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Copies d'élèves 2017/2018 - Commentaire 2nde 3

2nde 3                                                                                                          Mardi 20 février 2018

 

DS : commentaire

 

 

Paul Verlaine (1844 – 1896), poète symboliste, est un artiste maudit : son talent littéraire ne sera reconnu qu’après sa mort. Sa vie tumultueuse est marquée par sa liaison avec Arthur Rimbaud, et son œuvre révèle une grande sensibilité, en résonnance parfois avec l’inspiration  de compositeurs ou des peintres impressionnistes. Les Poèmes saturniens constituent le premier recueil du poète, celui de l’adolescence et du début de l’âge adulte ; le titre s’explique par le fait que Verlaine croyait à l’influence des astres et se pensait alors maudit par celle de Saturne. Nevermore (« jamais plus », en français) fait référence à Elisa, le premier amour du poète, qui repoussa ses avances, sans agressivité, mais avec clarté.

 

 

 

 

Nevermore

 

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne
Faisait voler la grive[1] à travers l'air atone[2],
Et le soleil dardait[3] un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise[4] détone[5].

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent. 
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :
« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d'or vivant,

Sa voix douce et sonore, au frais timbre[6] angélique. 
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement[7].

- Ah ! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées !
Et qu'il bruit[8] avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort de lèvres bien-aimées !

 

Paul Verlaine, section Melancholia des Poèmes saturniens (1866).

 



[1] Oiseau

[2] Sans dynamisme, sans énergie

[3] Brillait, lançait ses rayons

[4] Vent assez violent

[5] Emettre un bruit violent, à la manière d’une explosion

[6] Qualité particulière du son de la voix

[7] Avec dévotion, vénération ; révèle un attachement quasi religieux

[8] Chuchoter, murmurer

 

     Devoir d’ I. T. :     


         Le XIXème siècle connut de nombreux bouleversements; des successions de révolutions politiques et économiques; par conséquent, “le corollaire rigoureux d’une Révolution politique est une révolution littéraire”. Le symbolisme découle du Parnasse, qui émeut la beauté dans toutes ses formes et cherche l’esthétique avant tout; “l’Art pour l’Art”. Les symbolistes feront usage d’analogies et d’images pour évoquer une dimension abstraite. Paul Verlaine mérite sa place au Panthéon des poètes symbolistes vu son oeuvre qui révèle une grande sensibilité, et résonne même avec des compositeurs et peintres contemporains. Verlaine connut une vie tumultueuse, comparable au contexte historique agité, principalement marqué par sa liaison avec un autre poète appartenant au même mouvement: Arthur Rimbaud. Les poèmes Saturniens est le recueil d’où émane la poésie “Nevermore”. Ce poème à analyser évoque Elisa, le premier amour du poète qui repoussa ses avances. Écrit en alexandrins, le vers noble, et composé de deux quatrains et deux tercets, le poème demeure très régulier; il s’agit en effet d’un sonnet. L’oeuvre poétique est axée sur le poète en tant que démiurge fictif, créateur d’un univers à l’aide de la langue mais aussi sur le premier amour du poète qui par malheur fut dévastateur pour Verlaine.

 

 

        En guise de début, le poète est perçu comme un Dieu, telle était la conception de Baudelaire, qui considérait le poète comme un intermédiaire entre le monde terrestre et le monde dissimulé, ou divin. Le poète était déchiffreur de symboles, de sens cachés - un thème récurrent dans le poème “Nevermore”; c’est donc grâce aux analogies que se distingue le mouvement symboliste.
        Cette présence divine figure par ailleurs dans le poème; le champ lexical de la religion est présent: “angélique” (v9), “dévotement” (v11). Le champ lexical de la religion se trouve dans les nombreux vers, cependant il ne renvoie pas au poète mais à Elisa, qui fut le premier amour de Verlaine. En effet, Elisa adopte le rôle de muse du poète. La métaphore au vers 8, relative à “sa voix d’or”, peut être interprétée comme faisant référence à une auréole, qui diffuse une lumière dorée, tout comme le “soleil” présent au vers 3. Tandis que le “soleil dardait”, symbole de bonheur, et qui remplit de chaleur le paysage, l’amour, qui est désormais fictif, remplit le poète de joie tout entier. La voix “angélique” confère également à la divinisation d’Elisa, ainsi que le vers 11: “je baisais sa main blanche, dévotement”, qui rapproche Elisa à une figure de Madone puisque Verlain lui voue un culte quasi religieux. Le poète est capable de façonner sa vie, et donc ses écrits comme il le souhaite - c’est d’ici que émane la magie de l’écrit. L’écrivain poétique peut être considéré comme démiurge; il se crée une nouvelle histoire, un nouveau passé - une création paradoxale. La poésie est donc une création littéraire chimérique.
        Nous avons toutefois une substitution du lyrisme malheureux au lyrisme heureux - une lamente déguisée. Bien que à la manière des aèdes, Verlaine brosse un portrait très mélioratif de son amour, et lui consacre une ode, cet amour n’est pas entièrement réciproque. Cet écrit est en effet artificieux: il y a une alternance entre strophes féminines et masculines mais ces rimes ne se croisent jamais excepté dans les quatre derniers vers. La première strophe, pathétique, contraste très fortement avec les trois autres strophes idéalisées. Dans la première, la souffrance du poète est relatée; “souvenir,souvenir”. Cette anaphore illustre l’arrière-goût duquel souffre Verlaine à cause de son amour imparfait. Ce regret du passé le hante et ses souvenirs évanescents l'empêchent de s’en détacher - sa tentative d’oubli du passé est manqué. Le poète est impuissant au passé qui fait de lui sa victime. La question rhétorique le prouve au vers 1. L’écrivain souhaite s’échapper d’une réalité brute et crude, justification des futures écritures utopiques; “atone” (v2), “monotone” (v3). “Rayon monotone” (v3), un oxymore, renforce d’autant plus ce contraste substantiel.  Dans les trois autres strophes, le paysage est idyllique, l’assonance en [o] en est mimétique, “voix douce et sonore” (v9). Cette sonorité s’oppose à l’allitération en [s] qui évoque le sifflement du vent dans la première strophe: “souvenir”, “jaunissant”, “bise”. “L’automne” (v1) est mis en opposition avec le printemps, la saison du renouveau et de la Renaissance, saison d’amour également avec les “premières fleures” (v12), le thème de l’amour devient le leitmotiv du poème, même si cet amour est une fabulation du poète.

 


       Par la suite cette oeuvre témoigne possiblement d’une scène de première rencontre amoureuse, un Topos artistique. L’Histoire d’un premier amour est très présent en littérature, nous pouvons nous référer à la nouvelle Le premier amour de Tourgueniev, qui tout comme “Nevermore” possédait une atmosphère autobiographique.
       La figure de la jeune fille aimée est mise en avant; “elle” (v6) est en début de vers et se place avant même le “moi” du poète. Verlaine insiste sur la beauté de la fille avec  une multitude d’hyperboles mélioratives: “douce” (v6), “sonore” (v6), “angélique” (v9), “lèvres bien-aimées” (v14). Les “cheveux” de Elisa sont également évoqués - il s’agit d’un attribut féminin duquel beaucoup de poètes font usage, notamment Baudelaire dans “La Chevelure”. Entre les vers se trouve une rafale de perceptions; le lecteur se laisse submerger et emporter par les sensations, tout comme le “couple” se laisse emporter par le “vent” (v6). Tous les sens, sauf pour le goûter, sont sollicités; la vue au vers 3, l'ouïe au vers 4 avec “la bise détonne”, l’odorat avec les parfums des fleurs, et le toucher avec “la main blanche” (v11). Ce mélange de sens rappelle les synesthésies de Baudelaire: “les parfums, les couleurs et les sons se répondent”, in “Correspondances”.  Les “premières fleurs” du printemps, (v12), évoquent également le premier amour de Verlaine naissant; innocent et fragile. L’innocence du couple peut s’observer en outre avec le champ lexical de la timidité; “rêvant” (v5), “discret” (v10), “bruit” (v13), “murmure” (v14). La question posée par Elisa au vers 8 témoigne aussi de la gaucherie de ce couple jeune, il s’agit d’une question ayant  pour  but de combler le vide. Malheureusement, ce lyrisme n’est pas fidèle à la réalité, Verlaine laisse des traces de son malheur à travers les vers. 
           Il y a en effet une absence de croisement de rimes féminines et masculines, les nombreux enjambements, comme par exemple au vers 8, sont mimétiques du rejet d’amour que Elisa voue à Verlaine. Nous pouvons comprendre que le poète est voué à la solitude; “les cheveux et la pensée au vent” (v6) font référence au tableau de Caspar D. Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages. De même que ce voyageur, Verlaine est “seul” (v5), mais au contraire du personnage mystérieux du tableau, Verlaine lorgne Elisa, dont il sait déjà les sentiments. Tous les deux, penseurs, contemplent un futur encore inconnu, qui pour Verlaine est celui de l’amour, qui lui réserva une introduction amère. Les coupes irrégulières, ainsi que les césures à l’hémistiche, dans la deuxième strophe par exemple: “nous étions seul à seule et marchions en rêvant”, miment aussi la séparation entre les deux prétendus amoureux et ne font que renforcer la peine du poète. Bien que le poème appartient à la section “Melancholia”, il en est question d’une mélancolie déguisée; Verlaine chérit chaque instant fictif, il fait usage d’un (faux) Carpe Diem. Enfin l’hyperbole d’insistance “la brise détone” insiste sur l’aspect maudit de Verlaine, et peut également symboliser ce refus d’amour qui lui causa tant de malheurs. Le rejet de l’amour ne fut pas agressif, pourtant le poète le prit à coeur, il s’agissait pour lui d’une terrible trahison, de 23 coups de poignard, d’une malédiction saturnienne, d’une atteint très brutale au siège de ses sentiments.


      Pour conclure, à travers son poème “Nevermore”, “jamais plus” en français, Verlaine nous montre son talent littéraire, comme l’avait dit Baudelaire “tu me donnes ta boue, j’en fait de l’or” - Verlaine crée un nouvel Univers où ses sentiments pour la jeune Elisa étaient réciproques. Les Fleurs du Mal, magnum opus de Baudelaire témoigne également de cette esthétique symboliste; une valorisation du rêve et l’aspiration à un monde idéal obtenu par le biais des correspondances.

 

I.T., 2nde section internationale, avril 2018.

 

***


Devoir de R. L. :


          Le Symbolisme paraît dans la poésie lors de la seconde moitié du XIXème siècle. Il se démarque du Romantisme avec un langage symbolique, mystérieux et riche qui s’accompagne d’un contact quasiment divin avec un monde supérieur et nouveau  avec l’utilisation de symboles. Pour Verlaine, poète considéré comme un artiste maudit sans succès visible avant sa mort, faisait partie de ce mouvement. Cela peut être observé dans son recueil Poèmes Saturniens, duquel est tiré le texte à commenter. « Nevermore », composé de deux quatrains sur deux rimes embrassées et de deux tercets, est un sonnet en alexandrins. Il fait référence à l’amour passé qu’avait Verlaine pour une jeune femme nommée Elisa. Il repose principalement sur l’axe de la nature et de l’amour et sur l’axe de l’élégie profonde.

 


           Tout d’abord, il faut voir que Verlaine décrit à la fois la nature et sa relation amoureuse avec Elisa dans la première strophe. Premièrement, il y a au vers 2 une « grive » qui traverse « l’air  atone », c'est-à-dire immobile. L’oiseau en question est une allégorie de l’amour du couple à ce moment-là, qui est dynamique et intense. Cela crée un contraste entre l’air fixé et les émotions du couple qui traverse cet air ainsi qu’une grive. De plus, au vers 3 le Soleil apporte un « rayon monotone », ce qui peut être vu comme un oxymore. Le rayon lumineux, symbolique de la joie et non du monotone, pourrait refléter l’amour présent entre Verlaine et Elisa. Cette contradiction s’allie bien avec l’antithèse de la grive pour mettre en valeur l’éclat du couple face à l’atmosphère monotone et sans âme qui les entoure dans cette première strophe. Enfin, au tout premier vers se trouve un contre-rejet du début de phrase « L’automne » après la question rhétorique « Souvenir, Souvenir, que me veux-tu ? ». Il illustre l’importance du vers suivant au sujet de la grive qui vient casser le vide de l’air. De plus, le point d’interrogation, créant une pause dans le rythme du poème, donne d’avantage de signifiance au contre-rejet. Ces techniques stylistiques montrent un rapport profond entre la nature et l’amour du couple qui vient redonner vie à l’atmosphère. 
              D’autre part, Verlaine embellit sa relation avec Elisa au moment de cette promenade en nature. Dans un premier temps, l’expression anaphorique « seul à seule » (v.5) accentue leur union et le fait qu’il n’y aurait eu personne d’autre lors de cette promenade.  Dans un second temps, l’autre expression « Elle et moi » (v.6) offre un même effet d’exagération, et se fait marquer par la virgule qui la suit. Il est donc évident que Verlaine concentre son poème autour de son amour pour Elisa. De plus, les rimes en [vã] présentes dans toute la deuxième strophe dans exceptions apportent une qualité d’insouciance et de perfection en ce moment de bonheur. La même chose peut être vue avec l’allitération en [v] (« rêvant », « cheveux », « vent », « vers », « voix, « vivant ») qui offre une prononciation douce et plaisante à l’oreille. Finalement, il faut voir au vers 6 que la pensée des deux personnes est « au vent ». Cela montre une relation entre le couple et la nature, et indique leur liberté et leur joie de vivre à cet instant, comme si tout allait pour le mieux. En effet, les thèmes de l’amour et de la nature sont tout aussi présents dans cette deuxième strophe.

 

          Ensuite, on peut s’apercevoir que ces comparaisons et ces embellissements du couple de Verlaine se font à cause de l’élégie profonde de fait que ces temps heureux sont passés. Lorsqu’il décrit ses instants perdus avec Elisa, Verlaine s’occupe de mettre en valeur l’aspect précieux de son temps avec elle de manières variées. Premièrement, il fait des correspondances horizontales entre quatre sur cinq des sens principaux. Il y a des sonorités, avec la « voix douce et sonore » et « d’or vivant » d’Elisa (v.8, 9), et son « sourire discret » pour l’aspect visuel (v.10). Ensuite il y a le touché lorsque Verlaine « baisai » la « main blanche » d’Elisa (v.11) et enfin l’odorat avec l’odeur « parfumée » des « premières fleurs » (v.12). Ce mélange des sens humain dans les deux dernières strophes , qui fait référence aux correspondances Baudelairiennes, donne de la précision et de la valeur à cet instant particulier, aussi bref qu’il aurait put être. En outre, ces détails nombreux et variées mettent en évidence l’importance du moment et l’admiration totale qu’a Verlaine pour Elisa. Deuxièmement, Verlaine offre une dimension religieuse à la femme qu’il aime. Cela peut être observé lorsqu’au vers 9 il décrit le « timbre » de sa voix comme « angélique », et au vers 11 lorsqu’il baise sa main « dévotement ». Ce champ lexical du divin montre qu’il met en valeur Elisa et ce moment de bonheur entre eux. Finalement, la dernière strophe contient une allitération en [r] (« premières fleurs », « parfumées », « bruit », « murmure charmant », « premier » etc.) qui rend les vers plus difficile à prononcer. Le lecteur prend donc plus de temps pour lire cette strophe finale, ce qui souligne une fois de plus l’instant décrit. Tous ces procédés stylistiques rendent les deux tercets plus importants, comme si Verlaine voulait faire durer ces moments qui lui sont si signifiants. 

       Pour finir, malgré ses envies d’étendre les temps heureux, Verlaine fait comprendre au lecteur que la fuite du temps est inévitable. Cela peut être vu principalement par l’aspect progressivement réducteur du poème en entier. En effet, étant un sonnet, il commence avec deux quatrains et finit avec deux tercets, indiquant la fuite du temps et les instants de bonheurs qui défilent devant même les yeux du lecteur. Il y a aussi les rimes, qui se répètent de manière ordonnée et plate dans les deux premières strophes (rime en [on] pour la première strophe, et rime en [vã] pour la deuxième) mais qui se mêlent et se désordonnent dans les dernières strophes. Cela montre l’aspect dévastateur du temps, source de l’élégie de Verlaine. Enfin, il est intéressant de voir au tout premier vers l’anaphore « souvenir, souvenir », qui rappelle dès le début au lecteur que ces instants ne sont que souvenir, emprisonnés dans la mémoire de Verlaine.

 

         

          En conclusion, les thèmes de la nature, de l’amour et de l’élégie sont bien présents dans le poème « Nevermore ». Les procédés stylistiques de Verlaine reflètent bien le mouvement symboliste, notamment avec les correspondances et les allégories. Verlaine n’est d’ailleurs pas le seul à avoir visités ces thèmes communs du Symbolisme. On peut voir par exemple Baudelaire avec son recueil « Les Fleurs du Mal », ou bien Rimbaud avec son recueil « Cahier de Douai ».


R.L., 2nde section internationale, avril 2018.

 

***

 

Devoir d'Aubin B. : 

 

        Le XIXème siècle est marqué par de nombreux changements politiques notamment entre monarchie, empire et république. La guerre franco-prussienne joue un rôle important en France. Durant ce siècle, la France va fortement se moderniser, ainsi nous pouvons observer l’apparition de nouveaux mouvements littéraires tels que le Symbolisme. Ce mouvement, apparu vers la fin du XIXème siècle, luttait contre le réalisme. Les symbolistes, comme Verlaine et Mallarmé, pensaient que les mots ne devaient pas être utilisés pour décrire le monde de façon réaliste mais pour exprimer les sentiments. Ces auteurs favorisaient la poésie pour les exhaler. Paul Verlaine par exemple faisait parti des symbolistes. Il fut un poète maudit et son talent ne fut reconnu qu’après sa mort en 1896. Il vécut une vie tumultueuse marquée par ses relations amoureuses notamment avec Arthur Rimbaud. Il s’inspira de grands compositeurs et de peintres impressionnistes pour rédiger ses œuvres. Le poème « Nevermore », issu du recueil Poèmes Saturniens, fait référence à Elisa, son premier amour. Dans ce sonnet écrit en alexandrins, nous retrouvons l’élégie avec tout d’abord les souvenirs heureux du poète, puis ses souvenirs empreints de tristesse, mais aussi la nature qui joue ici le rôle d’un état d’âme.

 

 

 

            Dans ce poème, Paul Verlaine se souvient tout d’abord d’une journée qu’il passe en compagnie d’Elisa, son premier amour. Il est heureux de se souvenir de cette période de sa vie. En effet il est possible de constater que le poète emploie une quantité remarquable d’hyperboles mélioratives comme « son regard émouvant » (v.7), « Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique » (v.9), « sa voix d’or vivant » (v.8).

            De plus, il utilise de nombreuses allitérations qui peuvent évoquer la douceur, la tranquillité et le calme par exemple l’allitération en [s], « Souvenir » (v.1), « soleil » (v.3), « jaunissait » (v.4), « seul à seul » (v.5), « pensée » (v.6), « Soudain » (v.7), « son » (v.7), « sa » (v.8) qui se poursuit dans la troisième strophe. L’allitération avec le son [l] est aussi remarquable avec « seul à seul », « elle et moi », « la », « quel », « plus ». Elle continue également dans la troisième strophe avec « angélique », « réplique » et « blanche ». L’assonance en [an/en] composée de « rêvant » (v.5), « vent » (v.6), « pensée » (v.6), « tournant » (v.7), « émouvant » (v.7), « vivant » (v.8), « angélique » (v.9), « dévotement » (v.11) renforce cette sensation de calme et d’apaisement. Toutes ces figures de styles peuvent nous faire penser que le couple restera intact et ne s’éloignera pas, ni ne se brisera.

            A ajouter  que le poète finit sur une touche positive en énonçant son souvenir le plus heureux car c’est le plus beau jour ou moment qu’il ait vécu durant sa vie. Ainsi le poète prend du plaisir à se souvenir de ce premier amour.

 

 

 

Cependant tous ces souvenirs heureux et optimistes contrastent avec la tristesse du poète. Celui-ci rappelle dès le début du texte que son poème n’est qu’un souvenir, donc que l’union entre le jeune homme et la jeune femme n’existe plus aujourd’hui. Cette sensation d’avoir perdu cet amour et le fait que le poème ne soit qu’un souvenir est renforcée par les verbes au passé « faisait » (v.2), « dardait » (v.3), « marchions » (v.5), « fit » (v.8), « donna » (v.10), « baisai » (v.11). En effet, tous les verbes de narration autre que « détone » (v.4) sont au passé ce qui nous fait voyager à travers le temps.

            Dans la deuxième strophe, le pluriel est favorisé dès le début du premier vers par les termes « Nous étions » (v.5), « marchions » (v.5), mais il se transforme et le « nous » devient « elle et moi » au vers 6, ce qui laisse pressentir l’éloignement que vivront le poète et sa bien aimée. De plus, les gestes amoureux et la sensualité ne sont pas présents dans le poème ce qui peut évoquer une certaine distance entre les deux personnages. En outre, des sonorités plus dures apparaissent notamment avec l’allitération en [r] formée par « souvenir, souvenir » (v.1), « grive à travers » (v.2), « l’air » (v.2), « dardait un rayon » (v.3), « marchions en rêvant » (v.5). Celles-ci contrastent avec les sonorités douces et dimminuent l’effet qu’elles produisent.

             Enfin, dans ce poème, la touche de bonheur évoquée dans la dernière strophe est antérieure au souvenir d’Elisa, ce qui accentue l’éloignement de la période heureuse du poète. Nous pouvons donc constater que bien qu’heureux de se souvenir de son premier amour, l’auteur exprime toute sa tristesse de l’avoir perdu.

 

 

 

            Paul Verlaine s’appuie sur la nature pour projeter ses sentiments et les dévoiler au lecteur. En effet la nature est très présente dans le texte. Elle est montrée sous des aspects très contrastés notamment entre la première et la dernière strophes qui sont en opposition car elles montrent deux saisons opposées. La première montre un automne monotone avec un soleil pâle. La dernière met en évidence un printemps avec le parfum des fleurs et dans lequel on sent plus de vitalité. Cependant, nous pouvons observer des contrastes au sein même de la première strophe avec de nombreux oxymores tels que « voler la grive » et « l’air atone », « un rayon » et « monotone ». il y a donc de nombreux contraires qui s’assemblent, notamment le mouvement et l’inertie et la clarté et l’uniformité. Ces contrastes peuvent être reliés au désarroi du poète.

           La nature peut donc être considérée comme un état d’âme reflétant les sentiments de l’auteur. Dans la première strophe où sa tristesse semble l’emporter, l’automne se fait plus ressentir, alors que dans la dernière strophe ou Paul Verlaine retrouve satisfaction et légèreté, le bonheur et le printemps s’associent. En effet, dès les premiers vers, l’automne, le vent violent, l’immobilité suggèrent au lecteur toute la mélancolie du poète tandis que dans la dernière strophe, les termes « les fleurs » et « pafumées » évoquent le bonheur ressenti. Ainsi, le paysage dans lequel évolue le poète dépeint les sentiments contradictoires qu’il ressent.

 

 

            L’expression des sentiments, le bonheur comme la mélancolie, et l’évocation de la nature ont ici des rôles très importants, celles-ci sont liées du début jusqu’à la fin du poème. L’élégie ainsi que la nature jouant un rôle d’état d’âme sont des thèmes récurrents chez de nombreux artistes de différents courrants littéraires comme le Romantisme et le Surréalisme et chez des poètes tel que Lamartine dans « Le Lac » et Baudelaire dans « Harmonie du Soir ».

 

 

Aubin B., 2nde section internationale, mai 2018.

***

Devoir d'Erwann M. : 

            Le poème étudié est publié en 1866, dans un contexte historique de forts bouleversements économiques, industriels et sociaux. Il émane du mouvement Symboliste, qui mise sur l’utilisation du symbole pour permettre au poète de déchiffrer et de décrire l’au-delà. “Nevermore”, est écrit par Paul Verlaine (1844-1896), écrivain et poète Symboliste. Le poème est extrait du recueil Poème saturniens, oeuvre majeure du Symbolisme, et décrit une rencontre avec Elisa, le premier amour du poète. Dans un premier temps, le poète emploie un lyrisme élégiaque pour raconter ce moment, et ensuite utilise plusieurs procédés stylistiques et littéraires pour faire l’éloge d’Elisa, qu’il considère comme étant la femme parfaite.


 

            Tout d’abord, Paul Verlaine exprime ses sentiments à l’aide d’un lyrisme élégiaque. On retrouve le sens étymologique du mot élégie: chant de deuil dans le poème, qui représente la mort de son premier amour. On note que le poème est un sonnet, composé de deux quatrains puis deux tercets. Cette réduction en longueur de strophe fait preuve de la régression de l’amour. En effet, on pourrait croire qu’un vers a été enlevé au deux dernières strophes, tout comme le refus d’Elisa l’enlève de Verlaine. Malgré les illusions du poète, qui imagine un amour réciproque entre Elisa et lui-même, ce changement de structure marque le début du deuil pour Verlaine.

            De plus, on peut constater que l’organisation des rimes révèle davantage les sentiments élégiaques du poète: on trouve au deux premières strophes des rimes suivies. Celles-ci semblent représentatives de la “monoton[ie]” décrite par Verlaine. Leur rythme invariable suggère un aspect inexorable, presque pessimiste. A travers les rimes, on comprend que Verlaine décrit un souvenir d’une époque remplie d’espoir et de possibilité, qui est désormais perdue. Ensuite, dans les deux dernières strophes, on retrouve deux vers qui riment entre eux, puis un vers qui riment avec un vers dans l’autre strophe, qui révèle l’isolement qui commence à affliger le poète.

            D’autre part, alors que le poète décrit une rencontre amoureuse qui semble aboutir au succès, le paysage état d'âme nous revele la verite. Effectivement, le paysage environnant est un symbole qui accorde une voix à l’inconscient du poète. Premièrement, le soleil est “monotone”. Tout au long du poème, Elisa est la force qui anime Verlaine: c’est elle qui l’”[émeut]”, et qui inspire sa “dévot[ion]”. La monotonie mentionnée révèle donc la véritable absence d’Elisa, qui par son rejet de l’amour du poète, réduit l’existence de Verlaine à une monotonie subie. En outre, Verlaine emploie l’adjectif “atone”, qui suggère un manque d’énergie et de vie. En effet, cet absence de vie évoque la mort, qui est directement liée au chant de deuil que l’on observe dans ce poème.

            De surcroît, le poème insiste subtilement sur la non-réciprocité de l'amour, une autre forme de deuil pour le poète. D’abord, la césure à l'hémistiche au vers 9 marque une délimitation importante. La figure de style crée une frontière entre l’univers paradisiaque d’Elisa, qui se rapporte à la divinité (“angélique”, “dévotement”), et celui de Verlaine. On retrouve également un chiasme au vers 5, qui construit un symétrique entre les verbes “étions” et “marchions”, et les adjectifs “seul” et “seule”.On pourrait superficiellement interpréter ce chiasme comme un symbole de l’amour épanouissant et réciproque entre Verlaine et Elisa, mais en réalité ce procédé insiste sur l’inverse. La figure de style renforce la non-réciprocité de l’amour: en effet la symétrie du chiasme fait songer à un reflet dans un miroir, que l’on peut observer mais jamais saisir. Le chiasme est donc une réaffirmation de l'inaccessibilité d’Elisa, et fait preuve du lyrisme élégiaque employé par Verlaine.


 

         Malgré le malheur que transmet le lyrisme élégiaque de l’auteur, celui-ci est tout de même utilisé pour faire l’éloge d’Elisa. Verlaine la vénère, et dans “Nevermore”, la décrit comme la femme parfaite. Dans un premier temps, Elisa se révèle au-dessus des autres femmes. La césure à l'hémistiche au vers 9 non seulement montre la séparation entre Elisa et Verlaine, mais aussi la distinction entre Elisa et les autres femmes. Tout comme grammaticalement la césure sépare la description de la voix d’Elisa du reste du poème, ce procédé sépare Elisa des autres femmes, l'idéalisation totalement.

          En outre, l’emploi de couleurs et la sollicitation des sens dans le poème continuent l’éloge d’Elisa. Verlaine fait d’abord référence au “blanc” et à l“or vivant”. Le blanc se rapporte à la pureté mais aussi à l’aspect divin d’Elisa, tandis que l’or renforce la richesse de sa voix tout en s’opposant à la pauvreté matérielle de Verlaine. Ceci accentue clairement l’insuffisance de Verlaine et la supériorité absolue d’Elisa.

            De plus, la “monoton[ie]” du soleil peu certe être interprétée comme un aspect du paysage état d’âme, mais l’adjectif cache également une autre éloge d’Elisa. On peut comprendre que le soleil n’est que “monotone” comparé à Elisa. C’est sa beauté, qui par son intensité sans parallèle, rend banal tout ce qui l’entoure, et constitue l’idéal féminin aux yeux de Verlaine.

            D’autre part, les sonorités qui sont employées amplifient encore plus la splendeur d’Elisa . On retrouve par exemple, tout au long du poème, une allitération en [s] (“souvenir”, “seul”, “soudain”, “sonore”). Celle-ci est mimétique du “frais timbre angélique” de la voix d’Elisa. Effectivement, l’omniprésence de cette sonorité révèle l’obsession de Verlaine. La perfection d’Elisa est telle que le poète est incapable d’y résister ou d’y échapper. On note aussi une allitération en [v] (“rêvant”, “cheveux”, “voix”, “vivant”) à la dernière strophe. Cette figure de style semble lier les mots qui forment l’allitération. On peut même dire que pour Verlaine, la voix d’Elisa est la source du rêve et de la vie. Pour le poète, les bonheurs de la vie, voire la vie elle même émanant d’Elisa. On peut donc dire qu’elle est l’ultime femme, et qu’elle représente la perfection aux de Verlaine.



 

            Pour conclure, Verlaine emploie un lyrisme élégiaque pour exprimer le deuil de son premier amour, tout en faisant l’éloge de la femme qu’il considère comme parfaite. En effet Nevermore est emblématique des thèmes majeurs de son recueil et de son mouvement. A la première lecture, on peut comprendre une histoire d’amour heureuse et réciproque. Or à travers les symboles et les procédés stylistiques, l’inconscient du poète peut se manifester, et suggère la vérité.

 

Erwann M., 2nde section internationale, mai 2018.

 


Date de création : 01/05/2018 @ 17:31
Dernière modification : 31/05/2018 @ 16:56
Catégorie : Copies d'élèves 2017/2018
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