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Copies d'élèves 2016/2017 - Ecriture d'invention 2nde (incipit)

Vers l'écriture d'invention (sujet de type III du bac).

 

Sujet (à coller sur votre feuille double) : après l'étude du GT1 (Les débuts de romans), vous rédigerez à votre tour un incipit régi par les consignes suivantes :

 

·        votre production sera de registre réaliste.

·        Elle mêlera types narratif et descriptif (vous veillerez à utiliser les outils grammaticaux et stylistiques propres à ces deux types de texte).

·        Votre incipit respectera les codes romanesques traditionnels (fonctions informative et « apéritive »).

·        Vous expliciterez la focalisation que vous aurez choisie :

1.      focalisation zéro ;

2.      focalisation interne ;

3.      alternance des deux : dans ce cas, vous signalerez le(s) changement(s) de focalisation dans la marge, au niveau de ces modifications.

·         Toute référence culturelle pertinente est valorisée.

·         Le site de Lettres du CIV propose des copies d’élèves ayant eu à traiter le même sujet, au cours des années précédentes.

               

 

·         Type narratif

·         Type descriptif

·         Fonction informative

·         Fonction apéritive

·         Référence culturelle souhaitée.

·         Tonalité réaliste

·         Preuves de focalisation interne

 

Devoir de Flavie P. : 

 

Focalisation zéro.

 

Vers le mois d’octobre, alors que la nuit ténébreuse s’apprêtait à envahir Paris, un jeune homme d’une vingtaine d’années flânait. La froidure nocturne commençait à submerger son corps frêle et chétif. Son nez et ses pommettes pâles rougissaient pendant que la brise glaciale caressait sa peau et hérissait ses poils. Ses cheveux blonds et dégarnis étaient souillés ; et seul un drap usé le protégeait du froid. Il marchait sans aucun but, cependant il se demandait où il allait passer la nuit car après la guerre, la capitale avait subi la crise du logement qui avait vieilli et détruit le patrimoine immobilier. 

Il contemplait le ciel empli d’astres scintillants qui selon leur disposition, laissaient apparaître une forme. Louis avait toujours rêvé de connaitre le nom de ces constellations, mais il n’en avait jamais eu l’occasion. Puis il continua sa promenade noctambule sur le Quai Branly qui s’étirait le long de la Seine, grand fleuve se jetant dans la Manche. Il s’arrêta un moment et s’assit sur un banc, un de ces vieux bancs de couleur verdâtre sur lesquels chaque jour, des centaines de personnes, tout comme Louis, s’arrêtaient pour admirer la grande tour qui illuminait la belle ville de Paris.

Focalisation interne

Alors il regarda la haute et majestueuse œuvre d’art qui se dégageait du paysage. Sa splendeur fascinait le jeune homme et, laissait en lui un sentiment de joie. Apres quelques minutes il se remit à marcher et cette fois-ci, il épiait la flore. Il aperçut des marronniers et des platanes qui laissaient tomber leurs vestiges de l’été. D’autres espèces d’arbres et de bosquets bordaient aussi l’allée mais il ignorait leurs noms car il n’avait jamais eu la chance d’aller à l’école et de s’instruire. Alors il décida de se pencher pour pouvoir attraper une des feuilles qui recouvraient le sol. Une fois en main, il ferma les yeux et l’effleura lentement de gauche à droite et de haut en bas pour ressentir les rainures sous ses doigts tremblants et gelés par cette nuit glaciale. 

Alors que la ville paraissait d’un silence muet, tout à coup le jeune homme entendit des pas, des pas qui semblaient affolés et pressés. Il se retourna lentement et quitta ses pensées rêveuses. Il observa la scène avec des grands yeux stupéfiés : Une jeune femme d’une trentaine d’années marchait rapidement. Elle avait des cheveux longs emmêlés d’un brun ténébreux. Elle avait de grands yeux verts et tendres, qui lui rappelaient ceux de sa mère. On apercevait seulement sur sa joue droite, une grande cicatrice qui semblait cacher un passé obscur. Louis continua de l’observer : elle portait une petite chemise trouée. Sa couleur était indescriptible mais ce qui était sûr, c’est que la jeune femme devait être frigorifiée. Elle ne portait ni pantalon, ni chaussures. Elle devait sans doute être dans la même situation que Louis, qui continua de contempler sans bouger, quand tout à coup, la jeune femme sauta dans la Seine, qui ce soir était agitée.

Louis sursauta et partit en courant. Pendant sa course une idée le hanta : qui était cette jeune femme et pourquoi s’était-t-elle donner la mort de cette manière ?

 

Flavie P., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

***

 

Devoir de Salomé N. : focalisation zéro.

 

Marjorie se réveilla en sursaut la tête posée sur le clavier de son ordinateur encore chaud. Elle jeta un coup d’œil à sa montre qui lui indiqua qu’il était presque midi.

Elle se massa les tempes endolories par cette nuit agitée et remit ses lunettes sur son nez disgracieux et large.

La veille, elle avait passé la soirée et travailler et ne voyant pas l’heure défiler, avait fini par sombrer dans un sommeil bien mérité. La semaine prochaine, elle aurait vingt-neuf ans mais sa mine fatiguée lui donnait l’air d’en avoir dix de plus. Des cernes bleuâtres entouraient ses yeux et durcissaient ses traits. Elle exerçait depuis quelques mois, en tant que critique ce qui l’aidait à remonter la pente et payer ses factures devenues incalculables. Restée seule à la mort de son père sans ressources et après de nombreuses déprimes, elle avait décidé de se reprendre en main. Lorsque cette offre d’emploi s’était présentée à elle ce matin la dans le journal qu’elle avait trouvé en bas de chez elle.

 Son article traiterait des romans classiques ce qui expliquait les nombreux ouvrages entassés sur son bureau : Baudelaire, Balzac, Hugo, Flaubert ou encore Camus étaient éparpillés, certains jaunis et cornés par le temps et l’usage, d’autres encore neufs.

Elle était une fois de plus en retard dans son travail, un défaut qui la perdrait un jour ou l’autre. Elle soupira et alla ouvrir sa fenêtre. Une brise fraîche entra et des rayons chatoyants vinrent caresser son visage tacheté et son cou dénudé en ce beau matin d’automne. Elle huma l’air qui d’après Baudelaire, sentait le chou aigre.                                                                                                             

Pendant quelques instants, elle oublia son mal de tête et tous ces problèmes pour contempler la vue de son petit appartement situé sur le boulevard de Courcelles dans le huitième arrondissement de Paris. D’ici, elle adorait admirer la ville ainsi que le parc Monceau en contrebas.                        

A cette période de l’année, des couleurs jaunâtres, orangées et rougeâtres s’emparaient des feuilles qui finissaient par céder et laisser les arbres nus, sans plus aucun charme.

Elle pouvait rester des heures à suivre les passants du regard toujours agités dans cette ville qui ne dormait jamais. Au loin, la Tour Eiffel se cdes autres bâtiments grisés par le temps.                                                      

Elle  n’avait jamais compris ce que les gens lui trouvaient. Pour elle, ce n’était qu’un tas de ferraille construit dans le seul but de vanter les talents constructeurs des Français.

Soudain, des nuages noirs et épais vinrent recouvrir le ciel, emportant avec eux la lumière et laissant place à un violent orage qui réveilla une odeur de goudron écœurante qui s’éleva du sol, nauséabonde et repoussante.               

 Celle-ci la tira de ses pensées et lui rappela la triste réalité. Elle s’apprêta donc à aller se doucher quand soudain elle entendit crier son nom.

 

Son regard se posa sur ce visage qu’elle crut avoir connu bien des années auparavant. Elle essaya de se rappeler en vain et un autre cri, plus fort cette fois lui parvint. Le timbre de cette voix la saisit instantanément et tout lui revint à l’esprit de manière fulgurante.

 

Salomé N., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

***

 

Devoir de Robin L. : focalisation zéro.

 

Dans le vieux quartier de la capitale, sur le Boulevard Saint Michel, Pierre Ricolin terminait sa médiocre vie. Il vivait dans ce bâtiment de style haussmannien depuis sa construction en 1848.

Ses parents avaient habité au premier étage. À leur mort, sa famille et lui s'y étaient installé. Mais ne s'y plaisant pas, ils retournèrent sous les toits malgré l'humidité, le froid et le chauffage inexistant. La femme de Pierre, l'avait quitté jeune, partie cinq ans auparavant un matin au marché du square de la rue Scipion et n'en était jamais revenue. Le pauvre homme l'avait recherché pendant quelques mois mais sans résultat. Le fils de Pierre, Robert, avait une paye plus maigre que celui ci et travaillait comme fonctionnaire à deux pas du boulevard Saint Michel à la mairie du cinquième arrondissement en face du Panthéon. Il était marié à une femme chétive que son père lui avait trouvé et l'avait forcé à épouser.

Depuis peu, une pneumonie épuisait peu à peu Pierre. Malgré cela il ne voulait pas quitter sa chambre, il s'y sentait bien, et avait dans ce quartier tous ses repères. Il ne souhaitait les perdre. Sa chambre était décorée d'objets chinés dans des vide greniers. Il ne dépensait que très rarement son argent dans des achats superficiels. Il souhaitait en garder pour lui, non pour son fils. Néanmoins, le soir, malgré son avarice, il sortait de sa chambre et rejoignait le café Saint Michel, en bas de sa rue, retrouver son ami Georges un vieil homme affaibli par la vie. Il avait été un fidèle ami de son père.

En ce jour de mai 1894, de rares rayons de soleil éclairaient sa chambre ; son maigre déjeuner avalé, il sortit de sa mansarde et alla chercher son courrier. Il n'en recevait que très peu mais, il ne désespérait jamais de recevoir une lettre de sa femme, et quand il voyait une lettre à son nom, cela le rendait heureux ; il se sentait important aux yeux des autres. Ce jour là, il reçut la lettre d'un notaire ; il l'ouvrit. Cette missive lui apprenait la mort de sa femme et lui proposait d'aller le voir pour la restitution des biens personnels. En effet Pierre apprit que sa femme n'était pas morte, mais qu'elle s'était réfugiée dans les bras d'un autre homme. Pierre fut abasourdi, bouleversé par cette révélation. La mort de Catherine, il s'en moquait, ce qu'il attristait c'était qu'elle lui avait caché sa disparition.

Bien décidé à en découdre, il se mit en chemin pour rejoindre le cabinet du notaire. Il prit la rue perpendiculaire au boulevard, et passa devant le café Curieux, situé en face de son café bien aimé ; Ces deux lieux, ne recevaient pas les mêmes classes sociales. Le Café Curieux accueillait les grands artistes contemporains comme Marcel Proust, Anna De Noailles, l'autre café avait une façade délabrée et vieillie. Il était peu attirant et rassemblait une classe sociale moins prestigieuse. Il poursuivit son chemin, et arriva devant ce grand bâtiment et ses hautes portes en bois brut ; il avait déjà aperçu une grande cour derrière cette arcade en pierre mais il ne connaissait pas l'institut qui se réfugiait derrière ces portes. Il passa devant le square Scipion, mais en ce mercredi le marché avait été annulé ; il avait pour habitude de s’y promener et de s’asseoir sur un banc à l'ombre et d'y contempler les arbres. Il bifurqua à gauche et entra dans la rue du Fer à Moulin et s'arrêta au bout de la rue. L'entournure de la porte était en pierre gravée avec au centre le 41 de l'adresse, et une porte épaisse en bois fermait le bâtiment.

Pierre y entra et monta au troisième étage, il rencontra le notaire et lui présenta la lettre. L'adjudicateur était un homme d'une quarantaine d'année, le crâne dégarni, et portait des habits simples. Ils entrèrent dans le bureau. L'intérieur était habillé de bois sur le long du mur, et richement décoré de tableaux. Ceux-ci paraissaient réalisés par de grand artistes, néanmoins ils s'accordaient avec le reste de la pièce. Quelques meubles rendaient cet espace moins vide et plus vivant. On pouvait lire sur le visage du notaire, un certain ennui de son métier. Sur le bureau, situé au centre de la pièce, il avait déposé les objets personnels de la défunte. Pierre balaya du regard les biens de sa femme mais n'en reconnut aucun. Catherine avait tout fait pour oublier son mari, et l'avait supprimé de sa vie ; cet homme, médiocre et égoïste, qui lui avait tout refusé n'avait été pour Catherine qu'un vague souvenir. A droite sur le bureau se trouvait un carnet épais, marqué par ses nombreuses utilisations. Pierre mit l'ensemble dans une caisse en bois, signa une feuille et retourna chez lui. Sur le chemin du retour, pensif, il s'interrogeait sur le carnet.

Dans sa chambre, Pierre déposa les affaires dans un coin. Il souhaitait les vendre afin d'améliorer sa rente et décida de ne pas en parler à son fils. Il garda juste le carnet, et s'assit dans son fauteuil, dont l'humidité faisait pourrir l'intérieur du siège. Il ouvrit le livre, c'était un journal intime où Catherine avait écrit tous les détails de sa vie. En lisant la première page du carnet, Pierre regrettait déjà de l'avoir récupéré.

 

Robin L., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

***

 

Devoir de Daphné S. : 

 

Focalisation zéro

 

Il était dix-huit heures. Le soleil était pratiquement couché et la ville d'Oyonnax reprenait bien vite son aspect triste avec ses appartements délabrés. Le 31 octobre 1936, l'hiver arrivait à grand pas et cela ne plaisait point à Antonin Durand. L’été était la seule saison capable d'embellir un minimum les rues mornes d'Oyonnax. De plus, lui, pourtant déjà mal payé, se voyait obligé de raccourcir ses journées de travail au garage afin de ne pas sortir de nuit en ville. Il salua donc ses collègues et se décida à rentrer dans son petit appartement. Le garage situé rue de Tamas était à vingt minutes de marche de chez lui, rue de Molière. Il ne s'attardait jamais sur le chemin, craignant toujours d'être agressé. Effectivement, sa physionomie plutôt d'une faible constitution n'était pas vraiment impressionnante : il semblait plutôt fragile et incapable de se défendre. Le jeune homme, âgé de trente ans, semblait en avoir quarante, était petit et maigre et ses cheveux étaient abîmés. Antonin n'avait pas grand-chose pour lui. Seuls ses yeux bleus le mettaient en valeur, mais malheureusement gêné par des problèmes de vue, était en conséquence contraint de porter des lunettes.

Arrivé chez lui, Antonin chercha ses clés pendant dix minutes pour finalement se rendre compte qu'elles ne se trouvaient pas dans son sac. Il les avait oubliées par étourderie et laissées sur la porte toute la journée. Il pénétra enfin à l'intérieur, et constata après un regard rapide sur son mobilier, que personne ne s'était introduit chez lui. Dans son appartement, l'odeur âcre et persistante de plastique liée à la proximité d'une usine de jouet ne le perturbait plus depuis longtemps. Comme chaque jour, il alla se préparer une soupe et la mangea accompagnée d'un bout de pain. Il s'assit ensuite sur son petit fauteuil déchiré par ses chats. Il n'avait ni compagne ni enfants, et vivait seul chez lui. Ses parents étaient décédés dix ans plus tôt, lors de ses vingt ans, et il vivait depuis ce temps seul avec ses deux félidés. Le jeune homme ne s'intéressait pas à grand-chose à part à l'art et aux voitures. En dehors du garage, il passait son temps à contempler une copie d'un tableau qu'il s'était procurée et qu'il avait accrochée au mur. Ce tableau,sorti l'année de sa naissance, l'obsédait. Il s'agissait de Portrait de Marguerite de Henri Matisse. La jeune fille peinte dessus lisait. Elle ressemblait étrangement à son amour d'enfance… Cela le ramenait à de lointains souvenirs où ses parents encore vivants lui permettaient de l'inviter et où ils passaient ensemble l'après-midi à lire A bord de l’Étoile Matutine de Pierre Mac Orlan. C'était toujours elle qui faisait la lecture… Elle avait une voix mordante, que peu de monde supportait, mais Antonin adorait cela. Il était amoureux d'elle mais ne le lui avait jamais avoué malgré la dizaine d'année de complicité, jusqu'au jour où elle déménagea et partit d'Oyonnax pour toujours. Ils étaient alors âgés de seize ans. Antonin se demandait toujours si elle se souvenait de lui, car lui, n'avait pu l'oublier. Il s'endormit donc sur le fauteuil comme à son habitude.

 

La radio grésillante de la vieille dame du dessus réveilla Antonin à sept heures. Il se coiffa, remit les mêmes habits que la veille, et avala un petit quignon de pain sec, sans aucune boisson. L'air était humide, il sentait qu'il avait plu pendant la nuit. Il partit donc et une voiture passant à grande vitesse sur le cours de Verdun le trempa. Il tenta d'apostropher le chauffeur mais l'engin, une Citroën Traction, était déjà bien éloigné. Il continua donc sa route en tentant d'essorer ses vêtements. De si bonne heure, le cours de Verdun était bondé. Antonin essayant de se frayer un chemin dans la foule bouscula une grosse femme dont les bras étaient chargés de documents. Il fit tomber ses affaires. La femme lui jeta un regard venimeux. Il l'aida à ramasser ses affaires. C'est alors que ses yeux tombèrent sur un livre dont le titre lui rappela quelque chose… C'était A bord de l’Étoile Matutine de Pierre Mac Orlan. Il se redressa pour lui rendre ses effets. Tout à coup, l'expression fâchée du visage de la femme s'adoucit. Elle paraissait maintenant confuse… 

 

Daphné S., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

***

Devoir de Louka : focalisation zéro.

 

Le son doux du forain agitant les focs et les mats réveillait progressivement Calais. Au nord de la ville, le vent faisait claquer les tentes avec ardeur et une odeur fortement iodée mélangée à celle des flaques stagnantes parsemait les allées boueuses d’un quartier témoignant de la misère du monde et des injustices et inégalités sociales. La « jungle » de Calais était un vaste bidonville, diplomatiquement surnommé “camp de réfugiés”, étendu sur une superficie de quatre kilomètres carrés; quatre kilomètres carrés de boue, de tissu, de tôles ondulées, et de pseudo-rues allant dans tous les sens envahies par des étendoirs à linge et des déchets, encore humides sous la bruine typique du nord. Des centaines de tentes mal-fabriquées et de cabanes en draps bancales ornaient ce terrain vague en forêt, le transformant en une véritable merveille à contempler pour les voyageurs et locaux passant sur la route nationale N216. En allant tout droit ou en prenant à droite ou à gauche à travers ses allées boueuses, on y trouvait ses incontournables lieux pour les rares visiteurs, tels que les quelques commerces locaux illégaux, les beaux quartiers de tissu froid et moite, imprégné de pluie, ou encore, attrape-touriste typique, les hommes, femmes et enfants faisant l’aumône dans les coins de rue. Le bidonville se fondait dans la nature, plongé au cœur d’une petite forêt à côté des plages de sable typiques de l’Atlantique. Bien que situé en France, le quartier ne reflétait aucunement ce pays. Pour être honnête, il ne reflétait même aucune identité culturelle en particulier, ses sept mille trois cents habitants venant tous de pays différents, qu’ils soient Afghans, Kurdes ou encore Soudanais.

Parmi eux, un homme, Ibrahim Ondoa, marche à travers une rue déserte de la jungle. Il est grand, trop grand même, et semble jeune, habillé d’une chemise à carreaux rouge trop petite, d’un pantalon trop large de couleur sable usée, et portant de vieux mocassins marrons déchirés à la semelle. Ses cheveux crépus, noirs et courts étaient étalés de façon uniforme sur son crâne aplati sur le haut, avec un dégradé de la longueur mal coupé sur les côtés et à l’arrière, le tout parsemé d’imperfections. Sa complexion était d’un noir intense, et la peau de son visage était plutôt sèche, présentant des fissures blanches superficielles ici et là, qui ressortaient sur son teint sombre. Les courts sourcils noirs broussailleux au-dessus de ses yeux sombres qui laissaient disparaitre la pupille dans les confins de son iris se fondaient sur son visage. Un nez nubien de taille moyenne, fin à sa base et très légèrement évasé se dressait fièrement sur son visage. Un léger début de moustache mal rasée ombrait le dessus de sa lèvre supérieure noire, ornée d’un arc de Cupidon arrondi. Sa lèvre inférieure, en revanche, était plus rouge vers l’ouverture, et légèrement gercée. Son menton était hérissé d’une petite barbiche qui se prolongeait en dégradé sur sa mâchoire oblongue et donnait une forme ovale à son visage. Son cou, très maigre, laissait ressortir sa jugulaire lorsqu’il parlait, et y apparaissaient deux lignes définies servant de muscle sterno-cléido-mastoïdien ainsi qu’une pomme d’Adam pointue et très prononcée. Son cou se terminait abruptement sur ses deux clavicules proéminentes, légèrement cachées sous sa chemise rouge à carreaux, tachée de boue et d’eau par endroits. Ses bras étaient longs. ‘’Longs’’ serait peu dire, pour caractériser ses bras squelettiques qui pendaient tels des lianes, ses mains dignes de Freddy Krueger pouvant presque toucher ses genoux. Son pantalon trop large, cachait la vraie forme fine et signe de malnutrition de ses jambes, et retombait sur ses mocassins taillés en pièces par les kilomètres parcourus du Soudan à la France.

Ibrahim marchait dans les rues ruisselantes, les avenues assombries et les boulevards boueux, jouant à des jeux quelque peu sinistres dans sa tête, tels que compter les rats ou deviner quand sera la prochaine émeute. Il avança lentement, un pas après l’autre, il pouvait entendre ses mocassins clapoter dans la boue. Le soleil caché par les nuages atteignant peu à peu son zénith, Ibrahim continua de marcher, allant vers les blocs de rations pour ses coupons alimentaires, au Centre d’Accueil de Jour Jules Ferry, au nord du bidonville. Plus il s’approcha du lieu en question, plus les bruits de foule étaient présents. Une fois qu’il arriva à cent mètres de sa destination, le son de la foule s’intensifiait, et il vit de la fumée grise monter des zones de rations. Intrigué, Ibrahim courut, trébucha même dans son élan, puis avança vers les blocs. Alors, il vit, devant lui, un affrontement comme aucun autre : des agents du CRS et des locaux, se battant en se lançant des pierres et des lacrymogènes ou encore se frappant à coups de matraque et de morceaux de bois. Ibrahim, ne comprenant pas, se cacha derrière un mur. Tout à coup, un policier apparut, pris dans l’hystérie globale de l’émeute, et frappa Ibrahim à la zone temporale du crâne. Ibrahim tomba, vit flou un instant, et ferma les yeux.

 

Louka., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

***

 

Devoir de Matteo F. : focalisation interne.

 

Elizabeth Dupuis se reposait sur son lit en fer rouillé et fixait son vieux miroir piqué, suspendu sur la cloison opposée. Elle scrutait les détails de ses joues creuses et se désespérait de son teint de plus en plus pâle au fur et à mesure que l’hiver avançait. Elle regrettait sa vie d’avant lorsqu’elle était encore une petite fille naïve. Hélas, désormais elle se sentait fatiguée, faible, malade. Est-ce normal pour une femme de vingt trois ans ? Elle se souvenait du sourire éclatant de sa mère toujours joyeuse, décédée d’une fausse couche il y avait de cela quinze ans. La jeune femme se remémorait leurs dîners copieux en famille, le feu rougeoyant qui crépitait dans l’âtre du vaste salon. Ils habitaient une belle et haute maison à l’angle des rues Valette et Laplace. Malheureusement, depuis la guerre, tout avait changé. Paris était occupé par les Allemands, la faim et le froid se faisaient ressentir en cet hiver 1940 dans le grenier de la maison. Après le départ soudain de son père et son frère jumeau à Londres suite à l’appel de De Gaulle, Elizabeth fut contrainte de vendre, petit à petit, tous les meubles et la propriété pour une misère, son père et son frère ne laissant aucune nouvelle. Néanmoins, elle avait obtenu de garder les combles lugubres afin de rester dans son 5ème arrondissement. Elle était seule et silencieuse, chez elle à cause du froid, tous les matins ne sachant que faire et sortait l’après midi en quête de nourriture et d’objets  abandonnés à vendre.

Comme tous les jours, aux coups de treize heures, Elizabeth éteignait les planches du parquet moisies qui brûlaient, non sans peine, dans une marmite cabossée afin de réchauffer la pièce. Elle se rinça la figure dans un seau gelé, arrangea ses cheveux comme elle put et endossa son doux manteau de laine trouvé il y a une semaine. Une vraie fortune ! Elle descendit donc au rez-de-chaussée par un escalier sombre isolé de la maison. Elle rejoignit la Place du Panthéon sans prendre le temps de l’observer et continua à gauche, rue Clovis, en ignorant merveilleusement la majestueuse cathédrale Saint-Étienne-du-Mont. Elizabeth bifurqua Rue Descartes puis Rue Mouffetard, toute aussi déserte, avant d’arriver sur la Place de la Contrescape où les quatre arbres seuls et secs s’élançaient vers le ciel. Elle commença à fouiller dans les cafés et les restaurants abandonnés comme trois autres femmes, toutes en quête d’une potentielle source d’argent. Une drôle d’impression s’empara d’elle comme si elle était observée. Elle scruta les alentours et aperçut un homme à moitié caché dans l’ombre. Elle l’interpela mais l’inconnu disparu alors dans les ruelles sombres. Elizabeth resta un moment là, comme clouée au sol, réfléchissant à ce qui venait de se dérouler et il lui sembla que cet homme ne lui était pas étranger. Elle décida de rentrer chez elle les mains vides ; il lui restait un bout de pain dur.

Une fois arrivée, elle se rassit sur son lit sinistre et divagua dans ses pensées confuses. Soudain, une enveloppe grisâtre glissa sous la porte à un mètre de ses pieds. Elizabeth resta d’abord à fixer la lettre ; personne ne connaissait son adresse !  

 

 
Matteo F., 2nde section internationale, décembre 2016.
 
 
 
***

 

Devoir de Nicolas F. : 

 

Focalisation zéro

               

Le soleil se levait péniblement, et illuminait progressivement de ses légers rayons la Ville des Lumières encore endormie. Les ruelles, étroites et muettes, serpentaient dans Paris et se frayaient un chemin parmi les bâtiments humides et insalubres. Dans ce silence écrasant, on entendait seulement l’eau boueuse qui ruisselait entre les pavés fissurés, d’où émanait une odeur âcre. On apercevait au loin, en plein cœur de la capitale, Notre-Dame de Paris, imposante et somptueuse. La cathédrale avait été édifiée au sein de l’antique berceau de cette ville, sur l’île de la Cité que l’on appelait autrefois Lutèce. Cet édifice, dont les reflets et la grandeur contrastaient tristement avec les rues vides et encore noyées dans la brume matinale, était depuis 1843 en rénovation. Cela faisait neuf ans que les travaux avaient commencé. Non loin de là se trouvait l’hôpital Hôtel-Dieu, qui donnait sur le Pont au Double, au bord de la Seine. C’était un bâtiment affreux, rectangulaire, et percé de nombreuses fenêtres mal entretenues. La façade blanchâtre était humide et poussiéreuse, et le toit aplati semblait fade, aussi terne que l’eau ruisselante de la Seine, qui coulait paisiblement au pied de l’hôpital. Accoudé à l’une de ces innombrables ouvertures, Charles contemplait la ville.

Les faisceaux de lumière commençaient seulement à se refléter sur les pavés souillés des rues qui étaient encore plus sombres et mornes qu’à l’accoutumée. Les foyers sortirent peu à peu de la pénombre, et les quinquets d’où émanait une faible et vacillante lueur, s’éteignirent progressivement, laissant place aux rayons du soleil. Petit à petit, les habitants apparurent dans les rues, et on entendit les premiers sons réguliers et métalliques qui marquaient l’arrivée des diligences. L’une d’elles s’arrêta le long du trottoir encore humide, et un passant qui attendait depuis quelques minutes, monta prudemment à l’arrière. Les chevaux hennirent, le cabriolet repartit, et faillit renverser deux enfants qui traversèrent brusquement la rue. Ils transportaient avec eux des paquets de journaux, fraichement imprimés, et s’installèrent sur le trottoir voisin, en essayant d’attirer les premiers clients. Derrière les vitrines sales faites de petits carreaux verdâtres, on pouvait apercevoir brièvement les boutiquiers assis près de leurs comptoirs, scrutant l’horizon dans l’attente du premier client. Plus bas, une équipe de canotiers arrivait en fiacre, et commença à se préparer en chantant le long de la Seine, tout en essayant de garder l’équilibre sur les dalles brunâtres, usées et descellées du quai de la Bûcherie. Peu à peu, l’épaisse fumée qui s’échappait depuis quelques heures des longues cheminées des usines, vint s’abandonner dans les nuages, en cachant partiellement le soleil, qui semblait être le seul à garder sa tranquillité.

C’est ce Paris en plein réveil, grouillant et fourmillant, que Charles, toujours accoudé à l’une des fenêtres de l’hôpital Hôtel-Dieu, observait avec beaucoup d’attention. Charles était un jeune garçon de sept ans, qui comme beaucoup d’enfants de son époque, avait été abandonné très tôt. Enfant non souhaité au sein d’une famille ouvrière qui vivait dans la misère, il avait été déposé par sa mère dans le plus grand anonymat, comme un vulgaire colis, dans une de ces caisses tournantes en bois récemment installées dans les murs des hospices. Il était grand pour son âge, bien que frêle et horriblement maigre. Ces cheveux bruns et gras, cachaient légèrement son front large. Il avait des petits yeux verts, qui contrastaient avec ses joues rougies par le froid et gonflées par ses dents qui lui faisaient atrocement mal. Son haut grisâtre et jauni par la crasse était devenu trop petit, et laissait passer les souffles glacés du vent qui sifflait dans ses petites oreilles gelées. Il portait un pantalon trop large autrefois vert, troué au niveau des genoux et qui couvrait à peine ses chevilles. Scellé à son cou, il portait ce collier tristement célèbre, commun à tous ces enfants laissés face à leurs destins, sur lequel on pouvait encore apercevoir malgré les traces laissées par le temps, un numéro : 1845.

Ses compagnons de chambre dormaient toujours. Tous avaient connu, à quelques détails près, le même sort que lui. C’était souvent la misère qui avait poussé ces familles à abandonner leur progéniture, mais il y avait aussi dans cette pièce des enfants illégitimes, qui avaient été enfanté en dehors du mariage. Beaucoup d’entre eux moururent avant même d’intégrer cette chambre, victimes de la tuberculose, du choléra ou d’autres maladies mortelles qui hantaient les locaux de l’Hôtel-Dieu. Les survivants somnolaient couchés sur des lits en métal rangés côte à côte dans cette chambre en désordre, dont les murs grossièrement crépis suintaient toujours d’une humidité suffocante. Seule l’allée centrale demeurait vide, et donnait sur l’unique ouverture de la pièce. Charles était assis près de la fenêtre et regardait ses compagnons dormir. Il régnait autour de lui un silence pesant et écrasant. Le jeune garçon n’avait pas dormi, et des cernes épais marquaient maintenant son visage harassé par la fatigue. Noyé dans ses pensées, il était bien trop occupé à songer à son avenir, car demain, il partirait pour la campagne afin d’être élevé par une famille nourricière. Charles ne le savait pas encore, mais ce départ allait changer sa vie. 

 

 

 

Nicolas F., 2nde section internationale, décembre 2016.
 
 
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Devoir d'Amandine R. : 
 
 

FOCALISATION ZERO

Irène Chabert avançait, boulevard de Belfort, d’un pas saccadé et irrégulier. Elle portait ses talonnettes du dimanche ainsi que sa veste de tailleur mauve sur ses épaules, pour protéger ses bras nus des premières gelées matinales d’octobre. Elle avait le teint terne et la peau tachée de vieillesse. Ses yeux gris-vert trop maquillés étaient entourés de cernes creux brunâtres et surmontés de sourcils épais, trop fournis qui lui donnaient un air dur et sévère. Son accoutrement laissait deviner sa petite taille et ses hanches larges qu’elle accentuait tous les jours par la même ceinture en faux cuir. Elle avait le regard hautain et méprisant ainsi qu’une gestuelle ridiculement aguicheuse pour une femme de quarante-huit ans. Malgré tous ses efforts, sa bouche pincée se déforma malencontreusement en une grimace qui ressemblait à un sourire malsain. Dans l’instant qui suivit, Irène avait masqué son furtif signe de réjouissance pour ne pas attiser la curiosité des commères de Roubaix. Ainsi reprit-elle une expression impassible et insensible, celle que la femme manipulatrice exerce à la perfection, telle une illusionniste qui ne laisserait rien transparaître des mécanismes de ses tours.

Irène était une femme volage et une mère ignoble qui avait toujours considéré sa progéniture comme un fardeau dont il fallait se débarrasser. Elle était inlassablement en quête de reconnaissance masculine, n’étant tombé qu’une seule fois amoureuse mais pas de celui auquel elle avait été mariée. Cette frustration l’avait rendue aigrie et amère. Elle s’était promise de détester et d’anéantir tout ce qui ressortirait de ce mariage. A dix-huit ans, sa fille Victoire s’était échappée pour devenir comédienne à Paris, et s’épanouir loin de sa «mère Thénardier». Elle avait conservé une correspondance avec son père malade, ce qui avait le don d’agacer Irène au plus haut point. Pour elle, Victoire la narguait avec sa beauté et sa jeunesse qu’elle lui avait volée.

Ses chevilles blanches chancelaient quelque peu en montant les marches du commissariat de Police. D’un geste habitué et compulsif, elle remit en ordre ses cheveux grisâtres et filasses. Elle se dirigea, déterminée à présent, vers le bureau qui lui avait été indiqué. Elle s’assit un peu maladroitement en face d’un policier de dix ans son aîné qui avait l’ai un peu étriqué dans son uniforme bleu délavé. Sur son bureau était ouvert le numéro deux cents trente-sept de l’hebdomadaire Paris Match qui traitait du prochain salon de l’auto en 1954. Une cigarette coincée entre les lèvres, le regard hagard et passif, il marmonna peu intéressé: «En quoi puis-je vous aider?». Irène prit sa voix la plus tremblante, fit monter des larmes dans ses yeux secs et afficha une expression faussement inquiète: «Je viens vous signaler la disparition de ma fille Victoire.»

 

Amandine R., 2nde section internationale, décembre 2016.
 
 
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Devoir de Lisa L. : 
 
 

Passages à la focalisation interne.

Michel Gazier s’épongeât le front, il faisait particulièrement chaud pour un début de mois d’avril à Sainte Marie de Vatimesnil en Normandie, surtout que Pâques n’était même pas passé. Le soleil se faisait ressentir et rendaient les pièces métalliques du tracteur sombre brûlantes. Le clocher sonna, il était quatorze heures, alors, Michel s’assit sur son tracteur allemand Lanz qu’il venait d’acquérir. Il prit le quignon de pain rassis de sa poche avec ses mains noires de crasse et le mangea en faisant attention à ne laisser aucune miettes car il savait qu’il ne mangerait rien d’autre de la journée. Son maigre déjeuner englouti en quelques bouchées, Michel continua d’essayer de réparer son tracteur tombé en panne au milieu du champ et il tentait vainement de trouver une autre solution que de remplacer celui-ci car il n’en avait pas les moyens.

Peu après il renonça et commença à pousser l’engin jusqu’à sa modeste ferme une trentaine de mètres plus loin où les poutres en bois commune aux vieilles maisons normandes s’effritaient. Il fit quelques pauses en chemin car même s’il n’avait que vingt-huit ans, il paraissait en avoir quinze de plus avec son visage fatigué et anxieux ainsi que son corps affaibli par le manque de nourriture. Une fois arrivé à la grange, Michel étouffa un bâillement mais les dents noircies par le tabac de mauvaise qualité qu’il achetait au marché noir se firent quand même apercevoir.

Soudain, une sonnette se fit entendre au loin ; c’était le facteur qui arrivait pour apporter la Gazette d’Etrepagny. On ne savait jamais quand il passait car parfois les autorités interdisaient aux journalistes de publier des informations ou ils interdisaient les facteurs de la délivrer, en l’occurrence il n’était pas passé le jour précédent. Bien qu’il l’eût attendu avec impatience, au dernier moment il avait toujours une appréhension quand il le recevait de peur que les nouvelles soient mauvaises. Le bruit de la sonnette se rapprochait et il vit au loin la silhouette de Jean, (le facteur), se dessiner sur son vélo. Il ne payait pas de mine non plus ; malgré ses seize ans, il avait déjà quelques mèches grises dans ses cheveux bruns, un visage terne avec des yeux marron vitreux où seules les joues rougies par des kilomètres de route parcourus à vélo donnaient de la couleur à son visage, des épaules frêles, ses côtes ressortaient sous son tee-shirt maculé de boue. Seules ses jambes étaient musclées mais elles étaient tout de même anormalement fines, apparemment son métier ne rapportait pas plus que celui de fermier.

 Quand il arriva enfin aux abords de la ferme, Jean était tout essoufflé, c’est vrai qu’il avait commencé sa tournée à Giverny, ville où habitait Monet, et qui se situait bien a une vingtaine de kilomètres d’ici. Quand il lui tendit l’Impartial ils n’échangèrent aucun mot, c’était sans intérêt. Le facteur s’éloigna et Michel repartit s’occuper de son tracteur et il remarqua après quelques instants que la bielle était simplement rayée. Il suffisait de verser quelques gouttes d’huile de coude et le tracteur était comme neuf. Fier de lui-même, Michel s’octroya cinq minutes de repos, il ramassa le journal qu’il avait laissé tomber par terre et commença à le lire ; les nazis battaient en retraite et se trouvaient maintenant vers Heudicourt, apparemment ils réquisitionnaient tous les tracteurs Lanz en partant. Michel Gazier sentit un gout d’amertume, l’ironie de son sort ne lui avait pas échappé ; il apercevait déjà les corbeaux en uniforme approcher.  

 

Lisa L., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir de Lucie J. : 

 

Focalisation interne avec de la focalisation zéro en italique.

 

Marylou se trouvait à la gare maritime de Cherbourg. Elle était perdue et n’avait  pas d’amis, toute sa famille était morte tragiquement dans un accident de voiture. Toute sa vie n’avait été qu’un échec. Elle avait donc décidé de partir découvrir le monde et s’était arrêtée à Cherbourg, en Normandie, afin de commencer son grand voyage.

Elle était partie de sa petite maison de campagne le 8 juillet 2015 et avait déjà commencé à visiter le musée de la libération au fort du Roule le jour de son arrivée. Le lendemain, elle ne s’était pas sentie bien et avait donc décidé de ne rien faire. Ce matin, elle était allée à la cité de la mer avant de visiter la gare maritime de Cherbourg qui se trouvait juste à côté. C’est à partir de cette instant qu’elle ne se rappela plus rien.

Lorsqu’elle ouvrit les yeux tout était normal mais, au fur et à mesure, elle commença à se poser énormément de questions auxquelles elle ne trouvait pas de réponses. Elle regarda autour d’elle mais rien ne lui était familier, elle était désorientée. Elle ne savait ni où elle était ni pourquoi elle était là mais elle se rappelait parfaitement qui elle était. Elle se sentait mal. Toutes les personnes passant à côté d’elle la dévisageaient, ce qui pouvait s’expliquer par sa tenue vestimentaire de mauvais goût et son étourdissement général. Marylou portait un jean noir troué, une chemise vaporeuse ainsi qu’une veste délavée et des chaussures en piteux état. Elle avait de longs cheveux blonds et raides qui, si elle avait eu le temps de les coiffer, auraient pu être élégants. Marylou était petite et frêle et, en la regardant bien, on pouvait remarquer plusieurs rides sur son visage qui nous indiquait son âge.

Peu après, en  regardant à nouveau autour d’elle, Marylou vit seulement une immense étendue d’eau sur laquelle voguaient de beaux bateaux. Elle entendait beaucoup de bruit et elle en déduit qu’elle n’était pas seule en ce lieu, une famille se promenait le long du port avec les enfants qui couraient autour, des enfants se disputaient pour un ballon. Elle décida alors de se lever et de partir à l’opposé de ce paysage bleuté qui lui paraissait inconnu et ne lui rappelait rien. Marylou alla donc vers une longue rue dont l’odeur lui était familière ; mais elle ne réussissait pas à dire où elle l’avait déjà sentie.

Il semblait à Marylou  que l’image qu’elle renvoyait d’elle-même était positive, qu’elle marchait avec assurance bien qu’elle ne soit pas sûre de la destination dans laquelle elle se dirigeait et qu’elle fut complétement égarée.

Que pouvait-elle bien faire dans cet endroit inconnu, ne sachant ni d’où elle venait ni où elle allait ? Elle était convaincue au plus profond d’elle-même qu’une personne l’attendait quelque part mais qu’elle ne la reverrait probablement jamais si elle ne recouvrait pas la mémoire.

Elle décida alors de partir à la recherche de cette personne inconnue qu’elle ne trouverait jamais car elle n’avait jamais existé. Mais elle partit, persuadée que quelqu’un l’attendait.

 

Lucie J., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir de Mathis P. : 

 

Focalisation interne avec quelques passages en focalisation zéro.

 

Il est vingt-trois heures cinquante huit un soir de juillet deux milles quinze. Les restaurants et boites de nuit de la petite ville touristique de Key West tournent a plein régime tandis que Mr Edward peine à s'endormir dans son minuscule studio logé juste au dessus du ''Nine One Five'', restaurant chic à deux rues de la plage.

 

Mr Edward était un homme de quarante trois ans, d' un mètre soixante dix huit , à la peau callée à cause de son métier au port et des dents jaunies par le nombre incalculable de paquets de cigarettes qu'il avait terminés depuis ses vingt-et-un ans. Tous les soirs, Mr Edward subissait la mème attraction olfactive et auditive provenant des bouches de ventilations du restaurant, ce qui à la même occasion rendait ses nuits trés difficiles à apprécier.

 

Tous les matins, Mr Edward se réveillait à l'aube pour arriver à six heures quinze au port de plaisance Mel Fisher où il aidait à l'appontement des yachts, ce qui lui rapportait juste assez pour règler son loyer. De plus, il se couchait trés tard car il travaillait comme jongleur et équilibriste au spectacle quotidien du sunset célébration sur le Hot Tin peer au sud du Key. Son maigre revenu d'artiste lui permettait à peine de manger à sa faim tous les jours.

 

A six heures du matin, Mr Edward sortait par l'arrière du restaurant et marchait jusqu'a l'intersection entre la route cinq et Duval Street. Ici, les routes étaient propres et nettes malgré la densité touristique de la rue. Depuis que la mairie avait décidé de faire visiter la maison du célèbre écrivain Ernest Hemingway, Duval Street était pleine de touristes . Au bout de dix minutes de marche le long de la route numéro Un, Mr Edward arrivait enfin au port Mel Fisher dont l'entrée était délimitée par des panneaux publicitaires vantant les mérites de tours en bateau à la rencontre des baleines.

 

Selon les jours, Mr Edward avait, à midi, une courte pause de trente minutes durant laquelle il mangeait la soupe de conch qu'il s'était préparée la veille au soir. Sa peau était brulée par le soleil de la Floride et par la friction des cordages sur ses mains, quand il attachait les yachts des riches plaisanciers.

 

Un soir, en rentrant de la capitainerie, il trouva un porte-clef flottant à côté du ponton. Sur le bout de tissus, on pouvait lire une adresse: trois cents Grinnel Street. Sur la clef était inscrit le numéro trente huit. Mr Edward comprit que cette clef correspondait à un box privé à Key Largo. A l'instant même ou il se rendit compte de ce qu'il avait trouvé, des frissons traversèrent son corps et réchauffèrent son coeur tel que le levé du soleil réchauffe les vitres des bateaux tous les matins. Cette clef pourrait changer sa vie.

 

Mathis P., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir de Niccolo A. : 

 

Focalisation zéro.

 

C’était en toute fin du mois d’août 1942, année où les déportations de Juifs en France ne cessaient de se multiplier. Yvette Delambrine, en se levant, avait un air rébarbatif, comme à son habitude d’ailleurs. Elle était grande et mince, maigre et sèche. Elle semblait frêle, certainement affaiblie par l’âge ou les privations. Sa mine impénétrable transmettait une atmosphère glaciale pour qui la côtoyait. La physionomie de son visage était osseuse et son teint pâle semblable à la couleur de la neige confirmait la sensation d’hostilité qu’Yvette dégageait. Elle n’était ni laide ni admirable, mais ses yeux bleues pers globuleux et étincelants, son regard à la fois perçant et préoccupé lui donnait de l’attractivité. Sa bouche étroite et charnue, son nez court et crochu et, son front bas et large épousait à merveille avec une âme arrogante ce qui contrastait avec l’aménité que possédait Yvette. Ses longs cheveux noirs étaient crépus, rares et emmêlés. Elle possédait une douce et faible voix aigüe légèrement hésitante. Ses proches la décrivait comme une personne discrète, aimable et très timide. Elle était également trop naïve et follement amoureuse de son mari, Frédéric Leboncourt, pour s’apercevoir des dettes qu’il accumulait.

Tout avait pourtant très bien commencé, Yvette issue d’une famille bourgeoise et Frédéric modeste campagnard plein d’ambitions s’étaient mariés quelques années auparavant, et avaient reçus une dot assez importante pour mener une vie heureuse. Mais, quelque chose n’allait plus. Yvette ne s’habillait à son aise que pour les grandes occasions, et elle ne souriait jamais. Frédéric quant à lui était souvent de mauvaise humeur, il dut vendre sa nouvelle Volkswagen ce qui le rendit encore plus désagréable. Cependant il avait une passion pour le jeu de hasard. Monsieur Leboncourt était un homme orgueilleux, fier et même narcissique. Il portait une démarche ferme, imposante. Il n’était pas arrogant, mais très têtu et sûr de lui, ne se rendant pas compte des soucis financiers qui ruinaient leur existence, à lui et à Yvette. Elle, femme débonnaire, se contentait à posséder une simple chambre au cinquième étage d’un vieil immeuble rue Bordier à Paris.

 Il était dix-neuf heures quand Yvette rentrant à pied de son travail d’ouvrière, rude et fatiguant, entama les infinis escaliers qui la menait à son minuscule et pauvre appartement ne se doutant pas qu’elle venait de rater de quelques secondes voire quelques minutes Frédéric accompagné de la Waffen-SS…

 

  

Niccolo A., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir d' Erwan D. : 

 

Focalisation Interne

 

Paris, la ville des amours, de la cuisine, de la littérature, de la liberté, de l’histoire ! La ville de grands savants, de grandes rencontres, de grandes célébrités. Remplie de rues foulait par les plus grands comme Victor Hugo, Balzac, ou Flaubert. Malheureusement, elle n'est pas que faite de rêves accomplis et de romantisme. Elle est surtout faite de malheurs, de violence, de pauvreté, d'inégalités. En tout cas, c'est que pensait Aurélien, un étudiant, depuis deux ans, dans une classe préparatoire de médecine à Descartes. De son balcon, il pouvait y percevoir les grandes infrastructures renommées propres à Paris, mais en même temps la réalité de Paris, de toutes villes. Des clochards, des sans-papiers, des drogués, tous là étalés sur les murs escarpés, dans la rue coincée entre deux immeubles. Des aiguilles par terre étaient à côtés de certains, qu'ils réutilisaient, sans se soucier à qui elles appartenaient.

Même il y voyait des brigands volant des sacs à de vieilles dames innocentes, avec des armes à la main en les traumatisant avec de grands gestes. Tous étaient rentrées dans le quotidien d'Aurélien, rien ne pouvait plus le choquer. Il pouvait rien y faire. Qui contacter ? Personne ne peut plus rien faire... Cela le faisait même rire.

Aurélien, lui habitait dans une chambre de bonne au cinquième arrondissement depuis près d'un an. C'était un de ces immeubles typiques de Paris, avec des chambres pour les étudiants aux derniers étages. De sa fenêtre entre-ouverte, qui laissait passer les rayons du soleil ascendant de ce Lundi 4 Décembre 2016, et les klaxons incessants des parisiens énervés sur la route. Aurélien traversa la pièce pour accéder au lavabo, crasseux, et écœurant. Il avait un petit miroir au-dessus du lavabo. Il pouvait s'examiner, à son propre chagrin de voir son corps en tant de souffrance. Il vit que sa barbe grandissait petit à petit qui laissait comme une pellicule de poils désagréables au toucher, et à la vue. Ses cheveux d'or bouclés commençaient à lui tomber sur ses yeux bleus. Il avait des cernes en dessous de ses yeux, dû à son travail et devoirs incessants des études. Il avait pitié de l’image qu'il donnait aux gens. Après quelques secondes d'attention dans le miroir, il se rinça le visage avec ses mains mouillées pour se rafraichir et se réveiller de cette nuit blanche. Puis, il passa à sa table accablée de tous ses devoirs, ses problèmes pour ses études de médecine. Il les regarda désespéré, comme s'il pouvait voir sa vie qui coulait petit à petit de ses mains, gouttes après gouttes, sans qu'il puisse y faire quelque chose. Il décida quand même avant de commencer sa journée, de faire une sieste dans son lit. Il était trop petit pour la grande taille d'Aurélien, trop dur pour son dos. De plus quelques lattes étaient manquantes avec le nombre de personnes qui l'avaient utilisées. S'il avait du temps pour dormir, c'était quand même désagréable. Malheureusement, avec le peu d'argent qu'il avait, c'était tout ce qu'il pouvait s'offrir et à peine.

Il devait se préparer pour partir et rejoindre ses cours pour huit heures. il avait un strict agenda avec des cours de magistrats, dans un amphi tous les lundis. Il s'habilla rapidement, ne cherchant pas à se distinguer ou à impressionner, juste assez pour se protéger de la fraîcheur de la matinée. Il prit son métro pour s'arrêter à L'Odéon, tout proche des salles de cours. Il prit sa place où il a l'habitude de s'asseoir et ne chercha pas à capturer les regards de ceux qu'ils connaissaient. A sa place, il resta discret, ne voulant parler à personne, dû à sa nuit blanche. Tout aller bien, Aurélien aimait bien son quotidien, il n’aimait pas être dérangé par quoi que ce soit. Le moindre pouvait le déréglé et lui causer des troubles dans son équilibre. Il minimiser ses rencontres et n’essayait pas d’avoir une vie sociale. Il n’en avait pas besoin ni demain, ni jamais. Il a toujours refusé n’importe quelle sorte de fête, sur les rares occasions qu’ils ont été proposés. Mais ce fut au moment qu’il allait s’assoir, qu’il entendit retentir son nom : “Aurélien” dans toute la salle.

 

Erwan D., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir de Greta D. : 

Focalisation zéro

Focalisation interne

 

En ce mois de Juin 1945, Josie, à la fenêtre, regardait l'agitation de la rue de Rivoli, où la vie avait repris depuis une année et ce malgré les traces de la guerre. Elle voyait les commerçants ouvrir leurs boutiques sous la pluie, les enfants jouer dans une ruelle et les couples aller au marché. La jeune femme, inquiète mais confiante que Baptiste revienne, repensa à leur première rencontre au jardin des Tuileries sous les marronniers. Oh! Comme ils étaient heureux ce jour là! Maintenant elle s angoissait à l'idée de ne plus le revoir.
Cela faisait cinq ans qu'elle ne l'avait plus vu. En 1940 il refusa l'armistice, partit à Londres et s'engagea dans l'armée de l'air britannique, qui était sous les ordres du général De Gaule. Baptiste li envoyait des lettres régulièrement, qu'elle gardait précieusement dans sa table de chevet. Dans ses lettres il décrivait l'horreur de la guerre, les familles à la rue, affamée, les villes et les bâtiments détruits par les bombes. Il voyait tout cela de son avion. Depuis quatre mois elle n'avait plus de nouvelles, la peur qu'il l'ait oubliée était là.
Josie savait qu'elle n'était pas la plus belle. Elle trouvait qu'elle avait des formes trop généreuse, des cheveux longs d'un roux assez terne, des lèvres fines et pâles, seul son sourire lui semblait radieux. Elle venait d'une famille bourgeoise comme Baptiste lui contrairement à elle, était un beau garçon, grand, blond aux yeux bleus. Son père était un riche fabricant de bois qui avait fait fortune en Afrique. Les Oriot avaient un grand appartement dans le 16éme arrondissement où Josie était régulièrement invitée même en l'absence de Baptiste. Celui si était d'un naturel courageux et optimiste. Il plaisait beaucoup à la famille de Josie qui possédait plusieurs magasins de couture dans Paris. L'appartement rue de Rivoli leur appartenait. Il comportait cinq pièces meublées chacune d'un style différent mais dont l'ensemble était harmonieux. Les meuble étaient tous de grande valeur. Josie appréciait ce confort auquel elle était habituée. C'était une personne douce, calme mais la présence de Baptiste lui manquait fortement.                  

Après toutes ces réflexions, Josie alla se préparer pour se rendre belle comme tous les jours depuis la démobilisation des soldats...

 

 

Greta D., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir de Maelys D. : 

Focalisation zéro.
 

            Il n’aurait fallu qu’une lettre pour la sortir de cette situation. Une lettre qu’elle attendait encore.

 

            Marie Dupont était de ces femmes que la guerre avait faites veuves ; cette horrible guerre durant laquelle tant d’hommes avaient perdu la vie, sous une pluie d’obus ou avalés par les tranchées, cette horrible guerre qui durait déjà depuis si longtemps.

Cela faisait bientôt deux ans qu’elle vivait seule avec ses deux enfants. Ils étaient ce qu’elle avait de plus cher au monde. Elle avait un fils, Jean, âgé de sept ans, et une petite fille, Madeleine, qui, elle, n’avait que trois ans. Six mois plus tôt, elle avait été contrainte de vendre la grande et belle maison de son défunt mari afin de régler ses dettes.

Elle vivait depuis sous les toits de Paris, dans un appartement délabré, sans chauffage. Marie peinait à trouver chaque jour assez d’argent pour nourrir ses enfants, même en se privant parfois de manger pour qu’ils n’aient pas faim. Elle jonglait continuellement entre différents petits travaux : elle était tantôt couturière, tantôt femme de ménage. De ce fait, elle dormait très peu, et bien qu’elle ne fût pas vieille, des rides creusées par la fatigue sillonnaient son visage, autrefois beau et souriant. Ses yeux avaient perdu leur bleu pur et étaient désormais presque gris et soulignés de cernes noires. Mais le changement le plus important était sans doute sa chevelure. Elle n’était plus d’un blond platine, mais était maintenant grise et terne.

Comme pour accentuer son malheur Marie avait appris que sa fille souffrait de maladie dégénérative. A cause de cela, Madeleine tombait régulièrement malade. Déjà l’an passé, elle avait attrapé une grippe qui s’était aggravée. Et la semaine précédente le médecin avait annoncé à Marie que sa petite était atteinte d’une pneumonie, et qu’à moins de trouver rapidement assez d’argent pour acheter les médicaments nécessaires, elle ne survivrait probablement pas.

Cette nouvelle avait dévasté Marie, l’avait anéantie. Elle s’acharnait encore plus à la tâche, mais cela ne suffisait toujours pas. Désespérée, elle avait décidé d’envoyer une lettre à son frère, médecin dans l’armée.

Cela faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas parlé. Trop longtemps.

 

            C’est un matin morne et pluvieux que c’est arrivé. Il faisait anormalement froid en ce mois d’octobre 1916. Le brouillard donnait à la ville des lumières une allure fantômatique. Comme tous les matins, Marie se leva avant le soleil et alla se préparer. Elle prit bien garde à ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller sa fille qui dormait enroulée dans de maigres couvertures et respirait fort. Marie se dirigea silencieusement vers la cuisine et passa devant la porte d’entrée. C’est là que quelque chose l’interpella. Elle se retourna. C’est là qu’elle vit, un chose qui n’était plus arrivée depuis longtemps. Sous la porte, se trouvait une lettre.

Une lettre dont elle reconnut tout de suite l’expéditeur.

 

Maelys D., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir d' Elise O. : 

Focalisations zéro et interne.

 

Vers la fin du mois de novembre 1918, Marie Dublanc revenait de l’usine après une longue journée de travail qui l’avait épuisée autant mentalement que physiquement.  Exceptionnellement, son responsable la laissa rentrer chez elle un peu plus tôt que d’habitude grâce à ses efforts et son efficacité ces derniers temps.  Cela ne lui déplut pas car ainsi elle pouvait continuer de lire du Zola, du Balzac ou encore du Victor Hugo. Dehors il faisait bientôt noir et le temps était déjà froid et maussade, mais marcher sur la voie Georges Pompidou, au bord de la Seine lui réchauffait le cœur. Elle essayait de reprendre goût à la liberté et de retrouver son esprit calme depuis que l’armistice avait mit fin à la guerre après quatre années de combats continus. 

Marie était une femme de petite taille, d’une trentaine d’années, devenue maigre à cause des difficultés qu’elle avait traversées pendant la guerre. Elle avait des yeux sombres qui avaient perdu l’éclat de sa vie d’antan, désormais soulignés par des cernes. Ses cheveux bruns mal peignés étaient coiffés en un chignon pour ne pas la gêner. La robe qu’elle portait était aussi banale qu’elle et son manteau avait été recousu de toute part, montrant les longues années d’utilisation. La femme travaillait d’arrache-pied chaque jour mais cela n’améliorait en rien sa condition actuelle. Elle gagnait à peine assez d’argent pour payer son loyer et acheter de quoi se nourrir correctement. Elle avait un travail à l’usine et était mariée comme toutes les autres femmes dans son entourage. Mais malgré toutes ces similarités avec les autres, elle n’avait pas d’amis, pas de proches ni d’enfants qui pouvait l’aider ou la soutenir émotionnellement dans son état actuel. Son mari, qui était parti au front en 1914, avait cessé d’envoyer des lettres à sa femme depuis déjà deux ans et n’avait montré plus aucun signe de vie depuis. Marie, qui avait essayé de collecter autant d’informations possible sur son cas à l’époque, avait maintenant perdu presque tout espoir de le revoir et de recevoir des nouvelles de ce dernier. Mais penser qu’il soit probablement mort la faisait tressaillir à chaque fois.

Marie, étant une grande rêveuse, aimait s’évader, penser à autre chose, ne plus se soucier de ses problèmes sur le chemin du retour. Pour une fois elle avait la chance de rentrer plus tôt et donc de voir le soleil se coucher sur les flots de la Seine. De retour devant chez elle, rue Saint-Paul, Marie s’arrêta et pris une grande bouffée d’air. La moitié de la rue avait été bombardée plutôt cette année-là et regarder sa rue ainsi la dévastait. Marie du emménager dans une nouvelle maison à cause du manque d’argent et des attaques causés dans son ancien lieu de vie après le départ de son mari. Elle vivait maintenant dans une pension médiocre abritant déjà cinq autres personnes qui étaient dans la même condition qu’elle et par chance, son nouveau chez elle n’avait pas été touché. A la porte d’entrée, la femme avait prit l’habitude de toujours vérifier sa boite au lettre dans l’espoir d’avoir au moins une lettre qui l’informait de son mari. Elle l’aimait énormément et le fait qu’il soit parti à la guerre fut comme s’il avait emporté la moitié de son être avec lui.

Ce soir-là, devant le palier qui avait un air vieillot, un homme attendait debout. Il portait un uniforme bleu ainsi qu’une casquette de la même couleur et avait une grosse sacoche en cuire remplis de lettres. C’était le facteur. Marie qui le voyait parfois depuis déjà plusieurs années, passa à coté de lui sans même faire attention à ce qu’il faisait, planté devant la porte à attendre bêtement, quand soudain il l’interpella avec une voix grave et sonore :

« Madame Dublanc ? Une lettre pour vous. »

Choquée d’avoir une lettre depuis si longtemps, elle s’empressa de la prendre des mains du facteur qui la lui tendait et monta rapidement dans son appartement sans dire un mot. A l’intérieur, elle ne pensa même pas prendre un couteau pour l’ouvrir proprement et voir qui était l’expéditeur. Elle voulait la lire le plus vite possible. Quand la lettre fut ouverte, l’expression de curiosité et d’envie de Marie changea en un instant : son visage traduisit de la joie, de la tristesse mais aussi de la peur quand elle reconnut l’écriture. Son cœur battait la chamade. Elle était en sueur. Il n’y avait pas de doute. C’était bien lui. C’était une lettre de son mari.

 

Elise O., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir de Khadija B. : 

Focalisation interne.

En gras, le registre réaliste.

 

              Vers la fin de l’année 1962, peu de temps après la fin de la guerre d’indépendance algérienne, dans la ville d’Oran, je vis au loin quelques voitures de guerre à la couleur verdâtre. Elles ondulaient le long de ces immenses collines marquant le ciel qui s’inclinait devant leur grandeur. Et bientôt, le soleil disparut derrière leurs énormes sommets qui noyèrent la voiture dans l’ombre.

 

Mohamed resta pétrifié par la peur, la vue de ces véhicules fit remonter en lui les souvenirs de ces huit longues années de souffrance, qui avaient causé la mort de plusieurs membres de sa famille. Il ne savait pas quoi faire, il leur fallait partir. Il ne lui restait que sa mère et son frère, il ne pouvait pas risquer de les mettre en danger. Il courut de ce pas prévenir tous les habitants du village. Lors de sa course il fut peu gêné par ses longs cheveux noirs, mais guidé par ses yeux céruléens, Il prévint tout d’abord ses camarades de classe apeurés, qui rentrèrent préparer leurs bagages allégés par la pauvreté et la médiocrité de leur vie.

 

Paniqués, les villageois agitaient le sable des rues aux aspects étroits, dangereux et mal éclairés. Au loin, parmi la foule il crut reconnaître Souad, l’une des plus belles filles de sa classe. Elle avait ses cheveux noirs en bataille, de larges épaules et une taille marquée par le manque de nourriture. Il courut, son tee-shirt recouvert par la poussière des rues inondées par la foule, il la regarda fixement pendant quelques instants, troublé par sa beauté. Il ne savait pas  pourquoi elle était la seule à ne pas s’enfuir. La voyant passive à son regard, il se retourna et partit retrouver sa mère sans se retourner. Les villageois ayant la chance d’avoir une voiture partir aussitôt, laissant derrière eux  les autres qui devaient marcher sur leurs fines et frêles jambes. Ils descendirent amasser en troupeau le long d’un petit chemin caché, mets au bout du trajet, l’une des voitures les attendait. La porte s’ouvrit, un homme en sortit.

 

 

Khadija B., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir d' Elliot T. : 

 

Focalisation zéro.

 

      A l'aube du 14 juillet 2016 , Anis , vingt ans , sortit comme chaque matin de l'immeuble HLM qui venait d'être refait, planté par trois dans la ville de Vallauris , où il vivait avec sa soeur cadette « Sofia » âgée dès lors de seize ans .En cette matinée , le soleil transperçait les nuages de ses milles rayons.Anis s'était coiffé avec un de ses gels premier prix qui maintenait ses cheveux et formait des plaques blanches dues à la marche intense.Ses écouteurs noirs laissaient échappés une musique rythmée de son artiste préféré Kery James et sa nouvelle musique Racailles sortie le jour même.Il était vêtu d'un polo d'une couleur kaki délavé et d'un jean rafistolé trop grand qui formait des plis.Chaussé d'une paires de chaussures noires qui fesaient sa fierté marquées d'une virgule blanche qui étaient à la mode , il venait d'arrivé à son arrêt de bus « Place de la libération ».Le Mini-Bus qui passait toutes les deux heures venait d'arrivé et Anis entama les dix minutes de trajet qui le séparait de là où il devait passé son entretien au nouvel « Intermarché » d'Antibes.Il était six heures cinquante quand Anis arriva à l'arrêt souhaité « Barreau » qui se tenait devant le collège de la Tramontane où durant son adolescence,le jeune homme avait été refusé sans motif et devait poursuivre son éducation dans le collège « Picasso » où la loi du plus fort régnait,ce qu'il ne lui plaisait guère.

A sept heures , Anis fut convoqué par le directeur , il s'assit sur une chaise qui sentait le neuf , l'homme en face de lui avait le crane dégarni , son front était parsemé de rides , ses sourcils poivre et sel lui donnait un air farouche,il portait des lunettes carrés , son nez était surplombé d'une bosse.Son costume noir et sa cravate mal nouée le gênait.

Deux grandes flaques de sueur tachées ses aisselles , ses dernières laissaient échappées une odeur nauséabonde , qui pertubait le jeune homme.

L'entretien était interminable.Il aboutit à l'embauchage du jeune homme en tant que caissier ce qui lui permettrait de vivre plus « confortablement » et pouvoir acheter une tablette graphique laquelle lui servirait pour les futures études dont il rêvait mais pour lesquelles l'argent lui faisait défaut.

Anis commença donc son métier de caissier , il travailla d'arrache pied et enchaînait les « extras » afin de satisfaire au mieux le directeur.Des cernes marquées ses yeux,son corps peinait à avancer davantage ce qui inquiétait Sofia qui après ses devoirs,s'occupait des tâches ménagères. Il avait seulement vingt ans , deux ans qu'il rêvait de faire des études mais dont la triste réalité l'accablait. Sur internet,Anis avait fait la connaissance d'une interview de Kery James son rappeur , artiste préféré et son association «  Apprendre Comprendre Entreprendre Servir » aussi appelé « ACES » qui offre des bourses aux jeunes les moins avantagés afin qu'ils puissent entreprendre des études et réussir .Il sourit vaguement.

Pour cela il devait leur envoyer un Curriculum Vitae et une vidéo dans laquelle il devait motivé son choix.Sans l'ombre d'un doute, il commanda sur internet une tablette graphique de la marque « Wacom » et un caméra « Sony » afin de filmer et montrer l'étendue de son talent.

Trois jours plus tard , il reçu les deux commandes , tourna sa vidéo à l'aide de sa sœur ,montra ses créations a l'aide d'un montage fait avec un de ses ordinateurs semblable à ceux qui se trouvaient dans son collège ou encore à la médiathèque « Albert Camus » d'Antibes.

Voilà que son dossier pour L'ACES était prêt.Ils se rendirent à une boîte aux lettres.

Sa sœur Sofia , jeune fille en classe de seconde au lycée « Audiberti » avait eu de sa mère,son intelligence,deuxième de sa classe ,tenait dans la main l'enveloppe de son frère.Elle enrôla son frère,pleura lui murmurant que tous deux n'avaient pas eus une vie facile et que malgré cela,ils réussiraient.L'enveloppe était postée.

Il était six heures du matin lorsque Anis , fatigué , avait fini de boire son café , le jeune homme était imprégné d'une sensation de dégoût, ferma son studio laissant dormir Sofia , descendit les escaliers et ouvrit sa boîte au lettre , pris le paquet de lettre , faisant défilé les tractes publicitaires , lorsqu'une enveloppe apparut.C'était là une réponse de l'ACES...

Elliot T., 2nde section internationale, décembre 2016.

 

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Devoir de Michelle S. : 

Vers l'écriture d'invention (sujet de type III du bac).

 

Coefficient 3

 

Sujet (à coller sur votre feuille double) : après l'étude du GT1 (Les débuts de romans), vous rédigerez à votre tour un incipit régi par les consignes suivantes :

 

  • votre production sera de registre réaliste.

  • Elle mêlera types narratif et descriptif (vous veillerez à utiliser les outils grammaticaux et stylistiques propres à ces deux types de texte).

  • Votre incipit respectera les codes romanesques traditionnels (fonctions informative et « apéritive »).

  • Vous expliciterez la focalisation que vous aurez choisie :

  1. focalisation zéro ;

  2. focalisation interne ;

  3. alternance des deux : dans ce cas, vous signalerez le(s) changement(s) de focalisation dans la marge, au niveau de ces modifications.

  • Toute référence culturelle pertinente est valorisée.

  • Le site de Lettres du CIV propose des copies d’élèves ayant eu à traiter le même sujet, au cours des années précédentes.

 

 

  • Type narratif

  • Type descriptif

  • Fonction informative

  • Fonction apéritive

  • Référence culturelle souhaitée.

  • Tonalité réaliste

 

 

 

Focalisation interne à Seok-han en général avec focalisation zéro

 

Sur le mur, en-dessous des images de Kim Il-sung et Kim Jong-il, il y avait un calendrier ouvert au mois de décembre, année juche 861. Les quatre premiers jours étaient barrés par des traits de stylo rouge, trop épais et qui dépassaient les cases du calendrier. D’après le réveil vintage posé sur le bureau de bois pourri à côté du calendrier, il était cinq heures du matin et quelques.

Normalement, les habitants de cette maison sur la colline, située à la périphérie de Hyesan, en Corée du Nord, seraient déjà debout, même à cette heure-là ; mais en ce moment, le froid était glacial et leurs corps trop frêles pour l’affronter. Elles restèrent dans leurs lits, quatre à en partager deux, se blottissant ensemble sous toutes les couvertures et couettes trouées qu’ils trouvaient pour tenter de conserver la chaleur. Seul Seok-han, le fils aîné, put rassembler assez de ses forces pour se lever, et ce uniquement en raison de son devoir de s’occuper de sa famille - ses deux sœurs, sa mère, et sa grand-mère paternelle. Son père avait été pris par les autorités, six mois auparavant, pour avoir passé des grains de riz et des pommes de terre en contrebande ; il pourrait être toujours en vie ou actuellement en train de subir la torture ; ou pire…

Seok-han avait entendu de nombreuses fois, de sa grand-mère et des voisins qui l’avaient connu, qu’il était le portrait craché de son père lorsqu’il était jeune. Il n’avait jamais vu de photographie de son père à cet âge, mais apparemment, ils avaient les mêmes yeux : un noir sourd, doux, qui trahissait les sentiments derrière les façades impassibles de leurs visages. L’opinion de Seok-han était que les similarités s'arrêtent là : son nez, contrairement à celui de son père, était fin et droit, et celui de ce dernier large et plat ; les formes de leurs bouches et de leurs mentons étaient différentes aussi. Ses traits étaient tellement féminins que Seok-han aurait pu facilement se déguiser en fille s'il l’avait désiré, avec des lèvres délicates mais sèches, des cheveux mi-longs pour se protéger du temps (s’il les laissait pousser plus longs que cela, il aurait été détenu), et des épaules étroites. Partiellement en raison de sa carrure naturelle, et partiellement en raison de la famine qui ravageait la Corée du Nord depuis juche 84, c’était un jeune homme fluet, maigre, qui n’avait pas l’air d’avoir dix-sept ans ; on l’aurait cru un préadolescent, pas un garçon qui serait bientôt devenu un adulte. Malgré cela, Seok-han était bien le seul espoir de ses parents. Sa mère était tombée gravement malade depuis un bon moment, sa sœur Seok-hye n’avait que trois ans, et sa grand-mère passait ses jours à prendre soin des deux. C’était à lui et sa sœur cadette, Seok-jeong, de se charger de leur famille.

Il enflamma le feu de la cheminée qui s’était éteint pendant la nuit, laissant un petit tas de cendres gris et des morceaux de braise, et essaya d'éclairer également la salle en tournant l'interrupteur de la lumière électrique. Elle ne s'alluma pas : il n'y avait pas d'électricité ce matin. (Il n'y en avait pas souvent. Ils s'y étaient habitués.) La lumière du feu était si faible qu'il pouvait voir dans l'obscurité, sans déranger les membres de sa famille. Tenant une bougie qu'il venait d'allumer et qui créait des ombres menaçantes sous ses joues creuses, il se prépara pour sortir. Il avait gardé son manteau pour dormir, comme ses sœurs et ses parents, et il enfila un bonnet en laine qui irritait et des baskets par-dessus plusieurs paires de chaussettes. Il n’avait pas de gants. Il devait aller chercher de l’eau à la pompe à eau sur l’autre côté de la ville, et de la nourriture aussi. Il ne restait plus qu’un petit sachet de riz et un peu d’huile de cuisson.

Il remplit ses poches de tous les Won2 qu’ils avaient (ce qui ne s’élevait pas à grand-chose), réveilla Seok-jeong, et l’aida à s’habiller dans le noir. Au moment où frère et sœur quittèrent la maison, Seok-han portant deux grands seaux sur son dos, il était presque cinq heures et demie, et un petit rayon de soleil venait tout juste d’illuminer l’horizon de champs enneigés. La Chine se dressait au-dessus d’eux, au-delà du massif du Changbai au loin.

Ils marchèrent en silence pendant plus de deux heures, Seok-han plongé dans ses pensées et contemplant l'avenir. (Les journées comme cela, de cette beauté sublime mais mélancolique, avaient souvent cet effet sur lui : il devenait méditatif, taciturne.) Il savait qu'en Corée du Nord, son futur avait été décidé dès sa naissance par sa classe sociale : il s'engagerait dans l'armée, et quand il serait renvoyé à la vie civile, il épouserait une fille anonyme choisie par le gouvernement pour lui et serait fermier jusqu'à sa mort. Il ne pouvait pas imaginer un pire avenir ; et il avait entendu des histoires de la vie en dehors de son pays (à part celles racontées en cours, où les Américains étaient des ‘diables Yankee’), où l’on était libre de faire tout ce que l’on veut… ! Cela lui semblait trop beau pour être vrai.

Quand ils arrivèrent à la pompe, la queue était si longue qu’elle était sans fin. Il déposa Seok-jeong avec les seaux, sachant qu’il était très possible qu’il puisse revenir le soir et la retrouver encore loin de la pompe. Puis, il partit à la recherche de la nourriture. Il voyait quelques vendeurs, mais cela coûtait tellement cher qu’il aurait tout dépensé pour une simple tranche de pain. Durant l’été, cela aurait été facile à trouver, avec tous les champs prêts à être récoltés, les herbes des bois, ou même l’écorce des arbres. Mais en hiver, il n’y avait pas de récolte, et les herbes et l’écorce avaient déjà été pris par les camarades. Son ventre se tordait en deux à force d’avoir faim, et il n’en pouvait plus ; mais il imagina sa mère souffrant en silence de la maladie, et Seok-hye, et il s’obligea à continuer de chercher. Cependant, ses mains restaient vides. Enfin, il s’écroula par terre : la douleur était trop forte. Il se détestait pour sa faiblesse, et pour ce qu’il était en train de penser.

Il voulait partir. Il voulait quitter la Corée du Nord.

1année juche : En Corée du Nord, on utilise le calendrier juche au lieu du calendrier grégorien: l’année grégorienne 1912, qui marque la naissance de Kim Il-sung, est notée ‘juche 1’. Ainsi 1913 devient ‘juche 2’, 1922 ‘juche 10’ et 2016 ‘juche 105’, etc. Ici, ‘juche 86’ signifie 1997.

2Won : la monnaie de la Corée du Nord depuis 1945.

Michelle S., 2nde section internationale, décembre 2016.


Date de création : 04/12/2016 @ 13:50
Dernière modification : 05/02/2017 @ 17:58
Catégorie : Copies d'élèves 2016/2017
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