paragraphe et dont le texte n’est pas divisé.
Même si le sujet de l’incipit d’Aurélien est commun à celui de Manon Lescaut, La princesse de Clèves et Le lys dans la vallée, c’est-à-dire la rencontre amoureuse, il subsiste de nombreuses disparités entre les textes que ce soit l’aspect ou le contenu.

Emma L., 2nde section internationale, octobre 2010.

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Préparation d'Audrey D. :

 

Tout d’abord, dans les textes que nous avons étudiés précédemment, les personnages ressentent une attirance physique immédiate pour leur partenaire (c’est le coup de foudre). Le Chevalier de Nemours est ébloui par la beauté de la Princesse, tout comme Félix de Vandenesse par Madame de Mortsauf.  Dans celui d’Aragon, au contraire, le personnage principal, Aurélien, avoue qu’il n’a pas du tout ressenti ce sentiment de coup de foudre pour Bérénice, comme le montrent les phrases suivantes : « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. », « Il l’avait mal regardée. », cette phrase prouve qu’il ne s’intéresse vraiment pas à elle puisqu’il ne prend même pas la peine de la regarder, et enfin « Il lui en demeurait une impression vague, générale, d’ennui et d’irritation. » L’énumération, l’accumulation d’adjectifs qualificatifs et de compléments du nom « impression » (vague, générale, d’ennui, d’irritation.)  et l’anaphore de « il » : « Il l’avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague […]. Il se demanda même pourquoi. » sont des expressions qui insistent sur le fait que Bérénice n’ait pas marqué l’esprit d’Aurélien.
De plus, dans le texte d’Aragon, les circonstances et le lieu dans lesquels Aurélien et Bérénice se sont rencontrés sont parfaitement inconnus. Dans la Princesse de Clèves, cependant, le lecteur est informé que la scène se passe lors d’un bal en présence de la Cour : « le roi et les reines », « le bal », dans Manon Lescaut, les deux personnages se trouvent à Amiens : « ce qui l’amenait à Amiens ». De même dans le Lys dans la vallée, ils se sont rencontrés lors d’une fête très fréquentée : « la foule », « la fête ». Or, ici, aucune indication n’est donnée, le lecteur ignore donc tout des circonstances de leur rencontre.
D’autre part, dans les extraits vus auparavant, les personnages évoqués ne sont pas du tout, ou très peu décrits. Dans la Princesse de Clèves, l’auteur n’évoque que la beauté du couple en train de danser, et dans Manon Lescaut, deux adjectifs seulement qualifient Manon : « fort jeune » et « charmante », tandis que dans cet extrait, un portrait physique de Bérénice est dressé : « il la trouva […] laide », « il n’aima pas comment elle était habillée ». Il décrit la manière dont elle est habillée, il y a une anaphore du mot « étoffe » : « Une étoffe qu’il n’aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu’il avait vue sur plusieurs femmes. », « Ses cheveux étaient ternes […], mal tenus », répétition, anaphore du mot cheveux, qui insiste donc sur leur laideur, « plutôt petite, pâle ». C’est un portrait péjoratif, comme le montrent les adjectifs employés : petite, pâle, ternes…, contrairement aux autres textes, où les portraits physiques sont quasiment absents, mais où néanmoins la beauté, le charme des personnages est mentionné. Toutefois, dans le Lys dans la vallée, la jeune femme est longuement décrite mais de manière méliorative, voire érrostisée.
Par ailleurs, Aurélien et Bérénice n’ont aucun contact entre eux, ni physique, ni verbal, ils ne se parlent à aucun moment, ne se regardent pas, ils ne vont pas l’un vers l’autre. Dans La Princesse de Clèves cependant, le duc de Nemours et la Princesse ont un contact physique lors de la danse, puis s’ensuit une relation médiatisée. Dans Manon Lescaut, le Chevalier des Grieux fait le premier pas vers Manon, ils entament une conversation… Tout comme dans le Lys dans la vallée, où la jeune femme s’adresse brièvement au héros. Mais ici, les personnages ne se fréquentent pas du tout, il n’y a aucun dialogue. Le personnage n’est donc pas actif, contrairement au Chevalier des Grieux.
De plus, dans le texte d’Aragon, le narrateur est extérieur à l’histoire. Le récit est mené à la troisième personne du singulier : « Aurélien vit Bérénice », « Il la trouva », « elle lui déplut »… cependant, les textes de Balzac et l’Abbé de Prévost sont menés à la première personne, le narrateur est donc personnage de l’histoire, qui est racontée longtemps après, par des narrateurs plus « âgés ».
En outre, dans les textes de Madame Lafayette, de Balzac et de l’Abbé Prévost, les personnages ont des titres, des noms nobles : la Princesse de Clèves, le Duc de Nemours, le Chevalier des Grieux, Félix de Vandenesse, Madame de Mortsauf… tandis que dans celui d’Aragon, les personnages sont banals et ont des noms simples : Aurélien, Bérénice Morel. Cela s’explique par la différence des époques, celui d’Aragon datant du XXème siècle.
Contrairement au Chevalier des Grieux dans Manon Lescaut, qui est un novice en matière d’amour et qui fait ses premiers pas, Aurélien d’Aragon, lui, semble s’être déjà intéressé à des femmes dans son passé : « une étoffe qu’il avait vue sur plusieurs femmes ».
Enfin, Aurélien se demande pourquoi il est obsédé par un vers de Racine sans même en connaître la raison et s’interroge : « Pourquoi ? » qui est une question rhétorique, c’est-à-dire une question à laquelle on n’attend pas de réponse. Des phrases nominales sont présentes, telles « Mais Bérénice. Drôle de superstition », « Plutôt petite, pâle, je crois. », « C’était disproportionné. », « Territoire sous mandat. », ou encore « Tout à fait indépendamment de l’histoire de Bérénice. ». De plus, il y a de nombreux points de suspension, qui laissent planer le doute, le suspens. On ne retrouve ni ces phrases ni cette ponctuation dans les autres textes, où les phrases sont plutôt longues et bien construites. La structure des textes diffère aussi d’un texte à l’autre, puisque celui d’Aragon est divisé en deux paragraphes, tandis que les deux autres ne le sont pas.
 Il y a donc de nombreuses différences entre les textes que nous avons étudiés, aussi bien sur le fond (personnages, description, lieu…) que sur la forme (ponctuation, paragraphe, types de phrase…).
 Audrey D., 2nde section internationale, octobre 2010.

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Préparation d'Adam B. :

Tout d’abord, la description faite de Bérénice n’est pas méliorative du tout, contrairement aux autres textes, elle est très péjorative, comme nous le montre le passage ligne 1, « Il la trouva franchement laide, elle lui déplût ». L’amour n’est pas ne de nulle part, il n’y a aucun coup de foudre, comme aurait pu penser le lecteur, sachant qu’il s agit d’une rencontre amoureuse. De plus, la première fois qu’Aurélien voit la demoiselle, les cheveux de cette dernière étaient « mal tenus […] on n’aurait pas pu dire si elle était brune ou blonde » (l. 5-6), ce qui renforce encore plus le fait que Bérénice n’a pas grand chose pour plaire, aux yeux d’Aurélien.
Cependant, malgré ces points négatifs, l’homme, étrangement, est intrigue par son prénom, bien à l’ opposé des autres extraits, qui s’appuyaient essentiellement sur l’apparence physique, et, pour certains, le statut social.
Ensuite, la citation d’une autre œuvre (celle de Jean Racine, Bérénice, qui est une tragédie) : « je demeurai longtemps errant dans Césarée » (l.14) renforce le caractère différent de cet extrait, par rapport autres étudiés.
Aussi, un autre point différent de ce texte par rapport aux autres, est le fait que le narrateur sorte de son histoire, afin de parler d’autres œuvres, en l’occurrence celle de Racine. Mais également le langage qu’emploi le narrateur est plutôt un langage parlé (oral) et même familier, par l’emploi de « ca » (l.5, 10, 21), « c’était » (l.7, 15), « Tite. Sans rire. Tite » (l.25), « une espèce de » (l.21), « flemmard » (l.22). Il y a la volonté de l’auteur, de vouloir briser les codes romanesques traditionnels.
Enfin, l’auteur, bien qu’omniscient durant tout le long de l’incipit, emploie tout de même a un moment donné la première personne du singulier : « je crois » (l.8). Cet élément n’est présent dans aucun des textes précédents.
Tous ces développements nous montre donc bien a quel point et en quoi cet extrait est différent des autres déjà étudiés.

Adam B., 2nde section internationale, octobre 2010.
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Préparation de Manon D. :

Dans l’incipit d’Aurélien, d’Aragon, on remarque plusieurs différences importantes avec les trois autres textes étudiés en cours :  La Princesse de Clèves  de Mme de Lafayette, Manon Lescaut  de l’Abbé Prévost, et  Le Lys dans la Vallée de Balzac. La différence principale qui le différencie des trois autres extraits est le fait qu’il a été écrit au XXème siècle, donc durant le mouvement du surréalisme. Il ne suit pas le code romanesque de la rencontre amoureuse, comme le font les autres textes. A la toute première phrase, on pense que l’incipit respecte ce code romanesque : « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice », mais la suite de cette phrase nous prouve tout à fait le contraire, et le code romanesque est immédiatement remis en cause : « il la trouva franchement laide ».
 
Une autre différence importante est la description de la femme à travers les yeux du personnage. Sa description est péjorative, contrairement au trois autres qui décrivent une femme splendide et sublime, comme le montrent les expressions hyperboliques  « le brillant des cheveux » (Le Lys dans la Vallée), « maîtresse de mon cœur » (Manon Lescaut), et « tellement surprise de sa beauté » (La Princesse de Clèves).   
 
Le narrateur connaît toutes les pensée d’Aurélien, ses goûts, son passé : « Il n’aima pas comment elle était habillée », « Il avait des idées sur les étoffes » et « mais qui l’avait obsédé, qui l’obsédait encore ».  Le premier paragraphe de l’incipit est à la troisième personne, mais on aperçoit l’utilisation du pronom « JE » dans le second paragraphe : « je deviens gâteux ».  C’est une focalisation interne, puisqu’on a des perceptions visuelles d’Aurélien: “La première fois qu’Aurélien vit Bérénice”, “avait vue”... et une focalisation interne peut utiliser le pronom “JE”, tout aussi bien que le pronom “IL”. La première moitié de l’extrait est consacrée à la description de Bérénice, et l’autre à un vers de Racine qui lui revient perpétuellement en tête « Je demeurai longtemps errant dans Césarée ». C’est le premier texte qui  n’est pas entièrement consacré à la rencontre, au coup de foudre.
 
Ce récit ne contient pas de coup de foudre, ni d’âme sœur, ni de relation prédestinée. Aurélien réfléchit, contrairement à Vandenesse  et Des Grieux, avant de parler à Bérénice, bien que le texte nous fasse comprendre qu’il  n’en a même pas envie. Il paraît donc avoir plus d’expérience dans le domaine de l’amour, mais pas tellement puisqu’il a l’air de seulement juger le physique de cette femme. On ne sait pas où se passe l’action, ni quand, ni les personnes présentes, ce qui prouve que cet extrait est un incipit déceptif : tout est différent de ce à quoi on s’attend. Mais on sait qu’il ne se passe pas dans un  bal, ou lors d’une fête ou d’une soirée, comme dans les autres extraits qui ont des lieux significatifs qui dans la plupart, entraînent à la rencontre amoureuse des deux personnages : lors d’une fête dans  Le Lys dans la Vallée,  à un bal dans La Princesse de Clèves, et à un endroit isolé où l’homme et la femme ce retrouve seul dans  Manon Lescaut.
 
Finalement, on constate que cet incipit n’est pas vraiment une rencontre amoureuse, car Aurélien ne prête aucune attention à Bérénice. On sait, grâce au para texte, qu’une rencontre va avoir lieu, mais on ne sait quand. Cet incipit perturbe le lecteur, qui se pose beaucoup de questions. Voici les raisons pourquoi le texte est particulier aux trois autres.
 
 
Manon D., 2nde section internationale, octobre 2010.


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Préparation de Lorna C. :

Dans l’extrait d’Aurélien, la première chose qui nous frappe est la description que l’auteur fait de Bérénice - dont le personnage principal et éponyme, Aurélien, est censé tomber amoureux - comme nous le montre ce passage : « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. »
Toute la première partie du texte consiste en une description péjorative de Bérénice (« franchement laide », « il n’aima pas comment elle était habillée », « sans […] se considérer dans l’obligation d’avoir du goût », « cheveux […] ternes » etc.), contrairement aux trois textes précédents, plutôt mélioratifs envers le sujet du coup de foudre (utilisation d’hyperboles ou d’autres figures de style le complimentant). La clarté du dégoût d’Aurélien, cette franchise, sont caractérisées par des phrases courtes et concises, et des adjectifs dévalorisant Bérénice, comme « ternes », « petite », « pâle » et surtout « disproportionné », adjectif extrêmement dépréciatif. L’emploi incessant du champ lexical péjoratif accentue le sentiment d’aversion d’Aurélien envers Bérénice.
La seconde différence est dans la rencontre. D’après le peu d’informations à propos du contexte, on ne peut pas savoir si Aurélien et Bérénice se rencontrent seuls et sans intermédiaires (La Princesse de Clèves), ou dans un environnement calme, comme dans le texte Le Lys dans la vallée (et La Princesse de Clèves). De plus, leur rencontre n’est pas vraiment un coup de foudre, ce n’est pas « l’amour au premier regard » comme dans les textes La Princesse de Clèves, Manon Lescaut et Le Lys dans la vallée. Au contraire, comme démontré dans le premier paragraphe, Aurélien est repoussé par l’apparence de Bérénice.
Pour conclure, les différences entre les trois textes précédents (La Princesse de Clèves, Manon Lescaut et Le Lys dans la vallée) et Aurélien sont des différences importantes par rapport au même sujet. Une rencontre amoureuse, censée être passionnée, est en fait ici complètement renversée. On remarque le dégoût prononcé d’un des protagonistes de ce coup de foudre, qui finalement n’en est pas un.
 
Lorna C., 2nde section internationale, novembre 2010.
 

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Préparation de Fantine B. : 

Après avoir lu l'incipit d'Aurélien, D'Aaragon ( XXème siècle), nous pouvons constater de nombreux points qui diffèrent des précédentes rencontres amoureuses étudiées,


A l'inverse des textes précédents, cette rencontre amoureuse est loin d'être un coup de foudre, elle n'est pas ponctuée par une attirance physique ni un quelconque désir, Le champ lexical du dégout et de la laideur en est la preuve: «  déplut » (l,1), « n'aima pas «  (l,2) « n'aurai pas choisie » (l,2), « mal augurer »(l,3), « mal tenu »(l,5), « ennuie et irritation » (l,6), mais en revanche, ce dernier mot : « irritation » nous laisse penser qu'il n'est pas indifférent à la jeune femme, il se passe quelque chose entre eux sans qu'il ne s'en soit même pas rendu compte. Puis, comme pour renforcer la laideur de cette jeune femme aux yeux d'Aurélien (l.3,5et6) l'anaphore du mot « mal » nous démontre que physiquement elle n'est assurément pas a son goût. Aurélien s'étonne même de son dégoût qu'il juge « disproportionné » ( l.8), nous pouvons donc constater l'attention qu'il porte malgré tout à cette jeune femme,


Cette première rencontre est alors très différente des précédentes, à leur inverse celle-ci n'a rien d'une rencontre prédestinée, mais au contraire ces deux personnes nous laissent toutes les raisons de croire qu'ils ne se côtoieront jamais, Le jeune homme, en la regardant ne devine rien d'elle il ne fait que constater, à première vue elle n'a rien de son âme sœur. Quand à Aurélien, comme le montre la citation : «  il l'avait mal regardée »(l,6) cela diffère de beaucoup des autres textes. Habituellement les personnages masculins, malgré l'absence de description, physique détaillée nous laisse comprendre qu'ils étaient tous comme hypnotisé par la jeune femme qu'ils venaient de rencontrer, comme nous pouvons le voir à la ligne 31 de l'extrait de La princesse de Clèves : « Il ne put admirer que Mme de Clèves » et également à la ligne 4 de l'extrait de Manon Lescaut : « Elle me parut si charmante, que moi [...]ni regardé une fille avec un peu d'attention, […] je me trouvai enflammé tout d'un coup jusqu'au transport », Dans l'incipit de ce texte, Aurélien,lui,en garde «  une impression, vague, général, d'ennui et d'irritation » (l.7), dans cet incipit les personnages ne sont pas hors du commun, ils sont décrits de manière péjorative si bien que cela semble même surréaliste, Mais, tout à coup après avoir perçu le nom de la jeune femme, Aurélien s'intéresse à elle.


Le jeune homme est étonné du prénom de Bérénice que porte la jeune femme, celui-ci lui rappelle un vers de Racine. Son prénom témoigne de l'identité de Bérénice, en le comparant à un vers de racine cela implique que l'identité de Bérénice est comparable à ce vers de racine, Aurélien décrit le vers comme: «  Un vers qui l'avait hanté pendant la guerre,dans les tranchés, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'obsédé, qui l'obsédait encore » (l 10,11,12), C'est exactement le sentiment qu'il éprouve envers Bérénice, elle le hante inexplicablement, il n'y a aucune attirance physique mais pourtant il y a bien une forte attirance entre les deux personnages. L'anaphore du mot « vers » témoigne de la répétition incessante de ce vers dans sa tête, mais également du faut qu'il pense sans arrêt à Bérénice,

A la différence des autres textes, ce n'est pas le nom, donc le statut social, qui importe pour Aurélien mais le prénom, l'identité personnelle de la jeune femme. Leur rencontre est fondée sur une opposition car bien qu'il n'y ait aucune attirance physique, Aurélien remarque la jeune femme et se laisse obsédée par celle ci mais il ne montre pas directement les marques de son admiration, mais indirectement ,par l'intermédiaire de ce vers de racine qu'il compare à Bérénice. Les phrases du dernier paragraphe sont très souvent ponctuées de points de suspensions ,


Dans ce dernier paragraphe la ponctuation est très présente, notamment les points de suspension comme l'illustre la phrase: « l'histoire de Bérénice … l'autre, la vraie … D'ailleurs il ne se rappelait [...] » (l,16) cela témoigne de l'incertitude d'Aurélien, cela nous fait comprendre qu'il réfléchit à la suite du vers. Lors de cet incipit, le narrateur n'est pas un personnage de l'histoire, comme le prouve la citation : « La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il [...] » le narrateur parle du personnage principal à la troisième du singulier, cela diffère de l'extrait de Manon Lescaut qui, étant narré par le personnage principal qui plus est était dans un état second suite à un coup de foudre, le lecteur ne pouvait pas lui accorder toute sa confiance. Dans cet extrait il ne s'agit que du point de vu de Aurélien mais il semble objectif puisque il n'est pas attiré physiquement pas elle. Il n'y aucun dialogue n'y même aucune forme de communication. Nous n'avons pas la moindre idée de ce que pense ou ressent Bérénice, ni le point de vue qu'elle peut porter sur Aurélien, à la différence également des autres textes qui eux, nous laisse généralement deviner les sentiments de la partenaire cela est dû au fait que Aurélien ne prend pas d'initiative, l ne lui parle pas ni même ne tente une approche, Il se contente de la décrie en la regardant de loin, s 'étonnant de son attirance pour la jeune femme, Il n'y a aucun contact, Le cadre spatial de cette rencontre est absent mais il y a une présentation dans le temps comme le démontre: «  Le première fois »( l,1) « plus tard »(l.11) « encore »(l.13) il y a également du passé simple prouvant alors que ce texte appartient au type narratif et une absence de descriptif . Mais cette rencontre amoureuse n'est pas la seule, elle en engendre une autre.


En parallèle à cette rencontre, une autre histoire d'amour est présentée, il s'agit de l'histoire de ce vers de Racine ou une autre Bérénice se marie avec un bellâtre potelé alors qu'un autre homme est éperdument amoureux d'elle, l'union de ces deux êtres semble impossible,cela engendrera peut être une fin tragique entre Aurélien et Bérenice. Le fait qu'il y ait plusieurs histoires d'amour dans un texte diffère des deux précédentes étudiés, ou les extraits n'étaient fondés que sur leur rencontre exclusivement, Aurélien se remémorant le vers de Racine, décrit la ville de Césarée, il y a une personnification comme le montre cette phrase: «  des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichis, de voiles. Césarée … un beau nom [...]pour une femme » (l.21,22), Puis Aurélien s'interroge sur le nom de l'auteur de cette citation, comme si cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas posé la question, il s'était approprié la citation. Les seuls souvenirs de l'auteur sont une énumération ce qui montre qu'il en rajoute et qu'il se rappel de lui au fur et a mesure: « un grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria ... » ( l,22) La fin de l'incipit se termine sur le nom de l'auteur du vers, comme pour clore cette partie, comme on aurait pu la faire à la fin d'un vers pour citer l'auteur .


En conclusion, cet incipit diffère de beaucoup, des précédentes rencontres amoureuses étudiées. En effet celle ci, comme le démontre les différents points analysés ci-dessus à première vue, ne semble pas être un coup de foudre, ni non plus une rencontre prédestiné, comme aurait pu l'être, les précédents textes étudiés, Mais inexplicablement Aurélien s'intéresse à elle, et, inévitablement, comme le présage les différentes figures de style : ils tomberont amoureux et cet amour naissant dans l'impossibilité d'être vécu au grand jour, il mourra dans la tragédie.


 Fantine B., 2nde section internationale, novembre 2010.


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Préparation de Julie D. :

Aurélien a été écrit au XXème Siecle par Louis Aragon. L’extrait présenté est en effet l’incipit du roman. Leur première rencontre se passe à Paris.
 
« La première fois qu’Aurelien vit Bérénice, il l’a trouva franchement laide » (l.1), étonnement il s’agit d’une rencontre amoureuse. Cette phrase introduit tout le roman, elle est constituée d’une hyperbole « franchement laide », qui permet d’exprimer le physique extrêmement disgrâcieux de Bérénice Morel, aux yeux d’Aurélien. Cette exagération est employée au début du roman afin de marquer et choquer le lecteur.
On repère également le champ lexical de la négation :
«n’aima pas »  ; « il n’aurait pas choisie » ; « n’aurait pas pu dire » ; «  n’y avait pas repensé » .On constate également la présence de nombreuses expansions nominales toutes péjoratives : « laid » ; « cheveux ternes »  ; « mal tenus » ; « petite , pâle ».
Tous ces éléments sont contraires à ceux que l’on a pu étudier et  analyser dans les extraits déjà étudiés.
De plus,  Monsieur de Nemours , le Chevalier des Grieux et Madame de Mortsauf sont des personnages d’un niveau social élevé. En approfondissant l’extrait La Princesse de Clèves de Mme De Lafayette, les personnages se révèlent même hors du commun. Cela diffère une fois de plus de cet extrait d’Aurélien dans lequel les personnages sont d’un ordinaire frappant.
Le narrateur qui est d’ailleurs interne, est dans la peau d’Aurélien. Donc c’est un point de vue uniquement subjectif. Il critique aussi bien la façon dont elle est habillée, que ses goûts et sa coiffure. On remarque qu’il y prête tout de même une certaine attention puisque il nous la décrit. En effet la seule chose qui l’attire ou plutôt qui l’intrigue c’est son prénom Bérénice. Il lui rappelle  la tragédie Bérénice de Racine ainsi que Tite et Bérénice de Corneille, il fait notamment allusion à un vers précis  de cette pièce de théâtre : « je demeurais longtemps errant dans Césarée … » (l.14)
Il nous fait savoir que ce vers le « hantait pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé » (l.20)
On assiste à une comparaison entre le vers de la tragédie Bérénice et Bérénice elle-même.
Il ne dévoile aucun sentiment pour elle. En la décrivant il emploie des phrases verbales et utilise à de nombreuses reprises les points de suspensions (l.8) ; (l.14) ; (l.15) ; (l.16)… On en déduit qu’il casse les codes, le style d’écriture mais de façon intentionnelle. Il cherche à provoquer.
On remarque également une description uniquement physique, le lecteur peut supposer qu’il sera attiré par elle psychologiquement. Sa personnalité prendra le dessus sur sa laideur que critique Aurélien tout au long de l’extrait.
Tous ces éléments sont complètement opposés à ceux des extraits précédents. Des Grieux juge la jeune fille seulement pas son charme, sa beauté.
Dans cet extrait on a une absence d’échange de parole ou de dialogue.
Dans la Princesse de Clèves; même si c’est une relation médiatisée, Monsieur de Nemours et Madame de Clèves dansent ensemble. Dans Manon Lescaut, le Chevalier Des Grieux parle directement à la jeune inconnue.
Dans cet extrait il n’y a pas de dialogues ni de communication avec des intermédiaires.
Dans l’extrait la Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, monsieur de Nemours est en admiration devant Madame de Clèves. Il est ébloui par sa « parfaite beauté » (l.29) et ceci est réciproque. Dans l’extrait de Manon Lescaut de l’Abbé Prevost le Chevalier des Grieux éprouve, dés le premier regard, des sentiments pour la jeune inconnue, il ‘a décrit comme « charmante » (l.5)
Tandis que dans cet extrait d’Aurélien, le sentiment amoureux semble absent, loin du coup de foudre évoqué dans les autres textes . Et pourtant le paratexte présage une relation amoureuse entre Aurélien et Bérénice.

Julie D., 2nde section internationale, novembre 2010.

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Préparation de Margot B. : 

Cet extrait relate la rencontre amoureuse entre Aurélien et Bérénice. Mais celle-ci diffère de celles que nous avons étudiées dans les extrait des textes La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, Manon Lescaut de l'Abbé Prévost, et du Lys dans la vallée de Balzac. Nous allons voir pourquoi :


Cet extrait du texte d'Aragon est axé sur le ressenti, les impressions intimes d'Aurélien, le personnage principal, comme nous le prouvent ces citations : « il la trouva » (l.1), « elle lui déplut » (l.1), « il n'aima pas » (l.1-2), « il avait des idées » (l.2), « […] que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté [...] » (l.10), « il ne se rappelait » (l.16-17), « […] lui revenait et revenait » (l.20), il s'agit donc d'une focalisation interne.


Contrairement aux extraits de La Princesse de Clèves et de Manon et le Chevalier des Grieux, il n'y a aucun dialogue dans cet extrait.


De plus, on observe dans ce texte un manque de précision contrairement aux textes de Mme de Lafayette, de l'Abbé Prévost, et de Balzac, où la Princesse de Clèves, Manon et Madame de Mortsauf sont décrites par de nombreux adjectifs ou périphrases, même si pour Manon ces affirmations sont subjectives.

La description de Bérénice n'est pas détaillée du out, presque absente. La pensée du protagoniste (Aurélien) est exprimée, sans justifications toutefois, comme dans les citations suivantes : « il la trouva franchement laide » (l.1), « elle lui déplut » (l.1), « il n'aima pas comment elle était habillée » (l.1-2).


Aragon étant un des créateurs du mouvement surréaliste, on peut en déduire que ce texte en est inspiré, or le manque de précision dans les descriptions est une des caractéristiques de ce style.


La description de Bérénice n'est donc pas poussée et l'effet qu'elle produit sur Aurélien est moindre, presque inexistant, il peine à se rappeler d'elle : « il l'avait mal regardée » (l.6), « une impression vague » (l.7), « plutôt petite, pâle, je crois.. » (l.8). On observe une énumération à la ligne 8 « plutôt petite, pâle, je crois... » qui accentue l'incertitude du souvenir d'Aurélien sur l'apparence de Bérénice.


Alors que dans le texte de Madame de Lafayete la Princesse de Clèves paraît parfaite (cela est dû à son appartenance à la haute société), dans celui de l'Abbé Prévost, Manon paraît charmante, et que celui de Balzac contient une description érotisée de Madame de Mortsauf, une image banale, péjorative, de Bérénice est renvoyée, comme le prouvent ces citations : « […] franchement laide » (l.1), « sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût » (l.4), « ses cheveux étaient ternes » (l.4-5), « mal tenus » (l.5). Cette image péjorative est accentuée par la gradation descendante des trois premiers termes cités : « franchement laide », « ses cheveux étaient ternes », « mal tenus ».


De plus, cet incipit diffère des deux autres sur un point capital : la première rencontre, qui, dans les textes de Madame de Lafayette et de l'Abbé Prévost, est romantique, contrairement à celle de l'extrait d'Aragon, totalement dénuée de romantisme.

En effet, les personnages ne tombent pas amoureux l'un de l'autre, et Bérénice ne paraît pas plaire à Aurélien, qui ne la trouve pas charmante et n'est pas du tout attiré par elle, comme le montrent les citations suivantes : « La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide » (l.1), « Elle lui déplut » (l.1), « Il n'aima pas comment elle était habillée » (l.1-2). Cette accumulation et gradation descendante (« il la trouva franchement laide », « elle lui déplut », « il n'aima pas comment elle était habillée ») renforce l'absence d'attirance qu'éprouve Aurélien envers Bérénice.


Nous avons vu dans les textes de Madame de Lafayette et de l'Abbé Prévost que la rencontre laissait dans le coeur des deux personnages une agréable sensation, or dans cet extrait c'est l'inverse qui se produit : Aurélien ne semble guère apprécier cette rencontre, comme le prouvent ces citations : « il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation » (l.7), et « Voilà bien ce qui l'irritait » (l.9). Nous avons à la ligne 7 une gradation des termes « vague », « générale », « ennui », « irritation » qui accentue la mauvaise sensation que la rencontre avec Bérénice procure à Aurélien.


Dans le texte de Madame de Lafayette, la Princesse de Clèves, une fois le bal terminé, s'en va vanter les qualités du duc de Nemours à sa mère, le souvenir de cette rencontre perdure donc dans son esprit, tandis que dans l'incipit d'Aragon, Aurélien ne se rappelle plus des traits physiques de Bérénice, seul son prénom lui reste en mémoire : « Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. » (l.8-9) L'opposition de « Jeanne et Marie » contre « Bérénice » renforce le caractère singulier de ce prénom.


Aurélien associe ce souvenir ineffaçable du prénom de Bérénice à un vers de Racine qu'il a en tête depuis bien longtemps, et qui continue à le hanter comme le fait à présent ce prénom : « un vers qui l'avait hanté pendant la guerre […] mais qui l'avait obsédé, et qui l'obsédait encore » (l.10 à 13)


On observe une anaphore du mot « vers » : « vers » (l.10), « vers » (l.10 aussi), « vers » (l.11), « vers » (l.11 aussi), « vers » (l.15), qui se sert de ce vers pour renforcer la connotation tragique de cette rencontre, impliquée par la tragédie de Racine à laquelle il appartient. Cela montre encore une fois qu'Aurélien est obsédé par ce vers, et par Bérénice.


Contrairement au texte de Mme de Lafayette ou de Balzac, ce vers laisse donc planer sur cette rencontre une intuition de mauvais présage, comme le démontrent les citations suivantes : « Drôle de superstition » (l.9), « […] le type qui disait ça, une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria... qui avait attendu pour se déclarer que Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un bellâtre potelé, ayant l'air d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait la toge » (l.21 à 24).

« Drôle de superstition » (l.9), donne encore plus de singularité au prénom Bérénice, car cela sous-entend que la jeune femme ne s'appelle pas Bérénice par hasard, mais que cela a sûrement un lien avec la fille de la tragédie de Racine qui s'appelle aussi Bérénice. Cela renforce le mauvais présage qu'annonce cette rencontre.

On observe aussi le champ lexical du tragique : « tragédie » (l.18), « ravagé » (l.22), « mélancolique » (l.22), ainsi qu'une anaphore du terme « mal » : « mal » (l.3), « mal » (l.5), « mal » (l.6). Ces deux figures de style accentuent une fois encore le mauvais présage qui plane sur la rencontre amoureuse de Bérénice et d'Aurélien.


Les récits de Madame de Lafayette, L'Abbé Prévost et Balzac relatent seulement une rencontre amoureuse. Au contraire, le récit d'Aragon conte la rencontre amoureuse entre Aurélien et Bérénice Morel, mais une autre histoire d'amour est racontée en parallèle : celle de Bérénice et Tite, qui provient d'une tragédie de Racine, comme le prouvent les citations suivantes : « tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice... l'autre, la vraie... » (l.16), « brune alors, la Bérénice de la tragédie » (l.17-18). La juxtaposition de la rencontre amoureuse d'Aurélien et de Bérénice Morel et de la tragédie de Racine indique qu'il existe un lien entre ces deux histoires, et renforce la connotation tragique de la rencontre entre Aurélien et Bérénice.



Pour conclure, à la différence des trois autres textes que nous avons étudiés en classe, cette rencontre amoureuse entre les deux personnages débute mal car le récit renvoie une image banale, péjorative, de Bérénice, Aurélien n'est pas attirés vers elle. Aucun dialogue n'est institué, puisqu'ils ne semblent pas être prédestinés, il n'y a donc pas de coup de foudre entre eux. Leur rencontre semble avoir un lien avec une tragédie de Racine, elle a donc une connotation tragique (qui se vérifiera par la suite car lorsqu'Aurélien retrouve Bérénice en 1940, elle est tuée quelques heures plus tard par les Allemands)


Mais, malgré le mauvais départ que prend leur relation, Aurélien semble tout de même intrigué par Bérénice, et son incapacité à la « cerner » l'irrite, il y a donc une infime trace d'attirance, d'intrigue, et cela suffira presque pour qu'il puisse tomber amoureux d'elle, comme cela est indiqué dans le paratexte.


Margot B., 2nde section internationale, novembre 2010.


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Préparation de Shanna F. :

Ce texte est l’incipit d’Aurélien, de Louis Aragon. En effet, cela décrit une rencontre amoureuse entre Aurélien et Bérénice Morel. Cependant, cette rencontre ne ressemble aucunement à celles que nous avons étudiées jusqu'à présent.
 
Tout d’abord, les extraits de texte que nous avons étudiés représentaient des rencontres magnifiées. Toutes les descriptions, de la première à la dernière, étaient positives et faisaient passer la femme des rêves des protagonistes, pour des déesses.
Tandis qu’Aurélien, a première vue, trouve Bérénice plutôt repoussante, il n’y a aucun signe d’amour dans ce premier paragraphe : « franchement laide » (l.1) « elle lui déplut » (l.1) « il n’aima pas comment elle était habillée » (l.1-2) « ses cheveux étaient ternes » (l.5)
Aurélien semble avoir du goût et faire très attention à son apparence et à celle des autres. Il semble connaître les femmes comme le montre les passages suivants : « une étoffe qu’il n’aurait pas choisie » (l.2) « il avait des idées sur les étoffes » (l.2-3) et « les cheveux coupés, ca demande des soins constants » (l.5).
On apprend aussi que, contrairement aux extraits précédents, le jeune homme a de l’expérience avec les femmes, ce n’est pas sa première histoire d’amour («une étoffe qu’il avait vue sur plusieurs femmes » (l.3)).
Félix de Vandenesse dans Le lys dans la vallée, examinait Madame de Mortsauf avec intensité. Cela diffère donc d’Aurélien, où le personnage principal ne prête pas beaucoup attention à Bérénice, il la regarde rapidement, sans l’examiner : « Aurélien n’aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune » (l.6) « il l’avait mal regardée » (l.6) « je crois… » (l.8).
L’auteur a une vision négative sur toutes les personnes, dont Bérénice, avec « cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse de l’orient sans avoir l’air de considérer dans l’obligation d’avoir du goût »(l.3-4), ainsi que l’homme qui était sur le point de se mettre en ménage avec Bérénice, avec « un bellâtre potelé, ayant l’air d’un marchand de tissus qui fait l’article »(l.24). Il a aussi un point de vue péjoratif sur un vers de racine comme le prouve « un vers qu’il ne trouvait même pas un beau vers » (l.11). Cela diffère des textes précédents où, grâce a la rencontre amoureuse, la totalité ou grande partie du texte était positive.
 
Le texte est principalement constitué de phrases courtes dont certaines ne contiennent pas de verbes. Cela donne un rythme et donne l’impression que ce qui se passe n’intéresse pas Aurélien («Drôle de superstition » (l.9) « Brune alors, la Bérénice de la tragédie. »(l.17-18)). Les quelques longues phrases présentes dans le texte sont descriptives et il y a des accumulations de mots péjoratifs comme le montre « grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec de yeux de charbon » (l.22) « une impression vague, générale, d’ennui et d’irritation » (l.7), au contraire des anciens textes, qui étaient eux, très positifs.
 
De plus, les précédentes rencontres amoureuses étaient accentuées dans les textes et étaient les seuls sujets. Dans ce texte, le narrateur parle d’autres choses, par exemple de la ville de Césarée et d’un vers.
 
Pour finir, ce texte est assez compliqué à comprendre ce qui diffère des trois autres textes qui ne comportaient aucune difficulté. Ces expressions difficiles sont principalement dues aux points de suspension utilisés a sept reprises dans le deuxième paragraphe : « Bérénice…l’autre, la vraie… » (l.16) « Césarée… » (l.19) « la malaria… » (l.22).
 
En conclusion, la rencontre amoureuse décrite dans ce texte diffère complètement des extraits étudiés jusqu'à présent.


Shanna F., 2nde section internationale, novembre 2010.

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Préparation d'Elodie M. : 

Cette rencontre amoureuse diffère de celles que nous avons étudiées jusqu’à présent.

En effet, dans les précédents textes, on a pu remarquer que le personnage de M. de Nemours dans La princesse de Clèves, et le chevalier Des Grieux dans Manon Lescaut, sont, dès le premier regard, attirés par Mme de Clèves et Manon, les expressions suivantes le démontrent ; « M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté » ; « Elle me parut si charmante ». Ils sont chacun sous le charme des deux jeunes femmes, c’est le coup de foudre.
En revanche, dans l’incipit d’Aurélien d’Aragon, on peut clairement dire qu’il ne s’agit pas d’un coup de foudre, puisque leur amour est loin d’être immédiat, et qu’Aurélien n’éprouve aucune réelle attirance envers Bérénice : « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. » Cette hyperbole insiste sur sa laideur. Aurélien ressent même du mépris (« il l’avait mal regardée ») et du dégoût (« Elle lui déplut »). 
De plus, la description faite de la jeune femme est très péjorative, on retrouve le champ lexical de la laideur : « il la trouva franchement laide » ; « ses cheveux étaient ternes » ; « Elle lui déplut » ; « Plutôt petite, pâle », contrairement aux autres textes, où l’on retrouve des descriptions appréciatives : « parfaite » ; « elle devint toute ma fête » ; « coup velouté ». Bérénice nous apparait très vaguement (« [Il] n’aurait pu dire si elle était blonde ou brune ») et l’énumération suivante nous confirme qu’Aurélien accorde très peu d’égard à la demoiselle (« une impression vague, générale, d’ennui et d’irritation »). Aurélien tient beaucoup d’importance à l’apparence : « Il n’aima pas comment elle était habillée », et a déjà de l’expérience dans le domaine amoureux, (« une étoffe qu’il avait vu sur plusieurs femmes »).
Enfin, on peut distinctement repérer une remise en cause des codes romanesques traditionnels, contrairement aux précédents textes où ces mêmes codes sont respectés. L’incipit ne répond pas clairement à ces questions, les indications de temps sont extrêmement flou  (« plus tard, démobilisé »). On trouve quelques phrases nominales : « En général, les vers, lui… » ; « Tite. Sans rire. Tite » ; « Césarée », ainsi que des expressions typiquement orales : « franchement » ; « ca », et l’utilisation du registre familier (« flemmard » ; « en veux-tu, en voilà »).
Toutes ces démonstrations, nous montrent que cette rencontre amoureuse diffère bien de celles que nous avons étudiées jusqu’à présent.
Elodie M., 2nde section internationale, novembre 2010.

 

 


Date de création : 24/09/2010 @ 17:13
Dernière modification : 07/11/2010 @ 18:17
Catégorie : Préparations 2010/2011
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