Texte à méditer :  

LE SITE DE LETTRES DU CIV

 

    c


A savoir...

Fermer EAF 2017

Fermer Ecrire pour la planète

Fermer FLE

Fermer FLS

Fermer Lectures conseillées

Fermer Les parcours d'oeuvres intégrales

Fermer Petite bibliothèque personnelle (hors grands classiques)

Fermer Remerciements

Fermer Ressources numériques

Productions d'élèves

Fermer Aventures fabuleuses de la Méditerranée

Fermer Chevaliers dans la bataille

Fermer Chevaliers et dragons

Fermer Contes de la rue Mistral

Fermer Contes à dormir debout

Fermer Copies d'élèves (2005/2006)

Fermer Copies d'élèves (2006/2007)

Fermer Copies d'élèves (2007/2008)

Fermer Copies d'élèves 2008/2009

Fermer Copies d'élèves 2009/2010

Fermer Copies d'élèves 2010/2011

Fermer Copies d'élèves 2011/2012

Fermer Copies d'élèves 2012/2013

Fermer Copies d'élèves 2013/2014

Fermer Copies d'élèves 2014/2015

Fermer Copies d'élèves 2015/2016

Fermer Copies d'élèves 2016/2017

Fermer Copies d'élèves 2017/2018

Fermer Histoires d'Ulysse

Fermer Incipit (classe de 3ème)

Fermer Préparation (2006/2007)

Fermer Préparations (2007/2008)

Fermer Préparations 2008/2009

Fermer Préparations 2009/2010.

Fermer Préparations 2010/2011

Fermer Préparations 2011/2012

Fermer Préparations 2012/2013

Webmaster - Infos
Recherche



Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

Connexion

Se reconnecter
---

Votre nom (ou pseudo) :

Votre mot de passe :


 Nombre de membres 2 membres


Connectés :

( personne )

Webmaster - Infos
Retour

retour.gif

Préparations 2010/2011 - 2nde 10

Séquence n°1 : Comment lire un incipit?


Lecture analytique n°2 : incipit de Madame Bovary.

 
Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.
      Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d'études :
      – Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l'appelle son âge.
      Resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l'air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu'il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.
      On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n'osant même croiser les cuisses, ni s'appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d'études fut obligé de l'avertir, pour qu'il se mît avec nous dans les rangs.
      Nous avions l'habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d'avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c'était là le genre.
      Mais, soit qu'il n'eût pas remarqué cette manoeuvre ou qu'il n'eût osé s'y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C'était une de ces coiffures d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où pendait, au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait.
      – Levez-vous, dit le professeur.
      Il se leva ; sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire.



Question :
que remarquent les adolescents quand ils aperçoivent le nouveau et que peut on supposer, dès son arrivée, du caractère de Charles Bovary ?


Préparation de Jean-Marc V. :
 
Lorsque le nouveau entre en classe, les élèves remarquent plusieurs choses : « habillé en bourgeois » (ligne 2), cette remarque ne veut pas dire que le nouveau est un bourgeois mais plutôt qu’il est habillé à la façon des bourgeois, sans pour autant faire partie de cette classe sociale, comme s’il portait un déguisement. En effet, « un gars de la campagne » (ligne 12) confirme l’idée que le nouveau vient de la campagne. La suite, « d’une quinzaine d’années environ et plus haut de taille qu’aucun d’entre nous » (lignes 13 à 14) donne une impression de supériorité face aux autres élèves, car le nouveau est plus âgé et plus grand que tout le monde. Mais la description du nouveau devient de plus en plus péjorative tout au long du texte. En effet le narrateur décrit sa coupe de cheveux « coupés droit sur le front » (ligne 14) comme celle d’un  « chantre de village » qui fait perdre l’impression de supériorité que donnait son âge et sa taille car après cette phrase le nouveau nous apparaît plus comme un élève modèle et non comme un perturbateur qui réussirait plus à s’intégrer dans une classe telle que celle dans laquelle il se trouve. Cette perte d’aura fait que le nouveau baisse dans l’estime des élèves. Se rajoute à cette impression la phrase qui suit « l’air raisonnable et fort embarrassé » (lignes15 à 16) qui nous laisse penser que ce nouveau quoique supérieur en taille et en âge semble intimidé par les élèves.
D’après le narrateur, le nouveau porte un habit trop petit pour lui « quoiqu’il ne fut pas large d’épaule, son habit-veste […] devait le gêner aux entournures » (aux lignes 16 et 17) et ne semble pas à l’aise dedans. En effet, son habit cache ses « poignets habitués à être nus » (lignes 18 à 19)
Plus loin, le narrateur annonce clairement que le nouveau porte un vêtement trop vieux et trop petit pour lui quand il dit : « ses jambes sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles » aux lignes 19 à 20, car le suffixe péjoratif « âtre » définissant la couleur du pantalon laisse supposer que ce même pantalon a tellement servi qu’il en a perdu sa couleur d’origine. De plus la proposition « très tiré par les bretelles » laisse supposer que le pantalon n’est pas du tout à la taille du nouveau et qu’il a déjà servi à d’autres élèves avant lui. Enfin, selon le narrateur, ses souliers étaient « forts, mal cirés et garnis de clous » (ligne 21) donc mal entretenus et fait pour durer longtemps, comme si le nouveau ne possédait pas l’argent servant à renouveler ses souliers.
Lors de la récitation des leçons, l’élève se tient immobile, droit, attentif « n’osant même croiser les cuisses ni s’appuyer sur le coude » (lignes 23 à 24), contrairement aux autres qui, on le devine d’après ce que dit le narrateur s’appuient eux-mêmes sur le coude où croisent leurs cuisses.
Pour finir avec cette analyse de la description du nouveau, lors de la prière, le nouvel élève « tenait encore sa casquette sur ses genoux » (ligne 34) alors que les autres élèves la lançaient sous le banc afin d’avoir les mains libres. Le narrateur décrit alors longuement la casquette du nouveau, dont d’après lui, « la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile » (lignes 38 à 39), mais qui était neuve et, on le devine, un cadeau que le nouveau avait l’air d’aimer.
 
Dès son arrivée dans la classe, on peut deviner certaines parcelles du caractère de Charles Bovary :
Premièrement, le proviseur le recommande au maître d’études, « monsieur Roger […] voici un élève que je vous recommande » (lignes 7 à 8) ce qui laisse supposer que ce n’est pas un élève turbulent mais plutôt calme et travailleur. La suit du texte ne fait que nous conforter dans cette hypothèse. En effet, le narrateur explique que le nouveau a un « air raisonnable et fort embarrassé » (ligne 15). On en déduit que celui-ci est intimidé par tout le monde. De plus, le narrateur décrit ses poignets comme «habitués à être nus » (ligne 19) ce qui nous laisse supposer que le nouveau n’est pas habitué à porter une veste et donc que l’école ne lui est peut-être pas familier, c’est peut-être aussi pour cela qu’il est « fort embarrassé » (ligne 15) et qu’il n’entre qu’en cinquième alors qu’il est âgé d’une « quinzaine d’années », comme l’explique le narrateur à la ligne 13.
En classe, durant la récitation des leçons, le nouveau est, selon le narrateur, très motivé et sérieux, car il écoute les leçons « de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon » aux lignes 22 et 23 et lorsque « la cloche sonna, le maître d’études fut obligé de l’avertir » explique le narrateur aux lignes 25 et 26.
Pour conclure, on peut dire que le nouveau est un élève modèle, issu d’une famille modeste, comme le montre ses vieux habits, « un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles » (ligne 20), et motivé peut être par l’envie de passer « dans les grands, où l’appelle son âge », comme le dit le proviseur aux lignes 9 et 10.

Jean-Marc V., 2nde section internationale, septembre 2010.



flaubert.jpg



Préparation d'Emmanuel V. :

Dès l’arrivée de Charles Bovary, tous les élèves l’inspectent du regard jusqu’au moindre détail, d’où une extrême précision dans la description du « nouveau » comme l’appellent les élèves dans l’extrait. Au début, Charles est décrit comme étant « habillé en bourgeois », puis les élèves endormis se réveillent et, après quelques paroles échangées entre le proviseur et le maître d’études, la description se fait plus détaillée. D’abord qualifié de « gars de la campagne » (ligne 12), le narrateur donne ensuite un âge approximatif du protagoniste, comme le prouve l’expression « une quinzaine d’années environ » (ligne 13), puis précise son physique, comme on le voit dans la phrase « plus haut de taille qu’aucun de nous tous » (lignes 13-14) et compare sa coiffure à celle d’un choriste d’église dans l’expression « les cheveux coupés droit sur le front comme un chantre de village » (lignes 14-15). Bien que plus grand que tous les adolescents, il paraît intimidé par les élèves, comme le montre la ligne 15 « l’air raisonnable et fort embarrassé ». Alors qu’il ne semble pas être imposant au niveau de sa carrure, il est probable que Charles Bovary n’est pas habitué à porter de beaux vêtements mais qu’il les a mis spécialement pour sa rentrée scolaire. En effet ses habits sont décrits de haut en bas, comme la vision du narrateur élève qui l’observe : « Quoi qu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devrait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. » (lignes 16 à 19). Les élèves passent ensuite à la description du pantalon pour terminer sur celle des chaussures, comme le prouve l’expression suivante : « Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous. » (lignes 19 à 21).
        Lors de la récitation des leçons, les élèves remarquent qu’il n’ose pas faire grand-chose, en effet l’expression suivante le prouve « attentif comme au sermon, n’osant même croiser les cuisses, ni s’appuyer sur le coude […] le maître d’études fut obligé de l’avertir pour qu’il se mît avec nous dans les rangs. » (lignes 23-26).
        Les adolescent décrivent ensuite avec beaucoup plus de précision la casquette, en utilisant le vocabulaire qui n’est pas celui d’un enfant de cinquième mais plutôt celui d’un grand connaisseur, ce qui nous prouve que le narrateur interne du début du texte a changé pour devenir à la fin un narrateur omniscient : « une de ces coiffures composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton » (lignes 35 à 37)
        Dès le début de l’incipit, on peut déjà extraire quelques traits de caractères concernant le protagoniste. En effet on peut supposer que Charles Bovary a un caractère plutôt réservé et qu’il est intimidé par tous ces élèves qui le dévisagent (on remarque que pendant tout le début de texte, qui correspond à l’arrivée du nouveau dans la classe, le premier narrateur interne qui fait partie des élèves décrit le personnage avec une extrême précision, ce qui prouve qu’il l’a beaucoup observé). Il n’ose pas faire comme les autres élèves (être distrait en cours, jeter sa casquette par terre pour faire de la poussière) et préfère se comporter comme un élève sérieux, peut être pour pouvoir aller par la suite dans une classe de « grands », comme dit le Proviseur au maître d’études, où il devrait être normalement : « si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge. ». On peut aussi supposer que le protagoniste n’est pas très malin, comme le prouve l’intervention directe du narrateur omniscient lorsqu’il décrit la casquette : « dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile » (lignes 38 et 39).

Emmanuel V., 2nde section internationale, septembre 2010.


flaubert.jpg
 
Préparation d'Aurore G. :

Que remarquent les adolescents quand ils aperçoivent le nouveau ?
 
     Madame Bovary est le roman phare de Flaubert.
Il l’a écrit au XIXème siècle et y raconte la vie d’une femme de province qui s’ennuie.
Le roman débute avec l’arrivée de Charles Bovary (le futur mari de Mme Bovary)  dans sa nouvelle classe et les critiques de ses camarades.
    Tout d’abord, on remarque que les élèves ne sont pas habitués à recevoir un « nouveau »(l.2) : « ceux qui dormaient se réveillèrent et chacun se leva comme surpris dans son travail » (l.4). On peut en déduire, que c’est surement pour cela qu’ils scrutent et critiquent fortement Charles.
      Charles est «  plus haut » (l.14) et plus âgé que les autres élèves, il n’a peut-être plus les mêmes centres d’intérêt qu’eux et sera sans doute raillé pour cela : « il passera dans les grands ou l’appelle son âge » (l.l9), « d’une quinzaine d’année environ » (l.14).
     Au début, Charles est  pris pour «  un bourgeois » (l.4), mais les élèves se rendent vite compte que c’est un « gars de la campagne ». Il ne se sent pas à l’aise dans son costume qui le «  gène aux entournures »(l.8) et ses poignets sont rouges et éraflés signes qu’il travaille dans les champs.
Sa mise est constituée de nombreuses couleurs ne s’accordant pas entre elles : « Ses jambes en bas bleus sortaient d’un pantalon jaunâtre »(l.20), « sa chemise de drap vert à boutons noirs ». Cela ne l’avantage pas et lui confère même un certain ridicule. Ses souliers « mals cirés et garnis de clous » prouvent qu’il est peu soigneux et témoignent qu’il vient bien de la campagne.
Sa casquette est longuement décrite « d’ordre composite, éléments du bonnet à poil, du chapska, su chapeau rond… » (l.35/40) et reflète un peu l’apparence de Charles Bovary. Elle est d’ailleurs volontairement ridiculisée : «  la laideur muette » (l.38), « trois boudins circulaires » (l.40) afin surement de se moquer de son propriétaire «  toute la classe se mit à rire. » (l.50) Flaubert la décrit même comme imbécile, un adjectif d’habitude utilisé pour les humains : « comme le visage d’un imbécile » (l.30)
       Son aspect physique est longuement détaillé et critiqué, se cheveux sont coupés comme «un chantre de village » (l.15), son visage est « raisonnable et l’air embarrassé » (l.14) ce qui montre qu’il est gêné d’être là. Les adolescents font preuve d’un comportement hostile envers ce nouveau, ils le critiquent fortement sans essayer de le connaître ou de l’intégrer à la classe.  
 
 
Que peut-on supposer du caractère de Charles Bovary dès son arrivée ?
 
    Dès son arrivée, le lecteur peut supposer que Charles est un garçon timide et réservé mais il apparaît aussi comme une personne ne voulant ou ne pouvant pas trop s’intégrer dans cette classe plus jeune que lui. En effet, il reste dans l angle derrière la porte au lieu de se présenter à ses nouveaux camarades. On peut imaginer que Charles n’est pas rempli de joie à l’idée d’être dans cette classe de petits « plus haut de taille, » (1.11) au lieu de celle « où l’appelle son âge. »(l.9).
       D’ailleurs son intégration dans cette classe n’est pas facilitée par le fait qu’il soit plus âgé et plus grand que les autres élèves «  plus haut qu’aucun d’entre nous »(l.14). 
      Le nouveau semble être gêné dans cette classe : il n’ose pas croiser les cuisses ni s’appuyer sur le coude et le maître est obligé de l’avertir pour qu’il sorte de la classe (l.12/15). Le lecteur voit clairement qu’il se perçoit comme un intrus  dans sa nouvelle classe où chacun de ses gestes est épié. Son attitude peut aussi être perçue comme de la timidité.
   Par ailleurs,  les adolescents ont leurs habitudes, codes et manies. Une d’entre elles est de jeter leurs casquettes par terre afin d’avoir les mains libres (l.27).  L’adolescent n’effectue pas ce geste et garde sa casquette sur ses genoux, peut être pour ne pas la salir ou par peur qu’on la lui vole. Il est maladroit et l’attitude de ses camarades quand il fait tomber sa coiffe prouve qu’il ne s’intégrera pas facilement. «  Sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire. »
Charles Bovary apparait donc comme un élève réticent, timide et maladroit qui aura du mal à s’intégrer à cette nouvelle classe.
    
 
Aurore G., 2nde section internationale, octobre 2010.

flaubert.jpg

 
Préparation de Maureen K. :

Que remarquent les adolescents quand ils aperçoivent le nouveau et que peut-on supposer dès son arrivée du caractère de Charles Bovary ?
 
            L’incipit d’un roman, son début, est très important : il doit captiver le lecteur en lui fournissant certaines informations comme le lieu de l’action, les personnages principaux, l’époque et l’intrigue majeure. Cependant l’auteur ne doit pas donner trop d’informations dans son incipit pour garder son lecteur en haleine jusqu'à la fin du roman. Dans l’incipit de Madame Bovary, écrit par Flaubert au XIXème siècle, un jeune garçon du nom de Charles Bovary, qui s’avérera être un des personnages principaux du livre, nous est présenté. Le narrateur est un des personnages, un camarade de Charles, utilisation de la première personne du pluriel « nous » (l.1) ce qui nous donne une focalisation interne.
            L’incipit se déroule dans une classe de collège, on retrouve le champ lexical de l’école dans le texte : « étude » (l.4), « Proviseur » (l.1), « pupitre » (l.3), « travail » (l.4), dans laquelle il y a des élèves de « cinquième » (l.8). Un nouveau, Charles, est présenté à ses camarades de classe. Le narrateur, qui est interne, fait une analyse du personnage de haut en bas, comme le ferait tout être humain. Il le décrit de manière péjorative physiquement comme nous le montre « gars de campagne » (l.12), « souliers forts, mal cirés » (l.21), « sa casquette[…] une de ces pauvres choses » (l.34 à 38), « la laideur muette » (l.38), utilise le suffixe « -âtre » dans le groupe de mots « pantalon jaunâtre » (l.20) qui a une valeur dépréciative, et fait des comparaisons désagréables à son encontre : « les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village » (l.4/5) et « comme le visage d’un imbécile » (l.39). Il porte des habits très bariolés comme l’illustre les couleurs énoncées « verts » (l.17), « noirs» (l.17), « bleus» (l.19), « jaunâtre » (l.20) ce qui contraste aussi avec ses « poignets rouges » (l.18 à 19).
            Le narrateur fait aussi quelques remarques sur le caractère du nouveau et le décrit comme « l’air raisonnable » (l.15), « fort embarrassé » (l.15/16), « attentif » (l.23) ce qui nous montre que c’est un personnage timide et à l’écoute. Il semble aussi avoir des difficultés à s’intégrer au sein des autres comme le confirme « resté dans l’angle » (l.11), « on l’apercevait à peine » (l.11/12), « le maître d’études fut obligé de l’avertir, pour qu’il se mît avec nous » (l.25/26). De plus , il ne reproduit pas les manœuvres auxquelles les autres élèves s’adonnent comme le prouve la citation « il n’eût osé s’y soumettre » (l.33). Enfin, malgré le fait que Charles soit plus âgé, (« il passera chez les grands, où l’appelle son âge » (l.9/10)) et « plus haut de taille » (l013) qu’aucun des autres élèves de cinquième, il ne se fait pas respecter et ses camarades se moquent de lui ouvertement, comme en témoigne très bien le texte « Toute la classe se mit à rire » (l.49/50).
            Dans cet incipit, Flaubert décrit précisément l’un des personnages principaux, ce qui aidera le lecteur à le comprendre au cours du roman. De plus cette précision et la médiocrité du personnage de Charles Bovary sont des caractéristiques du mouvement littéraire de Réalisme dont Flaubert est un auteur reconnu.
 
Maureen K., 2nde section internationale, octobre 2010.

flaubert.jpg

 
Préparation de Julia G. : 

Gustave Flaubert, grand écrivain du XIXème siècle, appartenant au mouvement du réalisme, nous présente dans cet incipit de Madame Bovary la rentrée scolaire de Charles Bovary. Celui-ci nous est décrit physiquement mais certains éléments nous donnent des indices sur le caractère de ce nouvel élève.


Lorsqu'ils aperçoivent le « nouveau » (lignes 2,12 et 33), les garçons de la classe remarquent que l'élève n'a pas le même âge qu'eux : « Plus haut de taille qu'aucun de nous tous » (ligne 13,14).

Les adolescents remarquent également que cet élève est « habillé en bourgeois » (ligne 2). Cela nous montre qu'il se distingue déjà des autres élèves alors qu'il vient à peine d'entrer en classe.

De plus, ce garçon nous est exposé comme « un gars de la campagne » […] Son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissant voir […] des poignets rouges habitués à être nus » (ligne 16 à 19). Cette citation nous montre que les écoliers se moquent de cet adolescent qui visiblement ne rentre pas dans leurs critères. Cette partie de l'incipit nous apprend que Charles vient de la campagne et devait travailler aux champs, puisque ses poignets sont rouges.

Le fait que le « nouveau » soit serré dans ses accoutrements nous insinue qu'il n'a pas assez d'argent pour s'en acheter de plus appropriés, ou alors qu'il n'a pas suffisamment d'élégance.

Ses sont décrits de façon grotesque. En effet, il est vêtu « en bas bleus » ainsi que d'un « pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles » (lignes 9,10). Cette description ressemble presque à celle d'un clown.


Flaubert nous donne, dès l'incipit, des informations qui permettent au lecteur de visualiser le personnage de Charles Bovary et de percevoir son caractère.

Il apparaît comme quelqu'un de très timide. Lorsque Charles entre dans la salle de classe, il reste « dans l'angle, derrière la porte » (ligne 11). Il est mal à l'aise, « n'osant même croiser les cuisses ni s'appuyer sur le coude » (ligne 13,14).

Le « nouveau » ne suit pas les habitudes des autres élèves, comme lorsque les 'anciens' lancent leur casquette sous les bancs, lui préfère la garder sous les genoux. Cette démarche nous permet de conclure que Charles Bovary est un garçon réservé et qu'il a du mal à s'adapter. Il n'est pas à sa place, comme nous le confirme le narrateur en l'appelant un « gars de la campagne » (ligne 12).

Le nouvel élève essaye tant bien que mal de faire comme les autres mais il n'y parvient pas.

L'incipit de Madame Bovary nous permet de dresser un portrait physique et psychologique du personnage. Flaubert nous dévoile petit à petit le protagoniste, ce qui fait naître une certaine curiosité chez le lecteur .


Julia G., 2nde section internationale, novembre 2010.


flaubert.jpg

 

Préparation de Léa K.: 

 

Dès son entrée dans l'école, tous les regards de la salle d'études se posent sur Charles Bovary. On peut supposer que les élèves n'ont pas l'habitude de recevoir des nouveaux dans leur école car « ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail » (l.3à4).

Les adolescents dévisagent « le nouveau » et remarquent qu'il est différent d'eux. Il est dit que le nouveau est «habillé en bourgeois», ce qui est faux car il sera, par la suite, décrit comme un campagnard, comme le montre le texte: «un gars de la campagne». Ils observent également qu'il diffère par sa taille et son âge «il passera dans les grands, où l'appelle son âge» et «plus haut de taille qu'aucun de nous tous». Le nouveau est ensuite décris de haut en bas, ce qui prouve que la scène est vue à travers le regard d'un élève: ses cheveux sont «coupés droit sur le front», il a sur son visage «l'air raisonnable et fort embarrassé», il n'est «pas large des épaules», il porte un «habit-veste de drap vert à boutons noirs», ses poignets sont «rouges habitués à être nus», «ses jambes en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles», et il est chaussé «de souliers forts, mal cirés, garnit de clous».

C'est ensuite sa casquette qui est décrite très en détail, certainement pour se moquer de sa drôle d'allure. Mais sa casquette joue un rôle important dans ce début d'histoire. Les élèves remarquent que le «nouveau» ne se prête pas à leur coutume de lancer leurs casquettes «sous le banc, dès le seuil de la porte, de façon à frapper contre la muraille, en faisant beaucoup de poussière». Il la garde sur ses genoux. Cependant, quand le professeur leur demande de se lever, sa casquette tombe, ce qui fait rire «toute la classe».

Dès son arrivée dans l'école, on peut supposer que Charles Bovary est un adolescent timide et réservé. Il ne veut pas s'imposer, ni déranger, il est «resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine».

Cependant, le nouveau est un élève sage et attentif en classe «attentif comme au sermon», «n'osant même pas croiser les cuisses, ni s'appuyer sur le coude» et également obéissant «le maître d'études fut obligé de l'avertir, pour qu'il se mît avec nous dans les rangs».

Charles Bovary semble venir d'un milieu humble et ne se sent pas à sa place face aux autres élèves. Il semble embarrassé par sa différence «l'air [...] fort embarrassé». Il souffre des moqueries de ses camarades.

Tout cela nous fait également supposer que le nouveau est un personnage médiocre, par son apparence dévalorisante et par son attitude et son comportement.

Léa K., 2nde section internationale, novembre 2010.





flaubert.jpg

 

Préparation d'Ivana B. :

 

Dans cet incipit de Madame Bovary de Flaubert écrit en 1857, nous avons une description très détaillée du nouvel élève de l’école.
                Lorsque « le nouveau » (nom donné à tout nouvel élève pour le différencier des anciens) entre dans la classe, il est immédiatement au centre de tous les regards. En effet le narrateur (un des adolescents) remarque qu’il est « habillé en bourgeois » (L2), affirmation qui se révèle fausse puisque l’on apprend neuf lignes plus tard que le « nouveau » est « un gars de la campagne » (L 12). Le narrateur juge donc sans savoir. Le « nouveau » est tout de suite jugé différent des autres élèves, « plus haut de taille que chacun d’entre nous » ( L14), « d’une quinzaine d’année environ » (L13), qui eux sont très soudés entre eux, comme nous le précise le narrateur dés le début : « nous ».
De plus, il est rendu ridicule par sa description physique, sa coupe de cheveux : « Les cheveux coupés droit sur le front » (L14), les adolescents le compare directement à un chantre de village. Vient après la description de ses habits (description faite de haut en bas) : « habits veste drap vert » (L17) , « bouton noirs » (L17) ; « poignets rouges » (L19), « ses jambes en bas bleus »(L19), « pantalon jaunâtre » (L20), une multitude de couleurs afin d’accentuer le ridicule de l’élève. Ses vêtements lui donnent l’air d’un clown ce qui est amplifié par ses chaussures  décrites dans le texte comme: « souliers fort mal cirés garnis de clous » (L21)
Mais ce qui choque et que remarquent le plus les élèves est que ce dernier n’a pas « le genre » (L31). Il ne jette pas sa casquette par terre comme les autres, il la garde avec lui ce qui amuse les adolescents. Sa casquette est ensuite décrite minutieusement pour finalement admettre qu’elle est laide : « d’une laideur muette » (L38) aussi ridicule que ses habits malgré le fait qu’elle soit neuve : « elle était neuve, la visière brillait » (L46-47).
Les élèves étant très moqueurs, il suffit que la casquette tombe de ses genoux, pour que tout le monde éclate de rire et humilie « le nouveau ».
Grâce à toute cette description nous pouvons supposer dès son arrivée que Charles Bovary est un garçon très timide , comme indiqué dans le texte: «  resté dans l’angle derrière la porte » (L11), « fort embarrassé » (L5-6), il est aussi raisonnable « l’air raisonnable » (L5).
C’est également un élève sage, attentif et obéissant : « Il les écouta de toutes ses oreilles » (L22-23), « attentif comme un sermon » (L23)  « N’osant même pas croiser les cuisses ni s’appuyer sur le coude » (L24).
Il n’ose rien faire, peut-être par peur ou par timidité. Il attend même que le maître d’études lui dise qu’il peut se lever pour aller se ranger alors que tous les élèves le sont déjà: « le maître d’étude fut obligé de l’avertir pour qu’il se mit avec nous dans les rangs » (L25-26).
Charles Bovary est un enfant réservé et introverti puisqu’il n’essaye pas, du moins pour le moment de s’intégrer, nous le remarquons quand les élèves jettent leur casquettes à terre sauf lui, il reste dans son coin, sans dire un mot, n’adressant la parole à personne. « Le nouveau » ne semble pas être à sa place dans cette classe.
 

Ivana B., 2nde section internationale, novembre 2010.

 


____________________________________________________________________________________________________________________________________
 
Lecture analytique n°4 : incipit d'Aurélien, d'ARAGON.

Aurélien tombe amoureux de Bérénice Morel qui, de sa province, est venue passer quelques jours à Paris. Puis les circonstances de la vie éloignent les deux personnages : leur amour ne cesse pas, mais il ne peut pas non plus vraiment exister. En 1940, mobilisé, Aurélien retrouve Bérénice, qui a changé. Mais quelques heures plus tard, elle est tuée par les Allemands, en voiture.
                Voici les premières lignes du roman :
 
La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'avait obsédé, qui l'obsédait encore :

Je demeurai longtemps errant dans Césarée…

En général, les vers, lui… Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi ? c'est ce qu'il ne s'expliquait pas. Tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice…l'autre, la vraie… D'ailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie. Brune alors, la Bérénice de la tragédie. Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth. Territoire sous mandat. Assez moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichis, de voiles. Césarée… un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un beau nom en tout cas. Césarée… Je demeurai longtemps … je deviens gâteux. Impossible de se souvenir : comment s'appelait-il, le type qui disait ça, une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria… qui avait attendu pour se déclarer que Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un bellâtre potelé, ayant l'air d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait la toge. Tite. Sans rire. Tite.



Préparation de Léa P. :

Contrairement aux incipits jusqu' alors étudiés, qui appartenaient au mouvement Réaliste, l' incipit d' Aurélien d' Aragon appartient, lui, au mouvement du Surréalisme. Les textes réalistes comme Madame Bovary de Flaubert ou La cousine Bette de Balzac sont identifiés ainsi pour le nombre de détails qui décrivent les faits, les objets, les personnages tels qu' ils sont dans la vie réelle. Le Surréalisme est au contraire un courant littéraire qui cherche à exprimer les pensées et les rêves.
            Dès la première phrase, nous vivons la scène à travers les pensées et les réfléxions d' Aurélien : "il la trouva franchement laide" (l.1) ou encore "il n' aima pas comment elle s' était habillée" (l.2). Cette expression d' une pensée ets bien liée au Surréalisme. Aragon n' utilise délibérement aucune précision comme s' il ne désirait pas que son personnage se justifie : "Elle lui déplut, enfin" (l.1).
            Nous ne trouvons pas de description détaillée à propos de la couleur de ses cheveux, ou encore sur ses habits. Aragon préfère exprimer la pensée, l' avis et le sentiment de son personnage Aurélien, plutôt que de développer la description des vêtements de Bérénice : "Une étoffe qu' il n' aurait pas choisie" (l.2), "Une étoffe qu' il avait vu sur plusieurs femmes" (l.3). Nous ne connaissons ni la matière, ni la couleur, ni la forme, ni la longueur, ni même le type du vêtement que Bérénice porte.
            Nous sommes ici, effectivement très loin du Réalisme ; un auteur de ce courant aurait multiplié les descriptions de cet habit. Nous en avons un exemple dans l' incipt de Madame Bovary de Flaubert lorsque celui-ci décrit la casquette du jeune Charles Bovary : "ces coiffures d' ordre composite, où l' on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton ..."        
            A la ligne 3, Aragon va plus loindans l' expression de la pensée d' Aurélien. Ce n' est pas une description mais directement une critique du personnage de Bérénice : "Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d' Orient sans avoir l' air de se considérer dan l' obligation d' avoir du goût". il lui reproche son absence de goût en matière de vêtements; Le lecteur n' est pas convié à se forger sa propre opinion puisqu' aucune description de la tenue en question ne lui est offerte. Le lecteur est donc dans l' obligation de n' entrendre que la critique exprimée par Aurélien.
            Logiquement, et dans la droite ligne du courant littéraire auquel appartient Aragon, la "description" de Bérénice elle-même réside dans les réfléxions d' Aurélien. Celui-ci continue donc de la critiquer : "Ces cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenu" (l.5). on apprend ici que ses cheveux sont coupés (l.5) mais c' est la seule précision auquel le lecteur aura droit. il ne saura pas par exemple si la chevelure de celle-ci est "blonde ou brune" (l.6) pas plus qu' Aurélien lui-même qui refuse de s' en rappeler, son esprit critique étant toujours très vif à ce moment-là.
            Aurélien exprime à nouveau ses sentiments lorsqu' il dit avoir ressenti "une impression vague, générale, d' ennui et d' irritation" (l.7). Nous sommes toujours à l' opposé des descriptions précises de faits qui sont le propre du Réalisme.
            Son sentiment d' irritation provient du prénom de cette femme : Bérénice. Celui-ci lui rappelle un vers de Racine. Aragon fait alors entrer le lecteur dans une forme de parallélisme qui bien-sûr est encore une fois représentatif du Surréalisme et non pas du Réalisme.
            De même Aurélien se demande avec irritation pourquoi il est attiré par Bérénice qu' il trouve insignifiante; de même il se posait la question, à une époque, pourquoi un vers extrait du texte de Racine l' avait "obsédé" et même "hanté" (l.10 à 12) alors qu' il ne le trouvait pas beau : "Je demeurait longtemps dans Césarée" (l.14)
            A la ligne 17, Aragon décrit enfin le personnage de Bérénice, non pas celle qu' Aurélien a observé, mais celle de la tragédie de Racine. L' aspect irréspectueux de la description de Bérénice "moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichi, de voiles." (l.19) s' oppose à celle des auteurs réalistes du XIX ème siècle.
            plus irréspectueux encore est la dezscription des prétendants de Bérénice. Le
premier est décrit comme "une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard" (l.22) ; le second comme "un bellâtre potelé ayant l' air d' un marchand de tissus qui fait l'article" (l.24).
            Le ton et les termes utilisés pour les descriptions des personnages tranchent réellement avec ceux des auteurs réalistes dans les incipits étudiés précedemment.
            Aragon utilise un "language parlé", un second degré que l' on retrouve jusqu' à la dernière ligne "Tite.Sans rire.Tite" qui n' était absolument pas en vogue chez Balzac, Flaubert ou Zola par exemple.
 
 Léa P., 2nde section internationale, octobre 2010.

 
 

                                                                                                                      Aragon.jpg



Préparation d'Alexandra S. :

Nous avons jusqu'à présent travaillé sur des incipits de textes réalistes écrits par Balzac, Flaubert et Zola, où la description est très précise. Dans le roman Aurélien d’Aragon, le but est d’exprimer une pensée plutôt que de dépeindre la réalité telle qu’elle est. C’est donc un texte surréaliste.
 
 Au début de cet incipit, nous découvrons Bérénice à travers Aurélien qui ne semble pas du tout attiré par elle. Cela est prouvé dès la première ligne : « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut. » De même, le narrateur nous dit : 
« Qu’elle su fut appelée Jeanne ou Marie, il n’y aurait pas repensé, après coup. » (l.8) ou encore « Aurélien n’aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. » (l.6). Aurélien ne porte aucune attention à Bérénice. Nous avons aucun élément de description physique ni psychologique sur Bérénice. Seule l’opinion D’Aurélien sur elle est exprimée. C’est une focalisation interne qui répond de façon très imprécise à la question « qui ? ».
 
 Contrairement à Zola, Flaubert ou Balzac, Aragon utilise des phrases courtes et nominales : «  Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voila bien qui l’irritait. » (l.9). Ces phrases courtes peuvent faire penser au lecteur encore une fois qu’Aurélien ne prête pas attention à elle, en parlant vaguement, brièvement. Aragon utilise aussi un langage familier, et cela s’oppose aux romans du XIXème siècle : « flemmard » (l.22), « bougre (l.21) ou « bellâtre » (l.24).
 
 Lorsque Aragon fait une description, il utilise très peu d’adjectifs (« Ses cheveux était ternes ce jour-là, mal tenus. » (l.4-5)), ce qui est totalement différent du réalisme.
 
 Un incipit est supposé donner envie au lecteur de lire la suite du roman ou de la nouvelle en donnant les renseignements aux questions Où ?, Qui ?, Quand ? et Quoi ? Mais l’incipit ne doit pas tout révéler de l’histoire pour avoir une fonction apéritive. Dans cet incipit, Aragon dit au lecteur qu’Aurélien n’aime pas Bérénice et qu’il ne l’appréciera sûrement jamais. Mais si nous lisons la suite du livre, nous pourrons voir que Bérénice et Aurélien tombent amoureux. Cela n’est pas attendu vu le dégout qu’a Aurélien pour elle lors de leur première rencontre.
 
 Pour conclure, nous pouvons voir qu’entre le texte d’Aragon et celui de Flaubert, par exemple, la plus grande différence est que Flaubert décrit avec beaucoup de précision lorsqu’il écrit une histoire alors qu’Aragon, lui, se contente du minimum, sans donner de description précise ou de détail sur un événement. Il s’agit évidemment d’une preuve de modernité littéraire.

Alexandra S., 2nde section internationale, octobre 2010.


Aragon.jpg
 
Préparation de Léa K. : 

L'incipit d'Aurélien a été écrit au XXème siècle, tandis que ceux de La cousine Bette, Madame Bovary et Germinal datent du XIXème siècle. Par conséquent, il est possible de penser qu'il diffère des précédents.


Tout d'abord, dans les incipits des romans de Balzac, Flaubert et Zola, nous avions, dès les premières lignes, une description, plus ou moins précise de l'époque, du lieu et des personnages de l'histoire: «vers le milieu du mois de juillet de l'année 1838», «sur les places de Paris» (La cousine Bette), «nous étions à l'étude» (Madame Bovary), «dans la plaine rase», «l'homme était parti de Marchiennes vers deux heures» (Germinal). Cependant, dans l'incipit d'Aurélien, nous n'avons aucun indice sur le lieu et l'époque où se déroule l'histoire, ni d'informations sur les personnages. Il faut attendre la fin du premier paragraphe pour seulement être au courant que le roman se déroule après la Première Guerre Mondiale («un vers qui l'avait hanté pendant la guerre, dans les tranchées»), et probablement en France ( prénoms francophones: «Aurélien», «Bérénice», référence à la première Guerre Mondiale: «tranchées» et référence à la littérature française: Bérénice de Racine).

Le lecteur est donc mal informé sur ce début de roman. Cet incipit ne remplit pas la fonction informative et apéritive car le lecteur ne connaît toujours pas les renseignements obligatoires et cet incipit ne suscite pas spécialement l'envie de lire la suite.

Ensuite, cet incipit diffère par le point de vue du narrateur. Dans les incipits précédents, le narrateur était omniscients, sauf dans la première partie de l'incipit de Madame Bovary, tandis que dans celui-là, il est interne. C'est le personnage principal qui raconte l'histoire à la troisième personne du singulier. On le voit car il évoque ses sentiments, «il la trouva franchement laide», «elle lui déplut», «il n'aima pas comment elle était habillée», «il avait des idées sur les étoffes». Puis on suit les idées qui le traversent: «elle lui déplut, enfin», «plutôt petite, pâle, je crois...», «en général, les vers, lui...», «l'histoire de Bérénice...l'autre, la vraie...». On voit aussi que l'on suit ses pensées car il se souvient de la jeune femme qu'il a vue «la première fois qu'Aurélien vit Bérénice», il associe son nom avec un vers d'une tragédie: «je demeurai longtemps errant dans Césarée» «mais Bérénice. Drôle de superstition», puis il se remémore cette tragédie de Racine «il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance», «impossible de se souvenir: comment s'appelait-il», «Tite. Sans rire. Tite».

De plus, cet incipit ne fait pas partie du même mouvement littéraire que les trois précédents. Ils appartenaient aux mouvement réaliste et naturaliste, qui décrivent la réalité telle qu'elle est, alors que l'incipit d'Aurélien fait partie du surréalisme. Ce mouvement vise à libérer la création de toute contrainte et de toute logique. C'est pour cette raison qu'Aragon n'est pas obligé, dans son incipit, de remplir la fonction informative sur les questions «Qui? Où? Quand? et Quoi?».

Il a pris la liberté de changer la structure. Contrairement aux textes précédents où l'on rentre progressivement dans l'histoire, avec une suite logique (description de plus en plus précise, on commence par le lieu, pour arriver au personnage principal puis à l'intrigue autour de lui), dans cet incipit, il n'y a pas de suite logique car on commence par la description de Bérénice, la fille qu'Aurélien a rencontrée, puis il y a un retour en arrière sur le vers de la tragédie de Racine qui est «Je demeurai longtemps errant dans Césarée...».

L'auteur utilise également des phrases courtes («Tite. Sans rire. Tite.») et une ponctuation différente avec beaucoup de points de suspension («Bérénice...l'autre, la vraie») par rapport aux autres textes.

 

Pour toutes ces raisons, cet incipit d'Aurélien, de Louis Aragon, diffère de ceux que nous avons étudiés jusqu'à présent.



Léa K., 2nde section internationale, novembre 2010.

Aragon.jpg
 
Préparation de Thomas G. : 

Les incipits déjà étudiés comme l'incipit de Madame Bovary, de Germinal ou de la Cousine Bette font partie des textes réalistes et naturalistes pour Germinal.

L'incipit d'Aurélien fait partie du mouvement surréaliste.


 

Les trois incipits étudiés en classe répondaient aux questions "ou", "qui" et "quand". Dès le début de chacun de ces trois textes nous connaissions les indicateurs de temps et de lieu ainsi qu'une description détaillée des personnages principaux. Ces descriptions étaient faites par des phrases longues et riches en adjectifs.


 

L'incipit d'Aurélien est différent. Nous n'avons aucune notion spatio-temporelle. Une vague idée sur l'époque est suggérée lorsqu'Aurelien parle de ce vers qui "l'avait hanté pendant la guerre dans les tranchées", nous comprenons donc que ce fait se déroule aprés la première guerre mondiale.

En lisant cet incipit, nous n'avons aucne description des lieux ou des personnages, nous allons connaître la pensée et le sentiment d'Aurélien au sujet de Bérénice. La focalisation est ici interne à l'opposé des autres incipits ou la focalisation zéro est utilisée, sauf dans la première partie de l'incipit de Madame Bovary.


 

Dans le premier paragraphe, Aurélien parle surtout du physique de Bérénice. "il la trouva franchement laide"; "Elle lui déplut". "Il n'aima pas comment elle était habillée." "Ces cheveux étaient ternes et mal tenus ce jour-là". On remarque aussi que cette description est floue, vague. "Il l'avait mal regardée", Plutôt petite, pâle, je crois ...." 'Il lui en demeurait une impression vague, générale ....".

Bérénice deplaît à Aurélien mais la description est incertaine, peu sûre, imprécise, contrairement aux autres incipits des textes réalistes ou les descriptions sont trés precises. Il en sort une impression de flou, de malaise, "Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune".


 

Le deuxième paragraphe évoque les pensées d'Aurélien. Ce vers de Racine qui le hantait est décrit de facon plus précise. Les phrases sont plus longues et les descriptions plus détaillées. Mais le langage utilisé est familier 'grand bougre", 'flemmard"," bellâtre potelé" et les pointillés sont trés présents dans l'incipit. Les phrases nominales sont présentes : "Tite. Sans rire. Tite", "drole de superstition", "Mais Bérénice", "Un beau nom en tout cas", "Césarée". Ce texte est différent des textes du XIX. Le narrateur fait ici une analogie avec l'histoire d'Aurélien et la tragédie de Racine.


Thomas G., 2nde section internationale, novembre 2010.

Aragon.jpg
 
Préparation de Lise F. :

Jusqu’à présent, les textes que nous avons étudiés, la cousine Bette de Balzac et Germinal de Zola étaient extraits d’œuvres réalistes. Cependant, l’incipit d’Aurélien d’Aragon diffère à plusieurs niveaux par rapport aux incipits précédemment étudiés.
      
       Premièrement, cet incipit est différent des autres car il est extrait d’une œuvre surréaliste. Le surréalisme exprime le fonctionnement réel de la pensée, c’est à dire qu’il décrit les valeurs de l’irrationnel, de l’absurde, du rêve et libère l’esprit de l’homme des morales contraignantes du nationalisme de la société bourgeoise. Ce mouvement, proche du dadaïsme, est né à la fin de la première guerre mondiale. Aurélien exprime les pensées qu’il a eu lors de sa première rencontre avec Bérénice : « il la trouva franchement laide » (l.1), « elle lui déplut, enfin » (l.1), « il n’aima pas comment elle était habillée » (l.2).
       De plus, on remarque dans cet extrait l’absence de précision que l’on trouvait dans les autres extraits : « à la porte d’une maison nouvellement bâtie… » (Balzac), « resté dans l’angle, derrière la porte » (Flaubert). Ici Aurélien nous fait une description vague et peu précise de Bérénice, il suffit de lire « Aurélien n’aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune » (l.6), « il lui en demeurait une impression vague et générale » (l.7), « plutôt petite, pâle, je crois… » (l.8). On retrouve peu d’indications spatio-temporel dans cet incipit en comparaison aux deux autres incipits réalistes où l’on pouvait situer le lieu et la période de l’action de manière précise. L’histoire se passe après la première guerre mondiale (« pendant la guerre, dans les tranchées » (l.11), « plus tard démobilisé » (l.11), et nous savons grâce au para texte qu’elle se passe en France « Paris ».
       Par ailleurs, la description de la jeune femme est faite à travers les yeux d’Aurélien, comme le prouve : « elle lui déplut », « il l’avait mal regardée » (l.6), c’est donc une focalisation interne où nous découvrons les impressions et les pensées d’Aurélien. Au contraire, dans les autres extraits, le narrateur était omniscient car il connaissait tout des personnages (sauf au début de Madame Bovary où l’on retrouve une focalisation interne).
      Enfin, le style d’écriture de cet extrait diffère car dans la seconde partie, on remarque que les phrases sont très courtes, parfois nominales avec beaucoup de points de suspension (« je demeurai longtemps… », « en général, les vers, lui… »). En opposition aux incipits de Madame Bovary et la cousine Bette où les phrases sont longues, formées d’expansions nominales car elles sont très descriptives.
 
       Cet incipit d’Aurélien d’Aragon diffère donc sur de nombreux points, car c’est un auteur surréaliste qui nous décrit la pensée du personnage éponyme.
 
 
Lise F., 2nde section internationale, novembre 2010.


Aragon.jpg

 
Préparation de Maureen K. :

 
            Que les œuvres soient écrites pas différents auteurs à différentes périodes n’enlève pas la valeur première de l’incipit : la valeur informative. Un incipit, par définition, doit donner des informations majeures sur le roman pour captiver le lecteur. Cependant, même si la qualité principale ne change pas, il existe tout de même des différences importantes entre certains incipits, tel qu’entre Aurélien de Louis Aragon et les autres œuvres que nous avons étudiés jusqu’à présent ; c’est-à-dire La cousine Bette d’Honoré de Balzac, Madame Bovary de Gustave Flaubert, ainsi que Germinal d’Emile Zola.
            Tout d’abord, ces œuvres n’ont pas été écrites à la même période. Balzac, Flaubert et Zola sont des auteurs de XIXème siècle, alors qu’Aragon est un auteur du XXème siècle. Cette différence est très importante car les auteurs sont influencés par tout ce qui les entoure : les auteurs et les mouvements littéraire contemporains, les diverses avancés technologiques, politiques et scientifiques, le changement de pensé des populations et les événements historiques qui ont pu se produire. Au XIXème siècle, les auteurs doivent respecter les codes romanesques de la littérature, alors qu’au XXème siècle les écrivains contournent ces règles.
            De plus, dans le roman Aurélien, Louis Aragon utilise énormément de phrases courtes, dont certaines sont même des phrases nominales, comme l’illustre le texte « Elle lui déplut, enfin. » (l.1), « Il l’avait mal regardé » (l.6), « Mais Bérénice. » (l.9), « Drôle de superstition. » (l.9), qui donne un rythme saccadé au texte. Alors que, dans les trois autres incipits étudiés, leurs auteurs utilisent des phrases composées de nombreux adjectifs, de compléments du nom et de propositions subordonnées relatives qui permettent des descriptions détaillées, qui nous donnent une sensation de réalité. Louis Aragon utilise une manière très différente pour décrire. Le narrateur, interne dans ce texte, ne décrit pas seulement ce qu’il voit, il traduit ses propres pensées, confuses, brèves et aléatoires. Il utilise un vocabulaire familier comme nous le montre « chichis » (l.19), « bougre » (l.22), « flemmard » (l.22) et une oralisation de l’écrit, comme nous l’indique « ça » (l.5 / 10 / 21) utilisé à la place de « cela », contrairement au vocabulaire soutenu des textes de Balzac, Flaubert et Zola.
Par ailleurs, les quatre incipits sont écrits au passé. Cependant, les trois premiers incipits étudiés sont à l’imparfait car le narrateur décrit et il y a un passage au passé simple dans le dernier paragraphe. Alors que dans Aurélien le début du texte est au passé simple (« vit » (l.1), « trouva » (l.1), « déplut » (l.1), « n’aima » (l.2) et « fit » (l.3)) et le reste du texte est à l’imparfait. Le passé simple est un temps utilisé pour des actions, ce qui peut susciter l’intérêt du lecteur et ainsi correspondre à la fonction « apéritive » d’un incipit. Louis Aragon captive tout de suite le lecteur avec ses premières phrases en utilisant une hyperbole négative : « il la trouva franchement laide » (l.1), qui fait beaucoup réfléchir le lecteur sur la suite de l’histoire entre ces deux personnages. De plus cette hyperbole est en contradiction avec les codes romanesques, appliqués dans les trois incipit du XIXème siècle.
            Enfin, cet incipit ne remplie pas entièrement sa fonction informative. Certes nous avons quelques réponses aux questions habituelles (quand ?, où ?, qui ?) mais rien n’est très précis, et celles-ci sont souvent sous entendu. L’histoire se déroule après 1918, car nous savons qu’Aurélien à été démobilisé, et le mot « tranchées » (l.11) fait référence à la Ier Guerre Mondiale de 1914 à 1918. De plus, nous pouvons déduire que l’incipit à lieu en France car les personnages énoncés ont des prénoms français, Bérénice et Aurélien, il y a une référence à la Ier Guerre Mondiale pour laquelle Aurélien fut mobilisé, et aussi deux références littéraire à Bérénice de Racine (vers (l.14) « je demeurai longtemps errant dans Césarée… »), et à Tite et Bérénice de Corneille, comme nous le prouve « Tite » (l.25), qui sont deux tragédies françaises du XVIIème siècle. Enfin les descriptions des personnages sont incomplètes ; Aurélien n’est pas décrit physiquement et Bérénice n’est pas décrite psychologiquement. De plus la description physique de Bérénice est subjective car elle est faite par le narrateur qui est un narrateur interne, et le portrait psychologique d’Aurélien est minimal (nous savons seulement qu’il a une obsession pour un vers de la tragédie Bérénice de Racine).
            Pour conclure, ce n’est pas parce que ces quatre textes sont des débuts de roman qu’ils ont forcement les mêmes caractéristiques et que les auteurs doivent suivre le même procédé de rédaction, car la littérature est en perpétuel bouleversement.
 

Maureen K., 2nde section internationale, novembre 2010.



Aragon.jpg


 
Préparation d'Ivana B. :

L’incipit d'Aurélien, écrit au XXème siècle par Louis Aragon diffère énormément de celui de Madame Bovary de Flaubert et de La Cousine Bette de Balzac. Il en diffère de par sa forme et des procédés utilisés.
 
En effet, dans cet incipit, aucune date comme aucun lieu ne nous est communiqué. Nous sommes donc dans l'inconnu total et cela perturbe le lecteur car il n'est pas prêt, bien informé pour ensuite partir et suivre le cours de l'histoire,la fonction informative de l'incipit n'est donc pas totalement remplie. Contrairement à Madame Bovary ou La Cousine Bette, où, dès le début du roman nous sommes fixés:"Nous étions à l'étude"(L4) et "bonnet à poil" (L36) (Madame Bovary) et ainsi que:"Vers le milieux du mois de juillet de l'année 1838" (L1) et "Paris" (L3) (Cousine Bette). Le lecteur est informé ce qui n'est pas le cas ici, mais ce qui peut être une force pour donner l'envie au lecteur de continuer à lire pour en savoir plus.
 
            Dans cet incipit, il y a également une absence complète de liens logiques, les informations que l'on nous donne sont données dans le désordre. On nous parle premièrement de la première fois qu’Aurélien vit Bérénice et des impressions qu'il eut d'elle:"La première fois qu'Aurélien vit Bérénice" (L1), "Elle lui déplut, enfin" (L1). Puis nous partons sur un sujet complètement différent, Bérénice rappelle à Aurélien un vers de Racine comme le dit le narrateur: "il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête" (L10).
Cela nous amène au deuxième paragraphe n'ayant aucun rapport avec le premier. Dans ce paragraphe, il y a des mots, des bribes de phrases, tout ce qui passe par la tête du narrateur : « En général, les vers, lui..."(L15); "Césarée" (L19), expliquant le vers.
Il y a également des changements de personnes à certains endroits qu'il n'y a pas dans les autres incipit. Tantôt le texte est à la troisième personne du singulier:"Il n'aima pas" (L1-2), "Voici bien ce qui l'irritait"(L9), "qu'il ne trouvait" (L11), tantôt à la première personne du singulier: "je demeurais" (L20), "je deviens gâteux" (L20). Ce changement trouble le lecteur.
 
            Ce qui oppose également cet incipit aux précédents est la forme du texte, ici les phrases sont courtes, saccadées: "Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie"(L1-2). Il y a une rupture stylistique par rapport au XIXème siècle où les phrases sont longues et coules les unes sur les autres. Cette énumération de phrases dans le désordre montre que la jeune femme n'a pas marqué Aurélien et qu'il ne s'en souvient que vaguement. C'est pour cela que le narrateur relate tout au fur et à mesure. Sa description n'est pas dans la continuité comme l'est Charles Bovary dans Madame Bovary ou le capitaine dans La Cousine Bette.
Ce portrait et le procédé sont complètement différents de ceux utilisés dans Germinal de Zola où la description du début est longue, dans la continuité, fluide. Employer des phrases courtes ici, accentue le fait que Bérénice soit petite et mal proportionnée comme le dit le texte:"disproportionnée"(L8), "petite"(L8), "drôle de superposition" (L9).
Cette façon d'énumérer rend le récit étrange à lire puisqu'il n'y a pas de fluidité.
 
            Pour finir cet incipit n'est pas construit de la même façon que les autres, car dans Madame Bovary et La Cousine Bette, il y a un rapprochement, on part de quelque chose de général et on arrive sur une autre de plus précise, plus spécifique (de Charles Bovary à sa casquette, et du Capitaine, Paris à la cour de l'hôtel). Or dans cet incipit on part de Bérénice, pour arriver sur l'analyse d'un vers rappelant Bérénice: "La première fois qu'Aurélien vit Bérénice" (L1), "Césarée" (L18) Ce n'est pas un rapprochement, mais un changement de sujet très perturbant pour le lecteur. Un rapprochement aurait été l'inverse, partir d'un vers et en arriver à Bérénice en la décrivant précisément.
Cette façon de procéder dérange le lecteur qui est dans l'incompréhension totale.
Cette oeuvre n'est pas réaliste comme les autres mais surréaliste, il n'y a pas de limite de la pensée, l'auteur dit tout ce qu'il pense.


Ivana B., 2nde section internationale, novembre 2010.

Date de création : 29/09/2010 @ 18:00
Dernière modification : 17/11/2010 @ 17:26
Catégorie : Préparations 2010/2011
Page lue 3599 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article


^ Haut ^