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Copies d'élèves 2015/2016 - 2ndes 5 et 8 : écriture d'invention romanesque

Vers l'écriture d'invention (sujet de type III du bac).

 

Sujet (à coller sur votre feuille double) : après l'étude du GT1 (Les débuts de romans), vous rédigerez à votre tour un incipit régi par les consignes suivantes :

 

·        votre production sera de registre réaliste.

·        Elle mêlera types narratif et descriptif (vous veillerez à utiliser les outils stylistiques propres à ces deux types de texte).

·        Votre incipit respectera les codes romanesques traditionnels (fonctions informative et « apéritive »).

·        Vous expliciterez la focalisation que vous aurez choisie :

1.     focalisation zéro ;

2.     focalisation interne ;

3.     alternance des deux : dans ce cas, vous signalerez le(s) changement(s) de focalisation à l'aide d'une croix rouge dans la marge, au niveau de ces changements, tout en indiquant les focalisations dans la marge.

·         Toute référence culturelle pertinente est valorisée.

·         Le site de Lettres du CIV propose des copies d’élèves ayant eu à traiter le même sujet, au cours des années précédentes.

 

Devoir de Salomé G. : focalisation interne.

 

Depuis qu’Emma avait commencé à faire ses nuits, elle s’était habituée de nouveau aux grasses matinées. Mais, ce matin-là, elle avait prévu d’être levée dès six heures, pour s’assurer que sa fille arrive à l’heure pour sa première journée de crèche.

            Sophie se leva donc et se traîna péniblement jusqu’à la salle de bain. Plantée devant son miroir, elle se contempla avec regret. Elle se trouvait terne, vieillie, alors qu’elle avait à peine vingt-et-un ans. Son visage, jadis rayonnant, qui avait fait d’elle une adolescente ravissante, commencait déjà à se strier de ces rides qui apparaissent chez les personnes qui passent leur temps à s’inquiéter. L’éclat de ses yeux avait disparu et ceux-ci étaient désormais éternellement cernés. Ce qui était quelques années auparavant une sublime chevelure éclatante laissait place aujourd’hui à un chignon brun de cheveux flétris qu’elle ne détachait plus.

            Sophie se demandait à quel moment elle était passée d’une adolescente brillante et jolie, pleine d’ambitions, à une mère blafarde, tombée enceinte trop jeune, qui n’avait dans la vie qu’une fille dont le père avait lâchement disparu, et, comme seule motivation, de pouvoir lui assurer une enfance convenable. La jeune femme se démenait sans cesse pour sa fille, et s’occupait d’elle tant bien que mal, en dépit de sa nature étourdie. Elle ne s’était pas préparée à être mère alors que sa vie d’adulte débutait à peine, mais elle en avait été contrainte et avait pris la responsabilité de s’occuper seule de sa fille. Sophie avait passé ses jours et ses nuits avec Emma pendant deux ans. Aujourd’hui, elle allait passer pour la première fois la journée loin de cet enfant qui comptait tant à ses yeux.

            Une fois habillée, elle entreprit la préparation laborieuse d’un petit déjeuner digne de ce nom, malgré les placards presque vides. Lorsqu’elle eut réveillé Emma et qu’elle l’eut vêtue et nourrie, elles sortirent toutes les deux en direction de la station de bus et arrivèrent alors que celui-ci approchait. Une fois assises au chaud, elles attendirent en silence. Sophie sortit de son sac L’Étranger d’Émile Zola, qu’elle avait lu et adoré pour la première fois en 2007 et que, depuis, elle relisait chaque année, à la même époque. Quelques jeunes, cependant, faisaient du vacarme à côté d’elle, sans se soucier des gens alentour. Ils discutaient en plaisantant bruyamment, mettaient leur musique à fond, inconscients du fait que les autres entendaient les refrains assourdissants d’Eminem à travers leurs écouteurs. Sophie, perturbée par ces jeunes, posa sa lecture. Si peu de temps auparavant, elle avait été aussi insouciante qu’eux. Elle se remémorait des soirées exceptionnelles en compagnie de ses chers amis qu’elle n’avait pas revus depuis si longtemps, ainsi que des après-midi dédiées à traîner dans des parcs vides pour faire passer le temps, avant que ses parents ne la mettent à la porte lorsqu’elle était tombée enceinte. Ces souvenirs en tête, elle se souvint de la raison pour laquelle elle était là et descendit du bus avant de dévaler les rues grisâtres de Lyon en direction de la crèche des Marsupiaux.

            Elle se perdit à plusieurs reprises et se résolut enfin à utiliser le GPS sur son portable. Elle ne pensait plus à Emma. Elle avait la tête ailleurs. Lorsqu’elle s’approcha de l’entrée de l’école, elle eut cependant la sensation soudaine d’avoir oublié quelque chose. Elle se retourna. Elle était seule.

 

Salomé G., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

 

***

 

 

Devoir d’ Isaline W. :

 

Focalisation zéro

 

Ce lundi matin, comme tous les matins d’ailleurs, Françoise ne travaillait pas. Françoise était une dame d’à peine quarante-cinq ans mais qui en paraissait vingt de plus tant la fatigue pesait sur elle. Sa silhouette n’était pas imposante, c’était plutôt le contraire. Elle était petite, maigre, le teint blanc, d’un blanc maladif, les yeux bleus très pâles soulignés par d’immenses cernes, un nez petit mais pointu et dont le bout était très rouge. Ses cheveux étaient fourchus et ternes. Elle n’était pas du tout cultivée et c’est à peine si elle savait que la Tour Eiffel était à Paris. En cette année deux mille dix, c’est certain qu’elle ne savait pas qu’une exposition universelle se tenait à Shanghai et encore moins que le pavillon France était l’un des plus beaux. Elle travaillait en tant que caissière dans une petite épicerie de quartier. Son salaire était tellement misérable qu’elle arrivait tout juste à payer son loyer et ne faisait qu’un repas par jour. Françoise croyait en dieu mais n’allait jamais à l’église, elle préférait se recueillir chez elle. Parfois elle passait devant l’église Saint Jean ou encore l’église Saint Pierre de Montmartre, elle les admirait beaucoup mais ne prenait pas le temps d’y entrer.  

En ce mois de février à Paris, il faisait très froid, le temps était grisâtre, brumeux et généralement, il bruinait. Dans le ciel, on apercevait à peine le soleil, comme s’il était sans le vouloir. Du coup elle restait cloîtrée dans son minuscule appartement jusqu’à quinze heures trente, l’heure à laquelle elle partait au travail. Quelque fois, elle regardait l’horizon par la fenêtre mais cet horizon était très limité car elle ne voyait rien d’autre qu’un simple appartement, en face d’elle, à une vingtaine de mètre. Elle habitait dans le dix-huitième arrondissement, rue du Mont Cenis, à quelques pas d’une école maternelle devant laquelle elle passait lorsqu’elle allait travailler car elle était heureuse de voir tous ces enfants pleins de vie. L’immeuble où elle habitait était délabré tant extérieurement qu’intérieurement. Les murs étaient couverts de moisissure, de petits bouts étaient déjà tombés et personne n’avait pris soin de les ramasser. L’ascenseur ne marchait pas mais le réparer coûtait trop cher à tous les habitants. La lumière était faible et pendant les jours de pluie, elle ne s’allumait pas. L’intérieur de son appartement était sombre, la couleur de son papier peint était jaunâtre, délavée et on pouvait y voir l’existence d’anciens dessins. L’appartement n’avait qu’une seule pièce principale où se trouvait un lit recouvert d’une fine couche de drap, sur lequel par grand froid elle posait son manteau pour avoir plus chaud, une table, une chaise, une  cuisine exiguë et une salle de bains du même genre.

Françoise n’avait pas les moyens de s’occuper de sa pauvre mère et dut se résoudre à la placer dans une maison de retraite à Rennes tout près de son père qui était enterré là-bas. Françoise avait eu un mari qui l’avait abandonnée car elle avait refusé de la suivre en Allemagne pour son travail. C’était un homme charmant, éduqué, très grand, les yeux pétillants, avec qui elle avait été heureuse et s’était créée une vie agréable. Il avait tout fait pour elle tant il l’aimait. Mais voilà, au fond, elle avait préféré rester à Paris plutôt que de le suivre et d’avoir une vie meilleure. Voyager ne l’attirait nullement. Les années passèrent, ils divorcèrent et elle n’entendit plus jamais parler de lui.

Il était presque quinze heures trente lorsqu’elle partit pour son travail. Cependant, cette journée, le vingt février 2010, était pour elle assez spéciale car c’était son anniversaire. Mais elle ne savait pas avec qui elle pouvait le fêter. Personne ni même sa mère l’appelaient, alors comme depuis de nombreuses années elle alla quand même travailler oubliant qu’elle avait un an de plus. En sortant de son immeuble elle tourna à droite et continua ensuite sur la rue Duc. Après un moment, elle arriva sur son lieu de travail. Elle alla mettre son gilet rougeâtre et se plaça à la caisse. En cette fin de journée il y avait beaucoup de monde. Dans la queue qui menait à elle, un homme l’intrigua. En effet, généralement, les gens qui venaient dans le supermarché étaient habillés simplement mais celui-là était très chic, il portait un costume noir et tenait dans ses bras une chose assez volumineuse enveloppée dans une couverture rose pâle. Elle scannait les articles des clients, quand elle sentit un regard particulièrement pesant sur elle. Elle leva les yeux, l’homme rapprocha son visage du sien et lui dit  d’un ton perplexe : « Françoise ? Ce bébé est pour vous». 

 

Isaline W., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

***

 

Devoir d’Elisabeth M.

 

Focalisation Zéro

 

 

                                                                       INCIPIT

 

 

Le soleil se faisait attendre en cette matinée glaciale de décembre 1828. Et pourtant, un homme se réveillait à cette heure indue dans cet appartement parisien de la rue Cassini. Sa tête était encore pleine de la fureur des combats entre les républicains et les paysans bretons qui réclamaient le retour du roi. Les personnages avaient pris vie dans sa tête, et pendant toute la nuit, ils avaient dansé dans la bataille, tirant des coups de feu de partout, tuant ou mourant, mais finalement, la belle espionne échappait de peu à la mort.

La veille, il avait travaillé très tard à son bureau si bien qu’il s’était endormi au milieu des montagnes de feuilles couvertes d’écritures, qui cachaient le bois clair du meuble.

Ses cheveux bruns, presque noirs, détonaient sur le papier pâle. Sa peau avait une teinte légèrement rosée, mais plus pâle qu’à l’accoutumée, sans doute en raison du manque de sommeil. Ses yeux s’ouvrirent lentement, et malgré les cernes qui s’étaient creusées, ils brillaient d’un éclat intense. Il n’était pas très grand, on le trouvait plutôt enveloppé et la chemise blanche étriquée qu’il portait ne le valorisait pas vraiment, si bien qu’il s’en fallait de beaucoup pour lui trouver quelque grâce physique que ce soit. Six mois plus tard, le 20 mai plus précisément, cela ferait vingt-neuf ans qu’il portait le prénom d’Honoré.

Après quelques instants, il émit un son proche d’un grognement animal en se redressant lentement, puis il sortit un fin tissu blanc, brodé à ses initiales pour essuyer le filet de bave qui s’échappait du coin de sa bouche. Il ouvrit ensuite un des tiroirs du bureau qui débordait d’innombrables lettres pas encore décachetées.

Ses yeux s’assombrirent au moment où il remarqua une grande enveloppe à l’encre un peu bistre. Honoré devinait déjà au premier regard que celle-ci n’augurait rien de bon. Il s’agissait probablement  d’une mise en demeure, et son auteur lui demandait sûrement encore quelques centaines de francs, qu’il n’avait pas, évidemment. Il préféra ignorer cette relance et se saisit d’un autre courrier. Un sourire béat se dessina sur ses lèvres lorsqu’il reconnut l’écriture féminine sur l’élégant papier velin. Il la décacheta  avec empressement : c’était la Dilecta qui lui répondait enfin. Pourtant, il se reprit soudainement et replia le message ; il voulait garder pour plus tard ce doux message et vérifier que d’autres affaires plus urgentes ne requerraient pas son attention.

La lettre suivante provenait de son ami Latouche, qui lui annonçait sa venue vendredi de cinq à six pour parler de son nouveau manuscrit, Fragoletta, sur lequel il travaillait en ce moment. Honoré devait en profiter pour lui faire entendre un chapitre des Chouans. Décidemment, ce roman était différent des précédents. Autant il avait toujours écrit à une allure vive les romans noirs et historiques dont il maîtrisait l’écriture, autant celui-ci lui donnait du fil à retordre.  Il prit alors une grande inspiration et leva le regard vers l’avalanche de feuilles. Il devait absolument finir d’écrire ce chapitre avant le lendemain soir. Il sentait pour la première fois qu’il avait entre les mains l’ébauche d’un véritable roman.

 

Elisabeth M., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

***

 

Devoir de Luca M. :

 

Focalisations zéro et interne

 

               La lune et les étoiles se cachaient derrière d’opaques nuages froids, une nuit  de cendres semblait s’être abattue sur la capitale des Gaules en cette soirée de la Saint Sylvestre. Léopoldine Giraud alluma sa cigarette ; la montre en cuir tout usée que sa tante lui avait offerte le jour de ses dix-huit ans indiquait minuit moins une. Les cloches de la basilique Notre-Dame de Fourvière,  qui veillait sur la ville depuis l’emplacement de l’ancien forum de Trajan, au sommet de la colline située non loin du modeste logis occupé par le couple Giraud, se mirent à sonner. C’était la fin de l’année 1932, qui avait été si pénible pour Léopoldine. Quelques mois auparavant, son mari s’était fait licencier de l’entreprise pharmaceutique dans laquelle il occupait un poste d’ouvrier depuis plus de trente ans. Elle avait par conséquent dû se retrousser les manches et aller gagner sa vie en travaillant dans une soierie établie dans le troisième arrondissement. L’industrie de la soie à Lyon était alors en pleine crise, et son salaire pitoyable ne permettait pas aux Giraud de mener une vie décente.  Claude s’était mis à boire. L’alcool était devenu un vice, puis une addiction. Léopoldine, naturellement naïve, ne s’en était point rendu compte jusqu’au jour où elle était malencontreusement tombée sur les réserves de son mari en faisant le ménage. Il avait réussi à dissimuler plusieurs dizaines de bouteilles sous le sommier du lit matrimonial dans une caisse en bois de chêne recouverte de poussière. La pauvre femme avait décidé de taire sa découverte, pour ne pas susciter de rage chez son compagnon. L’année 1933 s’annonçait tout aussi rude.

Puisque Claude n’était toujours pas rentré, Léopoldine, afin de noyer son ennui, s’accouda à l’étroite fenêtre du salon exigu qui donnait sur la rue pour contempler les toits de « sa » ville, cette cité qui avait vu toute sa pauvre vie défiler et qu’elle n’aurait quittée pour rien au monde.  La « Ville des Lumières », comme on l’appelait, semblait étrangement éteinte. Seuls trois réverbères  éclairaient faiblement la sombre rue du Bœuf. Les Giraud demeuraient au numéro 23 de cette rue en plein cœur du vieux Lyon. Ils habitaient au quatrième étage d’une vieille bâtisse florentine triste et mal entretenue, dont la façade grise et lugubre n’avait sûrement jamais  été refaite depuis la Renaissance. Du parquet émanait cette senteur douceâtre et désagréable de moisissure, mêlée à un arôme d’humidité et à un vague effluve de canalisations. Bien évidemment, le malheureux couple avait fini par s’y habituer, mais si vous, cher lecteur, vous étiez aventuré  dans ce trou à rats, nul doute que vous auriez voulu immédiatement prendre vos jambes à votre cou !

Alors que la nouvelle année n’avait pas encore atteint sa première heure d’existence, Léopoldine, perdue dans ses rêves déchus de bonheur et d’amour, aperçut un mouvement dans la pénombre. En contrebas, une petite silhouette  noire marchait en titubant, une bouteille à la main. La silhouette  tomba, se releva, puis retomba et resta assise en plein milieu de la chaussée, juste devant la traboule du Vieux Cordonnier. Léopoldine la reconnut sur le champ : il s’agissait de Claude, elle n’en douta pas un seul instant. Sa première réaction, la colère, fit rapidement place à  une déception si profonde qu’un nœud se forma dans sa gorge.  La cinquantenaire, accablée, se mit à pleurer à chaudes larmes. Ce n’était pourtant pas la première fois que son époux se comportait ainsi. Il avait pour habitude de retrouver ses amis au «Bouchon du Lion» plusieurs fois par semaine, mais il n’avait jamais laissé seule sa femme un soir de fête. Le regard brouillé, Léopoldine décida de fermer les volets et de descendre l’escalier hélicoïdal qui menait au rez-de-chaussée pour récupérer l’homme qu’elle avait tant chéri à une époque qui lui semblait à présent si lointaine. Elle n’eut pas le temps d’enfiler ses savates rapiécées que l’on tambourinait déjà à la porte. Une voix fluette l’apostrophait ; elle ouvrit, après avoir essuyé ses yeux fatigués et emplis de tristesse.

Sur le seuil de la porte se dressait Claude, tremblant tel un chien galeux et ivre mort. Son béret kaki acheté pour quatre francs au marché couvrait son crâne partiellement dégarni ;  l’écharpe beige qu’un ami lui avait prêtée, tâchée de vin, drapait ses épaules malingres ; une veste de laine noirâtre rongée par les mites, bien trop ample  pour sa frêle morphologie, l’enveloppait largement ; ses misérables pantalons décolorés étaient troués aux extrémités à force de marcher dessus, et ses Richelieu trop grandes qui avaient autrefois appartenu à son père lui donnaient l’allure d’un clown.

«Bonne année ! » éructa-t-il avant de s’écrouler de tout son long sur le palier et de laisser échapper de sa poche de poitrine une lettre signée d’une bouche écarlate, comme si une femme l’avait embrassée.

 

Luca M., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

***

            

Devoir d’ Estelle W. :

 

 

Focalisation zéro

 

            C’était une morne nuit de l’hiver 1819, une de ces nuits qui étouffent la lune et cachent les étoiles. Le ciel surplombait majestueusement la ville de Newcastle, semblant l’écraser sous son joug d’encre. Le brouillard épais qui s’était installé depuis la fin du mois de novembre s’étalait, répandant ses volutes opaques entre les ruelles abandonnées. L’air humide du nord de l’Angleterre se mêlait aux âpres vapeurs dégagées pendant le jour depuis les immenses cheminées, vapeurs caractéristiques de l’apogée de la révolution industrielle et dont les habitants s’enorgueillissaient avec passion. La rivière Tyne, qui semblait s’immiscer dans l’atmosphère bleutée, paraissait immobile, chargée des nombreux déchets dont on la gratifiait. Un silence presque surnaturel s’était installé, faisant frissonner les enfants et se figer les rats.

            Cependant, une petite lumière vacillait encore sur la route de la Cité. Des cris et des rires se faisaient entendre, émanant des fenêtres souillées de traces de doigts et de boue. La bâtisse branlante semblait osciller, comme au rythme des nombreux relents de tabac et d’alcool. L’intérieur, dont la décoration laissait autant à désirer que celle de l’extérieur, était éclairé par quelques flammes mourantes léchant une bûche posée dans l’âtre au fond de la pièce, donnant à l’ensemble une ambiance fantômatique. On avait installé quelques fauteuils dépenaillés autour d’une table en chêne privée de sa teinte originelle au fil des années. Derrière la porte sombre, s’appuyant contre un modeste comptoir, se tenait le serveur. Il observait pensivement les flammes, guettant patiemment la fin de la partie qui se déroulait dans le coin.

            Le petit groupe de quatre jouait à l’Écarté. Les hommes étaient réunis autour de verres dépolis, se scrutant du regard dans l’attente de quelque indice. La partie était tendue, chacun espérait poser la carte gagnante et remporter les cent shillings mis en jeu ce soir-là.

            La main passa à un jeune homme d’environ trente ans. Il se nommait Edward Darcy. À défaut de ressembler au héros homonyme de Jane Austen, le jeune homme était issu d’une famille noble originaire du Yorkshire. Il était tombé très jeune sous l’emprise du jeu, au désespoir de ses parents qui lui prévoyaient un avenir grandiose dans le droit. Il avait donc coupé tout lien avec ses proches devenus distants et était parti en quête de fortune dans les rues poussiéreuses de Newcastle. Il était assez grand, d’une maigreur squelettique. Des favoris noir ébène encadraient son visage pâle et osseux au milieu duquel surgissait un nez droit et anguleux. Ses lèvres pincées étaient remontées en un petit rictus  moqueur. Il portait un habit qu’il trouvait distingué, mais qui en réalité était totalement dépassé.

            Edward examina ses cartes. Il devait se montrer prudent. Le moindre point gagné par l’équipe adverse signifierait sa perte. Il essuya du revers de la manche une goutte de sueur qui perlait de son front. Sa main s’étendit instinctivement vers le verre de bière ambrée posé devant lui et le porta vers sa bouche, où le jeune homme prit trois gorgées brusques et rapides. Il fallait jouer carreau ; Edward, d’un vif mouvement du poignet, jeta un roi sur le tas, puis scruta son adversaire, une lueur dans ses yeux noirs. Celui-ci sourit soudainement, laissant voir ses dents jaunes, et découvrit un carreau unique sur fond blanc : l’as. Il recula brusquement sa chaise, la faisant grincer sous son poids imposant. Ses chaussures souillées de boue se posèrent sur la table, se croisant en un angle improbable. Toute trace de couleur quitta rapidement le visage d’Edward. La sueur et l’excitation fébrile du risque laissa la place à une nervosité et une peur à laquelle Edward n’était pas accoutumé. L’homme en face croisa alors ses bras derrière sa tête chauve garnie d’un double menton pour annoncer triomphalement :

« Je crois que c’est terminé pour toi, mon gaillard. »

 

Estelle W., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

***

Devoir de Chloé C. :

 

Focalisation zéro + quelques passages en focalisation interne

 

Comme tous les matins depuis des années, la jeune Annabelle Muller se leva à contrecœur, brusquement réveillée par le son irritant des marchands de San Francisco ouvrant leurs boutiques. Elle se rendit dans la cuisine étroite du taudis familial, s'installa sur une chaise inconfortable et grignota ce qui restait de la baguette de pain de la veille. Cet endroit étriqué qui ne faisait pas plus de soixante mètres carrés, était un logement médiocre que la jeune femme partageait avec son père, sa belle-mère et ses trois jeunes frères et sœurs.

On était le 20 octobre 1933, en plein cœur de la Grande Dépression. Durant cette période, l'une des seules lueurs d'espoir pour la Californie était la construction d'un certain pont qu'on nommait le Golden Gate Bridge, édifice imposant du style Art Déco. L’érection de ce chef d’œuvre en construction, ou « masterpiece in the making » comme disait les Américains, avait débuté dix mois plus tôt, et cela intriguait Annabelle. Cette structure imposante, ce monument interprétant les coloris rouges et orangés du soleil, et se camouflant avec les teintes de la nature tel un caméléon était un grand mystère qui sortirait peut-être le pays de la crise. Néanmoins, pour le moment, les journées monotones s’enchaînaient, et le début de l'automne marquait une période de tourment encore plus intense pour Annabelle, car sa mère avait mit fin à sa vie en cette saison, plusieurs années auparavant. Mais en ce jour maussade dans le quartier de Tenderloin, Annabelle ne comptait pas se laisser mourir de tristesse, car c’était son dix-huitième anniversaire. Elle devenait enfin adulte, libre de penser et de faire les choses à sa façon. Malheureusement, aussi réjouissant que cela pouvait paraître, Annabelle ne parvenait pas à être satisfaite, car la vie de la jeune femme était plutôt pitoyable. Son quotidien se réduisait à des querelles constantes avec sa belle-mère, mais aussi à la recherche peu prometteuse d'un ou deux dollars en cette période de crise, sur les grands boulevards tels que Lombard Street et Market Street. Annabelle jeta un coup d’œil à son réveil : six heures. Une de ces journées malheureuses débutait.

Étant une jeune femme comme toutes les autres, Annabelle pensait souvent au grand amour, s'imaginant quels genres de sentiments mystérieux ce-dernier pouvait provoquer. Elle lisait et relisait sans cesse le chef d’œuvre Roméo et Juliette de Shakespeare, enviant la relation amoureuse palpitante des deux amants. Annabelle aussi rêvait de trouver un jour l'homme de sa vie, mais elle savait bien que ce n’était qu'un songe lointain. Elle devait simplement se contenter de regarder, les étoiles dans les yeux, les films où jouait Cary Grant et les comédies musicales de Fred Astaire. En effet, la jeune femme était peu attirante. En plus d'avoir une silhouette très amaigrie et émaciée par le manque de nourriture et un dos courbé qui lui donnait déjà quelques années de plus, son teint était blême, voire maladif, créant un contraste étrange avec sa chevelure rousse épaisse et ébouriffée qui dissimulait ses oreilles décollées et sa triste figure déjà marquée par quelques rides. Celle-ci était recouverte de taches de rousseur au niveau des joues et du nez, ce nez aquilin qui dominait le reste de son visage tel une montagne, provoquant une légère ressemblance avec Cyrano de Bergerac. Annabelle avait des yeux verts, pétillants, qui amenaient de la couleur à son visage pâle et terne, mais son regard lugubre et mélancolique reflétait sa souffrance journalière et ses cernes foncées donnaient l'impression que ses yeux étaient enfoncés dans une grotte.

Annabelle n’était pas destinée à un avenir brillant. Elle allait sûrement devenir prostituée ou exercer quelque autre activité vulgaire, si on considérait l'endroit mal fréquenté où elle vivait à l’époque. Toutefois, elle décida que ce lendemain sordide ne serait pas le sien. Elle ne voulait pas vivre misérablement comme le reste de sa famille. Son désir le plus grand était de découvrir les plaisirs de la vie et peut-être même rencontrer l'amour. Elle enfila donc rapidement et sans faire de bruit un manteau trop grand, un bonnet rêche, et prit le peu d'argent qu'elle trouvait dans les recoins de la masure. Elle sortit silencieusement de l'appartement et descendit les deux étages qui la séparaient de l'asphalte dur et sale. Où aller ? Annabelle l'ignorait. Elle se dit que sa fugue ne serait pas alarmante, elle se demanda même si sa famille allait remarquer son absence.

Dans son périple vers l'inconnu, la jeune femme passa non loin d'une des artères principales de San Francisco nommée Market Street. Un vent glacial tapait contre ses joues douces et rouges. Elle resserra son manteau autour d'elle et baissa la tête. Après une trentaine de minutes de marche, elle arriva au fameux Union Square. L'endroit était vaste, animé et vivant, contrairement à la vie morne d'Annabelle. Même en période de crise, la place grouillait de véhicules et de piétons faisant leurs achats. Annabelle se sentit émerveillée en voyant ce spectacle majestueux et nouveau ; elle fut enveloppée dans un voile où se mélangeaient le bruit des klaxons et l'odeur piquante de l'essence provenant d’avancées techniques récentes qu'on appelait « automobiles ». Elle était si hypnotisée par ce monde moderne qu'elle ne se rendit pas compte que le monde autour d'elle s'obscurcissait lentement. Elle se rappela alors qu'elle n'avait presque rien avalé ce matin-là, comme tous les matins d'ailleurs, et la température extérieure était d'environ douze degrés Celsius, ce qui était bas sachant qu'Annabelle était très légèrement vêtue. Soudain, le peu de force contenu dans son petit corps décharné s’échappa d'elle. Elle aperçut vaguement le sol et allait s’écrouler, mais un instant avant de perdre connaissance, elle sentit une main chaude qui l'attrapa par le bras et l’empêcha de tomber. Puis, une voix grave et suave lui chuchota à l'oreille : « Joyeux anniversaire, Mademoiselle Muller ! »

 

Chloé C., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

***

 

Devoir de Lan-Bao P. :

 

Il était sept heures du matin quand Madame Bình quitta sa minuscule maison située dans une des étroites ruelles du quatrième arrondissement de Ho-Chi-Minh-ville pour se rendre à bicyclette au marché Bến Thành. C’était l’un des marchés les plus fréquentés par les touristes, situé dans le premier arrondissement de la plus grande des villes du Vietnam.

Âgée de quarante ans, cette mère de trois enfants avait perdu son mari atteint de cancer deux années auparavant. La pauvre femme peinait depuis pour nourrir ses enfants, en vendant des souvenirs aux touristes le jour tout en travaillant une partie de la nuit dans une usine de vêtement. Elle avait perdu ses parents, et la seule famille qui lui restait, sa sœur, était partie une quinzaine d’années auparavant en France. Bình n’avait pas pu reprendre contact avec elle, malgré le grand nombre de lettres qu’elle lui avait envoyées, toutes restées sans réponse. Les seuls souvenirs qui pouvaient lui rappeler sa sœur étaient une vieille photo et un collier de perles, que celle-ci avait offert à Bình pour son mariage.

La femme traversa le pont Ông Lãnh, pédala sur la rue Nguyễn Thái Học avant de tourner à droite pour prendre la rue Trân Hưng Đạo. À cette heure, les rues grouillaient de personnes se dirigeant vers leur travail ou amenant leurs enfants à l’école en motocycles. Bình pouvait entendre de bruits de moteurs, de coups de klaxons venant de tous les côtés des rues, de grincements de stores qui s’ouvraient, le braillement des enfants. La ville se réveillait des quelques heures de sommeil dont n’avait pas beaucoup profité Bình. Après une vingtaine de minutes de trajet, la vendeuse s’arrêta au bord du rond-point où trônait la statue du général Trần Nguyên Hãn et s’assit au bord du trottoir en attendant les premiers clients.

Bình était coiffée du typique chapeau conique, qui cachait son visage ridé et tanné par le soleil ardent du Vietnam. Ses yeux noir et cernés trahissaient la fatigue et la tristesse que la veuve ressentait depuis quelques années. Son petit nez aplati et sa bouche étaient dissimulés sous un masque en tissu qui l’épargnait quelque peu de la pollution. Elle portait une veste trop petite et des gants troués qui lui remontaient aux coudes pour la protéger de cette chaleur de juin 2007. Le pantalon noir et large qui recouvrait ses jambes laissait entrevoir de vieilles tongs en plastiques sur ses pieds osseux. Assise à côté de son vélo, elle exposait devant elle une ribambelle de porte clés, cartes postales, poupées et de vêtements en s’égosillant de temps à autre pour attirer quelques touristes : « Venez voir mes souvenirs ! Venez voir mes souvenirs ! ». Les passants considéraient souvent ces petits objets sans trop d’intérêt avant de poursuivre leur chemin. Parfois, quand des Européens ou Américains négociaient pour quelques porte clés ou un T-shirt, la vendeuse, consciente que ces personnes étaient plus aisées que la plupart des vietnamiens, leur faisait acheter ses souvenirs à des prix malhonnêtes.

Remarquant que les touristes achetaient plus de l’autre côté du marché, Bình décida de changer d’endroit. En poussant son vélo, la vendeuse aperçût un portefeuille sur le bitume. Pensant que c’était son jour de chance, elle l’ouvrit, toute ravie à l’idée qu’elle pourrait  peut-être enfin s’acheter de nouveaux habits. À sa grande surprise, la vendeuse y trouva plusieurs billets d’euros et une photo où elle pouvait y distinguer une femme, probablement d’origine asiatique à la juger par ses habits, aux côtés d’un homme d’une cinquantaine d’années, tous deux soigneusement peignés. Ils étaient tous deux assis sur un banc devant une grande villa entourée d’arbres. Un dalmatien se tenait allongé en-dessous de leurs pieds. Il portait à son cou un collier en cuir rouge, que les chiens au Vietnam n’avaient jusqu’alors jamais porté. En prêtant plus attention aux visages des personnages, elle remarqua une chose stupéfiante : cette femme était sa sœur !

 

Lan-Bao P., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

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Devoir de Joanne W. :

 

 

Focalisation zéro

 

 

            Dans la ville de Lyon, le jeune boulanger Vincent Dumas se réveilla très tôt, comme chaque matin depuis plusieurs années.

            Le jeune homme vivait dans un minuscule studio rue Rabelais dans le troisième arrondissement, et travaillait dans une petite boulangerie depuis maintenant quatre ans, rue Neuve. Cette boulangerie ne connaissait pas un grand succès, il en résultait donc que Vincent touchait un petit salaire, à peine suffisant pour payer son loyer et de quoi manger entre deux fins de mois.

            Ce jour-là, Vincent se leva avec lassitude aux alentours de quatre heures du matin, sachant qu’il devait se rendre à cinq heures quinze à la boulangerie. Une fois réveillé, il se leva et traîna des pieds jusqu’à son coin cuisine situé à cinq mètres de son lit. Il alluma le gaz et fit chauffer un peu d’eau. Une fois l’eau bouillante, il versa dans la petite casserole une cuillère à soupe de café en poudre, puis servit ce mélange dans une tasse en plastique, comme celles que l'on utilise lorsque l'on fait du camping. Il se dirigea ensuite vers sa fenêtre de petite taille, il l'entrouvrit et dégustait son café en regardant avec dégoût son vis-à-vis.  

Derrière l'immeuble qui se dressait en face de celui de Vincent courait le Rhône. Ce fleuve imposant traversait la ville chargée d'histoire. Vincent se passionnait pour l'histoire de cette ville ainsi que pour ses célébrités, telles qu'Antoine de Saint-Exupéry, André-Marie Ampère, les Frères Lumière, et bien d'autres. Vincent ne rêvait plus que d'une seule chose : pouvoir passer les fêtes de Noël entouré de sa famille ; pour ce faire, il devait encore patienter une dizaine de jours et ainsi pouvoir enfin en finir avec cette fastidieuse année 2007.

Son père était aviateur, il lui avait transmis l'envie de voyager et de découvrir de nouveaux horizons. Sa mère, Isabelle, quant à elle, était couturière.  

Vincent mesurait un mètre quatre-vingt cinq, avait le teint livide, pâle. Ses cheveux étaient de nature rebelle, bruns et crépus. Il avait un front ample et large, une bouche charnue ainsi qu'un nez court et camus. Une allure débraillée dans son peignoir vert délavé lui arrivant au-dessus des genoux, ses yeux pers allongés, traduisaient un mélange d'ennui et d'impatience. Vincent venait de souffler sa vingt-troisième bougie.  

Après avoir fini son café, il referma la fenêtre et se dirigea vers le coffre situé aux pieds de son lit lui servant de commode. Il en sortit un vieux tee-shirt rouge troué au niveau des épaules ainsi qu'un vieux jean totalement décousu au niveau des chevilles. Il descendit les escaliers usés et glissants de son vieil immeuble. Il arriva à cinq heures dix à la boulangerie, enfila son tablier puis s'installa près des fourneaux et se mit a préparer une dizaine de fournées de pains de tailles et de formes différentes.

Vincent termina son service ennuyeux vers dix-huit heures quarante cinq. Il arriva aux alentours de dix-neuf heures chez lui, il ouvrit sa fenêtre et secoua son tablier parsemé de farine blanche. Il entra ensuite dans la salle de bain prendre une douche afin d'ôter l'infâme odeur de pain brûlé imprégné sur ses vêtements. Une fois sorti de la salle de bain, il se dirigea vers son coffre. Cette fois-ci il en sortit un tee-shirt moulant jaune luminescent ainsi qu'un slim gris avec des reflets jaunes de même couleur que celui du tee-shirt. Il enfila ses chaussures de sport et s'en alla courir pendant une demi-heure.  

Vincent n'était pas musclé, loin de là. Il avait un peu de ventre aussi, à force de piquer dans les petits fours lors de ses pauses au travail. D'ailleurs sa démarche n'était guère gracieuse, il courait plutôt lentement en levant très haut les genoux, ce qui le fatiguait assez vite et l'obligeait à s'arrêter souvent.  

Une fois arrivé au point le plus haut du Parc de la Tête d'Or, Vincent s'assit sur un banc placé face au lac. Le soleil s'enfonçait peu à peu dans la ligne d'horizon que Vincent apercevait au loin. Il admira les lueurs oranges et roses que reflétaient les nuages. Une fois le spectacle terminé, il se leva pour rejoindre sa demeure.  

Non loin du banc se tenait une jeune femme. Le temps de cligner des yeux, la silhouette de la jeune femme avait disparu. Vincent, épuisé, finit par supposer qu’il avait imaginé la silhouette de la jeune femme. Il rejoigna donc le sentier et vit la même jeune femme allongée sur le sol, intrigué, il courut vers elle afin de s'assurer qu'elle allait bien. Il s'agenouilla à hauteur de ses hanches et prit son pouls. Elle ne respirait plus. La pauvre était morte.  

Au loin on entendait des sirènes et on voyait les lueurs des gyrophares se rapprocher. Le temps que Vincent se retourne, la police venait d'arriver. Un agent sortit de la voiture de police et vit Vincent près de la victime.  

L'agent sortit de sa poche une paire de menottes et arrêta Vincent Dumas pour le meurtre d'Anaïs Delaunay.

 

 

Joanne W., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

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Devoir de Rebeca R. :

 

Focalisation zéro

Focalisation interne

 

Un matin de mars de l’année 1996, un réveil sonnait quand Laura se réveilla d’un air fatigué. Elle choisit méticuleusement ses habits pour avoir ensuite l’accord de son père. Elle opta pour une tenue sombre. Son père n’aimait généralement pas ce qu’elle portait, donc il lui demandait de changer, ce qu’elle faisait la plus part du temps. Mais secrètement, elle plaçait dans son sac une tenue à son gout et elle l’enfilait une fois arrivé à son école. Laura était une jeune fille capricieuse qui ne s’entendait pas avec son père malgré le fait qu’il s’investisse énormément dans leur relation étant donné qu’elle n’avait pas de mère. Elle avait des yeux châtains très banals et des cheveux fourchus qu’elle ne prenait pas le temps de coiffer. Elle se douchait une fois tous les quinze jours en raison d’un manque d’eau, mais elle essayait quand même de se parfumer avec un peu de lavande que son père avait plantée.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     

Vers huit heures moins quart, père et fille s’installèrent dans leur voiture cabossée en chemin pour l’école. Ils devaient traverser de nombreux champs appartenant au père, pour pouvoir accéder aux routes municipales. Durant le trajet, ils ne causaient pas. Laura préférait poser sa tête sur le rebord de la fenêtre. Une fois arrivé à l’école élémentaire Guy de Maupassant, un auteur que le père aimait bien, il la déposa et il lui dit au revoir en souriant mais elle ne l’entendit pas.                                                                         

Thomas, le père de Laura, était agriculteur et vivait seul avec sa fille depuis dix ans. Il avait des problèmes au dos mais il n’avait pas les moyens pour une opération si couteuse. C’est un homme très généreux et doux cependant un peu sévère avec les personnes qu’il aimait. Ils vivaient difficilement sur un salaire seulement mais le père essayait tout de même de subvenir à tous les besoins capricieux de sa fille de dix ans. Le père comme la fille ne soignaient pas leur image, Thomas était toujours mal rasé, ses pantalons étaient troués à cause des mites et il portait une odeur d’animaux de ferme qui ne semblait pas le déranger plus que cela.                                                                                               

Un soir de septembre vers cinq heures, Laura rentra de l’école à pied; de loin elle aperçut une lumière dans la maison, elle s’approcha, elle réussit avec difficulté à ouvrir la porte d’entrée et elle s’introduit chez elle. Elle vit une femme qu’elle trouva laide: elle avait un cou très long, comme une girafe, elle portait une blouse qui lui allait très mal et on voyait ses mains veineuses et pleines de rides qu’elle posait sur ses jambes croisées. Elle scruta son père qui lui dit d’un ton calme : «  Ah, te voilà, viens par ici. »

 

 

Rebeca R., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

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Devoir de Giorgio M. :

 

Dans la rue, les détonations avaient durées toute la nuit et M. Gourmet qui vivait au premier étage, les avait entendu encore plus distinctement que ses voisins. Ce n'était que depuis une demi heure qu'il avait finalement commencer à dormir d'une façon profonde, épuisé.

 

A huit heures pile , quand le réveil sonna , comme tous les jours, il se demanda combien aurait pu encore durer cette maudite guerre qui le rendait fou. C'était un mardi au mois d'octobre. Un autre difficile mardi de l'an 1943.

M.Gourmet chercha ses pantoufles qu'il ne trouvait jamais, il gagna la cuisine de son modeste deux pièces, en se balançant comme s'il se trouvait dans un bateau. Il n'avait jamais, depuis la Grande Guerre, changé la disposition des quelques meubles qu'il possédait et qu'il avait acheté grâce à un travail sous payé . Il prépara le petit déjeuner; comme d'habitude il ouvrit le troisième placard en haut à gauche, prit le café en poudre, il porta la boite du café aux narines pour contrôler si par hasard il était périmé; il ne se souvenait pas quand il l'avait acheté. Ensuite il prit sa vieille machine à café dans le placard à droite, il y mit l' eau et le café et alluma la plus petite flamme à droite, les autres ne fonctionnaient plus depuis longtemps, et il y posa la machine à café dessus.

Ensuite il remplit une tasse de lait et la chauffa dans la petite casserole qu'il utilisait depuis toujours.

Il prit deux petites cuillères et mit deux pains dans le four pour les rendre croustillants.

Une petite fille en pyjama rose apparut devant la cuisine avec les cheveux décoiffés sur son visage endormi.

C'était Isabelle qui à l'age de deux ans était rentrée dans cette maison parce que sa mère avait disparue. Cette cohabitation forcée avec sa petite fille avait rendu au cours de ces trois années ensemble, la vie et le caractère de M. Gourmet moins sombres.

Après le petit déjeuner ils se préparèrent pour sortir. M. Gourmet sourit en observant qu' Isabelle avait choisi de mettre la robe avec les fleurs violettes dont sa maman lui avait fait cadeau, elle lui rendu le sourire et ses grands beaux yeux verts, de la même couleur de ceux de Francine, la fille de M. Gourmet, brillèrent.

M. Gourmet portait une vieille chemise, toujours la même, une veste en cuir verdâtre et un pantalon. Son pantalon était usé par le temps et il avait un trou sur la poche gauche. M. Gourmet avait enfin mis un vieux chapeau de laine qui n'avait plus aucune forme.

 

En allant vers le parc, où Isabelle avait un grand désir d'aller jouer avec ses petites amies, tout à coup, elle changea de direction et obligea son grand-père à s’arrêter devant un berceau.

Une voix douce et mélodieuse attira leur attention. M. Gourmet ne se rendit pas compte qu'il était en train de chanter lui aussi cette berceuse car il la connaissait par cœur. C'était celle qu'il chantait toujours à sa

Francine auparavant.

Isabelle regarda son grand-père, étonné, elle ne l'avait jamais entendu chanter. La femme qui berçait le bébé leva la tête, ses beaux yeux verts brillèrent; M. Gourmet cria: Francine!

 

 

Giorgio M., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

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Devoir d’ Eva G. :

 

Focalisation zéro puis interne

La lettre

 

Il tombait des cordes sur les vieux pavés d'un ocre sali à l'entrée de la maison des Picard. C'était une maison du XIXème siècle, le type de maison traditionelle et commune sans grands artifices qu'habitaient les personnes issues de la société moyenne. Elle comportait deux étages, avec un salon qui servait également de cuisine et d'entrée, et deux chambres, l'une occupée par M. Picard et sa vieille femme, l'autre par leurs deux filles, Elise qui était une jeune femme maigrichonne et petite, avec de petits yeux verts et des cheveux bruns qui étaient ternes, ainsi qu'Augustine, la cadette de la famille, qui avait seulement un an de moins que son aînée. Elise admirait le temps à la fenêtre de sa chambre. La pluie tombait de plus en plus. Bientôt le tonnerre se fit entendre. La grêle commença à tambouriner contre les carreaux de la fenêtre. Pour un mois de décembre à Paris, la température était bien en dessous des normes de saison .L'hiver 1879-1880 allait être l'un des plus froids, avec des températures glaciales. Elise adorait la pluie. Elle y trouvait une sorte de mélancolie romantique qui la faisait frissoner, mais elle avait peur du tonnerre qu'elle redoutait. Elle n'avait jamais connu l'amour mais, comme toutes les jeunes filles, elle l'imaginait , le rêvait et le voyait partout. Elise avait lu de nombreux romans et de nombreuses pièces de théâtre dont l'amour était le principal sujet et qui la passionait tant. Roméo et Juliette écrit par Shakespeare était de loin sa pièce préférée.

Augustine entra dans la chambre, et s'afala sur son lit. Elle regarda sa soeur un court instant et, exaspérée par son attitude molassonne et rêveuse, leva les yeux au ciel avant de les poser sur un livre parmi tous les romans et poèmes présents sur le lit recouvert de draps blancs. Un cahier ouvert était soigneusement posé sous le receuil Les Contemplations de Victor Hugo. Le cahier dont les pages étaient tachées et dont certaines étaient arrachées contenait l'écriture d'Elise. Augustine n'avait jamais vu le journal intime de sa soeur et, jetant un regard moqueur et curieux sur le livre, elle le prit en ses mains et le cacha sous son oreiller espérant le lire une fois la nuit tombée, sans qu'Elise ne le remarque. Heureuse de la nouvelle farce qu'elle venait de faire à sa soeur, Augustine sortit de la petite chambre dépourvue de meubles avec un sourire en coin et rejoignit sa vieille mère au salon. Les deux soeurs ne s'étaient jamais appréciées et se jalousaient toujours autant. Noël approchait et toutes deux rêvaient de leurs présents. Elles n'en auraient qu'un chacune car leurs parents manquaient de moyens. L'une rêvait de livres et de poèmes romantiques, l'autre d'une nouvelle robe en satin rose. Elise et Augustine étaient différentes et elles le resteraient toute leur misérable vie.

Un coup se fit entendre à la porte d'entrée. Mme. Picard se précipita comme si elle attendait un heureux événement qui devait être annoncé. Le facteur déposa une lettre cachetée dans une enveloppe jaune poivré. Elle ferma la porte, prit la lettre dans les mains, la déplia, commença a lire, et s'arrêta. Elle regarda Augustine ainsi qu'Elise qui était descendue lorsqu'elle avait entendu taper à la porte. Les larmes aux yeux deja rougis, la vieille femme ouvrit la bouche, mais pas un mot n'en sortit.

 

Eva G., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

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Devoir d’Alexandre  D. :

Incipit FOCALISATION ZERO

Il était déjà aux alentours de sept heures lorsque Monsieur Theillier se réveilla brusquement,
après avoir fait un cauchemar. Des cauchemars, il en faisait tout le temps. Des réminiscences, des souvenirs d'une vie antérieure ou d'une période oubliée... Il n'en savait rien. Tout ce qu'il se
rappelait, c'était deux bambins se ressemblant qui jouaient ensemble et puis soudainement, une
douleur infime. Essayant comme chaque matin de se rappeler précisément son songe, il se leva, la main dans son dos. Il se dirigea dans la petite pièce qui lui servait de cuisine.
Après avoir pris son petit-déjeuner, il se prépara pour aller au marché, dans sa ville Brest. Ce
jour-là, et comme tous les jours, lorsque Paul sortait, il claquait la porte, ce qui faisait tomber de la poussière. Son appartement, datant du XIXème siècle, était assez vieux. Son propriétaire l'avait
acquis d'une riche famille, lorsqu'il était encore en bon état. Paul travaillait en tant que technicien de surface, ce qui lui donnait un salaire pauvre mais suffisant pour un appartement d'une pièce. Son habitation avait une couleur semblable à de la moisissure et portait, à quelques endroits, de la tapisserie bon marché. N'étant pas isolé, il y avait quelques courants d'air, que ce soit dans la cuisine ou dans la chambre.
Il portait une veste à capuche, achetée le mois précédent, trouée et froissée. Pour l'usage qu'il
en donnait, on aurait pu dire qu'elle était maltraitée. Il descendit les escaliers de son immeuble et
sortit par la porte principale. En sortant, il y avait de la pluie. Cela ne l'étonnait point, en raison de
l'habitude météorologique de la cité du Ponant. Il enfila sa capuche et se mit en route. Habitant à la rue Lamartine, il continua vers la rue Mathieu Donnart, Danton et finalement Marengo. Il arriva à la rue Malakoff, où le marché se trouvait. Le marché était, comme chaque mardi, rempli de personnes,
qu'elles soient bourgeoises ou pauvres. Étant sous une toile, Paul Theillier enleva sa capuche.
Les passants le dévisageaient. En effet, le pauvre homme n'avait pas une apparence
avantageuse. Du haut de son mètre cinquante, sa figure possédait une énorme quantité d'acné,
éparpillée parcimonieusement. Sous ses yeux marron ordinaires apparaissaient des cernes aussi profondes qu'elles ne puissent être. Une cicatrice, partant de son nez, allant jusqu'au milieu de sa joue, accompagnait son visage pâle. L'individu assez maigre dégageait une odeur immonde, qui reflétait sa personnalité et son physique. Il n'était qu'âgé de vingt-trois ans mais était déjà frappé par la foudre de l'âge et le vieillissement. Son corps était marqué de cicatrices et de marques, mais aucune ne lui revenait à l'esprit. Il ne se souvenait pas de son enfance, et n'avait aucune idée de qui était sa famille. Il avait beau demander, lorsqu'il fut au « Foyer de l'Enfance de Stangalard », des détails sur sa vie, avant l'orphelinat, personne n'apportait de réponses à ses questions.
Après avoir rêvé debout, il reprit ses esprits et reparti dans sa course. Il passa à côté d'une
pancarte, indiquant « Aujourd'hui, mardi 17 mars 1959, poisson ! » mais il ne pouvait pas la lire ;
non pas à cause d'un problème de vue, mais à cause d'un manque d'éducation. De nature maladroite,
il bousculait involontairement des passants. Il voulait, inconsciemment, échapper cette foule, qui se rapprochait du stand de poisson. À chaque fois qu'il bousculait une personne, toujours par
inadvertance, il faisait tomber le sac du bousculant, ou le sien ; à force, il en avait l'habitude.
Lorsqu'il demanda pardon à l'homme qu'il avait poussé, il reconnut la voix de celui-ci. Son
coeur se mit à battre de façon démesurée. Il releva sa tête, pour voir l'individu qu'il ne pouvait pas
identifier mais qui lui semblait si proche. Son visage était gras, mais portait quelques traits
similaires à ceux de Paul. Ils avaient le même nez, mêmes yeux, même couleur de cheveux, même forme du visage. Il portait un costume, coupé spécialement pour lui, qui ressemblait tant aux accoutrements des bureaucrates. L'odeur émanant de cet homme valorisait sa richesse. Il examina
de près le pauvre homme, et dit : « Paul ? ».

Alexandre D., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

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Devoir d'Amaury R. :

 

Une soir de septembre 1853, un chalutier rentrait au port du Prado, revenant de la pêche hauturière, les chaluts remplis de soles, de turbots, de flétans et de plies que comptait la mer Méditerranée. Au dessus des têtes, les nuages prenaient des tons violacés, annonçant la pluie trois jours plus tard. Au Nord, le fort Saint-Jean était planté sur la berge. La lumière baissait et l’ombre commençait déjà à envelopper Marseille.

A bord, la joie enivrait les marins qui allaient revoir chacun leur famille, après quinze jours passés en mer. Les visages étaient éreintés, saoulés par la fatigue accumulée, avec en prime quelques heures plus tôt des nerfs aussi tendus qu’un filet plein « à bloc » à cause d’une soudaine tempête.

Malgré ce bonheur, Marius Corol restait à l’écart. Il avait un nez trop long, et les oreilles décollées. Seule sa tête dépassait de son sarrau volontairement trop grand pour mieux résister au froid qui glace la moelle.

Les cales contenaient moins de poissons qu’auparavant, la paye serait mauvaise. Depuis 1845, les filets devaient avoir les mailles moins étroites du fait des lois d’un technocrate, le juge J. Perrève.

Le chalutier s’engouffrait dans Marseille, peuplée de deux cent mille habitants, tant éloignée du désordre de Paris pendant ce siècle de constants changements de régimes : le Consulat jusqu’en 1804, le premier Empire qui se termina en 1815, la Monarchie Constitutionnelle, la deuxième République de 48 à 52, et maintenant le second Empire qui ne durerait sûrement pas.

Tout cela ne changeait pas de pain de Marius qui avec les cent francs qu’il recevait, devait imaginer comment sa famille réussissait à manger pendant les prochains quinze jours de mer, commençant- dès lundi avec le réveil à deux heures du matin. La famille, c’était son père, le « vieux » qui roulait constamment sa chique avec sa langue, sa mère, « l’ancienne » râlant toujours après les passants, sa femme, « la Corol » qui vendait des fleurs à la sauvette pendant que son mari était en mer, et les jeunes, trois garçons et une fille, hélas aucun en âge de travailler. Pourtant, les enfants avaient toujours l’air en pleine forme : Marius savait bien qu’ils chapardaient qui un petit pain, qui un marron. Il leur disait : « vous finirez au bagne, sales morveux ! » Lui-même, il lui arrivait de voler des poissons dans les cales qu’il cachait sous sa blouse pour aider la Corol. En cheminant, il rêvait de posséder un bateau et de gagner l’argent des poissons vendus à la criée.

Il emprunta tristement le quai du port, suivit la récente avenue Vaudoyer devant le fort saint Jean et longea la mer par le quai de la Tourette, du nom de la place sous Napoléon 1er.

Sa cabane de pêcheur ne comptait qu’une seule pièce, dans laquelle vivait toute la famille avec comme meubles, une table au centre, des lits doubles sur les côtés et une cheminée dans un coin. Les murs étaient en bois, verdâtres de moisissures, la terre battue faisait office de sol et des plaques de tôles imitaient un toit, les protégeant à peine lorsqu’il pleuvait, heureusement chose rare dans le Sud. A cause de ce manque de place, on vivait dehors. Les vieux s’asseyaient devant la maison : lui mâchait mélancoliquement sa chique, elle apostrophait les badauds le poing en l’air. Personne ne savait depuis quand la baraque existait dans la famille. Elle se dressait seule au bord de l’eau, à l’extrémité ouest de la ville. Depuis très longtemps, il n’y avait plus de cabanes de pêcheurs devant le port.

Marius mit environ trente minutes à pied pour traverser l’ouest de Marseille. Une fois dans sa rue, qui n’en était pas vraiment une, il fut frappé par le calme suspect. Pas un bruit n’émanait de la maison, d’habitude en branle-bas constant. Le froid maintenant lui giflait le visage pourtant endurci. Les vieux n’attendaient pas devant la porte. Il frémit en voyant un gendarme faisant les cent pas plus loin. Marius s’arrêta, hésitant à entrer et enfin, avec grand peine, il poussa la porte : la cabane était vide, tel un bateau dans le désert. Il se retourna pris d’une peur soudaine : il vit le gendarme se diriger maintenant vers lui, d’une démarche décidée. Il fut terrorisé, pas seulement par le gendarme mais aussi par les évènements qui auraient pu se passer pendant son absence. Pris de panique, il pria la Seigneur très fort, bien qu’il fût mécréant, en espérant se tromper.

Amaury R., 2nde section internationale, novembre 2015.

 

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Devoir de Marie D. : 

 

                                                        Narrateur interne                                                     

                                                                                                        

   La voix de Mélissandre était douce et modulée, elle n’avait pas besoin d’amplificateur  pour se faire entendre sur la chaise la plus éloigné de la petite estrade, assez claire pour qu’on la distingue parmi ces autres sons criards et masculins. Ses longs cheveux noirs bouclés contrastaient avec le teint pâle de sa peau, si pâle  qu’on aurait pu voir son âme à travers. Elle avait vingt-deux ans, cependant les creux de ses joues et sa mine abattue lui en faisait paraître quarante. Ses yeux sombres et cernés étaient fixés sur un coin de la pièce, sur le calendrier qui indiquait ce mois d’octobre 1980.

Lorsqu’elle dut quitter le bar, elle regretta la chaleur qu’il lui offrait durant ses heures de travail. Ce poste de chanteuse était sa seule source de revenu lui permettant de payer le loyer de son médiocre appartement. Mélissandre frissonna dans son tricot de laine éfaufilé par le temps. Ses vêtements avaient l'odeur répugnante de la cigarette. Pourtant elle ne fumait pas, elle ne buvait pas non plus. Et même si elle l’avait souhaité, elle n’aurait pas pu s’offrir ce plaisir. Elle traînait sa silhouette frêle, de rue en rue, en passant devant la boulangerie et inhalant avec envie le parfum des croissants et du pain frais. L’aiguille aigüe de la Tour Eiffel, pointait fièrement au-delà des édifices du septième arrondissement,  et semblait chatouiller les nuages rosés annonçant l’aube. Paris demeurait une capitale imprégnée d’histoire : Victor Hugo, Napoléon Ier, Charles de Gaulle y avaient apporté une dimension culturelle à l’échelle mondiale.

 De fines gouttes de pluie clapotaient sur les pavés tandis que Mélissandre empruntait l’Avenue de Saint-Ouen du dix-huitième arrondissement afin de rejoindre son logis. A quelques rues de ce dernier se trouvaient le Moulin Rouge ainsi que le Sacré-Cœur.

La jeune femme poussa fébrilement la vieille porte de ce morne immeuble, grimpa péniblement les marches et dut, plusieurs fois, tenter d’insérer la clé rouillée avant de pouvoir pénétrer dans la pièce. Celle-ci lui servait à la fois de cuisine, de salle à manger et de chambre. Elle était faiblement éclairée par la lumière insipide provenant des lampadaires de la ville.

Mélissandre s’assit sur une chaise bancale, placée au coin de sa fenêtre. Elle faillit tomber par manque d’équilibre, l’assise étant dépourvue de son quatrième pied. La chanteuse n’avait pas d’homme avec qui partager sa vie qui pourrait la réparée. Elle pouvait apercevoir à travers une des fenêtres de l’immeuble d’en face une cheminée. Elle jeta un bref regard autour d’elle, toujours plongée dans la pénombre et se rendit ompte  avec amertume que son appartement était vide et dénué de toute chaleur.

Elle s’appuya contre le cadre de la vitre et scruta l’horizon. Il était difficile de distinguer l’Arc de Triomphe ou encore le Louvre. Les plus fleuries et nobles bâtisses des riches arrondissements se trouvaient à mille lieux de l’immeuble vétuste qu’habitait Mélissandre.

Elle leva légèrement la tête vers la vitre et la regarda avec insistance. Les frimas extérieurs accentuaient davantage dans son reflet son teint cadavérique.

Un bruit sourd éveilla la jeune femme qui sombrait peu à peu dans un profond sommeil. Quelqu’un frappait à la porte. Elle prit peur. Elle n’avait pas payé son loyer ces deux derniers mois. Etait-ce le moment venu pour le propriétaire de la mettre à la porte ?

« Quels raisons pourrais-je encore invoquer pour justifier ce retard de paiement ? » s’interrogea Mélissandre en marchant d’un pas hésitant vers la porte.

A l’ouverture de cette dernière, elle aperçut un homme de taille moyenne, d’une trentaine d’année environ au visage souriant qui se trouvait sur le seuil. Elle mit quelques secondes à se souvenir de ce client qui avait attiré son attention au bar, car il n’avait commandé aucune consommation tout en ne la quittant pas des yeux.

 Il portait un chapeau melon qu’il retira lorsqu’il prononça ces quelques mots : « A mon tour de vous ouvrir une porte mademoiselle, bien plus grande que la vôtre, celle de la gloire et de la richesse. »

Marie D., 2nde section internationale, novembre 2015.

***

Copie de Mara C. : 

 

Focalisation zéro

En ce soir pluvieux, Jean Bourrin sortit de son petit appartement, rue Charles Michels et traversa l’avenue Emile Zola. Sur le chemin vers le champ de Mars, il y avait des marchands de fruits ou de légumes qui fermaient leurs magasins et des mères qui appelaient leurs enfants. De temps à autre, une voiture traversa le chemin en passant sur des flaques d’eau.

Jean avait trente-cinq ans, mais avec ses rides sur son visages et son teint blanchâtre, il en paraissait dix de plus. Il avait les cheveux bruns foncés et les yeux sombres, ne reflétant aucun sentiment. Jean avait trois enfants, deux filles et un garçon, âgés respectivement de cinq, sept et trois ans ; mais sa femme les gardaient à Rouen, et cela fait deux ans qu’il ne les avait pas vus,  cela lui brisait le cœur. Le père portait une veste par laquelle le froid de ce 29 novembre 2004 passait, ainsi qu’un pantalon noir.

            Arrivé devant la tour Eiffel, il s’arrêta et vit des touristes prendre des photos. Il faisait déjà presque nuit et les lumières de la Tour Eiffel s’illuminèrent. Des enfants jouaient avec un ballon près de la tour, pendant que leurs parents discutaient entre eux. Jean n’y prêta guère attention et continua à marcher. Il travaillait dans le Louvre comme gardien de nuit. Il n’aimait pas ce métier, mais il lui fallait payer ses dettes. Il voulait mener une vie heureuse sans dettes et avec sa famille.

            Après un quart d’heure de marche, Jean arriva au musée du Louvre. Il y resta toute la nuit, au milieu d’arts de grande valeur, tel que la Joconde de Léonard de Vinci, la Vénus de Milo ou encore l’Astronome de Jan Verneer.

            A quatre heures du matin, Jean repartit vers son petit appartement en repassant par le champ de Mars. Devant la Tour Eiffel se trouvait une femme de trente-huit ans avec trois enfants. Elle portait le plus jeune, pendant que la fille cadette se tenait à sa main. Jean s’arrêta et regarda sans dire un mot. La fille aînée vint vers lui.

 

Mara C., 2nde section internationale, janvier 2016.

 

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Devoir de Marie F. : 

 

Cela faisait bien une demi-heure qu'il cherchait ce maudit paquet. « Où diable pouvait -il bien être ? » se demanda-t-il. Anton avait mille fois inspecté chaque recoin du minuscule trois pièces qui lui servait de logement et d’entrepôt tout à la fois, sans pourtant obtenir de résultat. Situé en plein centre Montaubanais, la fenêtre du HLM donnait sur le tranquille ruisseau de la Garrigue qui coulais plus bas, mal propre et parfois odorant, sous les yeux indifférents du jeune homme. La trentaine, les cheveux grisonnants derrière les oreilles, et légèrement sur le dessus du crâne bien qu'il ne s'en soit encore jamais aperçu, il caressait machinalement sa barbe de trois jours, réfléchissant, interrogeant ses souvenirs à la recherche du moindre indice qui aurait pu l'aider dans ses recherches.

 

Chaque matin et cela depuis quinze longues années, et son arrivée en France, en 1990, il remontait tant bien que mal le store raccommodé de son salon-cuisine-salle à manger, et, d'un geste las, lançait son antique bouilloire. Il déjeunait seul, avec pour table un simple tréteaux de bois, au milieu des pots d'enduit, des sacs de sable et de ciment qu’il entreposait là, faute de moyen. Les étagères qui occupaient les murs sur toute leur hauteur recelaient divers outils de maçonnerie devenus inutiles : truelles et taloches de toutes tailles, niveaux brisé, pinces désaxées, mètres rubans, auges si usées que certaines comportaient des trous... Autant d'objets qui rendaient la pièce presque oppressante tant elle était encombrée. Anton se détourna de la fenêtre, seule source de lumière dans l'appartement. Un beau bazar en somme ! Pas étonnant qu'il ne trouvait jamais rien ! Il lui fallait toujours un temps monstre pour trouver la moindre chose ! Alors il arrivait en retard sur les chantiers et croulait sous les reproches, mais aujourd'hui personne ne viendrait lui chercher querelle ! Ah cela non ! Il ne travaillait pas le dimanche et d'ailleurs il avait donné sa démission ! Bientôt tout serait finit, il serait enfin serein et cela pour le restant de ses jours.

 

Encore fallait -t-il qu'il trouve ce fameux paquet. Alors il reprit ses recherches, plus énergiquement encore, ses grandes mains, parsemées de poils blonds tirant sur le roux, s'activaient avec engouement et lorsqu’il soulevait deux par deux des sacs de leur amas dans l'espoir d'y découvrir l'objet de sa convoitise, on pouvait voir rouler les muscles puissants de ses épaules solide d'homme du bâtiment. Il avait chaud, la moiteur de ce jour d'automne l'affectant particulièrement, et de fines gouttelettes perlait sur son front, trop large, pour couler au coin de ses yeux gris, qui aurait sans doute été magnifiques si seulement ils étaient un tantinet expressifs. Il ouvrit à grand peine la vieille fenêtre légèrement désaxée et un courant d'air tiède l'enveloppa tout entier. On entendait à peine les oiseaux chanter tant le brouhaha de la ville emplissait l'air, et là-bas, de l'autre coté du ruisseau, les automobiles roulaient dans un ronronnement continu sur la rue Monnet. Contrairement à ce qu' Anton pouvait croire, ce nom ne faisait en aucun cas référence au célèbre impressionniste français, mais plutôt à Jean Monnet, haut fonctionnaire d’État qui aida les alliés lors de la seconde guerre mondiale et contribua à la construction européenne. L'immigré avait bien du mal à assimiler la culture française, si différente de celle de son cher pays. Il faisait pourtant beaucoup d'efforts; Anton prenait des cours de langue, se tenait au fait des actualités et traditions nationales, il avait même lu Zola et Maupassant et d'ailleurs du haut de sa large commode vermoulue, adossée au mur décrépit, Scapin et Bérénice attendait d'être découverts, veillant sur son sommeil les soirs où la boisson ne l'avait pas égaré à deux pâtés de maison de son refuge malpropre.

 

Il était rejeté de toute part : cela avait commencer par l'acquisition d'un travail pénible, parfois éreintant, évidemment bien en dessous de ses réelles capacités, puis manquant de ressources, son statut avait évolué d'acceptable à précaire. Parfois il rêvait à Paris, la Scène noire, la foule endimanchée, les Champs Élysée où il chanterait alors Joe Dassin... mais son arrivée en « Terre Gauloise » comme répétait toujours sa babička*, avait marqué le début de son inexorable chute. À présent il se devait de trouver ce satané paquet, où qu'il puisse être. Était-ce compliqué Parbleu ! C'était capital, d'une extrême importance, un question de vie ou de mort ! Cette enveloppe était LA clé, une fois qu'il aurait mis la main dessus tout serait arrangé. Du moins c'est ce qu'Anton croyait.

 

*grand-mère (slovaque)

 

Marie F., 2nde section internationale, mai 2016.


Date de création : 22/11/2015 @ 16:31
Dernière modification : 09/05/2016 @ 09:34
Catégorie : Copies d'élèves 2015/2016
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