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Préparations 2011/2012 - 2nde 3
Séquence n°1 :
 
 
Comment lire un incipit?
 
 
Groupement de textes n°1 : Les débuts de roman.
 
 
Objets d'étude : Le roman et la nouvelle au XIXème siècle : Réalisme et Naturalisme.
 
 
 
Problématique : En quoi l'incipit est-il un moment de rencontre privilégié avec l'oeuvre?
 
Lecture analytique n°3 : incipit d' Aurélien, de Louis ARAGON (1944).
 
Aurélien tombe amoureux de Bérénice Morel qui, de sa province, est venue passer quelques jours à Paris. Puis les circonstances de la vie éloignent les deux personnages : leur amour ne cesse pas, mais il ne peut pas non plus vraiment exister. En 1940, mobilisé, Aurélien retrouve Bérénice, qui a changé. Mais quelques heures plus tard, elle est tuée par les Allemands, en voiture.

                Voici les premières lignes du roman :

 

La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'avait obsédé, qui l'obsédait encore :

Je demeurai longtemps errant dans Césarée…

En général, les vers, lui… Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi ? c'est ce qu'il ne s'expliquait pas. Tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice…l'autre, la vraie… D'ailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie. Brune alors, la Bérénice de la tragédie. Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth. Territoire sous mandat. Assez moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichis, de voiles. Césarée… un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un beau nom en tout cas. Césarée… Je demeurai longtemps … je deviens gâteux. Impossible de se souvenir : comment s'appelait-il, le type qui disait ça, une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria… qui avait attendu pour se déclarer que Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un bellâtre potelé, ayant l'air d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait la toge. Tite. Sans rire. Tite.




Question : en quoi cet incipit diffère-t-il de ceux que nous avons précédemment étudiés?



Préparation de Victor R. : 



Louis ARAGON se distincte par des éléments propre au surréalisme dont il est l’un fondateur. En effet cet incipit issu du surréalisme est singulièrement différent de l’incipit de Germinal par Zola et de Madame Bovary par Flaubert : tous deux sont réalistes ou naturaliste. Il est innovant d’un point de vue de son fonctionnement, de sa forme et de son style.
Premièrement, on remarque l’absence d’éléments spatio-temporels précis : « […] un vers qui l’avait hanté pendant la guerre, dans les tranchées » (l.10-11) soit après la guerre des tranchées, 1918. Et à peine plus précisément : « […] Beyrouth. Territoire sous mandat » (l.18) ; on se situe donc entre 1920 et 1946. En ce qui concerne l’espace, seule l’hypothèse est possible ; Louis Aragon est français, écrit à propos de Bérénice par Racine, français : l’histoire se situe vraisemblablement en France (ce qui reste un vaste territoire). On ne peut pas répondre aux questions de base que devraient nous apporter un incipit réaliste (Où ? Quand ? Quoi ?).
Deuxièmement, pour reprendre sur le thème de l’imprécision : on ne connaît que le nom et les pensées du personnage. Quant à Bérénice, il ne détaille pas plus : « franchement laide » (l.1), « Aurélien n’aurait pu dire si elle était blonde ou brune » (l.6).  Le fait qu’il utilise une focalisation interne renforce sa subjectivité.
 Son manque de détails se reflète aussi sur la forme du texte : c'est-à-dire des phrases courtes dont beaucoup sont construites sans verbe : « Une étoffe qu’il n’aurait pas choisie. » (l.2), « Mais Bérénice » (l.9), « Ou pour une femme. » (l.20). Il utilise beaucoup de points de suspension (l.8/14/15/16/19/20/22…) qui traduisent soit des trous de mémoire, des silences ou des moments ou une réflexion est suggérée : « […] la malaria… qui avait attendu pour se déclarer » (l.22), « Césarée… » (l.20).
La focalisation interne de l’incipit nous permet de « rentrer » dans les pensées d’Aurélien, caractéristique du surréalisme : «  Plutôt petite, pâle, je crois… » (l.8), « Je demeurai longtemps … Je deviens gâteux. » (l.20). Le langage qu’il emploie n’est pas non plus celui qu’emploierait un auteur d’une époque antérieure : « flemmard » (l.22), « bellâtre » (l.24). Le langage, les silences et ses avis nous démontrent que nous lisons de son point de vue.
Cet Incipit semble apparemment dénudé de toute information, mis appart quelques renseignements sur les personnages. Ce début serait alors seulement une introduction ? Le mouvement littéraire le veut certainement car les divergences entre réalisme et surréalisme sont nombreuses quant à la façon d’aborder un roman.
 
Victor R., 2nde section internationale, octobre 2011.

                                                                                                                                                                                 Aragon.jpg


Préparation de Coraline B. : 

Le surréalisme est un mouvement littéraire qui date de 1924, juste après la première guerre mondiale, et qui a pour but de libérer la création de toute contrainte et de toute logique. Aragon est un des fondateurs de ce mouvement littéraire et Aurélien est l’un de ses grands romans publié en 1944, dont est extrait l’incipit de celui-ci. L’incipit de ce roman traite de la rencontre entre le personnage principal, Aurélien et la femme qu’il aimera plus tard Bérénice. Le texte est axé sur la description de Bérénice par Aurélien.
 
 
Le texte est constitué de deux paragraphes, c’est-à-dire qu’il est court, et cette brièveté se retrouve dans plusieurs parties du texte. La longueur des phrases est tout à fait à propos puisqu’elles sont pour la plus part courtes : « elle lui déplut » (l1), « l’avait mal regardée » (l6), « voilà bien qui l’irritait » (l9), « Tite » (l25), « Sans rire » (l25) cette ponctuation, et cette structure ont pour but d’accentuer sur la rapidité et la brièveté des actions, ce qui ne correspond pas aux codes romanesque traditionnel, du XIX ème siècle.
 
Donc dans le premier paragraphe Aragon décrit l’impression qu’a ressentie Aurélien, en voyant pour la première fois Bérénice. Elle est présentée de manière péjorative : « laide » (l1), « elle lui déplut » (l1), «mal tenus » (l5), « disproportionnée » (l8). Il conclut toute cette série d’adjectif par «Impression, vague, général, d’ennui et d’irritation » (l7).
La description de Bérénice dans le premier paragraphe se traduit dans le second paragraphe par une comparaison avec un personnage de tragédie.
En effet, Aurélien compare Bérénice avec une autre Bérénice d’un des vers d’une tragédie de Racine, qui lui est venu à l’esprit en la voyant, et la tragédie est qualifiée de et il décrit Césarée une ville où se trouve Bérénice « moricaude » (l18).
 
La description faite de la jeune femme est dépréciative, mais le registre familier est également utilisé à propos de la tragédie classique , de ses personnages et de son auteur: « laide », « franchement », « habillée », « après coup », Il « scie » (l17), « moricaude »l18, «  en veut-tu en voilà », « chichis », « flemmard » (l22), « bougre » (l22), « ravagé » (l22).
 
Dans cet incipit deux axes de lecture obtiennent des réponses, Aurélien et Bérénice sont les personnages principaux de cet extrait, répond à la question Qui ?
Quand se passe l’histoire ? « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice »l1 ; « ce jour-là »l5.Mais on ne connait pas la réponse à la question Où ? (on ne prend pas en compte le lieu de la tragédie de Racine), le texte indique que ça se passe entre 1914 et 1918, puisqu’Aragon utilise les termes « guerre » (l11), « tranchées » (l11) et « démobilisé » (l11), et on suppose que l’histoire se passe en France, car les prénoms des protagoniste sont français : Aurélien et Bérénice.
 
Cet incipit comporte des verbes à l’imparfait « était » (l2); « avait » (l2) ; « portait » (l3) ; « demeurait » (l6) ; « irritait » (l9). Des expansions du nom: « une impression vague, générale, d’ennui et d’irritation » (l7) et « une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard avec des yeux de charbon » (l22), et la sollicitation d’un sens humain, la vue : « vit » (l1), « mal regardée » (l6), « yeux de charbon » (l22) et « ayant l’air » (l24). C’est donc un texte descriptif, mais la localisation est très imprécise.
 
 
Comme démontré précédemment ce texte ne respecte pas totalement les critères d’un texte descriptif,  mais dès la première ligne des verbes sont au passé simple « vit » (l1), « trouva » (l1), « déplut » (l1), « n’aima » (l2), « demanda » (l7).Habituellement, l’auteur utilise le passé simple vers la fin de l’incipit pour la narration commence, petit à petit. La localisation temporel est comme la localisation dans l’espace : imprécise, puisque certain mot font référence à la guerre des tranchées. Ce texte remet donc en cause les codes romanesques traditionnels, vu précédemment dans Mme Bovary et Germinal.
 
Nous avons vu que ce texte comportait des verbes à l’imparfait et au passé simple, mais il a aussi des verbes au présent : « ça demande » (l5), « je crois » (l8), « je deviens » (l21), ça donne une impression de réel, et on a l’impression de vivre l’action au moment où il le dit.
 
La structure du texte est différente, selon les siècles l’incipit du XIX ème siècle commence à l’imparfait pour décrire les personnages et le lieu, et se finit au passé simple pour introduire la narration, qui permet de continuer la suite. Les axes de lectures permettent de créer les 4 différents paragraphes, qui sont nécessaire à la compréhension du roman, en nous indiquant, Où ? Se déroulent l’action, à qu’elle époque (Quand ?) et qui sont les personnages principaux. Le registre soutenu domine, sauf dans le dialogue ou il peut s’agir du registre courant. Tandis que l’incipit du XXème siècle est beaucoup plus centré sur la description d’un seul et unique personnage, ce qui empêche le lecteur de savoir où se déroule l’action. Les deux paragraphes sont constitués de courtes phrases, ce qui accélère la lecture, et le déroulement de l’histoire. Les axes de lectures ne sont pas tous présent, on peut imaginer que l’auteur louis Aragon, est voulu que le lecteur choisisse l’endroit de la rencontre entre les deux protagonistes. Le registre utilisé est le langage courant et familier, surprend le lecteur.

Coraline B., 2nde section internationale, octobre 2011.
 
Aragon.jpg
Préparation d'Enzo B. :

Dans l’incipit d’Aurélien, de Louis Aragon, de nombreux éléments diffèrent par rapport à l’incipit de Germinal, d’Emile Zola et à l’incipit de Madame de Bovary de Gustave Flaubert.
 Tout d’abord, on constate dès la première lecture que Louis Aragon appartient à un mouvement littéraire complètement différent ainsi qu’à un autre siècle. En effet l’écrivain est un adepte du Surréalisme, mouvement littéraire manifesté par la dictée de la pensée, l’exploitation des rêves et de la folie. On peut trouver plusieurs exemples du Surréalisme dans le texte : une ponctuation portée sur les points de suspension, qui font référence à la pensée d’Aurélien. Par exemple : « Césarée… Je demeurai longtemps… » (l.20), « l’histoire de Bérénice… l’autre, la vraie… » (l.16). On observe également de nombreux termes qui prouvent que le personnage est en pleine réflexion : « Impossible de se souvenir, comment s’appelait-il » (l.21) et « Il se demanda même pourquoi » (l.7).
 Ensuite, contrairement aux deux incipits précédents, de nombreux temps verbaux sont utilisés. Par exemple : l’imparfait (« avait » (l.2)), le passé simple (« fit » (l.3)), le présent de l’indicatif (« demande » (l.5)), le plus-que-parfait (« avait hanté » (l.10)), le passé antérieur (« fut appelé » (l.8)) et le conditionnel passé (« n’aurait pas choisie » (l.2)). Tous ces temps verbaux prouvent donc un effet multi temporel dans cet incipit. Cet effet fait ressentir au lecteur une impression vague du moment où se passe l’histoire.
 En outre, l’incipit comporte le type descriptif avec des expansions du groupe nominal et la présence de l’imparfait. Par exemple : « cheveux étaient ternes » (l.5), « elle était bonde ou brune » (l.6). Cet incipit comporte également le type narratif avec la présence du passé simple : « demanda » (l.7) et l’inscription dans le temps : « ce jour-là » (l.5). Mais contrairement aux incipits précédents qui font aussi alterner ces deux types de textes, la description demeure très pauvre et peu détaillée comme le prouve les citations suivantes : « Aurélien n’aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune » (l.6) et « Plutôt petite, pâle, je crois… » (l.8). La narration reste également peu précise avec seulement quelques inscriptions temporelles dans le texte et le passé simple est rarement exprimé.
 De plus, en ce qui concerne le niveau de langue employé, cet incipit comporte un langage courant voire familier. Par exemple : « grand bougre ravagé » (l.22), « ça » (l.5), « tas de chichis » (l.19), « type » (l.21) et « flemmard » (l.22).
 Enfin, on constate un texte relativement saccadé qui manque de fluidité du fait de la présence de phrases courtes souvent non verbales : « Ou pour une femme. Un beau nom en tout cas » (l.20). Cela entraîne une faible quantité de verbes, surtout dans la deuxième partie de l’incipit (après le vers).
 En opposition, les deux incipits du XIXème siècle qui se ressemblent au niveau du mouvement littéraire – le Réalisme et le Naturalisme sont très proches – apparaissent bien différents de l’incipit d’Aurélien datant du XXème siècle. Par exemple les écrivains du XIXème siècle décrivent le réel à l’état pur sans se laisser emporter par leur imagination. Cela entraîne une description extrêmement détaillée et précise. En outre, les temps verbaux utilisés ne sont pas nombreux (imparfait et passé simple). De plus, les incipits des romans traditionnels répondent forcément aux questions nécessaires pour que le lecteur entre dans l’histoire (Où ? Quand ? Qui ?). Alors que l’on ne sait pas vraiment où et quand se passe l’histoire dans l’incipit d’Aurélien. Enfin, la ponctuation est plus tournée vers des phrases très longues et le niveau de langue utilisé reste très soutenu : « coiffure d’ordre composite » (l.24) (Madame Bovary).
 
 En conclusion, l’incipit d’Aurélien remet en cause les codes des romans traditionnels avec peu de description, un langage peu soutenu et il délaisse la fonction informative présente dans les incipits traditionnels. L’incipit du XXème siècle est donc différent sur de nombreux domaines. Aussi bien sur le contenu : extrêmement tourné vers le rêve, en opposition au réel. Une immense différence existe également au niveau des détails de la description, des temps verbaux, de la ponctuation ainsi que sur la fluidité du texte.
On constate une différence considérable entre les incipits du XIXème siècle et celui du XXème siècle. 

Enzo B., 2nde section internationale, octobre 2011.

   
                                                                                                                                                                                 Aragon.jpg

Préparation de Sophie V. :

L’incipit d’Aurélien de Louis Aragon est différent, notamment dans le style d’écriture des deux autres incipits étudiés : Madame Bovary de Flaubert et Germinal de Zola.
Premièrement, le type de langage employé est moins soutenu. Dans Aurélien, des mots tels que « le type » (ligne 21), « bougre » (ligne 22) ou encore « flemmard » (ligne 22) sont employés alors que dans Madame Bovary, le langage étant plus soutenu, « soutache » (ligne 30), « ovoïde » (ligne 27) et « chapska » (ligne 24) sont utilisés.
De plus les phrases sont plus courtes dans le texte de Louis Aragon que dans celui de Gustave Flaubert ou Émile Zola. Les descriptions sont moins précises et détaillées et ne concernent pas l’environnement. L’auteur de Aurélien préfère décrire de nombreuses particularités de Bérénice par exemple : « portait un nom de princesse d’Orient sans avoir l’ai de se considérer dans l’obligation d’avoir du goût » (ligne 3 et 4). Tandis que Flaubert fait la description d’une casquette : « c’était une coiffure d’ordre composite […] Elle était neuve ; la visière brillait » (ligne 23 à 31) et Zola de l’environnement : « Dans la plaine rase […] au milieu de l’embrun aveuglant des ténèbres. » (ligne 1 à 7). Les descriptions dans Aurélien sont moins approfondies de l’emploi d’expansions de groupes nominaux est moins fréquent. Le texte paraît plus aéré.
Une autre différence majeure est le genre littéraire, Madame Bovary et Germinal des romans réalistes et naturalistes. Celui de Aragon est surréaliste : l’écriture est plus ou moins automatique. Chaque mot et chaque détail sont donc moins étudiés, le texte est plus vrai et simple. Les points de suspension utilisés à de nombreuses reprises montrent les pensées de l’auteur telles quelles, un peu embrouillées et coupées en plein milieu : « En général, les vers, lui … » (ligne 15), « l’histoire de Bérénice … l’autre, la vraie … » (ligne 16). Les phrases très courtes comme celle-ci « Plutôt petite, pâle, je crois … » (ligne 8), sont aussi une démonstration de l’écriture directe de la pensée, en effet les phrases sont des pensées brèves et incertaines. 
Ces mouvements mettent en avant la pauvreté et la misère de ses personnages comme on peut le voir dans Germinal : « Le coton aminci de sa veste » (ligne 9),  « un petit paquet » (ligne 9). Cet incipit est donc plus pessimiste que celui d’Aurélien.
La fonction informative n’est pas remplie car ni l’endroit où se déroule sa rencontre avec Bérénice n’est indiqué ni l’époque. Le personnage principal non plus n’est pas décrit. Aucune des questions Qui ? Quand ? et Où ? n’a obtenu de réponse dans l’incipit d’Aurélien.
Pour conclure, nous pouvons constater que l’incipit de Aurélien contraste sur plusieurs points avec celui de Madame Bovary et Germinal par le contenu et surtout le style et les intentions de l’auteur.
 
Sophie V., 2nde section internationale, octobre 2011.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              
Aragon.jpg

Préparation de Pauline dV. : 

La comparaison entre « Aurélien » de Louis Aragon et les incipits étudiés précédemment met en exergue la rupture littéraire que représente le XXème siècle. C’est en effet une période de transition qui voit le surréalisme dominer peu à peu le réalisme et le naturalisme, mouvements majeurs du XIXème siècle. Cela se traduit par de nombreuses différences, tant sur le fond que sur la forme des écrits.
         Pour commencer, Aragon transgresse les règles de l’incipit traditionnel en nous présentant un début de roman qui joue difficilement son rôle informatif et qui n’introduit pas l’histoire. Le cadre spatio-temporel est pratiquement absent. L’auteur ne répond ainsi qu’implicitement et de façon peu détaillée à deux questions principales que se pose le lecteur : « où ? » et « quand ? ». Toutefois, il est possible de deviner que le roman se déroule en France grâce à l’évocation de « Bérénice », tragédie de Racine et à la présence des prénoms français : « Aurélien » (l.1), « Jeanne ou Marie » (l.8). Concernant l’époque, nous pouvons penser que l’histoire commence après la guerre mentionnée à la ligne 11, certainement la Première Guerre Mondiale (1914-1918)  puisque les « tranchées » (l.11) sont citées. D’autre part, Beyrouth, capitale du Liban, était un « territoire sous mandat » (l.18) français  de 1920 à 1946, ce qui confirme notre supposition quant au contexte historique. Par ailleurs, l’identité précise d’Aurélien, le héros éponyme, n’est pas fournie dans la mesure où seul son prénom est donné. Nous sommes directement plongés dans ses pensées, plus importantes pour le mouvement surréaliste que sa description.
         En outre, le portrait très péjoratif et vague de Bérénice brossé par le narrateur indique qu’il s’agit d’une focalisation interne, lorsque les travaux réalistes privilégiaient plutôt la focalisation zéro pour plus de précision. Le champ lexical de la laideur avec « laide » (l.1), « terne » (l.5), « mal tenus » (l.5),  «petite, pâle » (l.8) ; l’emploi de verbes d’opinion tels « trouva » (l.1), « déplut » (l.1), « aima » (l.2); ainsi que les imprécisions du type « blonde ou brune » (l.6) et « je crois » (l.8)  rendent impossible l’hypothèse d’un narrateur omniscient en trahissant la subjectivité du texte. Cela nous amène aussi à remarquer que la troisième personne du singulier employée au début de l’extrait laisse parfois inexplicablement place au « je », marquant la singularité de cet incipit par rapport à ceux de « Madame Bovary » ou « Germinal ».
         De plus, Aragon révolutionne la stylistique par de nombreux aspects. Tout d’abord, l’utilisation d’un registre de langue plutôt courant et de tournures même familières est notoire avec, par exemple, « moricaude » (l.18), « en veux-tu en voilà » (l.19), « des tas de chichis » (l.19), « ça demande » (l.5) ou encore « ça lui remettait dans la tête » (l.10) qui relèvent plutôt du langage oral. La concordance des temps est de surcroît très particulière puisque nous trouvons à la fois le système du passé avec de l’imparfait, du passé simple, du plus-que-parfait et du subjonctif imparfait comme l’attestent les verbes « avait » (l.2), « trouva » (l.1),  « avait […] regardée » (l.6), « fût » (l.8) mais aussi le système du présent avec « je crois » (l.8). Cette superposition de différents systèmes verbaux est pour le moins inattendue.  Quant à la structure des phrases, elles sont courtes voire nominales pour certaines « Mais Bérénice » (l.9), « Drôle de superstition » (l.9), « Tite. Sans rire. Tite. » (l.25). Le discours indirect libre et des questions rhétoriques « Pourquoi ? » (l.15) sont utilisés. Tous ces éléments donnent une certaine dynamique, un rythme saccadé, rapide et un naturel qui contrastent avec les textes réalistes à la syntaxe juste, à la grammaire parfaite et au lexique précis finalement peu vivants car trop détaillés.
         En conclusion, les nombreux éléments divergents entre la littérature du XIXème et celle du XXème siècle sont sans aucun doute dus au mouvement dans lequel elle s’inscrit. Lorsque le réalisme décrivait minutieusement le réel employant un langage soutenu et documenté, le surréalisme, lui, a pour particularité de faire appel avant tout au rêve, à l’imaginaire, à la pensée de chacun et vise à libérer la création de toute contrainte, de toute logique. En somme, il s’agit d’une véritable « dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale» comme le dit André Breton et comme l’illustre si bien Aragon dans son roman « Aurélien ».
 
                                                            
Pauline dV., 2nde section internationale, octobre 2011.
 

                                                                                                                                                                               Aragon.jpg

Préparation de Nouha K. : 

Dans l’incipit d’Aurélien de Louis ARAGON, on  remarque plusieurs différences avec les deux autres textes précédemment étudiés : Madame Bovary de Gustave FLAUBERT et Germinal d’Emile ZOLA.
La première différence est la date d’écriture. Aurélien a été écrit au XXème siècle donc durant le mouvement du Surréalisme tandis que les deux autres ont été écrits durant le XIXème siècle donc durant les mouvements du Réalisme et du Naturalisme.
Tout d’abord on constate qu’on ignore où a lieu la rencontre d’Aurélien et Bérénice, seul le paratexte nous indique qu’elle a lieu à Paris. Mais il faut savoir que le paratexte n’existe pas dans le roman. On peut supposer que l’action se passe en France grâce, aux prénoms «  Aurélien », « Bérénice », « Jeanne », ainsi qu’à la référence à la littérature française : la tragédie classique du nom de « Bérénice » écrite par Racine. Le cadre spatial est très imprécis tout au contraire des incipits précédemment étudiés dans lesquels nous avions beaucoup plus d’informations, par exemple : « à l’étude », « le maître d’études », «  en classe »  pour Madame Bovary  et « Marchiennes à Montsou », « champ de betteraves » pour Germinal.
Le manque d’indications sur le lieu s’observe également pour les indications de temps qui sont elles aussi minoritaires. On sait tout de même que c’est « la première fois qu’Aurélien vit Bérénice » et qu’on se trouve en période d’après guerre : « la guerre » (l.11), notamment après la Première Guerre Mondiale «  dans les tranchées », « démobilisé » (l.11). L’action se passe donc au XXème siècle, siècle durant lequel vécu l’auteur, Louis Aragon. Madame Bovary ainsi que Germinal contenaient une fois de plus un nombre d’indications supérieur : « en cinquième », « à deux heures » (Madame Bovary) « la nuit », « mars » (Germinal).
De même que le cadre spatio-temporel peu précis, la description de Bérénice est, elle aussi vague et incertaine. Elle peut même être considérée comme fausse car Bérénice nous est décrite d’après la subjectivité (donc une focalisation interne) d’Aurélien qui, ajouté à cela, en garde un souvenir assez flou : « n’aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune », « il l’avait mal regardée » (l.6). Elle y est présentée de manière médiocre : « franchement laide » (l.1), « cheveux ternes » (l.5) et est même décrite à travers d’un vers de Racine « même pas un beau vers » et « dont la beauté lui semblait douteuse » (l.11-12).  Cette médiocrité des personnages se retrouve chez les auteurs réalistes et naturalistes. Il y a même un contraste entre le prénom « Bérénice » qui est un prénom de princesse d’Orient et l’image donnée à Bérénice par Aurélien : «  celle-ci qui portait un nom de princesse d’Orient sans avoir l’air de se considérer dans l’obligation d’avoir du goût » (l.3-4). Pour ce qui est de Aurélien, le narrateur, nous n’avons aucun portrait physique et pour ce qui est du portrait psychologique on sait seulement qu’il est obsédé par un vers de Racine.
Cependant dans le second paragraphe, Aurélien s’égare dans ses pensées (signe distinctif propre au surréalisme) et s’interroge sur l’histoire de Bérénice de la tragédie classique écrite par Racine. Il juge tout aussi péjorativement Bérénice : « assez moricaude » (l.18) ainsi que Tite : « un bellâtre potelé » (l.24). Sa réflexion se traduit par l’utilisation de phrases nominales : « Brune alors, la Bérénice de la tragédie » (l.17), « Territoire sou mandat » (l.18) ainsi que des points de suspensions ,qui marquent son hésitation et la confusion de ses pensées désordonnées, mais aussi  de nombreuses répétitions : « étoffe » qui est répétée trois fois, « vers » qui est répété cinq fois et même « obséder » qui est répété deux fois.  Au contraire des autres textes où les phrases étaient longues, construites et structurées, ici les phrases sont courtes et ont un rythme saccadé.
Pour conclure cet incipit diffère des textes précédemment étudiés autant sur le fond que sur la forme. Il va à l’encontre des codes romanesques établis et apporte peu de réponses aux questions que le lecteur se posent au début de sa lecture (« où ? », « quand ? »,  « qui ? »), c’est-à-dire que le cadre spatio-temporel ainsi que les personnages sont encore inconnus. Cela produit un effet de suspens et peut donner l’envie au lecteur d’en savoir plus. En ce qui concerne la forme, principalement dans le second paragraphe les phrases sont incomplètes, nominales et même parfois  des mots-phrases : « Tite » (l.25) et l’auteur, pour aller encore plus loin dans la transgression, utilise même du registre familier : « chichis » (l.19),  « le type », « le bougre », « le flemmard ». De plus on remarque qu’une phrase sépare les deux paragraphes : « Je demeurai longtemps errant dans Césarée ».

Nouha K., 2nde section internationale, octobre 2011.
 
 

Date de création : 27/10/2011 @ 16:07
Dernière modification : 05/11/2011 @ 10:32
Catégorie : Préparations 2011/2012
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