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Copies d'élèves 2013/2014 - Ecriture d'invention romanesque 2nde 8

Devoir à rendre le jeudi 07 novembre 2013.

 

Vers l'écriture d'invention (sujet de type III du bac).

 

Coefficient 3

 

Sujet (à coller sur votre feuille double) : après l'étude du GT1 (Les débuts de romans), vous rédigerez à votre tour un incipit régi par les consignes suivantes :

 

·        votre production sera de registre réaliste.

·        Elle mêlera types narratif et descriptif (vous veillerez à utiliser les outils grammaticaux et stylistiques propres à ces deux types de texte).

·        Votre incipit respectera les codes romanesques traditionnels (fonctions informative et « apéritive »).

·        Vous expliciterez la focalisation que vous aurez choisie :

1.      focalisation zéro ;

2.      focalisation interne ;

3.      alternance des deux : dans ce cas, vous signalerez le(s) changement(s) de focalisation à l'aide d'une croix rouge dans la marge, au niveau de ces changements.

·         Toute référence culturelle pertinente est valorisée.

·         Le site de Lettres du CIV propose des copies d’élèves ayant eu à traiter le même sujet, au cours des années précédentes.

 

Devoir de Joanna M. : Focalisation zéro

Indices de registre réaliste soulignés.

 

                Ce matin-là, Madeleine Dubreuil fut réveillée par les premiers rayons du soleil. La journée de la veille l'avait épuisée : la jeune femme avait dû travailler d'arrache-pied jusque tard dans la nuit au bistrot du coin. Ce poste de serveuse lui assurait un revenu à peine suffisant pour payer le loyer de la minuscule chambre de bonne qu'elle occupait, au dernier étage d'un vieil immeuble rue Ambroise Fleury.

                Elle se leva péniblement et regarda à travers la fenêtre. A défaut d'être grande, elle lui offrait une vue imprenable sur tout Rouen. Au loin se dressait l'immense cathédrale, illustre monument témoignant de l'influence de l'art gothique. D'autres églises et clochetons émanaient de la brume. Rouen demeurait un lieu chargé d'histoire : Jeanne d'Arc, Claude Monet ou encore Pierre Corneille étaient autant de personnes qui avaient forgé le caractère de la ville. Celle-ci paraissait bien calme en cette veille de Noël. Seuls quelques habitants se promenaient le long de la Seine, affrontant le froid et le vent de cette maussade journée d'hiver 1997. Le ciel était couvert, même si par moments les nuages laissaient place au soleil. Un des premiers réflexes de Madeleine fut de s'envelopper dans une épaisse couverture en laine ; la vieille chaudière à gaz peinait à réchauffer son modeste logis. Elle se prépara une tasse de café, un des seuls luxes qu'elle s'offrait de temps en temps, et s'assit dans un coin de la petite pièce.

                Madeleine était assez petite et maigre. Son teint blafard contrastait fortement avec ses cheveux noirs, ternes et secs. Elle avait un nez imposant qui faisait tache sur son visage déjà ridé, et ses grands yeux marron foncé traduisaient une profonde tristesse. Madeleine n'avait ni amis, ni famille, ni un homme pour lequel elle aurait voulu se faire belle, c'est pourquoi elle ne faisait guère attention à son image. Sa mère, Isabelle,  était décédée, et le seul bien qu'elle avait hérité d'elle était un pendentif en or, qu'elle gardait précieusement autour de son cou. Depuis sa mort, Madeleine s'était renfermée sur elle-même et avait perdu toute joie de vivre. Elle était âgée de vingt-et-un ans, et pourtant elle en paraissait dix de plus. La jeune femme n'avait pas connu son père, un marin, et son chagrin n'avait fait qu'empirer. En plus de cela, Isabelle s'était toujours entêtée à lui répéter qu'il était mort, bien qu'elle n'ait eu aucune preuve, certainement pour la protéger et éviter qu'elle ne se fasse de faux espoirs.

                Ce jour-là, Madeleine avait prévu de se rendre sur la tombe de sa mère, qui y reposait depuis exactement deux ans.  Après avoir bu son café, elle posa la tasse sur la table en bois, enfila une vieille robe noire ainsi que son manteau troué. Le cimetière se situait à environ sept cent cinquante mètres de chez elle.  Sa mère avait voulu être enterrée là-bas, un endroit calme et nettement moins fréquenté que le cimetière Monumental, où reposait notamment Gustave Flaubert. Elle se mit donc en chemin, sans prendre la peine de se coiffer. Elle rejoignit la rue Martainville, puis bifurqua sur la rue Henri Rivière. La ville s'animait peu à peu : les commerçants avaient ouvert leurs boutiques, décorées aux couleurs vives de Noël pour accrocher les regards des passants, de délicieuses odeurs de brioche et de chocolat s'échappaient des boulangeries, et, partout, la magie de Noël semblait avoir opéré. Madeleine devait être une des rares personnes à détester cette fête qui lui rappelait sans cesse la mort tragique de la personne qu'elle aimait par dessus tout...

                Après un quart d'heure de marche, elle arriva à l'entrée du cimetière, et un frisson la parcourut. Le vent fit voler ses cheveux ; elle n'y prêta pas attention. La jeune femme remonta l'allée principale et aperçut de loin la tombe de sa mère. Habituellement, elle était peu fleurie, car Madeleine était la seule personne à s'y rendre. Ce jour-là, bizarrement, un bouquet de chrysanthèmes avait soigneusement été déposé... Madeleine prit la petite allée qui y menait, et, en se rapprochant, elle remarqua un homme. Elle ne pouvait pas encore le distinguer complètement, mais elle ne se rappelait pas l'avoir déjà vu. Madeleine s'avança encore. Elle n'était maintenant plus qu'à quelques pas. L'homme, recueilli devant la tombe d'Isabelle Dubreuil, se retourna brusquement. Il était vêtu d'un chic costume bleu marine assorti à des chaussures en cuir bien cirées. Relativement petit, l'homme devait avoir environ quarante-cinq ans. Ses  cheveux et sa moustache étaient noirs, tout comme ses yeux. Son large nez ressortait particulièrement. Il portait une chaîne en or, au bout de laquelle pendait une petit ancre. Sa bouche fine s'était entrouverte, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Après un long moment, il dit tout bas, si bien qu'on l'entendait à peine : « Madeleine ? »...

 

 

Joanna M., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir d’Emma B. :

 

J'émergeai du sommeil sous les cris grinçants de mon réveil-matin, qui couinait avec les inflexions terrifiées d'un cochon qu'on égorge. C'était un vieux modèle, un des premiers mis en circulation autour des années 1850, abandonné sans doute par son ancien propriétaire. Le métal rouillé, en vibrant contre le plancher de bois, produisait un son extrêmement désagréable, amplifié à l'infini par l’exiguïté de la pièce. Mal réveillé, je me dégageai des couvertures râpeuses pour empoigner le fautif et m'employai à le réduire au silence. Cela fait, j'enfilai rapidement mes habits, essayai vainement de mettre de l'ordre dans ma chevelure et empoignai négligemment un quignon de pain, que je mangerai en route. Avant de refermer la porte, je jetai un rapide coup d’œil en arrière. La chambre de bonne que j'occupais maintenant depuis une quinzaine de mois, de proportions assez modestes pour que mon regard l'engloba toute entière, aurait aisément pu passer pour le théâtre d'une guerre napoléonienne. L'enceinte de murs de plâtre était recouverte d'un papier peint miteux, lacéré de part en part, qui découvrait les cloisons émiettées. Un bureau branlant, une chaise renversée au dos fort et droit et un lit antédiluvien constituaient l'ensemble du mobilier, dont les planches de bois vermoulues semblaient prêtes à se rompre. Les draps, que j'avais défaits et jetés à terre lors de mon réveil précipité, traînaient lamentablement à même le sol ; les placards béaient, laissés ouverts par inadvertance ou depuis longtemps dépouillés de leur porte. A l'inverse, l'unique fenêtre, bien que close, laissait pénétrer de violents courants d'air qui refroidissaient terriblement la pièce et ajoutaient encore au désordre environnant. Une atmosphère stagnante et misérable régnait, qui imprégnait les objets et empuantissait l'air. 

Je claquai aussitôt la porte et me hâtai consciencieusement, désireux d'arriver à mon travail dans les temps. Une fois la volée d'escaliers descendue et la porte de l'immeuble franchie, je me retrouvai sur la rue d'Arras, assailli par l’agressivité de la banlieue lilloise à cette heure pourtant matinale. Le quartier des Moulins, dans lequel je résidais, s'était construit de façon hasardeuse et hétéroclite, au rythme des innombrables arrivants et du bourdonnement métallique des usines. Il était seulement six heures, et déjà le pas pressé des travailleurs claquait sur les pavés sombre ; déjà l'air était lourd, opaque, souillé par la fumée des larges cheminées industrielles ; déjà les couleurs grises et pâles, terriblement uniformes, agressaient mes yeux de campagnard. 

Les images de mon berceau, mon pays, ma Champagne natale me revinrent soudain avec une violence inouïe. L'aube dorée et silencieuse, emplie de majesté, avait déjà remplacé l'obscurité grise et suffocante ; les fumées urbaines, sales et uniformes, s'éclaircissaient, s'épaississaient, se laissaient modeler par le vent comme les nuages blancs et ouateux du petit matin ; le rythme hypnotique de mes propres pas, rejoint à l'unisson par les centaines d'autres hommes-machines qui défilaient dans les rues pavées, s'effaçait sous les bruits innombrables du monde en plein éveil. Mais bien vite s'imposa à moi le manque terrible et quotidien, les plus grands efforts réduits au néant, là où les hommes sont livrés au bon vouloir de forces qui les dépassent. Je me rapellai surtout l'expression ineffable de la faim, de la peur, et de l'incertitude ; et, sur tout les visages, le désepoir qui rôde, tel un immense vautour. Nous en étions réduits à ne plus savoir quand viendrait le prochain repas, la prochaine pièce, le prochain été. L'idée de ma reconversion ouvrière,que nous avions d'abord refusée, écartée, réservée aux cas les plus extrêmes, devint subitement la seule étincelle d'espoir au sein du foyer familial. Je partit donc à la conquête de la Ville, le cœur nostalgique mais décidé, prêt à endosser le rôle de sauveur qui m'était d'avance attribué. La désillusion fut foudroyante. Là où je croyais trouver la modernité, la chance, la fortune, je ne voyais qu'une étendue malsaine, surchargée d'air vicié et de misère humaine. Le travail y était dur, la vie pénible, le salaire éternellement insuffisant. Je me sentais ployer doucement sous le poids de la tâche qui m'incombait, comme les feuilles souples d'acier sous les coups de mon marteau, essayant vainement de protéger ma famille de ce dernier - et d'autant plus terrible - échec.

Une large flaque d'eau qui s'étalait à mes pieds interrompit le cours de mes pensées. Elle était formée, comme toutes ses semblables, de la pluie incessante et drue de la ville, et croupissait là, sa couleur virant au verdâtre, souillée par la saleté et la pollution ambiante. Dans ce pauvre miroir j’aperçus mon reflet. Il y eut tout d'abord un visage long, maigre, acéré comme une lame de coutelas ; une peau rêche et tannée par le soleil; des yeux grisés où brillait la fatigue. Ceux-ci, d'une couleur singulière, étaient partiellement dissimulés par des paupières tombantes. Une silhouette fine et menaçante, courbée comme une serre, se dévoila ensuite. Des muscles longs et noueux couraient sous la peau terne, comme aggrippés violemment au squelette, que l'on apercevait en quelques endroits. Le corps était recouvert d'habits de toile vieillis et salis, aux couleurs passées, qui battaient allègrement sous le vent d'automne. Me voir ainsi, sous ces traits qui m'étaient jusqu'alors étrangers, m'atteignit de façon profonde et inexpliquée ; ainsi je décidai de reprendre ma route au plus vite  et de chasser cette image de ma mémoire.

Je marchais de bon train et arrivai devant le large portail de fer avec de l'avance. L'imposante bâtisse industrielle se dressait quelques mètres en contrebas, ses deux cheminées étrangement immobiles, lourdement dressées, émergeant de la brume ambiante. Quelques uns des plus ponctuels se trouvaient déjà là et discutaient avec animation, emportés dans un tourbillon d'assertions et de répliques fulgurantes. Je m'approchai, curieux de connaître le sujet du débat. Les mots qui me parvinrent étaient flous et indistincts, mais le sens général m'apparut rapidement : mes collègues envisageaient d'organiser une soulèvement ouvrier, une grève, comme certains l'appelaient. Inspirés par les mineurs de Creusot, dont l'histoire avait fait le tour de la France en quelques semaines seulement, certains esquissaient de glorieux projets tandis que d'autres, plus réalistes, démentaient la vraisemblance de l'opération. Je m'apprêtais à prendre la parole, révolté, mais avant que j'eus la chance de donner mon avis sur la question, le gardien se fraya un chemin parmi nous, fit coulisser son énorme clé dans la serrure du portail et nous ouvrit la voie. Nous le suivîmes alors, toute agitation retombée, les épaules basses, lassés d'avance par la journée de travail qui s'étendait inexorablement devant nous.

 

Emma B., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir d’Emma D. :

 

En ce jeudi 24 Octobre1929, nous parlions de l’actuelle crise financière quand M.Brown entra dans la salle des machines. Nous nous tûmes alors, masquant nos sourires moqueurs et le claquement métallique des engins résona de nouveau d’un cliquetis répétitif assourdissant. Le patron déambula dans les allées où ces monstres d’acier nous crachaient des pièces prêtes à être assemblées par nos mains crasseuses de suie, dans un mouvement sans cesse répété ; M.Brown avait récemment instauré le travail à la chaîne . Tandis qu’il nous observait travailler, nous ne pouvions voir de lui que sa tête anguleuse ; en effet, sa taille ridiculement petite ne lui laissait pour toute autorité que son regard austère. Ses petits yeux sinistres et noirs nous épiaient insidieusement et si par malheur, un rire échappait à l’un d’entre nous, on entendait le claquement rapide de ses talons se rapprocher inexorablement du pauvre homme, et arrivé à sa hauteur, le patron se hissait sur la pointe de ses petits pieds et lui tapotait l’épaule d’un mouvement sec. L’ouvrier se levait et nous étions alors certains de ne plus le revoir. Nous travaillions ainsi chaque jour, sa piètre autorité nous exposant arbitrairement au chomage dès qu’il entrait dans cette salle ; le bruit sourd des machines rythmant nos gestes. A dix-sept heures précises, comme chaque soir, il prit sa malette noire, se leva et se dandina vers la porte, nous donnant pour ordre de ne point quitter notre travail avant vingt-et-une-heures.

X             Le vent froid soufflait fort quand M. Brown sortit de l’usine à John Street. Il descendit le long de la rue d’un pas rapide, sous le ciel fuligineux de New York. On était à la mi-saison, et les jours se faisaient de plus en plus gris. William Brown, tout à ses pensées, ne sentait même pas cet air glacé: depuis quelques jours, les rumeurs circulaient à propos d’un krash boursier. Il avait placé la quasi totalité de ses économies dans une action prometteuse sur une tour qui serait gigantesque, que l’on nommerait «Empire State Building». Son plus fin conseiller lui avait assuré que ces rumeurs de krash n’étaient qu’affabulations et lui avait recommandé de continuer à faire confiance à la Bourse. Il pensait bien, imbu de lui-même, que s’il avait su ne pas faire faillite jusqu’à ce jour, c’était grace à son flair qui lui semblait exceptionel, mais également grâce à ce conseiller en finances, savamment choisi. Pourtant, pour la première fois de sa carrière, son instinct et sa raison s’opposaient.

Alors, il eut un pressentiment et décida d’aller retirer ses économies de la Bourse et de les échanger contre de l’or.  Il bifurqua donc rue Water en direction de Wall Street. Accaparé par ses pensées, il ne vit pas la triste ripopée de pleurs et de chapeaux baissés et n’entendit pas les cris stridents des marchands de journeaux qui l’entouraient. Arrivé à Wall Street, il ne pouvait plus avancer tant la foule était compacte. Il sortit alors de sa torpeur et vit cette cohue, ces larmes, mais pire encore le corps inerte de cet homme s’étant suicidé d’un troisième étage. Consterné d’être retardé, il demanda à un homme près de lui  la cause de cette excitation. L’homme lui apprit que les banques avaient fermé leurs portes précocement dans la journée, suite à l’effondrement de la Bourse.

Le teint d’ordinaire blafard de William Brown prit une teinte cadavérique ; le monde se mit à tourner autour de lui et le ciel lui parut se rapprocher et s’obscurcir dangereusement. Soudain, ce fut le noir. M.Brown s’était évanoui.

 

Emma D., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir d’Alice D. :

 

C'était le premier matin de novembre, le froid régnait sur toute la région Nord-Pas-de-Calais. La neige se déposait sur les toits grisâtres et à cette heure matinale, la gare de Lille était déjà pleine d’une foule pressée. Un vieux monsieur était allongé sous les arcades de l’entrée et son chien courait autour de la fontaine en face de la gare en aboyant aux passants. Son maître finit alors par se réveiller. Il s’agissait d’un homme de si grande taille qu’il aurait pu s’emmêler les jambes en marchant. Ses yeux globuleux perçaient son visage et son long nez fin soulignait ses joues creuses. Ses lèvres d’un rose vif contrastaient avec la blancheur de son teint ainsi que ses longs cheveux bruns en bataille sur sa tête. Il plia sa couverture, rassembla ses quelques affaires, se leva et pris son baluchon. Son maigre chien gris et roux qui l’accompagnait ressemblait à un épagneul breton mais ne devait être qu’un pauvre bâtard avec la peau sur les os. L’homme se rendait alors à l’église Saint Etienne située environ un kilomètre plus loin pour quêter à la sortie des messes de la Toussaint. Une fois arrivé, il s’assit à sa place habituelle au bas des marches du perron, sur les pavés froids du trottoir et déposa devant lui son chapeau retourné avec quelques piécettes dorées qui attiraient l’œil. A peine installé, les cloches sonnèrent à toute volée annonçant la sortie des premiers paroissiens. C’est alors un chapelet de personnes qui s’égrène devant lui et quelques pièces qui tombent dans son chapeau de temps en temps. Un jeune homme fort charmant lui adressa un sourire qui lui réchauffa le cœur. En effet, il se reconnut vingt ans plus tôt dans l’allure de cet homme d’une trentaine d’années, simple et discret. C’était alors les belles années de sa jeunesse. Il gagnait bien sa vie en travaillant comme greffier chez Maître Mignonnet. Il avait rencontré à l’université Rose Dumaril, étudiante en histoire de l’art qu’il avait séduite par sa culture. Il admirait sa beauté et sa spontanéité très remarquées aussi dans les bals étudiants.  Leur vie semblait pleine de promesses. Ils s’étaient envolés en voyage de noces vers les Antilles. Malheureusement, Rose était si jolie et si attirante, et lui trop sérieux et trop effacé, qu’elle s’éprit d’un « Apollon des Iles » et disparut à jamais. A la suite de cet évènement dramatique, il n’alla plus au travail pendant plusieurs semaines. Il s’éloigna progressivement de ses amis qu’il laissait sans nouvelles. Il glissa dans la dépression, perdit son travail et ne réussit jamais à retrouver d’activité. Alors qu’il rêvassait sur son passé pathétique, un homme étrange se pencha sur lui. Son visage lui semblait familier, leurs regards se croisèrent et il lui dit: « M. Chopannel, c’est bien vous ? Jean, vous me reconnaissez ? »

 

 

Alice D., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir de Giulia Q. :

 

L'interminable enfance


 

         C'était le 1er octobre de l'année 1850 et une dense brume recouvrait le couvent de Saint Jacques, rue des Tanneries, en région parisienne. 

                L'automne était aux portes de la ville : les arbres colorés de leurs mille feuilles vermeilles qui s'envolaient et se laissaient porter par le vent désormais frais, donnaient à cette saison une certaine gaieté. Le soleil, palissant de jour en jour, perçait à peine de sa faible lueur le ciel couvert d'une épaisse pellicule grisâtre. Cette saison où l'azur se teintait d' ocre, de pourpre et de corail était enfin arrivée et un arôme parfumait l'air grâce aux essences de cyclamens qui s'ouvraient et fleurissaient en cette époque.

Thérèse Loiret était la cadette d’une famille bourgeoise de médecins dans laquelle le fils avait suivi la profession du père. Le jeune homme était parti travailler en Italie où une certaine effervescence agitait le pays : l’union italienne allait avoir lieu. Le grand-père de la demoiselle avait fait fortune en contribuant à la construction de la première locomotive à vapeur, formée avec Richard Trevithick en 1804. C’était le début de la révolution industrielle.

                Thérèse s'était levée très tôt ce jour-là. Cela faisait neuf ans qu'elle attendait ce moment. L'enfance de cette dernière n'était guère amusante. Son père, un bourgeois belge, l'avait laissée dès l'âge de quatorze ans aux mains de bonnes soeurs. Depuis, cette jeune fille chétive avait conservé le même visage creux duquel émergeait un nez busqué, particulièrement imposant sur cette face minuscule. Son teint pâle et sa longue chevelure rousse lui conféraient toutefois une beauté singulière, héritée de sa mère, morte en couches. Cette dernière, de constitution fragile, n'avait pu supporter la naissance de l'enfant et Thérèse portait comme un lourd fardeau la culpabilité du drame. Petite, son physique atypique lui avait valu d'être surnommée « sorcière » ou « cheveux du diable », ce qui renforçait son sentiment étrange d'être néfaste et l'avait enfermée dans la solitude. Cette jeune fille taciturne faisait toutefois preuve d'une grande curiosité. Aussi avait-elle développé un véritable goût pour la lecture qui devint son unique occupation au couvent. Cette activité lui permit d’accéder à un monde inconnu au sein duquel se développaient son imagination comme son savoir.  

Si Thérèse puisait dans les contes merveilleux sa principale source de réconfort, au couvent, elle pouvait également compter sur Jeanne, son unique amie. Lorsque Thérèse la vit pour la première fois, elle sut immédiatement qu'elles deviendraient inséparables. En effet, alors que Thérèse était tombée gravement malade, Jeanne, bien que plus jeune, avait naturellement pris soin d'elle, avec une douceur toute maternelle. Cette camarade aux yeux rieurs devint dès lors une précieuse confidente.

                C'est ainsi que se déroula l'enfance monotone de Thérèse Loiret, égayée ça et là par de rares moments moins ternes. Mais cette routine devait et allait prendre fin. Thérèse souhaitait mieux connaître ce monde extérieur qu'elle avait vaguement découvert dans les romans. Cette petite qui avait grandi dans l'imaginaire des contes, voulait à présent vivre sa propre aventure. Elle regrettait seulement de quitter Jeanne. Les deux amies se promirent, néanmoins, qu'elles se reverraient quelques années plus tard et avaient même convenu d'un lieu de rendez-vous.

                Levée à quatre heures ce matin-là, Thérèse était enfin prête à commencer une nouvelle vie. Elle devait s'échapper à tout prix avant la première prière qui réunissait les sœurs et les pensionnaires dans la chapelle, vers cinq heures. Vêtue d'une cape noire, elle prit les quelques affaires qui lui tenaient à coeur et sortit par la porte qu’elle avait tant entendu grincer ces dernières années. Thérèse dévala les cinq étages sans le moindre bruit et, une fois dehors, elle souffla toute l’air contenue dans ses poumons. Elle traversa rapidement le jardin dont elle connaissait parfaitement le moindre détail et se dirigeait à présent, à petits pas légers, vers la muraille qu’elle tenterait de franchir. Mais tout à coup, une branche se brisa derrière elle...  

 

 

Giulia Q., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir de Mathilde L. :

 

  • FOCALISATION INTERNE



 

Nous étions un dimanche, plus précisément le 15 novembre de l’année 1885. C’était une de ces journées d’automne virant à l’hiver, froides et tristes, assez fréquentes dans notre petit village de Pont Saint Esprit.

                Je venais de me lever et regardais par la fenêtre les arbres jaunis et leurs feuilles mortes qui jonchaient le sol comme rouillées par le temps qui passe. Le soleil brillait faiblement, une légère brume s’était levée autour de notre petite maison, on distinguait à peine le clocher de l’église Saint Pancrace au loin. Il devait être sept heures, la maison était sombre et froide, mon mari Charles Dupont et mon fils Julien dormaient encore d’un sommeil profond. Je m’approchai de la cheminée, grelottante, pour allumer un beau feu dont la douce odeur me renvoyait dans mon enfance. Je longeai le petit couloir qui menait à la cuisine. Comme tous les matins je me préparai un bol de thé, m’assis à table et lus le journal de la veille,  « DÉBUT D’UNE GUERRE  SERBO-BULGARE »…   « RETOUR OFFENSIF DU FROID EN FRANCE »…

L’horloge sonna huit heures, je me levai, mis mon bol dans l’évier, enfilai mon manteau et sortis. Les arbres s’étaient maintenant réveillés, les feuilles virevoltaient de toutes parts. Un  vent froid me saisit à la gorge. Je fermai vite mon manteau et m’en allai rapidement chercher de quoi déjeuner. En sortant, j’aperçus la lumière de notre chambre s’allumer, mon mari venait sûrement de se lever. Charles avait servi durant la guerre que menait Napoléon III contre la  Prusse. Il avait dû, de ce fait, abandonner sa petite boutique de bijouterie dans laquelle je l’aidais de temps à autres à l’époque. A son retour du front, afin de témoigner des horreurs de la guerre et de ses terribles expériences, il se lança dans l’écriture d’un livre à ce jour encore inachevé. Il était brun et doté d’un physique peu flatteur. Son nez était si petit qu’il paraissait aspirer ses yeux, ce qui rendait son front encore plus proéminent. Quant à moi, Lise Brochard, petite bibliothécaire passionnée de littérature, j’avais de longs cheveux châtain-clair aux reflets blonds, un front assez large, de grands yeux verts déjà soulignés par de larges cernes causées par de régulières insomnies. J’avais des épaules bien carrées et de longues jambes, ce qui me donnait une démarche élancée.

Tandis que je m’éloignais un peu plus en direction du marchand de légumes, j’entendis des cris provenant de la maison, des fenêtres se briser, puis un coup de feu. J’accourus alors du plus vite que je pus. Lorsque j’entrai dans la maison, l’odeur du feu de cheminée tout à l’heure encore si douce me parut soudain âpre et insupportable. Tout semblait avoir été saccagé. « Charles, Julien !!! ». Mais personne ne répondit.

 

 

Mathilde L., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir de Thomas M. :

 

Focalisation zéro.

 

Au loin, on pouvait entendre les cloches de Big Ben annonçant le début de la soirée. Il pleuvait depuis  deux jours déjà à Londres et le ciel grisâtre semblait asphyxier toute la ville sous son lourd manteau de brume. C’était une pluie fine si familière au mois de septembre. Sept heures venaient de sonner. On apercevait la foule habituelle grouillant autour de Parliament Square, allant et venant. Le crachin incessant ne semblait pas vraiment déranger tout ce monde mais dès la venue d’une averse, les parapluies s’ouvraient tels les tournesols à l’arrivée du soleil . En descendant vers Victoria street, on pouvait apercevoir un bonhomme de taille moyenne, se dirigeant d’un pas maladroit vers une maison aux briques oranges foncées comme si la couleur de celles-ci avait déteint. Sa maison ressemblait étrangement à toutes les autres de la rue. La seule chose qui la distinguait et lui apportait une touche unique était la couleur des encadrements des fenêtres et de la porte d’entrée : ceux du numéro 122 avaient été peints en bleu turquoise.  John fouilla nerveusement dans son sac d’où il sortit ses clefs. Il ouvrit la porte d’entrée, prit soin d’enlever ses chaussures puis s’avachit sur le canapé comme après chaque journée de travail. Une fois assis, sa chemise laissait transparaître un ventre plutôt rond qui n’était pas visible lorsqu’il était debout. Cette rondeur était plutôt surprenante étant donné qu’il travaillait toute la journée sur des chantiers et était bien plus actif que s’il avait été assis à un bureau. John aurait bien aimé se plaindre et attirer l’attention sur sa vie monotone et banale mais il n’avait  personne à qui parler. Il vivait seul. John se leva et alla à la cuisine pour se préparer un thé. C’était tout un rituel. Tout d’abord, il remplit la bouilloire et la mit à chauffer. Dès qu’il entendit le bouillonement et le déclic final, il versa de l’eau frémissante dans la tasse afin de la rincer et de la chauffer, cela permettait au thé de mieux infuser. Puis il y incorpora un sachet et reproduisit le même geste, toujours aussi méthodiquement, faisant bien attention à ne remplir que les trois quarts de la tasse afin de pouvoir y ajouter du lait. Pendant que le thé infusait, il alla dans sa chambre ôter ses vêtements de travail. Il enleva, en premier, sa chemise beige, tâchée de cambuis et en choisit une autre grise étrangement assortie à la couleur de la moquette de sa chambre. Ensuite, il changea de pantalon. Puis il retourna à la cuisine, prit son thé, s’installa sur le canapé et se mit à lire. Il vivait seul. Tout le laissait deviner dans sa maison : livres entassés sur le sol, vêtements sales et chiffonés attendant d’être lavés. On remarquait aussi une grosse tâche sombre sur sa moquette, résultat d’un de ses nombreux repas pris assis sur son canapé. John était fasciné par la littérature romanesque et admirait les auteurs tels que William Cowper, Walter Scott et Byron. L’idéalisme du romantisme lui évoquait une certaine aisance et une beauté de la vie qu’il ne pouvait pas s’approprier. Il ouvrit la première page de son livre quand soudainement une lettre glissa sous sa porte d’entrée. John ne recevait habituellement pas de lettre et se demanda de qui elle pouvait bien venir. Il n’avait que très peu d’amis proches et pas de famille ce qui l’amena à réfléchir un instant. « Ce n’est sûrement qu’une facture », marmonna t-il sous sa barbe se levant du canapé et se dirigeant vers la porte d’entrée. Il saisit la lettre où était écrit en grosses lettres noires : « John Green, 122 Victoria street,  12 septembre 1990. »

 

Thomas M., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir de Myriam M. :

Focalisation interne

En sortant de la galerie d'arts asiatiques où elle travaillait depuis maintenant plus de six ans, Audrey Bolart ne pu s'empêcher de penser à la longue soirée en solitaire qui l'attendait. D'ordinaire, cela ne l'aurait pas perturbée davantage, ni même déplu, à dire vrai... Cependant, elle devait bien admettre que c'était la première fois qu'elle passait un réveillon seule... En effet, sa meilleure amie, Jeanne, célébrait la nouvelle année en compagnie de sa famille, dans le fin fond de l'Auvergne, coupée du monde, tandis que sa mère se réjouissait de passer cette soirée dans les bras de son nouvel amant. Audrey se plaisait à penser que celui-ci saurait enfin consoler sa mère de la mort de son mari quelques années auparavant. C'est d'ailleurs en repensant à lui qu'Audrey releva la tête vers le ciel étoilé d'un geste machinal, et chercha à repérer les étoiles et les constellations tel qu'elle le faisait étant enfant. Même si la lumière de la ville excluait l'observation de la plupart des étoiles, il lui était néanmoins possible de distinguer Orion surmontant le lièvre, ainsi que le cocher et la Petite Ourse, perdue, seule, cherchant désespérément sa mère... Les histoires de son père résonnant dans sa tête, Audrey se désola encore une fois de ne pas avoir pu se distraire de tout durant cette nuit, l'une des rares occasions où elle se laissait aller... Elle avait essayé d'occuper en vain son esprit en faisant des heures supplémentaires, mais le calme froid des œuvres qui l'entouraient l'effrayaient davantage et ne faisaient que renforcer ce sentiment de solitude... Elle ferma méticuleusement la porte de la galerie derrière elle, descendit la rue Paul-Bert et passa l'école maternelle, d'habitude si bruyante, traversa la Rue Sainte-Catherine et ses boutiques abandonnées, regarda les nouveaux modèles de guitare récemment arrivés et s'engouffra dans le morne parking Victor-Hugo. Sa voiture ressemblait étrangement à une oasis posée au beau milieu du désert, Audrey ne parvenait cependant pas à y associer l'impression d'hospitalité et de sécurité qui lui était si familière. Cette sensation ne revint pas lorsqu'elle passa le pont de pierre et ses dix-sept arceaux, ni la basilique Saint Michel tout juste inscrite au patrimoine mondiale de l'Unesco au début du mois. Elle avait pourtant passé des heures à la contempler lors de son arrivée à Bordeaux. Le pont Saint Jean, vieux de trente-trois ans, n'était plus qu'un simple bras de fer traversant la Garonne...

La route qui la ramenait chez elle lui parut bien plus longue qu'à l'accoutumée. En entrant dans son trois-pièces, elle n'entendait plus les salutations usuelles pour la bonne année émanant des fenêtres de ses voisins. Sa main droite attrapa une bouteille de champagne, l'autre s'approcha du paquet de cigarette qu'elle s'était promis de ne plus toucher tandis qu'elle se posta à son balcon, observant le monde extérieur. Elle ne savait si ce n'était le groupe d'amis éméchés rentrant d'une fête bien arrosée, ou la musique émergeant de l'appartement du cinquième étage, ou encore l'agréable odeur du pain chaud sortant du four du boulanger qui remontaient de sa boutique, apportant avec ses effluves les souvenirs presque effacés d'une brioche partagée avec une inconnue qui lui remettait le plus en tête ses désirs interdits. Il ne fallait pas penser que cette exclusion fût causée par un physique désavantageux, elle-même sachant que ses boucles ébènes tombant en cascade sur un visage bien défini faisaient ressortir ses yeux d'un bleu azur ne lui donnait pas le droit de se plaindre. Comme tout le monde, elle se trouvait constamment des défauts, mais sans plus. Non, elle était parfaitement consciente de la cause de son malheur, et pour cause ! On lui avait encore reproché cela le jour même. « Vous savez, tout le monde admire votre travail. Avec vous le problème, c'est que vous ne cherchez pas le contact... », lui avait dit une collègue à qui elle avait refusée une énième invitation à déjeuner ensemble, et, par la même occasion, d'apprendre à se connaître... « C'est une jolie façon de voir les choses, » pensa-t-elle, mais cette solitude méticuleusement cultivée était nécessaire... Les événements passés lui avait appris à s'en tenir au strict minimum. S'attacher à quelqu'un, c'était prendre le risque de le perdre, et cela, elle ne pourrait jamais l'oublier... Il faut dire que la trahison de plusieurs « amis », une liaison amoureuse dangereusement menée et le décès de son père lui rappelaient sans cesse les conséquences que pouvait avoir un attachement trop ardent à certaines personnes, et c'est pourquoi elle s'était trouvée dans l'obligation de se renfermer sur elle-même. Non pas que cela ne lui déplût ou ne fût difficile dans un premier temps, mais il en résulta après de nombreuses tentatives une ferveur et une application admirée de tous dans son travail ainsi qu'une nette amélioration dans sa musique. De nombreuses heures de travail, de concentration, et de méthode lui donnèrent la justesse et la précision rythmique tant attendue pour compléter ce que sa mère aimait appeler le « don naturel de sa fille ». C'était devenu l'un des rares moyens d'expression qu'il restait à Audrey, et l'un des plus efficaces. Elle pensa tout d'abord jouer le concerto en la mineur de Rieding ou les quatre saisons de Vivaldi, puis, regardant par la fenêtre, s'étonna tout de même de l'impact qu'une banale soirée passée seule avait sur elle. D'où lui venait ce besoin subit d'une présence humaine pour la réconforter, elle qui passait ses journées à éviter cela ? Son violon en main, elle se laissa emporter sur un air hongrois, puis, soudain, fut interrompue...

On toquait à la porte.

 

Myriam M., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir de Sidney M. :

 

Dans une rue du IXe arrondissement de Paris, étroite et obscure, vivait une de ces femmes singulières, âgée seulement d'une vingtaine d'années, au visage flétri et parsemé de quelques boutons disgracieux. Ses joues flasques tentaient de masquer son large nez retroussé qui dominait sa pâle figure, tel un piquet. Ses yeux gris aux couleurs du ciel pluvieux lui donnaient un air étrange, la rendant encore moins avenante aux yeux des passants. Ses cheveux châtains, ternes et ébouriffés caractérisaient sa négligence à l'égard de sa personne. Sa bouche édentée n'offrait aucun sourire. Son corps semblait crispé : ses bras raides ne bougeaient que de façon nerveuse et peu naturelle. Le tissu de sa robe était sombre et sans ornement. Sa tenue austère conférait à son visage une tristesse infinie. Sa frêle silhouette se fondait dans les façades grisâtres de la rue sans que personne ne la vit. Il était rare que l'on entende le son irritant de sa voix qu'elle dissimulait tant bien que mal.

Comme à son habitude elle partait à onze heures précises, avec l'autorisation de son sévère époux, faire les courses du foyer après avoir effectué toutes les lourdes tâches quotidiennes. Elle se levait à cinq heures trente dans le dessein de préparer sans faute, le petit déjeuner de son mari. Elle avait à peine le temps de manger qu'il fallait déjà qu'elle s'occupe de la lessive, de récurer le sol et de veiller à l'entretien du poêle à charbon. Son conjoint vérifiait chaque jour ses travaux. Se dirigeant vers l'épicerie, elle trouva la ruelle étrangement calme et déserte. A l’abri des regards, il lui prit l'envie de marcher telle une grande dame. Adèle Gourdin redressa ses épaules affaissées et se mit à danser sur les pavés à la manière d'une plume s'élevant dans les airs. Ces murs qui d'ordinaire lui paraissaient sans âme, ornés d'images quelconques, lui semblèrent surprenants ce jour-là. Une affiche publicitaire attira tout particulièrement son regard ; une femme rayonnait, dressant ses bras victorieux et délaissant avec joie son tablier. Devant toute cette féminité, bijoux scintillants et coiffure moderne, les yeux d'Adèle pétillaient d'envie. Elle perçut le slogan comme une révélation : « Moulinex libère la femme ! » Ces affiches d’après-guerre se développaient de plus en plus dans les rues de Paris, mettant en évidence le changement progressif de la ménagère en femme active.

Gonflée d'un entrain nouveau, elle sortit de sa poche le solde quotidien confié par son impitoyable mari et se mit à rêver. Sans même jeter un regard sur l'épicerie, Adèle se rendit à l'une des plus belles enseignes de l'époque : Les Galeries Lafayette. La révolution du prêt-à-porter ayant fait son apparition dans les années cinquante le choix était plus important et varié. Toutes ces tenues, ces chapeaux colorés et ces bijoux luxueux lui donnaient le vertige.

Elle sortit le sourire aux lèvres du magasin habillée d'une délicate robe rose poudrée. Arrivant à vive allure, une deux chevaux freina brusquement et manqua d'écraser la pauvre Adèle. Surprise, elle fit un bon en arrière, perdit l'équilibre et se retrouva au sol dans une immense flaque d'eau boueuse. Humiliée par la situation, elle sentit sur elle nombre de regards méprisants, ne comprenant pas encore l'importance de cet événement qui allait bouleverser sa  vie. X La silhouette vague d'un homme s'approcha. Malgré le flot de ses larmes, elle aperçut un sourire et une main tendue...

 

X changement de focalisation

 

Sidney M., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

Devoir de Myriam N. :

 

C'est le 29 juillet 2013, jour de son anniversaire, que Jean-Baptiste avait décidé de se marier. Mathilde, sa future épouse, était née à Marseille et tenait beaucoup à ce mariage dans l'église des Réformés, à la paroisse Saint-Vincent de Paul située en haut de la Canebière, au Nord du Vieux-Port où elle avait été baptisée.
Les deux jeunes fiancés se connaissaient depuis leur enfance et s'étaient finalement résolus à se marier, par pur intérêt disait-on, sans avoir connu de passion amoureuse. Mathilde, journaliste, n'était pas vraiment belle avec ses cheveux bruns et sa coupe au carré, lesquels contrastaient avec sa figure ovale où un petit nez pointu ne relevait guère la disgrâce de  ses lèvres charnues. En dépit de cette bien médiocre apparence, son joli sourire lui donnait un charme ; les mauvaises langues l'auraient davantage critiquer à cause... de son argent. En effet, en refusant de dépenser au moindre caprice, elle avait réussit à accumuler une fortune digne de la grande bourgeoisie ; de nombreux prétendants, aux intentions que l'on devinait fort peu charitables, avaient toujours essayé de la séduire mais elle avait tenu bon. Elle avait tenu bon, maîtresse de sa fortune et de ses rêves. Car Mathilde faisait preuve d'une fine intelligence et sa douce bonté, pleine de fragilité, semblaient difficilement s'associer à son futur mari.
Un regard même attentif se serait incliné devant l'évidence : il n'avait rien d'attirant, ni son physique, ni son esprit. D'une physionomie ingrate, ses yeux tout plissés se faisaient manger par ses joues déformées, sans doute en raison d'un abus d'alcool et de nourriture. Long, son nez dissimulait sa bouche aux lignes trop fines. Bien que jeune, ses cheveux, même soigneusement coiffés pour l'occasion, semblaient d'un autre temps, laissant une allure de vieux grognard sorti tout droit de Guerre et Paix de Tolstoi. Il était aisé de reconnaître combien ce benêt que l'on disait paresseux, n'avait rien de glorieux à présenter. Il s'était dit qu'avec une femme riche et charmante comme Mathilde, il pourrait vivre normalement, sans se plaindre.
Le jour de leur première rencontre avait été bien morne. C'était le 17 mars de l'année 1994, les deux famille s'étaient réunies à Cassis, au bord de la mer, pour fêter l'anniversaire de mariage des parents de Mathilde. Ce jour-là, le ciel était gris. Ils avaient tous les deux sept ans et s'étaient rencontrés lors d'un match de football. Un des joueurs avait fait un tacle à un autre lors d'un coup-franc et ils avaient eu besoin d'un remplaçant. Mathilde se proposa volontairement, elle qui aimait beaucoup le football mais Jean-baptiste, le capitaine, commença à se moquer d'elle, avec des insultes humiliantes lancées devant tout le monde. Il refusa catégoriquement de voir Mathilde jouer avec eux. Furieuse, elle se précipita sur lui, en lui donnant un coup de pied dans le genou et s'en alla pleurer toute seule. Honteux, il saisit l'occasion pour se rattraper et aller la consoler... Ils passèrent tout le collège et le lycée ensemble et se séparèrent dès la fin du baccalauréat pour faire leurs études chacun de leur côté. Elle, étudiait dans une fac de droit à PAris nommée la Sorbonne où elle fit connaissance de Jérémy-Marie qui devint son meilleur ami. Lui, de son côté avait arrêté des études de médecine à Marseille, à la Timone, et avait enchaîné relation sur relation, se dégradant de plus en plus moralement.
Voici les cloches de l'église qui sonnent, Mathilde et Jean-Baptiste sont enfin mariés. Au début de la cérémonie, il avait été anxieux, il pressentait que quelque chose d'anormal allait arriver mais il ne savait pas quoi. Un tapis rouge avait été déroulé pour l'occasion et subitement l'orgue commença à jouer la Sérénade de Schubert, il n'osait pas regarder devant lui : il avait peur, sans trop savoir précisément. Il trouvait que tout était trop parfait, quelque chose n'était pas normal, mais quoi ? Les demoiselles d'honneur avançaient en lançant des roses parfumées. Quand l'odeur monta jusqu'à ses narines, il eut envie de vomir. Le dégoût s'était installé dans sa bouche. Quelque chose d'invisible et de plus fort l'obligea à soulever la tête et là, à quelques mètres de lui, se trouvait Mathilde. Qu'elle était belle ! Sa robe était blanche et ressemblait fortement à la robe de mariage de l'impératrice Elisabeth d'Autriche avec son époux l'empereur Franz-Joseph. Elle était parsemée de dentelles, quelques roses étaient collées par ci, par la et elle avait un léger décolleté. Un voile cachait son visage mais on distinguait une perruque faite de tresses. Elles resplendissait ! À côté d'elle se tenait son père, ils avançaient peu à peu tous les deux, tantôt elle regardait les invités, tantôt elle le regardait. Il put enfin lui prendre la main et toucher délicatement les dentellems et la cérémonie commença. Une heure après, ils sortirent de l'église. Sur le parvis, Emmanuelle, le témoin de Jean-Baptiste, et Jérémy-Marie, le témoin de Mathilde, lançaient des dragées. Il en attrapa une au passage et la goûta. Que c'était bon ! Enfin, le goût lui revenait, le dégoût avait fait place à l'amour. Il contourna la statue de Sainte Jeanne d'Arc, patronne de la France, tenant Mathilde par le bras et attendit que la limousine s'approche. Une fois la limousine arrivée, il ouvrit la portière à Mathilde mais s'arrêta net. Il aurait juré avoir vu Jérémy-Marie à la place du chauffeur. Il effaça cette pensée d'un geste vif et se retourna pour faire signe de la main aux invités. Il scruta chaque invité mais il dut se rendre à l'évidence : Jérémy-Marie avait disparu. Aussitôt, il demanda à Emmanuelle si elle l'avait vu mais elle lui répondit qu'il avait disparu trois minutes avant l'arrivée de la limousine. Sans doute pressé, il est vrai que Jérémy avait d'importantes affaires à régler. Malgré tout, le chauffeur semblait avoir de faux airs à Jérémy. Il se retourna, alerté par un bruit. La voiture démarra à toute vitesse, laissant le jeune marié tout seul sur le trottoir. Quelques invités crièrent en courant en vain derrière la voiture qui disparaissait. Sans attendre et affolé, il appela Jérémy.

 

Myriam N., 2nde section internationale, décembre 2013.

 

 

 

 


Date de création : 08/12/2013 @ 18:05
Dernière modification : 19/12/2013 @ 11:26
Catégorie : Copies d'élèves 2013/2014
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