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Copies d'élèves 2012/2013 - Ecriture d'invention romanesque 2nde6

Devoir à rendre le mardi 13 novembre 2012.

 

 

 

Vers l'écriture d'invention (sujet de type III du bac).

 

 

 

Sujet (à coller sur votre feuille double) : après l'étude du GT1 (Les débuts de romans), vous rédigerez à votre tour un incipit régi par les consignes suivantes :

 

·        votre production sera de registre réaliste.

·        Elle mêlera types narratif et descriptif (vous veillerez à utiliser les outils stylistiques propres à ces deux types de texte).

·        Votre incipit respectera les codes romanesques traditionnels (fonctions informative et « apéritive »).

·        Vous expliciterez la focalisation que vous aurez choisie :

1.     focalisation zéro ;

2.     focalisation interne ;

3.     alternance des deux : dans ce cas, vous signalerez le(s) changement(s) de focalisation à l'aide d'une croix rouge dans la marge, au niveau de ces changements.

·         Toute référence culturelle pertinente est valorisée.

·         Le site de Lettres du CIV propose des copies d’élèves ayant eu à traiter le même sujet, au cours des années précédentes.

               

 Devoir de Chloé R. (focalisation zéro) : 
                                                                                                       

Critères de réussite du devoir :

·         type narratif

·         type descriptif

·         fonction informative

·         fonction apéritive

·         référence culturelle pertinente

 Devoir de Chloé R. (focalisation zéro) : 

Des feuilles volantes

 

Les feuilles jaunies des marronniers du Jardin du Luxembourg virevoltaient dans le ciel gris de ce mois de novembre. Emmitouflé dans son manteau noir, Christophe marchait à travers le parc endormi, les mains dans ses poches pour les réchauffer. Il croisait de temps en temps d’autres promeneurs : un homme plutôt enrobé se consacrant à un footing matinal, une femme en talons pressée de ne pas arriver en retard au travail, ou encore deux adolescents discutant sur le chemin du lycée.

Lui était là sans but précis. Il errait dans les allées du jardin, seul. Passionné par l’écriture et la musique, il essayait tant bien que mal d’en faire son métier, mais aucun des producteurs auxquels il envoyait ses maquettes ne lui répondait. A vingt-neuf ans, il sentait que ses rêves lui échappaient un peu plus chaque jour.

Il s’assit sur un banc, et se reposa quelques instants. De la buée blanche s’échappait de sa bouche à chaque expiration et s’envolait vers le ciel voilé. Ses cheveux étaient ébouriffés, et leur noirceur contrastait avec la pâleur de sa peau. Les cernes qui soulignaient ses yeux bleus leur donnaient un regard perdu. Une écharpe était enroulée autour de son cou, le froid Parisien étant saisissant à cette époque de l’année.

Alors qu’il sentait la fatigue monter en lui, il se frotta le visage et tapota ses joues mal rasées afin de rester éveillé. Cela faisait plusieurs jours qu’il n’arrivait pas à trouver le sommeil, obnubilé par une seule idée. Une décision à prendre. Il y avait déjà réfléchi plusieurs fois auparavant, mais son trentième anniversaire approchant, il savait qu’il ne pouvait continuer à vivre de la sorte. Il fallait que quelque chose change. Depuis ses seize ans, il se consacrait à la musique, abandonnant ses études avec un unique objectif en tête : devenir un chanteur reconnu. Il voulait vivre de ses textes et de ses mélodies comme ses modèles, ses maîtres : Jean Ferrat qui connaissait de nouveau le succès avec la sortie d’un album, ou encore Georges Brassens, parti déjà dix ans auparavant mais toujours si présent … Il s’était promis qu’il arriverait à atteindre ce rêve, quitte à enchaîner les petits jobs mal payés et à mettre de côté ses vies sociale et sentimentale.

Christophe se leva et sortit du parc. Il avait pris sa décision. Il remonta le boulevard Saint Michel, marcha le long de la rue Soufflot quelques minutes, tourna rue Toullier et s’engouffra dans le hall d’un vieil immeuble. L’ascenseur étant encore une fois en panne, il monta à pied les quatre étages qui le séparaient de son appartement. Christophe vivait dans une chambre de bonne depuis dix ans maintenant. La pièce était petite et mal rangée. Le papier peint aux motifs bleus et roses était décollé à certains endroits, et des traces d’humidité étaient visibles dans les coins. Le carrelage vert était poussiéreux et jonché de feuilles griffonnées. De la vaisselle sale traînait dans l’évier. Sur la table située en face du lit se trouvaient des piles de papiers noircis d’encre, de partitions raturées.

Christophe attrapa une boîte en carton et d’un mouvement brusque, y jeta tous ses écrits, ses compositions finies et inachevées, tout ce à quoi il avait consacré sa vie depuis une quinzaine d’années. Il posa la boîte dans sa douche, ouvrit un des placards qui se situait au-dessus de l’évier et prit un paquet d’allumettes. On y était. Le moment décisif de sa vie, un tournant incontournable. A genoux, face au carton, il craqua une allumette. Il regarda la flamme. Quelques instants plus tard, tout serait fini. Ses rêves partiraient en fumée. Il ne resterait que des cendres et de la poussière.

Christophe avança lentement l’allumette vers la boîte en carton. Alors qu’il s’apprêtait  à y mettre le feu, une alarme retentit. Non... le téléphone sonnait. Il hésita un moment à décrocher puis s’y décida. Il souffla sur la flamme, se leva et attrapa le combiné. Doucement, il l’approcha de son oreille.

« -…Allô ?

-Bonjour,  je suis bien chez Christophe Dumarias ? »

Chloé R., 2nde section internationale, novembre 2012.

                                                                                                                                                                 ***

Devoir de Clara R. :  

                    


                   
 
 
Dans un petit village situé à une dizaine de kilomètres du sud de Strasbourg, dans la maison du fond de l'impasse des Moulins, Antoine était assis à son bureau, penché sur son livre de neurologie. Avec un soupir de soulagement, il referma son livre après avoir étudié le chapitre de neuropathologie. Il le déposa dans sa bibliothèque qu'il avait achetée en kit dans un grand magasin et montée lui-même. L'opération s'était étendue sur toute une journée et lui avait pesé car, malgré les promesses de ses parents, il n'avait reçu aucune aide dans cette tâche.
 
 Antoine regarda son réveil et fronça les sourcils. Il était déjà deux heures du matin. Depuis la rentrée du pluvieux mois d'octobre, il se rendait compte que sa vie se réduisait de plus en plus à de longues et fatigantes heures de travail. Il sentait un étau se refermer sur lui, l'étouffant et nourrissant ce sentiment qu'on le privait d'oxygène. Il lui semblait que toutes les fibres de son corps se desséchaient en lui, tant son travail était intense.
 Le coeur serré, Antoine se leva et s'assit à la fenêtre, se penchant à l'extérieur. Ses yeux couleur noisette parcouraient la rue, calme en cette nuit de milieu de semaine. On était au coeur de l'hiver, avec l'air froid du mois de janvier. La lune éclairait faiblement son visage doté de traits harmonieux et volontaires, tandis que le froid faisait rosir son nez légèrement aquilin. Sa peau mate témoignait de ses origines syriennes. Le jeune homme leva ses yeux vers l'immensité du ciel noir, clairsemé d'étoiles scintillantes comme du cristal, d'où tombaient des flocons de neige, qui parsemaient les mèches châtains de ses cheveux bouclés.
 L'étudiant tourna la tête et observa sa chambre. Il vivait encore chez ses parents, malgré ses rêves d'indépendance, et son désir de partir étudier au Canada, qui le taraudait de plus en plus. La pièce au haut plafond orné de poutres en bois lui semblait immense, tant il se sentait seul. Ses classeurs de médecine recouvraient son bureau et quelques vêtements jonchaient le parquet en chêne. Le silence de cathédrale régnant dans la maison alsacienne lui donnait la chair de poule.
 Antoine saisit son paquet de cigarettes, en alluma une, et souffla la fumée à travers la fenêtre, qui se dissipa aussitôt dans la nuit. Plus détendu, l'odeur du tabac chatouillant ses narines, il laissa la bise glacée lui rafraîchir le visage.
 En fermant les yeux, Antoine se remémora son voyage à Paris, effectué deux semaines plus tôt en compagnie de deux de ses amis : Louis et Julien. Il avait ressenti ce voyage comme une bouffée d'oxygène et de liberté dans son quotidien monotone. Outre ce sentiment d'évasion, un autre souvenir s'était ancré dans sa mémoire, lors de la visite du Musée d'Orsay.
 
 Le jeune homme  avait longtemps regardé le tableau Louis Pasteur, d'Albert Edelfelt, peint en 1885. Cette oeuvre, représentant Pasteur dans son laboratoire, mettant au point le vaccin contre la rage, avait fait prendre conscience à Antoine de ses propres ambitions. Il voyait les choses en grand, son but ultime étant de mettre au point un remède contre la maladie d'Alzheimer. Il ne se contenterait pas d'un avenir de médecin d'une province quelconque, comme Charles dans Madame Bovary.
 Il rouvrit les yeux et un détail le perturba: de la lumière s'infiltrait dans sa chambre à travers la vieille porte en bois de noyer. Antoine jeta sa cigarette par la fenêtre et elle s'éteignit, formant un trou dans le manteau de neige immaculée qui recouvrait le sol. La maison, très mal isolée, qui permettait même d'entendre les différents membres de la famille se retourner dans leurs lits, limitait certes l'intimité mais assurait une meilleure communication des informations. Cette lumière n'avait pourtant été précédée d'aucun bruit. Cela intrigua Antoine, d'autant plus que ses parents et sa soeur dormaient paisiblement. Un frisson le parcourut, il se leva et, après avoir poussé la porte grinçante de sa chambre, il descendit l'escalier.
 
Une appréhension lui noua le ventre.   
 
 
 
 
 
Noir : focalisation zéro.
 
 
Souligné : focalisation interne.
 
 
 
J'ai choisi une alternance entre la focalisation zéro, pour avoir à la fois une description objective du cadre dans lequel vit le personnage et une description objective de son physique, et la focalisation interne, pour avoir son ressenti face à sa situation d'étudiant, très pris par son travail, rêvant de nouveaux horizons et plein d'ambitions.

 
   
Clara R., 2nde section internationale, novembre 2012.

 

                                                                                                                                                             ***

Devoir de Tamara D. : 

Focalisation zéro (Narrateur omniscient)

 

 

 

Hypothermie

 

À ma descente du vol TS 787 en provenance de Paris, il était aisé de constater que j’étais plutôt en rogne. Rien ne m’avait plu, à commencer par le fait de prendre l’avion. Sept mois après le crash du vol Rio-Paris, terriblement meurtrier, le moindre trou d’air me plongeait dans des angoisses que je saurais décrire. Et ce n’est pas Avatar, le film que je décidai de regarder, qui contribua à me distraire car il m’apparut comme étant lénifiant, bêtifiant et affligeant d’insipidité et de longueurs. De plus, j’étais frustrée de ne pas posséder, apparemment, l’esprit analytique qui m’aurait permis de comprendre le soi-disant génie de cette histoire; esprit analytique qui semblait habiter une grande partie des gens qui m’entouraient.

De surcroit, je dus bien m’avouer que l’endroit où je venais d’atterrir ne m’enchantait pas du tout. Et même, à l’approche de Noël, la majesté de l’hiver, tissée d’un blanc lumineux sur une profusion de sapins s’étalant d’un bout à l’autre de mon horizon visuel, ne parvint pas à calmer ma peine. C’était joli! À l’évidence… Le plus beau décor de Noël qui soit. Mais c’était d’un insondable ennui!

Sans transition, je passai du souffle aigu du blizzard au brouhaha polyglotte d’une salle d’aéroport. Là, séparées des interminables files de voyageurs fourbus, par des cages de verre, attendaient les mines patibulaires des douaniers. Ce fut enfin mon tour. Mon passeport dans ses mains, l’un d’eux me fixa d’un regard absent mais scrutateur. Après quelques aller-retour de mon visage à mon document, il me lança : ‘’Motif du voyage?’’

Je n’allai quand même pas lui rétorquer ‘’retrouvailles avec mon père’’. Il n’aurait pas compris. Je coupai court en lui répondant un laconique : ‘’Tourisme’’. Il me tendit mon passeport, tout aussi indifférent.

Attendre un bagage n’a rien de comparable avec le bonheur d’attendre son amoureux. Ma valise mit plusieurs longues minutes à se présenter. J’en pris possession au même moment où un homme, saisissant la sienne, scanda un énorme ‘’Cristi de tabarnacle’’ en constatant que celle-ci était ouverte. Ce juron me fit sur le champ songer à Maupassant qui le mit dans la bouche du Père Roland dans Pierre et Jean, œuvre que j’avais eu à étudier l’année précédente. À cet instant précis, je maudissais encore plus le Québec.

Éreintée par le voyage, écœurée par cette première intrusion en terre québécoise, je déambulai quelques instants dans le hall d’arrivée, avant de m’affaler sur un de ces sièges en skaï, inconfortable, glacial, inhospitalier, pour y attendre un papa tant espéré et peut-être trop idéalisé! Une cascade de questions me taraudait l’esprit. Il y en avait une, récurrente, obsédante. M’aimerait-il comme je rêvais qu’un papa puisse aimer sa fille? Surtout un papa qui fut si longtemps absent.

Et oui, aimerait-il encore la jeune femme que j’étais devenue, à la  démarche un peu maladroite, gainée dans des jeans ultra collants, prolongés par des mocassins aux talons ultra plats tentant de minimiser un maximum la haute taille, vêtue  d’une veste en mouton retourné dont le col montant envahissait un visage ovale  au milieu duquel un nez mutin constellé de taches de rousseur, surmonté de grands yeux noisettes qui ne cessaient de refléter un étonnement perpétuel et que, la plupart du temps occultait une mèche rebelle de cheveux noirs indisciplinés et drus comme peuvent l’être ceux d’une femme dont la maman  avait vu le jour au Vietnam…

 

Et moi, l’aimerais-je? Moi qui avais accepté de traverser cet Atlantique Nord pour venir hiberner avec l’auteur de mes jours. La trotteuse de l’horloge ornant tristement le grand mur de l’aérogare, égrainait ses secondes, ses minutes, ses quarts d’heure… Il n’arrivait pas! Alors brusquement naquit l’angoisse totale. Et s’il ne venait pas? Ce serait l’abandon définitif, cinglant, cauchemardesque. Je me sentis engloutie, telle une noyée sombrant petit à petit dans une mer glaciale. C’est au moment où je perdis pieds que la pression d’une main sur mon épaule me ressaisit : ‘’Content de te voir, jeune fille’’.

 

  Tamara D., 2nde section internationale, novembre 2012.



***



Devoir d'Olivia F. : 

 


« - Qu’écarlates ou verts croulent les bataillons en masse dans le feu  (… ) », murmurait-elle en récitant doucement le poème de Rimbaud.
Elle soupira, laissant échapper un souffle chaud, léger.  Ses lèvres bleutées se rencontrèrent en une brève pression alors qu’elle avalait sa salive, torturée. Les rougeurs sur ses pommettes que les jeunes hommes aimaient alors caresser du bout de leurs doigts, avaient été remplacées par de la crasse. Seul un teint blafard persistait. Sa chevelure, d’ordinaire blonde, presque translucide, paraissait désormais grise, emmêlée, et taquinait le haut de ses hanches étroites d’où se prolongeaient des jambes fragiles que tout le village avait eu, autrefois, l’habitude de qualifier de longues et fines. Elle était peu couverte, de guenilles récupérées d’ici et là, sans l’ombre d’un doute. D’un revers de pouce, elle essuya prestement la larme qui perlait des pointes de ses longs cils en enfouillant son visage dans ses paumes lacérées.
Cette année de 1932, vers le mois de décembre, si ses souvenirs étaient justes, l’hiver avait été rude.  Le froid glacial russe s’était infiltré dans les maisonnettes du village de Kroujilinine bien plus vite que prévu, et les conditions misérables du pays s’en étaient d’autant plus aggravées. Arya se rappelait encore cette période noire, un grand homme était alors apparu à la tête du gouvernement, promettant des récoltes plus abondantes et un état plus riche. Quand le peuple avait découvert son véritable visage, ce malheureux soir d’été de 1929, il était déjà bien trop tard, et l’annonce de la collectivisation des terres déclencha le chaos.  Elle revoyait encore l’écrivain Mikhaïl Cholokhov envoyer une lettre de dénonciation au général Staline, prévoyant une famine destructrice et la fin de l’URSS peu après la sortie de son roman, le Don Paisible.
La « famine », avait-il dit ! Elle trouvait à présent ce mot bien faible pour décrire leur pauvre situation. Plongée dans ses pensées, elle souffla sur la flamme rouge de sa bougie alors que son estomac se tordait de douleur, tant il avait faim. D’un geste prudent, elle poussa l’extrémité de son rideau pourpre et colla le bout de son nez à sa fenêtre humide. Ses yeux émeraude parcouraient  l’horizon pendant que ses ongles grattaient le verre abîmé. Dehors, il ne neigeait plus, et seul le son délicat des gouttes de pluie s’abattant sur le sol gelé venait rompre cet instant de silence. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait plus vu si peu d’agitation dans le coin, les paysans formant des groupes de rébellion plutôt que d’abandonner leurs biens au gouvernement.
Ils incendiaient, abattaient leurs troupeaux … Même son vieux père, Argine, s’en était mêlé !  C’était un brave homme, toujours attentif, à l’écoute de sa fille, il était son seul parent, mais il remplissait bien son rôle. Ou du moins, du mieux qu’il le pouvait. Le vieillard n’était pas très grand, toujours vêtu de haillons écrus et vouté comme un bossu, si bien que l’on ne distinguait jamais l’expression de son visage. Amaigri par le manque de nourriture, ce dernier se creusait, détruisant l’aspect enfantin de ses habituelles joues rondes. L’on ne l’avait plus vu esquisser ne serait-ce qu’un demi-sourire depuis des lustres, d’ailleurs, sa bouche pincée était à présent recouverte d’une moustache blanche, sale, et terne. Des cernes violâtres, gonflées, entouraient son regard las, fatigué, éteint, et une peau d’une pâleur presque surnaturelle, striée, venait compléter son misérable portrait.
Elle se leva, elle avait cru entendre quelqu’un entrer brusquement. D’un geste rapide, elle souleva le bas de sa robe d’un bleu délavé, et se précipita dans la pièce principale.
«  - Papa ? », appela – t- elle, inquiète.  Un cri strident lui répondit, deux policiers vêtus de noir empoignaient violemment les épaules meurtries de son père tandis qu’il répétait que ce n’était pas lui, pas de sa faute, qu’il n’avait rien fait. Imposants, les deux hommes semblaient d’une force incroyable, l’un avait les cheveux coupés très courts, un militaire qui était parti au front il y cinq ans de cela, bronzé, une barbe naissante, il n’était pas d’ici. Ses yeux étaient sombres, si noirs que l’on ne pouvait différencier sa pupille de sa rétine, il fronçait les sourcils, et semblait serrer les dents alors qu’un nerf palpitait contre la peau de son cou. L’autre, lui, était d’une beauté mystérieuse, inquiétante, glacée. Des éclats blonds venaient sauvagement entourer son visage carré, tandis que ses yeux d’un bleu perçant transperçaient ceux de la jeune femme. Au contraire de son coéquipier, il abordait un sourire en coin fier, arrogant. Les muscles puissants de ses bras se contractaient un peu plus à chaque pression sur le corps d’Argine. Élevé dans les règles de la noblesse de Sibérie, il méprisait les paysans. L’adolescente comprit immédiatement ce dont il s’agissait, elle supplia, hurla, mais rien à faire, ils s’emparèrent du vieil homme et claquèrent la porte. Impuissante, l’enfant se laissa choir sur le sol, pleurant jusqu’à la tombée de la nuit. Ce ne fut que lorsque la lune apparut, qu’elle remarqua un petit papier coincé entre les longues mèches blondes de ses cheveux bouclés. Elle fronça ses sourcils, et porta soudainement ses doigts fins à sa bouche, laissant échapper une exclamation d’horreur : il savait tout.  Sur le papier froissé, d’une écriture fine et appliquée, l’on pouvait lire cette courte phrase :
« C’est à mon tour de te torturer. »

« - (…) tandis qu’une folie épouvantable broie, et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant. » Arya ferma son recueil.


Note : J’ai utilisé une focalisation zéro, quelques passages en focalisation interne sont pourtant notables, ils seront donc soulignés. 

 Olivia F., 2nde section internationale, novembre 2012.

***


Devoir de Loïc D. : 

Quatre jours après son départ de sa ville natale, Paris, Bernard longeait enfin les bords du Lac Léman. Chaque automne, il partait dans une nouvelle région pour participer aux vendanges. Il venait de  traverser plusieurs régions de France et semblait toucher au but après ce long périple.  Il marchait paisiblement en observant les paysages que lui offrait désormais le lac. En cette année 1885, les vendanges s’annonçaient très bonnes et de nombreux ouvriers agricoles étaient attendus pour travailler au ramassage des raisins. Malgré la Révolution Industrielle, la mécanisation du  vignoble de la commune d’Aigle ne pouvait être réalisée car les vignes avaient été plantées à flanc de coteau pour bénéficier du meilleur ensoleillement.
Une petite bise s’était levée sur le lac agitant les feuilles des arbres du petit chemin sur lequel Bernard se trouvait ; un de ces chemins rocailleux qui endommageaient un peu plus ses souliers usés par cette longue marche. Il était vêtu d’une chemise à carreaux, tout à fait classique et d’un pantalon bleu, déchiré au genou. Il portait sur son épaule un sac contenant ses effets personnels. Après un aussi long voyage, la fatigue se faisait sentir, son visage était livide mais un soupçon de joie l’envahissait ; il voyait au loin les vignobles, et se sentait bientôt arrivé.
Il apercevait un petit village entouré de vignobles, avec son château médiéval et son église autour desquels s’était organisée la vie.  En se rapprochant, il vit une jeune fille qui se tenait à l’entrée d’un grand  domaine viticole. Ses yeux bleus, le blond quasi parfait de ses cheveux illumina le visage de Bernard. Le vignoble en arrière-plan embellissait le blanc éclatant de sa robe.  Avec sa chemise à carreaux usée et salie par le voyage, Bernard n’osait se comparer à cette superbe fille. Ce fut le coup de foudre immédiat pour Bernard. Malgré son état, il n’hésita pas une seule seconde à lui demander son chemin ; elle lui répondit qu’il était arrivé et lui montra gentiment le chemin de  la maison qui était cachée derrière une haute haie. Il sonna à la porte, enleva son chapeau et attendit que l’on vienne lui ouvrir. Un major d’homme l’invita à entrer dans la grande demeure. Soulagé d’être arrivé, mais un peu nerveux, il demanda à voir M. Bacloz le régisseur du domaine. Au bout de quelques minutes, il le fit entrer dans son bureau afin de définir son futur travail. Au fur et à mesure  de la discussion, son visage devenait pâle, il s’assombrissait. Bernard écoutait le régisseur et comprenait que sa situation ne serait aussi agréable qu’il ne l’avait imaginé. Ses pensées allaient encore à la jeune fille qu’il souhaitait revoir …
 
 
Loïc D., 2nde section internationale, novembre 2012.

***




Devoir d'Alexandre V. : focalisation zéro.


Mickaël Damargo est un habitant de la ville de Boulogne-Billancourt, son appartement est situé dans la rue du château, équidistante du Parc des Princes et de la station de métro Jean Jaurès. Le froid d’hiver a recouvert, durant la nuit passée, la route d’un léger manteau neigeux. Boulogne-Billancourt n’a cessé d’accueillir de nombreux retraités provençaux ou bretons qui rentrent pour retrouver l’effervescence parisienne autour des fêtes hivernales. L’immeuble de Mickael, jaunâtre et dont grand nombres d’appartements sont encore désemplis reste calme, loin de toute l’agitation francilienne. Mickael logeait au troisième étage de ce modeste immeuble des années 50. A ses heures perdues, il vagabondait dans le bois de Boulogne, laissant son esprit errer dans des contrées lointaines. Néanmoins, ce nouvel étudiant en journalisme avait une passion, le football. Les jours de matches, il se préparait presque religieusement dans son deux pièces, dont les murs étaient recouverts d’écharpes et de drapeaux du Paris Saint-Germain. Membre du Kop Boulogne depuis sa tendre enfance, il ne manquait aucun match de ses idoles. De Luis Fernandez à Raï, en passant par Safet Susic, il les avait tous adulés. En manque d’affection depuis la mort tragique de ses parents, il avait trouvé une autre source de joie. Sur la commode en bois, acquise dans un vide-grenier, la pochette du disque de Manau : « La Tribu de Dana ».
Tout en se préparant, Mickaël écoutait avec son nouveau baladeur à disque dur Archos, le premier titre du nouvel album d’IAM : « Je danse le Mia ». Cette chanson, sonnait comme un rituel pour lui.  Il se remémorait des souvenirs de son enfance. Une enfance ternie par la mort brutale de ses parents dans un accident d’avion, tués dans l’attentat de Lockerbie commandité par le Général libyen Kadhafi, où un Boeing 747 fut victime d’une bombe placée dans cockpit de l’avion. Alors âgé de seize ans, inconsolable, il s’était réfugié dans le football et le rap.
 
Le 30 décembre 1993, Mickaël, toujours meurtri par cette solitude de plus en plus douloureuse, marchait pour oublier une jeunesse longtemps marquée par la tristesse. Comme chaque vendredi, il parcourait le Bois de Boulogne pour faire de nouvelles rencontres et tenter d’égayer une vie maussade. Il promenait son labrador blanc, le pelage mouillé par la rosée matinale et les pattes souillées par la boue. L’orphelin était émacié et plutôt grand. Il avait une chevelure blonde, ébouriffée et reflétant les rayons du soleil levant. Ses yeux bleus créaient une harmonie dans son visage. Les mains, aux ongles rongés par la solitude, étaient rentrées dans ses poches, trouées par l’usure. Son corps respirait l’asthénie ressentie par le personnage. De temps à autres il croisait des camarades qu’il côtoyait quotidiennement sur les bancs de l’université. Il lui arrivait de s’arrêter sur un banc pour regarder les promeneurs. D’un air évasif, il tentait d’imaginer leur vie, leurs déceptions ainsi que leurs joies. Le jeune homme continuait son chemin vers la sortie du parc lorsque soudain il aperçut la silhouette nébuleuse d’un membre de sa famille. Bien que floue, l’image ne laissait aucun doute, le cours de sa vie allait être à jamais bouleversé.

Alexandre V., 2nde section internationale, novembre 2012.


***


Devoir de Laura T. : 

Damien était confortablement assis dans le car qui le ramenait chez lui chaque soir après les cours. Fatigué après une longue journée de travail, il consulta sa montre puis son téléphone qu'il rangea dans son sac à dos, posé sur le siège à côté de lui. Il regarda rapidement le voyant lumineux situé au-dessus des portes, qui affichait le nom de son arrêt, « Voltaire ». C'était aussi le nom de son lycée. De se place, au fond du bus, il pouvait voir tous les passagers : c'était d'ailleurs pourquoi il la choisissait toujours. Passionné par la vie des gens qu'il ne connaissait pas, il les observait, sans même leur adresser un mot. Qu'est-ce qu'ils faisaient ? Que se passait-il dans leurs vies ? Cela l'intéressait. Il ne pouvait pas se l'expliquer. Seul, il se demandait si d'autres individus, comme lui, cherchaient à imaginer une vie à des gens qu'ils ne connaissaient pas.


Durant son trajet, il regardait le paysage, aussi. Dehors le temps était horrible, mais ce n'était cependant pas étonnant : c'était le temps d'automne typique, à Paris. La pluie semblait être sur le point de tomber, mais les nuages noirs n'empêchaient pas les Parisiens de faire ce qu'ils avaient à faire. Damien regarda un instant une jeune fille dehors qui lui faisait penser à sa cousine, mais il détourna son regard alors que la jeune fille se perdait dans la foule. C'était cette activité permanente dans les rues de la capitale qui la lui faisait tant aimer. Le jeune homme d'une quinzaine d'années sortit alors le conte philosophique qu'il devait lire pour les cours, Candide de Voltaire, cet auteur qui avait donné son nom à l'établissement que fréquentait l'adolescent.


Le bus s'arrêta au bord d'une route, entre le onzième et le douzième arrondissement. Le lycéen interrompit sa lecture tandis qu'un petit groupe de personnes montaient dans le car. Parmi eux, une jeune fille, d'une quinzaine d'années, retint l'attention de Damien, sans qu'il sache pourquoi. L'inconnue fit quelques pas pour trouver une place libre, puis son regard se posa sur Damien. Elle savait qu'elle l'avait déjà vu, qu'elle le connaissait. Elle s'assit en face de l'adolescent et ils se dévisagèrent. Chacun d'eux se demandait d'où il connaissait l'autre. Et le pire, c'est qu'aucun d'eux ne se souvenait...

Et pourtant, ces cheveux blonds, bouclés, longs et brillants, ces yeux verts, cette peau de pêche et cet air rieur, Damien les connaissait. Et plus le bus s'approchait de sa maison, plus le lycéen, troublé par le moment qu'il était en train de passer, se demandait qui était cette mystérieuse inconnue – s'il pouvait parler d'une inconnue. La pluie commençait à tomber alors que l'arrêt auquel il devait descendre n'était plus qu'à quelques centaines de mètres. Il n'arrivait toujours pas à donner un nom à l'adolescente aux cheveux d'or et aux yeux verts assise en face de lui.

Damien déclencha le bouton qui demandait au chauffeur l'arrêt du car, se leva, regarde pour la dernière fois la jeune fille et descendit du bus. L'air frais et la pluie le forcèrent à presser le pas. Il commença alors à réfléchir à ce qui venait de se passer, ce mélange de curiosité, de peur et de malaise face à la jeune fille. Un sentiment qu'il n'avait jamais connu auparavant. Mais il ne parvenait pas à trouver un dénouement à cet étrange moment qu'il venait de vivre.

Les cheveux mouillés à cause de la pluie, le garçon commençait à se fatiguer et ralentit, quand soudain, la réflexion qui le tourmentait depuis de longues minutes aboutit enfin. Une larme tomba sur sa joue, le surprenant lui-même, avant de se mêler à la pluie qui avait déjà trempé son visage. C'est en larmes qu'il finit son chemin jusqu'à chez lui.

Ce dont il s'était remémoré lui faisait du mal. Il savait d'où il connaissait cette jeune fille, il s'en souvenait. Mais, pour le coup, il aurait préféré ne pas se le rappeler et demeurer, comme quelques instants plus tôt, sans réponses à ses questions.

 

Tout le texte est en focalisation interne, sauf les deux passages qui sont soulignés.

 
 

Laura T., 2nde section internationale, novembre 2012.

***

Devoir de Louna M. :

J’ai choisi une focalisation zéro pour donner un maximum de détails sur l’époque et les conditions de vie de la population.

             « Enfin ! » soupira Raphaël, à bout de force, «  C’est tout pour aujourd’hui. »

La journée des paysans dans les terres espagnoles d’Estrémadure touchait à sa fin. Raphaël, tout comme ses compagnons, transpirait à grosses gouttes suite à une épuisante et interminable journée de travail sous un soleil de plomb estival, à cultiver du blé et à s’occuper des bêtes. Après de nombreuses années à passer ses journées dans les champs, sa musculature s’était développée, sur une peau brune, en accord avec sa chevelure noire de jais. Ses traits durs et son regard sombre le rendaient impressionnant, malgré sa taille moyenne. C’était l’été 1960, une vingtaine d’années après la Guerre Civile, encore présente dans tous les esprits et racontée dans A feu et à sang de Manuel Chaves Nogales. Ainsi, les exactions de cette période néfaste avaient conduit les villageois, non seulement à la famine, mais aussi à se méfier les uns des autres. La misère régnait, surtout dans les provinces de campagne. Raphaël luttait jour après jour pour survivre et nourrir sa famille nombreuse.

Ce soir-là, il rentrait chez lui, tenant une maigre besace garnie de pommes de terre. Dans la vallée, sous un ciel orangé, trônait Bienvenida, un coquet village blanc semblable à celui du tableau de Gérald Le Goubey. Après trente minutes de marche, il arriva sur le perron de son logis. Sa maison était très modeste, avec son sol en terre battue, ses murs peints à la chaux et son brasero au milieu de l’unique pièce. Sa femme, comme à son habitude, préparait le repas, impatiente de récupérer l’ingrédient principal. Ses deux fils, âgés de dix et huit ans, ennuyait leur sœur cadette qui  s’occupait du nouveau-né. Le père embrassa ses petites têtes brunes, à la peau tannée par le soleil.

Il se prépara en attendant le dîner et se dirigea vers le patio, au milieu duquel trônaient deux grosses bassines pleines d’eau. Après une toilette superficielle, il s’habilla d’un pantalon de toile beige et d’une chemise grise : ses seuls habits du dimanche. Son dîner terminé, il partit rejoindre son frère Juan, non pas pour le paseo traditionnel, mais pour se rendre aux cours du soir organisés par la mairie. La plupart des paysans espagnols étaient analphabètes et cette académie était  leur seule opportunité de sortir de l’ignorance voulue par le dictateur Franco. Ils arrivèrent à la place du village où dominait l’église romaine et où bavardaient les villageois autour de la fontaine rafraîchissante. Ils saluèrent leurs amis qui leurs proposèrent de les rejoindre autour de plusieurs verres. Mais la cloche sonna neuf heures : le cours allait commencer. L’instituteur du village les fit entrer et s’installer dans l’unique salle de classe. Ce cours encouragea Raphaël, qui faisait de gros progrès : il arrivait désormais à lire des phrases entières. A la sortie de la mairie, le regard de Raphaël fut attiré par une affiche. Il y était écrit : « ALLEZ CHERCHER LA RICHESSE EN FRANCE. »

Louna M., 2nde section internationale, novembre 2012.


                                                                                                                                                            ***


Devoir de Rebel O. : 
J’ai choisi la focalisation zéro, sauf pour les courts passages surlignés en jaune qui sont en focalisation interne.



Sophie resserra son manteau et continua à marcher. De gros flocons recouvraient ses traces de pas et sa respiration montait en un nuage blanc délicat qui était balayé presque aussitôt par le vent glacial qui soufflait sur la ville de Chicago. L’énorme sapin de Noël brillait de mille feux sur la place centrale, et elle s’arrêta un moment pour le contempler. Cela faisait déjà un an et demi qu’elle avait emménagé dans cette ville avec ses trois amis pour faire ses études. Elle avait réussi ses examens de fin de première année sans problème et ne rencontrait toujours pas de grandes difficultés à l’université. Elle pensa soudain au travail qu’elle devait rendre dans une semaine et qu’elle n’arrivait pas à terminer. Sa vie scolaire n’était peut-être pas aussi facile qu’elle le voudrait en fin de conte. Sa famille aussi l’inquiétait.

La jeune fille soupira et se dirigea vers le métro. Il ne fallait surtout pas qu’elle s’arrête pour penser à cela maintenant. Une boutique offrait d’intéressantes promotions et elle s’approcha de la vitrine pour l’inspecter. On distinguait clairement son reflet dans la vitre polie. Sophie avait une vingtaine d’années, ses cheveux étaient noués en une longue natte et ses yeux verts pétillaient de vie malgré sa fatigue évidente. Elle était jolie et on devinait qu’elle pouvait même être très séduisante. On ne distinguait cependant pas la moindre trace de maquillage sur son visage et ses vêtements étaient plutôt sobres. Elle finit par décider que la boutique méritait qu’elle y retournât plus tard, avant de continuer sur son chemin.

On lui demandait souvent comment elle arrivait à gérer son temps, entre ses cinq petits boulots, ses études et sa vie sociale chargée mais elle préférait avoir toujours quelque chose pour l’occuper et ne pas avoir assez de temps pour se mettre à réfléchir. Chaque fois que son cerveau divaguait, elle se surprenait à penser à cet incident. D’ailleurs, voilà qu’elle recommençait. Secouant la tête, elle s’engouffra dans les tunnels bondés du métro et se dirigea vers son train.

Le métro était l’endroit qu’elle détestait le plus au monde : il était sale, dégageait une odeur nauséabonde et, ce qu’elle détestait par-dessus tout, c’était le fait qu’il soit, comme tous les autres métros, souterrain. Or, chaque fois qu’elle entrait dans un endroit confiné ou étroit, elle avait l’impression que le plafond allait s’écrouler sur elle. Encore une fois, elle se demanda pourquoi la ville n’avait pas construit de train en hauteur près de chez elle. Le train arriva et la jeune fille y monta, impatiente de rentrer chez elle.
Elle passa la trentaine de minutes que dura le trajet à essayer de lire dans la chaleur étouffante du métro. Lorsque ce dernier s’arrêta, Sophie sortit dans le tunnel et se dirigea vers la sortie, heureuse de pouvoir enfin laisser derrière elle le braille incessant des « chansons » d’Eminem, qu’elle trouvait tout à fait contraire à ses goûts pour ne pas dire nul, qu’un des autres passagers avait eu la brillante idée de mettre aussi fort qu’il le pouvait. L’appartement qu’elle partageait avec Louis, Charlotte et Sébastien se trouvait à quinze minutes à pied de la station de métro et elle se dépêcha pour sortir du froid qui, comme toujours en décembre à Chicago, pénétrait jusqu’à l’os.

Louis était un beau jeune homme blond aux yeux bleus avec une carrure de sportif. Sébastien avait les cheveux noirs, un joli visage embelli par des yeux foncés avec un caractère beaucoup plus calme et posé que son ami. Charlotte, une rousse aux yeux verts, avait des taches de rousseur un peu partout sur le visage. Les quatre amis s’étaient connus au lycée et avaient décidé d’aller aux Etats-Unis ensemble pour leurs études. Arrivée à la porte, elle entra et lança un « bonsoir » jovial à ses colocataires qui étaient tous rentrés quelques heures plutôt. L’appartement était chaleureux  et une odeur délicieuse provenait de la cuisine. Elle s’aperçut soudain que personne ne lui avait répondu et leva la tête de ses chaussures qu’elle était en train d’enlever. Ses amis affichaient tous un air grave et Sophie perdit tout de suite le sourire qu’affichaient ses lèvres depuis son arrivée. L’appartement lui sembla tout à coup beaucoup moins accueillant. Ce fut Louis qui brisa le silence.
« L’hôpital vient tout juste de nous appeler. » dit-il avant d’hésiter une seconde. « Assieds-toi. »    
 

  Rebel O., 2nde section internationale, novembre 2012.


***


Devoir d'Alexandra S. : 

Focalisation zéro partout sauf une petite focalisation interne lorsque le narrateur dit :
« […] qui lui rappelait tant le tabac qu’il fréquentait. »                                
               
Etalé sur son transat, enduit de crème solaire au point d’en luire, un homme d’une quarantaine d’années sirotait un verre. Il se nommait Ozzy Lackey. L’emprise du temps n’avait eu que peu d’effets sur son visage rondouillard, ses joues étaient roses, sa moustache salie par quelques restes du petit-déjeuner. Il portait une chemise à fleurs, bien trop petite pour lui, dont le tissu tirait au niveau des boutonnières et laissait entrevoir une pilosité abondante. Son corps transpirait de plus en plus sous le soleil de plomb. Le plus souvent, ses deux bras pendouillaient nonchalamment de chaque côté de son énorme ventre mais ceux-ci se rapprochaient parfois afin de lui permettre de se délecter de sa Margarita.
Il faisait partie de ces Américains qui menaient une vie tranquille mais modeste, et qui aimaient se montrer au volant d’une Chevrolet rouge accompagné par un café extra large acheté au Starbucks d’à côté. Cet homme dont la corpulence aurait impressionné n’importe quel européen ne souffrait d’aucun handicap ni d’aucun complexe dans son pays. Il est vrai qu’aux Etats-Unis tout est bien plus grand et bien plus gros ! Il s’était même converti à une religion particulière pour laquelle manger le nombre exorbitant de cinq bigmacs par jour était considéré comme un simple goûter.
Alors, quand l’opportunité d’un voyage au Mexique s’était offerte à lui suite à l’héritage de sa grande Tante Maggy, il avait sauté sur l’occasion le 14 mai 2010, la meilleure époque de l’année, afin de goûter aux fajitas, aux enchiladas et bien sûr à la téquila dont il avait souvent entendu parler à la télévision.
Il se leva enfin de sa chaise longue et se dirigea vers le buffet de l’Hôtel Sandos, qui bordait la plage de Playa del Carmen, où il s’était installé. Ses pieds le brulaient sous la chaleur. Il regarda en direction de l’Océan turquoise qui lui rappelait tant les cartes postales que vendait le tabac qu’il fréquentait. Zigzaguant autour des transats de couleur bleu marine libres ou pris par ceux qui étaient partis manger et qui avaient laissé leurs serviettes, il avança sur le sable blanc, brillant comme des cristaux. Ses pieds s’ancraient profondément dans le sol et à chaque pas, du sable se faufilait entre ses orteils et se coinçait dans ses ongles jaunes et mal coupés. Un peu plus loin, il soulagea ses pieds dans une petite mare boueuse que des enfants avaient creusée. Le ciel se couvrit et le vent, réveillé, ébouriffa ses cheveux grisâtres. Il lui fallut cinq minutes pour atteindre le petit bar de la plage ou il décida de faire une petite halte avant d’atteindre le restaurant. Trois argentins se parlaient avec bonne humeur malgré le temps assombri. Il commanda à nouveau un cocktail Sampa Specialite de l’hôtel qu’il but goulument. Il quitta enfin la plage et dépassa les douches. A la piscine, seulement quelques personnes y étaient restées.
Une fois arrivé, il engloutit une quantité incroyable de nourriture même si son docteur le lui avait déconseillé à cause de son taux de cholestérol trop important. Il avala aussi d’une traite une téquila, qui le changea d’ailleurs des litres de Coca Cola qu’il avait pu aspirer du bout de sa paille au Macdo. Il ne portait pas attention aux regards des autres touristes ahuris et des serveurs mexicains. Un gringo*, voilà ce qu’il était. Ils le regardaient tous toujours avec stupéfaction quand il s’effondra, foudroyé d’une douleur à la poitrine.
 
 
*Nom donné aux Américains par les Mexicains depuis la guerre entre le Mexique et les Etats-Unis en 1846. Les troupes Américaines entonnaient la chanson Green Grows The Grass que les Mexicains comprenaient comme « gringos ».

Alexandra S., 2nde section internationale, novembre 2012.



***

Devoir de Marie M. : 

Camille marchait à vive allure dans les ruelles de Paris. Ce jour frileux de l'hiver 1980, la jeune femme était très pressée. Elle se dirigea dans la rue du Cours Albert 1er, non loin de son ancien appartement, lorsqu'elle bouscula quelques passants et fit de grands gestes à un taxi pour l'arrêter.

    « Bonjour mademoiselle. Puis-je connaître votre destination ? » articula le chauffeur, machinalement.

    « La gare de Lyon. Et vite s'il vous plaît. Un rendez-vous m'attend. »

Il était à peine moins de dix heures et Camille s'inquiétait tant elle prenait du retard.

    « Don't worry ! About a thing... » chantonnait le bonhomme.

Puis, celui-ci augmenta le son de sa stéréo et Camille se surprit elle aussi à chanter du Bob Marley. La pluie tapait contre les vitres. Les essuie-glaces battaient contre le pare-brise de la voiture. On entendait le doux bruit du moteur qui chauffait et la jeune parisienne voyait défiler de plus en plus rapidement la ville, qu'elle connaissait si bien, sous ses yeux. Cependant, ce moment tant cherché et convoité à Paris, ne dura qu'un instant. Désormais, le véhicule se trouvait dans un bouchon immense. A travers sa vitre, Camille voyait des silhouettes s'agiter et le monde extérieur remuer. Un vacarme insupportable s'était imposé et des klaxons stridents perçaient les oreilles demoiselle. Elle entendit même des automobilistes jurer. A un moment donné, celle-ci observa son reflet légèrement déformé dans l'étroit rétroviseur du taxi. Ses cheveux cuivrés encore mouillés tombaient sur ses épaules en boucles épaisses. Certaines mèches s'étaient plaquées sur son visage rougi par l'effort. Camille, naturellement, se hâta de les ranger derrière son oreille. Elle arrangea sa robe aussi, une robe bleu marine, très cintrée à la taille et sur laquelle venaient s'ajouter des épaulettes noires aux dessins dorés. Elle se portait au dessus des genoux, comme la tendance du moment l’exigeait. Pour ce jour spécial, la jeune femme avait mis une paire de low boots en daim noir très élégantes. Cette année-là, ces chaussures étaient en vogue. Camille prêtait une grande attention à la mode et Kenzo était son favori.

    « Vous permettez que j'allume une cigarette ? » demanda-t-elle.

Il ne pleuvait presque plus et la circulation se faisait plus fluide. Doucement, Camille porta la cigarette à sa bouche et aspira une grande et longue bouffée. Elle entrevit la gare où on l'attendait. Au fur et à mesure que la destination s'approchait, le cœur de la demoiselle battait plus fort. Elle expira la fumée lentement comme pour évacuer un stress. Malgré ses efforts, son cœur tambourinait à l'idée de le revoir après toutes ses années.

    « Nous voici arrivés, Mademoiselle. »

 

Camille scruta la foule et elle le vit. Elle avait à peine posé les yeux sur lui que son souffle se coupa inopinément et des frissons lui parcoururent le dos. Lui était assis là, juste devant elle. Ses traits étaient vieillis, sa barbe, mal rasée et ses cheveux, grisés. C'était bel et bien son père. Camille s'adossa sur son siège et respira profondément. Elle ferma les yeux calmement et aussitôt les souvenirs qu'elle pensait enfouis profondément fusaient dans son esprit. Elle secoua la tête puis cligna des yeux plusieurs fois comme pour se débarrasser de toutes ces pensées.

 

    « Finalement je crois que je vais faire demi-tour. Je n'ai plus rien à voir ici. S'il vous plaît, raccompagnez-moi chez moi. »

 

Le chauffeur surpris, s'exécuta.

 


  •  

    Pour ce texte, j'ai choisi la focalisation interne de sorte que le lecteur perçoive exactement tout ce que Camille ressent.

    Marie M., 2nde section internationale, novembre 2012.


                                                                                                                                                                ***



    Devoir d'Eléna G. : 


     Focalisation zéro :

     
     
    Marie avait fini la lessive au lavoir et rentrait le panier chargé qu’elle déposa chez la bourgeoise. Elle devait préparer désormais le repas pour son fils, il arriverait bientôt. Paul avait huit ans et était à l’école primaire.
    Cela faisait maintenant trois ans que son père était parti à la guerre, et un an qu’il en était mort. Paul lui ressemblait beaucoup ; comme son père il était maigre aux cheveux noirs de jais. Pierre avait été appelé au combat en décembre 1914. Du jour au lendemain on lui avait enlevé son mari, il était parti à près de trois-cents kilomètres de Paris et avait péri lors de la bataille de Verdun en 1916. Elle avait reçu quatre mois après la lettre qui annonçait son décès. Malgré tout, au fond d’elle, elle espérait toujours qu’il y ait eu une erreur ; mais plus les jours passaient, plus elle perdait espoir. Son visage, marqué par la fatigue, attestait son désespoir, ses yeux de saphir sombres était alourdis par des cernes noirs. Elle était resplendissante auparavant, mais sa longue chevelure blonde, toujours bien tressée, était devenu dense et ébouriffée. Ses mains douces aux doigts fins  s’étaient transformées en mains calleuses. Avec tous les ménages qu’elle exécutait. Pour Paul… Son esprit vagabondait et ses pensées revenait toujours au même thème : Paul.
     
    Tout à coup, il y eut un bruit assourdissant qui la fit sursauter : elle venait de faire tomber la casserole ! Elle se surprit à verser une larme, puis tout de suite se ressaisit : même si elle avait de la peine, il fallait qu’elle se montrât forte pour Paul, qui restait malgré tout un enfant. Il avait déjà perdu son père, c’était suffisant ;  il lui fallait donner le meilleur à son fils : chaque jour elle allait faire des ménages et ce soir encore, elle se priverait du repas pour lui laisser le peu qu’il y avait : il fallait qu’il devienne grand et fort.
     
    Soudain, elle eut froid, c’était l’hiver. La température était glaciale dans cette chambre, seule pièce de leur habitation, aussi longue que large, dans laquelle tenait seulement deux petits matelas et un réchaud. Elle n’avait pas besoin de plus de place puisqu’elle ne possédait rien d’autre ! Les murs laissaient apparaître quelques tâches d’humidité ; seule coquetterie : la fenêtre ornée d’un rideau qu’elle avait elle même brodé lorsqu’elle préparait son trousseau de mariée, et sur le matelas de Paul, un ourson en peluche dont elle avait déjà remplacé les yeux par deux boutons noirs et recousu un bras. Mais c’était le seul souvenir que Paul avait de son père.
     
    Elle regarda par la petite fenêtre, mince barrière contre le froid : la nuit tombait, le ciel chargé de nuages épais laisserait tomber son épais fardeau neigeux d’un instant à l’autre et son fils n’était toujours pas rentré. Inquiète, elle scruta longuement la rue obscure : il n’y avait qu’un lampadaire qui diffusait une lumière blafarde. Et voilà qu’il neigeait à présent ! Impatiente, elle se dirigea vers la porte pour partir à la recherche de Paul. Lorsqu’elle tourna les clefs dans la serrure, la sonnette retentit. Rassurée, elle ouvrit, mais se figea aussitôt. Certes il y avait Paul, mais aussi et surtout Pierre.
Eléna G., 2nde section internationale, novembre 2012.  

                                                                                                                                                                            ***

Devoir d'Emma H. (focalisation zéro en jaune, focalisation interne en violet) : 

Oxford, réveillée par ce premier jour de printemps, bourdonnait d’étudiants qui partaient se divertir dans les quatre coins de la ville.
Amelia avait terminé tôt et avait passé son temps libre à regarder les volumes anciens qui peuplaient les étagères de la librairie de « Radcliffe Square » comme de vieux menhirs. La jeune fille aux cheveux blonds vénitiens étudiait le business comme l’avait sa mère auparavant mais sa passion était l’art d’écrire. Elle aimait la forme des lettres, leurs apparences physiques et le message qu’elles semblaient véhiculer. Cela elle ne l’avait, bien sûr, jamais dit à ses parents qui étaient des gens d’importance financière, travaillant tous deux dans de grandes entreprises et qui considéraient l’expression « vivre de sa plume » un euphémisme pour « non qualifié ».Sa passion secrète était sans doute la raison pour laquelle elle visitait ce vaste reposoir de livre aussi souvent. Elle se noyait dans les poèmes, les romans, les fables. Toutes ses œuvres s’ornait de couvertures attirante, envoutante même dont les titres portaient a la découverte des trésors antiques. Des heures filaient et on la retrouvait isolée et protégée par des remparts multicolores d’ouvrages.
Cependant, ce jour-là, un jour exceptionnellement beau pour le mois d’avril en Angleterre, Amelia sortit de ce monde d’écriture magique plut tôt que d’habitude. Elle descendit les escaliers de marbre, une lettre jaunâtre en main, prit « Catte Street » et tourna dans le « High Street » pollué de monde et de déchets. Elle marcha sur cette rue pour cinq minutes pendant lesquelles elle observa les publicités pour « Channel n°5 » ou «Tesco » sur les bus et les panneaux étalés sur les murs annonçant le nouveau « James Bond ». Elle se dirigea ensuite vers le parc.
Depuis quelques temps elle cherchait un prétexte pour se promener près de la rivière, qui, en fin d’après-midi  scintillait du doux rayonnement du Soleil. La rivière lui plaisait. Des souvenirs de sa première année en tant qu’étudiante lui revenait : la petite barque que Joseph, Elise et elle avait construite, qui ressemblait davantage à une planche courbée avec des bouts de ficelles et du fil de fer pointant comme des clous le long de chaque côté. Des images des nombreuses soirées passées avec Tom pendant lesquelles ils étaient allongés sur la rive arborée chantant à la belle étoile lui remplissaient l’esprit. C’était une bonne première année mais ce garnement de Tom avait quitté l’Angleterre pour la France et elle ne voyait plus Joseph et Elise souvent…
Le chemin qu’elle n’avait pas pris depuis plus d’un an mais qu’elle connaissait sur le bout de ses doigts tout de même, le conduisait vers « Saint Hilda’s College »  ou elle devait prendre le chemin qui serpentait à gauche pour rejoindre la route principale. Elle rêva encore quelques instants avant de rejoindre la civilisation pour admirer la musique que produisait le ruissellement de la rivière et le mouvement doux des arbres qui couvrait d’un dôme le serpent turquoise qui slalomait entre leurs pieds.
Une fois de retour sur le « High Street » ou elle se trouva entourée d’un brouhaha terrible. Elle souhaita tellement retourner à la nature mais elle avait une mission à accomplir. Donc elle prit « Cowly Road » et s’arrêta devant une porte de bois d’une couleur marron clair que surmontait un heurtoir en fer rouillé avec un visage de lion. Amelia plaça sa main sur l’animal d’acier et frappa. Rien ne se produisit. Elle hésita mais décida de ne pas tenter une seconde fois. Elle se retourna, déçu, et prit quelques pas quand elle sentit une main étrangère effleurer la sienne.
« Est-elle adressée à moi, cette lettre ? » dit une voix grave.
Amelia regarda l’individu et sourit, un sourire avec un air presque forcé.

Emma H., 2nde section internationale, novembre 2012.  



 




Date de création : 24/11/2012 @ 12:52
Dernière modification : 13/01/2013 @ 16:46
Catégorie : Copies d'élèves 2012/2013
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