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Copies d'élèves 2011/2012 - Ecriture d'invention 2nde 3 (roman)

 
 
 
Devoir à rendre le vendredi 04 novembre 2011.
 
 
 
Vers l'écriture d'invention (sujet de type III du bac).
 
Sujet (à coller sur votre feuille double) : après l'étude du GT1 (Les débuts de romans), vous rédigerez à votre tour un incipit régi par les consignes suivantes :
 
·        votre production sera de registre réaliste.
·        Elle mêlera types narratif et descriptif (vous veillerez à utiliser les outils stylistiques propres à ces deux types de texte).
·        Votre incipit respectera les codes romanesques traditionnels (fonctions informative et « apéritive »).
·        Vous expliciterez la focalisation que vous aurez choisie :
1.     focalisation zéro ;
2.     focalisation interne ;
3.     alternance des deux : dans ce cas, vous signalerez le(s) changement(s) de focalisation à l'aide d'une croix rouge dans la marge, au niveau de ces changements.
·         Toute référence culturelle pertinente est valorisée.
·         Le site de Lettres du CIV propose des copies d’élèves ayant eu à traiter le même sujet, au cours des années précédentes.
               
 




 Devoir de Pauline dV.
Focalisation interne
           
Nous étions le 2 novembre de l’année 1870, une froide et morne journée d’hiver alsacien. Il n’y avait là rien qui pût surprendre de quelconque façon les Strasbourgeois. Comme chaque matin, je me levai à l’aube pour préparer le petit-déjeuner de mon mari.
            Nous nous étions rencontrés trois ans auparavant. Lui, Pierre Miller, cherchait désespérément une femme qui l’aimât, tâche plutôt compliquée au regard de son physique ingrat. Il était alors âgé d’à peine vingt-cinq ans mais de profondes rides sillonnaient déjà son visage disgracieux. De larges sourcils broussailleux couvraient partiellement ses petits yeux porcins. Son nez, enfin, était si proéminant qu’il empiétait sur ses joues blanchâtres. Cependant, la bonté de son âme compensait largement cette laideur extérieure. Moi, Rose de la Barre, j’étais de l’avis de tous, une très jolie jeune fille de dix-neuf ans. Certes, la nature m’avait dotée d’une grande beauté mais mon caractère, je devais l’avouer, déplaisait à la plupart. Ma famille, bien qu’aristocrate, vivait dans l’indigence la plus totale, ayant tout perdu lors de la Révolution Française, près d’un siècle plus tôt.
            Lorsque Pierre m’aperçut pour la première fois, il ne put s’empêcher de succomber à mon charme. Mes yeux, m’avouerait-il plus tard, le frappèrent par leur bleu profond. Au cours des mois suivants, nous apprîmes à mieux nous connaître et il demanda ma main. Il n’y avait pas de véritable amour entre nous, mais une simple affection mutuelle. Chacun trouva son compte dans cette union, nos contrastes l’équilibraient et il m’assurait un niveau de vie stable, rassurant. La routine s’installa progressivement et je me transformai, à mon plus grand étonnement, en parfaite épouse dévouée.
            Ce matin-là, après que Pierre s’en fut allé travailler, je ramassai le courrier. Une mauvaise surprise m’y attendait. Le Second Empire français se battait alors contre la Prusse. L’armée de Napoléon III, en infériorité nominale, essuyait de nombreuses défaites. En dernier recours, tous les hommes valides de vingt-et-un à quarante ans étaient mobilisés pour tenter de renverser le cours que prenait la guerre. Le soir même, j’annonçai la nouvelle à Pierre qui en fut tout aussi désemparé que moi : les bras lui en tombèrent. Il supportait difficilement la violence, la haïssait même plus que tout. La guerre franco-prussienne serait sûrement une épreuve terrible voire fatale pour lui. A la relecture, il prit la mesure de cette missive affligeante, prépara ses affaires dans un silence macabre, et partit le lendemain. Je l’accompagnai sur le quai de la gare et lui fit promettre de m’envoyer toutes les lettres qu’il pourrait. Aux ultimes coups de sifflet du train le sol se déroba sous mes pieds, les roues enclenchèrent leur mouvement continu et très vite un panache de fumée brouilla l’horizon.
            Comme convenu, j’allai habiter chez mes parents dans le Sud de la France, la frontière avec la Prusse devenant peu sûre. Juste avant de quitter notre humble maison, j’achetai le journal local qui titrait un accident ferroviaire sur un convoi militaire pour le front faisant de nombreuses victimes et disparus. Dès lors, je ne dormis plus, l’inquiétude me tordait le ventre. J’attendais anxieusement une lettre rassurante dans l’angoisse la plus totale, une lettre qui tardait à venir.

Pauline dV., 2nde section internationale, novembre 2011.


                                                                                                                                   maupassant.jpg

Devoir d'Audrey T. :
focalisation zéro ; focalisation interne.

Elle était sur son vélo et pédalait le plus vite possible, à en perdre le souffle pour ne plus y penser, l’oublier, les oublier tous, pour qu’on l’oublie elle aussi. Elle voulait changer de vie et oublier son passé, oublier le mal qu’on lui avait fait subir étant petite. Personne ne l’avait cru, maintenant elle voulait juste disparaitre.
Le sol était verglacé, les arbres enneigés, les rayons de soleil essayaient de se faufiler entre les branches. Ce soleil voilé se reflétait sur la neige pour faire chauffer puis rougir le peu de peau qui se laissait apercevoir entre le bonnet et l’écharpe des skieurs. Au loin, elle les voyait dévaler les pistes, avec vitesse pour les habitués ou en « chasse neige » pour les débutants, ils y prenaient tous un plaisir fou sans se soucier du temps qui passe. C’était beau, un mois de février en Haute Savoie. Elle les voyait tous avec leurs sourires de gens heureux, avec leurs chaudes combinaisons de ski qui se plaignaient quand même d’avoir froid, alors qu’elle n’était vêtue que d’un pantalon de survêtement, d’un t-shirt et d’un gilet. Ce survêtement, elle le mettait souvent pour rester chez elle car il lui tenait chaud et il était confortable, son fin t-shirt de coton était blanc et les coutures étaient noires. Le gilet qu’elle portait sur ses épaules, elle avait eu à peine le temps de l’enfiler avant de partir en courant de chez elle, il était fin, en laine angora marron clair, garnis de petits boutons de nacre. Ce gilet, sa meilleure amie le lui avait offert à Noël avant qu’elles ne se fâchent à cause d’un garçon. Malgré cette dispute, elle aimait beaucoup ce gilet car il représentait beaucoup pour elle. Sur son épaule, elle avait des patins à glace que ses parents avaient achetés sur internet à un prix raisonnable. La jeune fille aimait patiner, l’hiver aux Gets, station où elle était née, où elle habitait. Il y avait une patinoire, elle aimait y aller car elle avait l’impression que le temps s’arrêtait, avec le mal-être qui l’anéantissait. Elle pensait à Sebastiano, un jeune espagnol, « beau gosse » comme elle disait à ses  amies. Elle l’avait rencontré pendant une colonie de ski dans les Pyrénées, elle en était devenue folle amoureuse. Elle se disait qu’elle ne le reverrait sûrement jamais… cette pensée fit couler une larme sur sa joue qui se cristallisa et laissa une empreinte qui scintilla quand elle passait au soleil.
Elle entendait au loin les douze coups de cloche qui provenaient de l’église de sa station natale. Elle se disait que…
 
« Lilou !! Qu’est ce que tu fais là ? La route est glissante tu vas tomber ! » ″ Lilou ″ c était le surnom que tout le monde lui donnait. Son vrai prénom était Liliane, elle ne l’aimait pas car il appartenait à son arrière grand mère et comme elle était née la semaine après son décès, c’était la seule chose dont elle ait hérité de son ancêtre. Elle trouvait que le prénom de Liliane faisait vieux jeu.
 
Cette voix qui l’avait interrompue dans sa course était  celle de Julien, son meilleur ami, il n’avait pas toujours un bon vocabulaire mais elle l’aimait bien car il croyait en elle et lui redonnait courage dans les moments de désespoir.
 
 Cette fois-ci, elle n’avait pas envie de le lui dire, non, elle voulait fuir…
« C’est un peu lâche… », pensa-t-elle, «  mais tant pis ».


Audrey T., 2nde section internationale, décembre 2011.


 
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Devoir d'Enzo B. : Focalisation interne. 1ère phrase : focalisation zéro.

 
  Il était seul, assis au sommet de la falaise si majestueuse mais qui pouvait s’avérer mortelle. Le regard perdu vers l’horizon, le jeune homme ne parvenait pas à discerner l’endroit précis qui séparait le ciel d’un bleu azur et la mer argentée. Le premier rayon de soleil l’éblouit tout à coup, Pierre se sentit léger en cet instant qui lui semblait unique. Il lui semblait que le peu d’écume déclenchée par les petites vaguelettes venait lécher les galets ronds de la plage située en contre-bas de la falaise. Il aimait apercevoir au loin les maisons d’Etretat, progressivement éclairées par le lever du soleil. Le regard perdu dans cette immensité, tous les sens en éveil, il percevait les cris des mouettes qui flottaient au vent comme attirées par les bateaux de pêche, le claquement des volets au loin, l’odeur du pain tout juste sorti du four, la rosée du matin…
  Le tintement de sa montre le tira brusquement de ses pensées, elle indiquait huit heures. Comme si ce très léger bruit le ramenai à la réalité, il réalisa tout coup l’ampleur du problème qui l’avait amené à s’évader loin de tout, seul avec pour seule compagnie ce paysage majestueux. Cet été de l’année 1870 marquait pour lui un immense changement. Trois semaines auparavant il avait appris qu’il était reçu dans l’université de médecine à Paris dont il avait tant rêvé. Seulement il n’avait pas encore annoncé à ses parents cette nouvelle si merveilleuse pour lui mais qui risquait de s’avérer si mauvaise pour ses parents. Ah ses parents… Ils s’étaient toujours très peu intéressés à son parcours scolaire. Il était conscient que ses parents n’attendaient qu’une chose de lui : c’était qu’il reprenne le commerce familial dans cette petite ville normande. Ils souhaitaient également que leur fils reste vivre à Etretat en suivant le même chemin que ses ascendants. En pensant à cet avenir qui semblait tracé pour lui il sentit un frisson le secouer violemment. Depuis une semaine, il s’isolait tous les matins à l’aube sur cette falaise magnifique, cherchant un prétexte et une manière d’annoncer à ses parents qu’il ne reprendrait pas la suite des générations qui l’avaient précédé comme ils l’espéraient tant.
  Une mouette somptueuse qui volait comme un ange depuis de longues minutes vint tout à coup atterrir lentement près de lui. La regardant avec une légère anxiété il rêva durant quelques secondes qu’il volait comme un oiseau, comme si toutes ses préoccupations s’étaient envolées, il se sentait libre…
 
  Son rêve se termina soudainement et la mouette avait disparue. Il redevint alors conscient de la réalité et réalisa l’heure tardive. A cette heure-ci, sa mère devait sûrement déjà être réveillée et il était certain qu’elle l’attendait tranquillement pour lui préparer son repas. Perdu au plus profond de ses pensées, il observait au loin les bateaux des pêcheurs qui fendaient les flots en direction du port après une nuit difficile passée en mer. Il écoutait les remous des vaguelettes de cette mer qu’il connaissait depuis son plus jeune âge qui heurtaient les parois de la falaise. Ce bruit léger, il l’avait écouté de très nombreuses fois et ce aspect familier du paysage le replongea dans ses pensées.
  Le rire de sa sœur et les moments passés avec elle occupaient son esprit… Ah, si seulement elle pouvait être là… Elle aurait pu le conseiller, lui venir en aide… Le temps d’un instant, il crut l’apercevoir marchant vers lui avec un grand sourire sous le soleil éclatant. Alors qu’une larme perlait sur sa joue, il fut tiré de ses pensées par un cri aigu et lointain : « Pierre ! ». Il se retourna et distingua la silhouette de sa mère qui lui faisait de grands signes. Quittant son refuge isolé, il se dirigea vers elle, décidé à lui annoncer cette nouvelle terriblement merveilleuse. 

Enzo B., 2nde section internationale, décembre 2011.


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Devoir de Sophie V. : 

Utilisation de la focalisation interne
 
Il était trois heures du matin d’une nuit d’hiver glacé de 1872 et cela faisait vingt minutes qu’il attendait dans le couloir sous des néons blancs qui clignotaient de temps à autres. Des infirmières passaient et repassaient dans une hâte inquiétante. Il commençait à s’assoupir sur la petite chaise dont le plastique abîmé montrait des signes de vieillesse quand, tout à coup, un cri s’échappa de l’entrebâillement d’une porte. Ce hurlement était celui de sa fiancée, la plus belle femme qu’il ait jamais regardée. Ses cheveux  brillants et souples lui rappelaient les vagues sur la mer calme, ses yeux, d’un vert profond exprimaient une sensibilité et pureté rares. Sa peau pâle ainsi que ses lèvres rouges lui donnaient un air de poupée en porcelaine qu’il aimait tant. Il l’avait vue pour la première fois dans son petit village d’origine, Passy. Ils n’auraient jamais dû se voir ce jour-là, mais il s’était trompé de train, une heureuse maladresse, comme ils l’appelaient.
En cet instant, il imaginait son visage marqué par la douleur, une douleur dont il se sentait coupable. Après tout, c’était lui qui voulait cet enfant, il avait toujours rêvé d’avoir un petit garçon auquel apprendre à jouer du piano, à tenir sur un vélo, et lire des histoires le soir. Sa femme Héloïse devait subir la souffrance de l’accouchement, il aurait voulu épargner la douleur à sa bien-aimée, mais la nature ne l’avait pas prévu ainsi.
Alors il se leva et entra dans la petite pièce où des médecins à spécialités variées s’affairaient autour de sa femme. Il y régnait une odeur désagréable de produits désinfectants. À ce moment-là, une machine émit un bruit, suivit d’un deuxième et tous les docteurs s’affolèrent. Dans un coin, une jeune femme vêtue d’une blouse bleue tenait dans ses bras un tout petit nourrisson soigneusement recouvert d’un drap azur. Lorsqu’elle se tourna vers lui, son regard s’illumina. Elle se louvoya à travers les personnes présentes et lui posa cette question : 
« Etes-vous Monsieur André ?»
Il ne répondit pas de suite, perdu dans l’admiration de l’enfant sous ses yeux « Oui. » balbutia-t-il sous l’émotion.
Elle lui tendit le bébé et murmura : « Mes sincères condoléances monsieur, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. » 
 
Il prit l’enfant tendrement dans ses bras et posa son pouce rugueux dans sa minuscule menotte douce, il sentit à peine la pression lorsque son fils lui serra le doigt. Il passa quelques longues secondes perdu dans son regard avant de réaliser ce que venait de lui dire cette femme. Il se retourna et la chercha du regard, en vain, elle avait disparu. 

Sophie V., 2nde section internationale, décembre 2011.


maupassant.jpg


 
Devoir de Yahva T. :  

 
 
(focalisation interne)

Ce matin, alors que je dormais paisiblement d’un sommeil profond , je sentis comme un pincement au bras. J’entrouvris difficilement les yeux.
Une personne vêtue d’une blouse blanche légèrement maculée, se tenait à mes cotés, quelque chose à la main. Ma vision et mon esprit étaient trop flous pour comprendre ce qui se passait. J’avais perdu la notion du temps comme détaché d’une certaine réalité. Je naviguais dans un autre monde dans lequel se superposaient les couches désordonnées de ma vie passée, celles de ma vieillesse à venir et d’un présent qui se répétait paradoxalement, infusant en moi un nuage de douleur qu’il me semblait avoir perçu une éternité auparavant, mais qui dans la différence, se faisait plus douloureux et proche de mon poignet. J’essayais alors de me débattre mais mon corps ne répondait pas, mes jambes étaient engourdies tels des membres à peine sortis de l’anesthésie.
Après que cette personne fût partie, j’essayais de parler mais mes mots semblaient avoir perdu la vue et ne plus trouver le chemin de ma gorge, de mes cordes vocales et de ma langue. Tandis que je m’efforçais de donner un signe de présence, je discernais cette fois avec plus de netteté l’espace qui m’entourait. Une femme y entra.
Je m’attendais a devoir encore subir ce que je présumais être des piqûres, mais la personne s’approcha de moi, et me parla.
Le souffle tiède de sa voix entra dans mon oreille, de façon à ce que je puisse comprendre ses paroles. Son timbre et son odeur ne m‘étaient pas inconnus, mais trop lointains pour que je puisse distinguer à qui ils appartenaient.
J’étais entouré de murs blancs et sur mon coté je devinais un lit, sans doute inoccupé. Etrangement  certains détails prenaient dans mon esprit plus de folie que de raison:  les draps du lit étaient de couleurs fades, jaunâtres, légèrement plissés et mal repassés à m’en donner la nausée.
Je présumais que cet endroit m‘était inconnu, une fenêtre donnait sur la cime d’arbres feuillus que le bleu du ciel recouvrait.
Il me sembla qu’il pleuvait dans cette pièce, une odeur fétide y trônait.
J’avais froid et n’étais recouvert que d’un unique drap, doux mais pas assez épais pour me réchauffer.
La femme était adossée à la porte. C’était une femme belle, élégante et svelte, à l’accent russe et aux cheveux roux, qui semblait tout droit sortie d‘un film d‘Hitchcock. Qui était-elle et que faisait-elle ici et maintenant à mes côtés?
J’avais la sensation que l’on me veillait comme on veille un mort, de ne plus exister qu’en spectateur inerte, esclave de ce qui se passait autour de moi. Tandis que j’examinais encore les lieux, la femme glissa son regard dans le mien et parut soudainement paniquée.
Un bruit strident retentit emplissant la pièce de confusion et de réalité. J’entendis des pas lointains, lourds, nombreux, s’approcher précipitamment. 
Cette fois, plusieurs personnes vêtues de blouses blanches entourèrent mon lit, et me soulevèrent du matelas. 
« - Ce n’est pas de ta faute, tu n’y es pour rien! » Entendis-je encore vaguement. Je ne comprenais pas. On me transporta dans un couloir interminable, sombre et macabre.
 
Yahva T., 2nde section internationale, décembre 2011. 

 
 
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Devoir de Nouha K. : 

C’était un jour brumeux, un de ces jours où la pluie battante sonnait une certaine mélancolie suspecte dans l’air. M. Laroche, qui était surnommé « Candide » depuis son plus jeune âge, trônait gauchement  au milieu de son somptueux bureau du centre ville grassois. Malgré l’atmosphère maussade de ce mois de février 1854, le bureau de Candide semblait rayonner dans cette grisaille omniprésente. Dans le fond de la pièce, M. Laroche se tenait irrévocablement avachi sur sa chaise et paraissait être un intrus, une tache, presque déplacé, entouré de ce luxe tout récent. En effet il faisait partie de ces nouveaux riches dont la fortune soudaine obtenue en héritage n’avait pas permis l’acquisition du ton, des manières et du savoir-vivre qui convenaient à son nouveau milieu. Il prit néanmoins vite plaisir à flâner dans les cafés en galante compagnie, à avoir les meilleurs vins à sa table et à posséder les plus belles demeures de la région. Maintenant que ses revenus étaient plus aisés, sa seule occupation était la dépense ostentatoire de son argent et, de ce fait, son bureau reflétait foncièrement cet emportement frénétique par l’association des meubles les plus fastueux.
Candide se trouvait devant un grand bureau en bois d’acajou dont le lisse incomparable contrastait avec les rides qui avaient creusé le visage de cet ancien tanneur au fil du temps. Quatre fenêtres entouraient la pièce laissant ainsi pénétrer la luminosité cendrée de cette matinée orageuse. En face du bureau étaient placés trois fauteuils identiques en bois d’orme massif, sculpté et verni. Les accoudoirs dont la toile était large et  rembourrée, tout comme celle du dossier, était décorée de fleurs bleues, roses et violettes sur fond blanc.  Les murs étaient emplis de tableaux de Jean-Honoré Fragonard, un peintre grassois mort un demi-siècle auparavant, mais pourtant inconnu du  tanneur. De l’autre côté de la pièce se dressait majestueusement une bibliothèque en bois d’ébène garnie des plus beaux chefs-d’œuvre littéraires écrits pas les écrivains les plus célèbres : Molière, Shakespeare, Corneille, Racine, Sophocle,  Marlowe, Dante…  Eux aussi méconnus, étrangers pour Laroche.
Soudain, la porte s’ouvrit laissant apparaître un jeune trentenaire imposant, dont les cheveux bruns étaient cachés d’un chapeau aux bords évasés. Son habit noir lui seyait parfaitement et son pantalon tombait droit sur des bottes vernies. Une lueur scintillait dans ses yeux verts émeraude renvoyant toute l’intelligence, le discernement et même l’ambition de ce personnage, preuve d’un certain arrivisme dissimulé. C’était Rastignac, le conseiller de ce cher Candide. Il eut à peine le temps de franchir la porte que M. Laroche s’était déjà précipité et lui arracha le dossier qu’il tenait entre les mains.  Le nouveau riche, toujours aussi agité, retourna à son bureau tout en se dandinant et en déchirant l’enveloppe qui entourait le dossier laissant ainsi trainer, ici et là, des morceaux de papier.


NB : Les meubles décrits se trouvent réellement au musée d’Art et d’Histoire de Provence ainsi qu’à  la Villa Fragonard et à la Parfumerie Fragonard à Grasse.

Nouha K., 2nde section internationale, janvier 2012.  



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Devoir d'Antoine P. : 

Nicolas leva la tête et observa l’immense usine qui lui faisait face. C’était un de ces blocs de béton et d’acier sans fenêtre, surplombé par de hautes cheminées de briques rouges noircies par la suie. Cet endroit représentait tout ce pour quoi Nicolas avait du mépris, de la haine.
Il y à de cela une vingtaine d’années, le pays subissait une forte urbanisation causant ainsi un exode rural important. En effet, une partie de la population rurale avait décidé de voyager vers les villes. Les parents de Nicolas, d’humbles paysans de la région de Bourgogne ne tardèrent pas à suivre le mouvement et vinrent à Strasbourg en 1854 pour commencer une nouvelle vie. Nicolas qui n’était alors qu’un enfant, avait été arraché à sa douce campagne regorgeant de plaines verdoyantes, de petits lacs, de calmes ruisseaux et de villageois chaleureux. Il détestait la vie urbaine, il détestait Strasbourg, et par-dessus tout il détestait l’usine.
  Nicolas poussa un long soupir et fouilla dans la poche de sa veste rapiécée et en sortit sa carte d’ouvrier. Il la présenta au guichetier  avant d’entrer dans l’enceinte du bâtiment.
Lorsqu’il poussa la poterne de contrôle, une bouffée de chaleur et de fumée vinrent le frapper violemment à la face. Bien qu’il travaillât  ici depuis quelques semaines, Nicolas n’était encore pas tout à fait habitué à ce changement brutal de température. En effet l’atmosphère confinée et oppressante de l’établissement était une véritable fournaise en comparaison avec l’air frais matinal de ce mois de novembre à Strasbourg.
 Nicolas longea le long couloir éclairé par de faibles ampoules rougeâtres dont la lumière ruisselait paresseusement sur les murs et le sol. Les bruits et l’odeur commençaient à lui parvenir. Il entendit le vrombissement terrible, assourdissant et si familier de la machinerie centrale. Il eut un habituel haut-le-cœur en sentant l’odeur nauséabonde qui provenait des ateliers de travail. Enfin, il arriva à la pièce gigantesque où, comme tous les autres ouvriers, il allait passer le reste de sa journée. Le vacarme et la chaleur qui régnait dans la salle étaient insoutenables. Nicolas retira sa veste et se dirigea vers son atelier. Il jeta un bref coup d’œil aux autres travailleurs arrivés peu de temps avant lui et qui suaient déjà à grosses gouttes. Nicolas ne les aimait pas vraiment. Il préférait rester seul et silencieux durant ses heures de service plutôt que d’entamer la conversation avec l’un d’eux. Ils avaient pour la plupart un air stupide, le visage bourru et le regard vitreux, vide. Durant la pause de midi, ils parlaient fort entre eux et riaient à gorge déployée. Ils semblaient se satisfaire de leurs vies misérables, pitoyables, pathétiques, ce qui agaçait beaucoup Nicolas qui préférait donc rester le plus souvent possible à l’écart.
Nicolas s’équipa de sa scie à métaux et posa un tube d’acier sur son plan de travail. Sa tâche était simple et monocorde mais aussi très épuisante. Elle consistait à découper chaque tube d’acier de manières à obtenir trois cylindres de même longueur. Nicolas n’avait aucune idée de ce à quoi ces cylindres pouvaient bien servir. Sans doute des pièces de véhicules ou bien peut-être des pièces d’armes. Mais cela ne l’intéressait guère, il préférait en finir au plus vite sans se poser de question. Il dirigea la lame dentée rotative vers le tube. Le bruit strident retentit lorsque l’acier et la lame furent en contact, et Nicolas qui n’avait ni cache- oreille ni lunettes de protection serra les dents et plissa les yeux. Son bras assailli par les vibrations de la scie fatiguait rapidement.
Soudain, un grésillement que tout le monde connaissait bien dans l’usine retentit. Le bruit désagréable provenait du haut-parleur  situé dans un coin de la salle de manière à avoir une résonnance parfaite et couvrir le bruit des travailleurs. Une voix d’homme rauque en sortit : « Monsieur Bouvier Nicolas est invité à se rendre au bureau du chef du personnel. Je répète : monsieur Bouvier Nicolas est invité à se rendre au bureau du chef du personnel. » Tous les ouvriers se turent et jetèrent des regards inquiets à Nicolas qui n’avait pas bougé durant l’annonce. Il épongea la sueur sur son front d’un revers de manche. Un sentiment d’appréhension s’empara de lui. Depuis son arrivée dans l’usine, personne encore n’avait été convoqué chez le chef du personnel. Il renfila sa veste et quitta l’atelier la gorge serrée.
 

Antoine P., 2nde section internationale, janvier 2012.   




 
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Devoir de Fabien M. : 

 
 
(Focalisation Zéro)
         Le train s’arrêta. Le bruit aigu et crispant des freins sur la ferraille réveilla subitement le jeune Manuel Paru, âgé de quatorze-ans, et n’ayant pas fait une seule nuit complète depuis bien trois jours. La foule qui remplissait le wagon se leva doucement. Tous paraissaient fatigués, démunis, et surtout inquiets. Seuls quelques braves gardaient courage pensant à un simple déplacement de routine.
         Une voix forte, haute, et sévère dans un dialecte allemand à faire trembler, se fit entendre. C’était l’ordre d’ouvrir les portes. Elles s’ouvrirent d’un coup sec, et Manuel fut ébloui par les agressifs rayons du jour. Il faisait beau. Le soleil était au zénith, et dominait un magnifique ciel bleu qui se faisait rare pour cette région d’Allemagne, la Bavière.
         Ce fut Manuel qui descendit le premier, suivit de son père, Jean. Il avait la carrure d’un bon charpentier, avec des mains usées et le crâne chauve. Puis se fut au tour de Caroline, sa femme, vêtue aisément d’une façon bourgeoise et élégante. Son humour et sa beauté faisait d’elle une femme particulièrement charmante. Tours les trois n’avaient la moindre idée de ce qui allait leur arriver.
         Un soldat allemand leur fit signe d’avancer et de se mettre derrière une file d’attente. Cela faisait depuis longtemps que Manuel n’avait pas séré la main de sa mère.
         On pouvait apercevoir une foule massive et dispersée de monde, mais qui progressivement se ramifiée au pied d’un long mur de béton grisâtre munis de grandes et larges portes, et d’une multitude de barbelés entrelacés aux lames acérées. La main du jeune Manuel agrippait de plus en plus fort celle de sa mère. La famille arriva enfin au premier contrôle. Les soldats allemands, habillés et ornés telle de beau et fière combattants, parlaient et plaisantaient entre eux, comme si leur envie d’écœurer les gens était volontaire. Le symbole « SS », brodé sur le col de leur uniforme, prouvait clairement leur enthousiasme à cette tâche, devenue banale et répétitive. Un des soldats désigna Caroline et la conduisit dans une autre rangée. Mais avant tout signes d’opposition du reste de la famille, un soldat leur exclama dans un français très approximatif : « Pas vous inquiéter, vous verrez après votre femme. »
 
         La règle disait clairement que les enfants devaient accompagner leur mère, mais étrangement ce ne fut pas le cas. Il faut dire que Manuel avait l’apparence d’un homme fort, malgré son âge. « N’ai pas peur, nous resterons ensemble.», murmura le père a l’oreille de son fils. Ce fut leur tour, une fois arrivé au second contrôle. Le soldat allemand les examina. Le verdict allait tomber.
 

Fabien M., 2nde section internationale, janvier 2012.  



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Devoir d'Amélie V. :  

L’homme aux mouettes 
 
Comme chaque matin après le lever du soleil, assis sur un banc, entouré de mouettes, face à la mer, il était là. Les habitants du village de Sanary l’avaient surnommé « l’homme aux mouettes » ; personne ne connaissait son vrai nom, mais tous les matin il était là, seul, entouré de ses mouettes.
Il portait un vieux chapeau de paille, usé par le vent marin et un grand manteau gris. Il n’avait plus qu’une main qui dépassé de son grand manteau. Il avait sûrement perdu l’autre deux ans auparavant pendant la première guerre mondiale. Son visage entouré de cheveux noir était toujours dissimulé dans l’ombre. Il avait l’air d’être assez âgé, fatigué par le temps.
Un matin, le 19 juin 1920, à l’aube, je me promenais près du port où les derniers pécheurs étaient en train de partir au large. Il ne restait que quelques « pointus » (ces petits bateaux qu’utilisent les pécheurs de Provence) qui se balançais doucement.
Le port était calme, vide.
Ce silence serait rompu d’ici deux ou trois heures par les passants qui viendraient acheter du poisson frais pour le midi.
Je continuais ma balade matinale en longeant le port pour arriver prés de la petite plage où se trouvait le banc de « l’homme aux mouettes ». Je m’attendais à le voir entouré de ses mouettes comme à son habitude, mais le banc était vide.
Les mouettes qui l’attendaient s’envolèrent en me voyant approcher. Je regardais autour de moi mais je ne le voyais pas.
Un coup de vent fit voler mon chapeau que je ramassai un peu plus loin sur le sable et j’aperçu une silhouette qui traversait la plage, je cru que c’était celle que je m’attendais à voir ; mais ce n’était pas lui. C’était un passant. Je lui demandai s’il n’avait pas vu « l’homme aux mouettes », mais il ne le connaissait pas.
Pourquoi n’était il pas venu ?
 
 
Amélie V., 2nde section internationale, janvier 2012.  
 
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Devoir de Victor R. : 


Utilisation d’une focalisation Zéro et Interne.
Le petit Emile était sorti de son lit avant le désagréable réveil des éducatrices et ouvrit les yeux  comme tous les matins sur une minuscule pièce tapissée de papier jaune. Qui a rassemblé ce mobilier qui hésite pathétiquement entre celui d’un hôpital et celui d’une ferme ? Quel malfaiteur a conçu  ce parquet ? Ces questions, il se les posait chaque matin. En effet sa chambre était très peu meublée et avait vue sur une rue toujours très fréquentée, malheureusement il ne connaissait pas son nom car il n’avait jamais eu l’occasion de sortir.
 Il quitta avec amertume la chaleur de son lit et se contempla dans un miroir jaunie cassé par endroit : il avait des longs cheveux bruns, bouclés aux pointes, qu’il ne coiffait jamais et des yeux verts, sa mâchoire était légèrement de travers et ses oreilles trop petites mais lui, ne se souciait absolument pas de son physique car selon lui, le corps n’est qu’une apparence qui cache l’esprit intellectuel. Emile avait régulièrement eu droit aux longs sermons des éducatrices : « Mais enfin Emile, regardez-vous ! Vous êtes trop maigre pour un enfant de dix ans et s’il vous plaît, faites-moi le plaisir de vous coiffer ! Et vos pieds ! Encore pieds nus ... ». Lassé de ces réprimandes, il avait arrêté depuis longtemps déjà d’écouter ce qu’on lui disait de faire. Il piocha et  commença à relire un très vieux livre dans un amas d’affaire ; Le Lys dans la vallée d’un dénommé Balzac ; un livre qu’il aimait particulièrement car il pouvait, grâce à lui, s’imaginer la campagne, silencieuse et paisible, et essayer d’échapper à la morosité de sa vie.
Comme prévu, les sombres imbécilesque sont les éducatrices arrivèrent et l’arrachèrent à sa lecture. Il devait aller au réfectoire où de toute évidence il mangerait seul. Emile n’avait pas d’ami et cela lui convenait parfaitement car quels qu’ils soient, tous étaient des idiots. Sorti de force dans le couloir gris et froid de l’orphelinat, il observait ces dizaines de garçons se précipiter dans le vieil escalier de bois, se bousculant dans un chahut désopilant. Cette scène quotidienne l’amusait énormément et était un des seuls moments où l’on aurait pu voir s’esquisser sur son visage un sourire.
Continuant lentement son chemin, il jeta un coup d’œil par-dessus ses épaules et décida de s’arrêter à une fenêtre pour contempler rapidement la ville sortant de son sommeil : le fleuve, qui d’après les livres s’appelait la Seine, dormait encore, lisse  sans aucun bateau pour l’ébranler. Mais ce qui captiva le regard d’Emile furent ces colonnes de fer de l’autre côté du fleuve : on aurait dit quatre pieds de table renversés. Des centaines d’ouvriers affluaient tous azimuts, certains travaillaient déjà ; ils semblaient éreintés, pliant sous le poids du fer et  incapable d’une pensée ou marchant seulement par habitude. Emile était ravi par ce spectacle mais quelqu’un le ramena à la réalité.
 
 
Oh non… pas encore une de ces ennuyeuses vieilles femmes! Emile en avait plus qu’assez de ces bonnes femmes, dans les livres pourtant ce sont toujours de complaisantes et belles dames qui aiment leurs enfants malgré la misère et les malheurs. La mère d’Emile, elle, l’a lâchement délaissé, il l’a su d’une discussion écoutée. Mais en y repensant… il ne connaissait rien de son père.
Dubitatif, il plongea sa tête dans son coussin blanc et pensa, chercha si loin qu’il pouvait une explication quelconque au rejet de ses parents. Suis-je voulu ? Si Emile était à l’orphelinat – et il le savait – c’est apparemment que la réponse était « non ». Il s’attaqua au mobilier – comme si cela arrangerait sa chambre – puis eut une de ces idées qui ont la faculté de résoudre tous les problèmes : s’il parvenait à gagner la province, la vie serait inévitablement différente…

Victor R., 2nde section internationale, janvier 2012.    

 

Date de création : 26/11/2011 @ 18:19
Dernière modification : 20/06/2012 @ 13:39
Catégorie : Copies d'élèves 2011/2012
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