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Copies d'élèves 2018/2019 - Ecriture d'invention romanesque 2nde 5

2nde 5

 

 

 

Devoir à rendre le lundi 05 novembre 2018

 

Vers l’écriture d’invention (sujet de type III du bac)

 

Sujet (à coller sur votre feuille double) : après l’étude du GT1 (Les débuts de roman) et plus particulièrement de la lecture analytique n°3 (l’incipit d’Aurélien, d’Aragon), vous rédigerez à votre tour une rencontre amoureuse régie par les consignes suivantes :

 

§  Elle mêlera types narratif et descriptif (vous veillerez à utiliser les outils stylistiques propres à ces deux types de texte).

§  Votre production respectera les codes romanesques traditionnels (rôle du regard, utilisation d’hyperboles, admiration etc).

§  Vous expliciterez la focalisation que vous aurez choisie : (cochez la case voulue)

o  Focalisation « zéro »

o  Focalisation interne

o  Alternance des deux : dans ce cas, vous signalerez le(s) changement(s) de focalisation dans la marge, au niveau de ce(s) changement(s).

§  Toute référence culturelle pertinente est valorisée.

§  Certaines copies numérisées d’élèves ayant eu à traiter le même sujet se trouvent sur le site @ du CIV.

 

 

Devoir d’Ana Isabel V. :

 

Code des couleurs :

  • Hyperbole, admiration, sens visuel...
  • Type descriptif
  • Type narratif
  • Référence culturelle pertinente

 

                 Mon âme errait dans les ruelles de Paris, sans but précis ; j'essayais de me vider l'esprit et d'oublier qu’aujourd’hui en ce 16 avril mon grand-père nous avait quittés. Tout plein de  souvenirs s'emparèrent de moi et je sentais comment peu à peu ma vue recommençait à se troubler, à cause des gouttes au goût salé qui envahissaient mes yeux. Je remarquai les nombreux regards soucieux des passants et pour essayer de les rassurer, j'imagine, je levai la tête et leur souris faiblement.

                Je me rendis compte que mes pas m'avaient mené à la gare de Lyon et qu’en face de moi se trouvait une énorme vitrine. Elle laissait voir à travers sa paroi plusieurs couples en train de s'embrasser langoureusement puis certains individus courir par manque de temps et peur de rater leur train, je supposais. Mon reflet se voyait aussi, j’avais l’air d’une fille normale avec mon jean à trou, mon pull noir et mes bottines préférées ; qui aurait cru que tout pleins de cicatrices se cachaient en dessous de ces tas de vêtements ? Mon visage avait une teinte pâle, quelques mèches brunes me retombaient sur les yeux qui étaient d’un bleu glaçant et je souriais en voyant mes taches de rousseurs, seul mon grand père et moi les avions dans la famille. L’image du ciel sur la vitrine me fis me retourner pour mieux admirer ce qui me coupait le souffle avec un simple reflet. C'était une œuvre d'art naturelle qui s'offrait à moi, les couleurs roses, oranges et rouges semblaient se battre pour obtenir la plus belle teinte sur ces nuages d'un blanc crème sublime. Le ciel était d’une beauté époustouflante, c’était une chance qu’une telle magie céleste s’offre à moi. Je réussis à décrocher mon regard et en me retournant je décidai de rentrer dans la gare. Une fois à l’intérieur je me mis près de l’allée C  et sortis ma guitare acoustique de son étui que ma mère m'avait offert pour mes dix ans et qui depuis était devenu ma plus fidèle amie. Quelque chose d' indescriptible me transperça le corps lorsque mes doigts jouèrent quelques notes de la chanson Wicked Game de Chris Isaak. Je commençais à amplifier le son des cordes en les grattant avec plus de force et automatiquement ma voix se joignit à ce spectacle qui était contrôlé par mes émotions qui ne demandaient qu'à sortir de mon corps qui les avait emprisonnées trop longtemps.

                 En relevant ma tête, je fus surprise en voyant autant de monde autour de moi, les yeux de ses visages inconnus semblaient obnubilés par ce qu'ils entendaient. Mon regard se bloqua sur une silhouette qui apparaissait au loin avec une valise en cuir à la main, plus il s'approchait, plus les battements de mon cœur s'accéléraient. Je m'imaginais de manière enfantine que Cupidon m'avait atteint avec une de ces flèches et mon envie de le voir de plus près devenait de plus en plus grande. Il s'approchait doucement en rejoignant le groupe face à moi, qui m'écoutait, et je me perdis dans ses yeux cendres qui étaient d'une profondeur inhumaine. Un jeu de regards s'installa, c'était comme s'il pouvait me lire à travers ce contact visuel ; je me demandais ce qu'il faisait là et comment il arrivait à me mettre dans un tel état. Ses cheveux bruns à boucles lui retombaient sur le visage et un sourire qui vint l'illuminer et qui m'était adressé me mirent le feu aux joues et je baissai la tête par peur qu'il ne le remarque.

                 Le dernier refrain avant la fin de la chanson arriva, je ne pus ne pas le regarder et sûrement envoûtée par sa beauté d'Apollon ou par ses parfaites fossettes, je me trompai de phrases en disant “I wanna fall in love” au lieu de la vraie version qui était tout le contraire… Envahie par la honte, je priais pour qu'il ne s'en soit pas aperçu mais vu son rire et ses yeux pétillants, je compris rapidement que mes prières n'avaient pas été entendues. Je le scrutai, chaque parcelle de son visage paraissait formée par Vénus, déesse de la beauté ; il était habillé d'une longue veste marron et d'un pantalon carotte. Une grande tristesse et déception se présentèrent lorsqu'il repartit avec sa valise. Des applaudissements me sortirent de ma rêverie, je souris et les remerciai.

                L'horloge de la gare annonçait dix-huit heures, je rangeai ma guitare et en me retournant je le vis, deux cafés à la main et un sourire des plus magnifiques envahissait son visage.

 

Ana Isabel V., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

***

 

Devoir de Marie B. :

 

Les amoureux de New York

 

Julie grimpa les marches rapidement, un souffle frais de fin d'hiver balayant ses cheveux ébènes, et un soleil endormi et glacial aveuglant ses prunelles cendrées. Son visage fin et ses joues rosées exposés au froid mordant la firent grogner telle une ourse, avant qu’elle ne se réfugie dans la chaleur de la réception du Bâtiment Equinoxe, siège illustre du New York Times, où elle s'apprêtait à passer un entretien d'embauche pour intégrer ce célèbre quotidien du XXIème siècle. Elle préparait cet entretien depuis des mois, mais l'anxiété la rongeait encore.

 

Parvenue au comptoir, elle se présenta à un homme en uniforme bleu ciel, avec une sorte d'écharpe bouffante blanche sur le cou et des souliers en bois vernis aux pieds, semblables à ceux d'un valet du seizième siècle - une autre particularité de ce centre culturel actif étant les charmants thèmes vestimentaires hebdomadaires des employés du service.

 

Elle se fit connaître, indiquant la raison de sa venue. Le réceptionniste lui communiqua l'étage où elle devait se rendre et lui souhaita bonne chance, après l'avoir accompagnée vers un ascenseur en marbre blanc. La frêle candidate dû déployer un trésor de courage pour parvenir à appuyer sur le bouton de l'étage. Le maelstrom d'émotions négatives qui la secouait intérieurement aurait fait trembler même Hercule. Les poils de ses bras étaient hérissés, son esprit en surchauffe, et une épée de Damoclès semblait planer au dessus de sa tête.

 

Soudainement, avec un 'ding' retentissant, la machine s'arrêta à l'étage cinquante sept, un immense espace de travail où se côtoyaient les génies de l'écriture moderne, des journalistes dont les papiers étaient lus dans le monde entier, traduits dans des dizaines de langues et dialectes. En somme, rien qui aurait pu rassurer la prétendante à ce monde fabuleux.

 

Des bureaux en bois clair, surmontés d'ordinateurs neufs et modernes, parsemés de cafés et piles de journaux, papiers et notes diverses, fourmillaient dans l'espace large de l'étage. Les grandes fenêtres donnaient sur le quartier financier d'un côté, et de l'autre, elle put apercevoir la Statue de la Liberté et l'île d'Ellis au loin. Le panorama exceptionnel laissait deviner le loyer exorbitant et l'importance stratégique de l'immeuble, qui dominait presque tout Manhattan.

 

Julie y pénétra à petits pas, la tête baissée vers ses dossiers, que ses mains aux phalanges blanches écrasaient. Elle tentait de se faire la plus petite possible, fuyant les gens du regard, assourdissant comme elle le pouvait le claquement de ses bottines blanches à talon. Heureusement, sa petite taille et sa silhouette fine à peine dévoilée par une longue robe beige la rendaient presque invisible.

 

Au bout de sa traversée, qu'elle compara intérieurement à celle de Moïse lui-même, la jeune femme parvint à une sorte de buffet blanc en liège. Une femme, énième réceptionniste, prit rapidement la convocation que Julie tendit d'une main tremblante, puis lui pointa du doigt la porte derrière elle, sans lâcher son téléphone des yeux.

 

Enfin, c'était le moment. Dès qu'elle passerait cette porte, son avenir serait fixé. Elle s'avança lentement, étendit sa main droite vers la poignée, releva ses épaules, grandit sa posture ... et s'écroula par terre.

 

Il y eut un temps mort effroyable dans l'esprit de la jeune femme, puis elle se redressa brusquement sur les genoux, ses yeux nuageux tourbillonnant à l'intérieur de son crâne. Se rendant compte de sa position, elle se mit à rougir, morte d'embarras, et tenta tant bien que mal de ramasser ses affaires, les mains saisies de palpitations.

 

A côté d'elle, des grognements s'échappèrent de l'homme inerte qui l'avait bousculé. Puis soudain, sous les yeux ébahis de la jeune femme, un prince charmant se releva.

Il était semblable à une statue hellénistique d'un génie et sculpteur grec, tellement son physique ressemblait à celui du mythique Apollon : fin, musclé et grand, il aurait pu être l'incarnation vivante du dieu que Julie n'en aurait pas douté une seule seconde. Sa chevelure brillante, d'un chocolat noir divin, flottait avec grâce sur ses épaules, ébouriffée mais sublime, et ses yeux pervenche ensommeillés brillaient dans le soleil matinal d'une étincelle inoubliable. Son visage ovale au port altier s'avérait la représentation exacte de l'homme parfait, et même une journaliste comme Julie n'avait plus les mots pour décrire tant d'élégance et de magnificence. Il resplendissait tout simplement de charisme et de prestance.

 

Ses vêtements eux-mêmes le différenciaient du commun des mortels : il portait un costume noir, neuf et soigné qui faisait encore plus ressortir ses yeux sur lesquels le regard de Julie revenait à chaque seconde, inlassablement. Son être entier était un appel sensuel, mais il demeurait intouchable dans l'esprit confus et déjà enamouré de la jeune femme, comme une sorte de Saint ou esprit sacré, inaccessible aux simples hommes.

 

Le jeune homme, groggy, finit par l'apercevoir, et, au moment où leurs yeux se croisèrent, elle sut, qu'elle venait de trouver son âme sœur ; cette personne qui lui ressemblerait en tout points, avec qui la vie serait synonyme de bonheur éternel, son Roméo à l'amour infini.

Son cœur rata un battement, lorsque l'apparition divine lui adressa un sourire flamboyant, aux dents blanches et aux lèvres pourpres et fines. Une senteur musquée s'échappa de cette bouche sculptée dans un rubis, et un vent frais venu de nulle part secoua les bouclettes de l'étranger.

 

“Excusez-moi sincèrement, Mademoiselle, je ne vous avais pas vue sur mon chemin. J'ose espérer ne pas vous avoir fait de mal ? Cela m'anéantirait, tellement ma conduite est déjà impardonnable”, murmura-t-il doucement, tendant une main secourable à la jeune femme.

 

Celle-ci ne put prononcer un mot, sa voix s'étant perdue dans les méandres d'un bouleversement aphrodisiaque sans bornes. La voyant muette et adorablement timide, le sourire du prince s'agrandit encore, laissant apparaître d'adorables fossettes. Il s'accroupit à côté d'elle, et, ramassant les derniers dossiers traînant sur le sol, il s'écria, avec un rire délicat, résonnant comme des légers tintements d'ailes de fée :

 

“C'est vraiment malencontreux d'ailleurs, qu'en cette journée si ensoleillée, ma première action soit de faire tomber une jolie femme. En toute modestie, je me plais à dire que je fais plutôt danser les demoiselles que je ne les fait tomber !”

Si le crâne avait une température maximale à ne pas dépasser, il serait scrupuleux d'observer que le cerveau de la pauvre Julie n'aurait pas tenu le choc de cette déclaration. Une onde thermique la traversa, littéralement, et lui apporta un souffle de folie, qu'elle consomma avec emphase :

 

“Ce n'est pas non plus une activité que je pratique souvent ...'

 

Ravi qu'elle lui réponde, il lui offrit un nouveau sourire aveuglant, et lui prit de force la main. Elle la lui abandonna immédiatement, faible face à tant de bonté, de gentillesse et de beauté, tout simplement. Il la releva doucement, puis afficha un air chagriné alors qu'il laissait retomber leur main :

 

“Je ne peux hélas rester plus longtemps, mes obligations m'appellent. J'ai été ravi de vous avoir rencontrée, à bientôt !”

 

Il lui fit un dernier sourire, déjà loin, alors qu'il repartait dans un couloir. Julie, perdue mais emplie d'une chaleur diffuse d'apaisement, sut intuitivement que cette rencontre la hanterait toute sa vie. Ne se doutant pas, que, de l'autre côté du mur, un jeune homme souriait encore vaguement dans le vide, l'esprit occupé d'un doux regard gris ...

 

Marie B., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

***

 

Devoir de Marie :

 

La Mystérieuse Demoiselle de la Station Glacière

 

Je me souviendrais surement de ce jour toute ma vie, comme si c’était hier. Une nouvelle journée banale commença en ce mois de mai 2018. Je devais me vêtir de mon uniforme de travail, c’est-à-dire une chemise bleu azur et un pantalon droit assorti à ma cravate blanche. Je dirais que cet habit de travail ne reflétait ni la beauté ni la laideur, mais plutôt chacune de mes journées, simples. Je passai devant mon miroir afin de coiffer ma chevelure brune. En effet elle était un peu dans tous les sens à cause de la nuit passée la tête enfouie dans mon coussin. Je vérifiai que je n’avais pas trop de poches bleues sous les yeux car je ne dormais pas beaucoup en ce moment. Après vérification, je n’observai aucuns cernes.

Je descendis de mon appartement situé au troisième étage et m’engageai sur la route que j’empruntais pour prendre le métro. Celle-ci passait assez rapidement puisque je possédais des grandes jambes et donc mes pas étaient plus grands. A ce moment-là, parcourir ce chemin devenait machinal. Je me rendis à la station de métro de Raspail qui comme à son habitude était remplie de déchets et sentait la moisissure. Je montai dans la ligne numéro 6 pour me rendre à Bercy. Mais mes habitudes furent bouleversées ce jour-là. Je me trouvais dans le dernier wagon car il y avait souvent moins de monde. Le métro commença à ralentir pour laisser monter ou descendre les passagers à la station Glacière. C’est là qu’elle rentra dans ma vision. Cette femme si magnifique qu’elle dépassait l’élégance et le charme de la déesse de la beauté, Venus. Elle entra et s’assit juste en face de moi. J’eus tout juste le temps de pouvoir bien la contempler.

Une longue chevelure bouclée aussi sombre qu’une nuit de décembre entourait son visage de porcelaine. Un bandeau rouge de velours qui tirait ses cheveux en arrière laissait paraitre son visage. Des taches de rousseurs emplissaient ses deux joues et son nez fin, presque parfait. On pouvait ressentir son innocence dans ses yeux aussi bleus que l’océan Pacifique. Comme Mona Lisa, on ne savait distinguer si ses lèvres, pulpeuses, souriaient ou non. Il m’était possible de distinguer son odeur enchanteresse de pêche parmi les odeurs de transpiration matinale des autres personnes.  J’aurais pu la regarder des heures, mais elle se leva pour descendre à l’arrêt Quai de la Gare. J’appréciais une dernière fois la vue que j’avais sur cette déesse vivante. Elle descendit et je vis peut-être pour la dernière fois ses hanches ondulées pendant qu’elle marchait loin de moi, très loin de moi. Je quittai le métro à mon             arrêt, observai chaque petit coin mais ne la trouvai pas. Toutes les femmes que je croisais sur mon chemin me semblait avoir les yeux ou même le nez de la demoiselle mystérieuse de la Station Glacière.

 

 

Marie, 2nde section internationale, décembre 2018.

 

***

 

Devoir de Célia B. :

 

Novembre se rapprochait de moi. Je m’enveloppais d’un manteau, dernier habit restant dans ma penderie. Les ruelles étaient toujours désertes à ces heures tardives. Étroites, mal carrelées et sombres, elles faisaient glisser l’eau abondante de la pluie jusqu’à la rivière.

La majorité des maisons étaient inhabitées et un lampadaire sur deux était inanimé. C’était un village perdu au sommet de la montagne. Son seul avantage c’était l’emplacement de l’arrêt de train. Je traversais le hameau d’un bout à l’autre en quelques minutes. Du plus haut, on voyait l’immense vallée recouverte d’un excédent d’eau. Il fallait dire que les villageois se faisaient rare, seul les chiens errant hantaient les rues. Nous arrivions au dernier mois de l’année 2013 et au commencement d’une nouvelle vie. Parapluie en main et décidé à quitter cette ville, je montai dans le train, vide.

                Cela faisait dix minutes qu’il attendait des passagers. Nous savions tous deux que personne n’allait monter. Contrairement à mes attentes, une grande et unique silhouette apparut dans le wagon. Je n’arrivais .pas à distinguer son visage sous sa capuche imbibée d’eau de pluie et ses belles boucles noires qui coulaient sur son front. Je tournais la tête vers la vitre. Nous étions plongés dans l’obscurité. La solitude de l’automne envahissait le quai. Dans sa main il tenait un sac engourdi et une valise pleine à craquer. Peut-être que lui aussi abandonnait le hameau cette nuit pluvieuse.

                Le train démarra en même temps que la grosse tempête. De lourdes gouttes rythmées venaient agresser ma vision. Instinctivement, je détournais le regard de la fenêtre dès que je m’aperçus que le jeune homme prenait place sur le siège en face du mien. Pourtant toutes les places étaient libres. Il retira sa capuche et coiffa ses plus longues mèches ondulées ce qui me permettait de voir son visage pâle et angélique. Ses yeux en forme d’amande éclairaient une couleur gris bleu semblable à un diamant. Ils combinaient à merveille avec ses pommettes délicatement saupoudrées de constellations subtiles. Dans la poursuite de son regard intense, le soleil avait placé un grain de beauté sur sa joue droite. Ses lèvres rouges bordeaux d’une rondeur parfaite semblaient irritées par le froid glacial de ce début de mois. Son sweat noir me laissait m’imaginer un torse athlétique et des bras m’enlaçant fortement. De son oreille gauche pendait un piercing argenté scintillant comme un éclair.

                Une lumière bleu électrique traversa subitement le compartiment. Je gardais le regard allant, se posant une fois sur un sapin foncé et l’autre sur le reflet de mon visage rubicond. Mes joues étaient rondes et rosées, elles soutenaient un léger sourire de lèvres fines et étirées. Mes longs cheveux bruns et bouclés recouvraient mon nom Lydia que formé le pendentif doré. Je reposais les yeux sur l’horizon ; j’attendais la réponse du bruit dans le lointain obscur. Tel un tour de magie, le son de sa voix se fit entendre au même instant que le grognement pesant du tonnerre.

                « Tu n’as pas peur de l’orage, n’est ce pas ? » me questionnèrent ses yeux lumineux.

A cet instant toute sa beauté prit sens. Sa voix rauque me traversa le corps, embrouillant tout mon esprit. Elle s’assemblait avec sa splendeur et son charme inné. Mon cerveau se mis à surchauffer pour lui trouver une réponse adéquate. Je fis un signe négatif de la tête. Le grincement des rails retentit, le voyage arrivait à sa fin. La pluie cessa aussi et il ne restait plus que les larmes accrochées aux wagons. Ce mystérieux garçon qui m’avait rendu folle d’amour descendit sur le quai de Paris.

                Je repensais soudainement à cette citation célèbre d’Antoine de Saint-Exupéry.

« Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. »

Mes yeux s’écarquillèrent, il fallait absolument que je descende. J’agrippai ma valise et mon manteau puis m’enfonçait dans la foule parisienne. Mon regard parcourait chaque profil sans vain. Où était-il passé ? Les étoiles dessinaient les mêmes constellations que les paillettes de rousseur de mon cher inconnu. Une main se posa sur mon épaule. Je me retournai lentement laissant ce moment magique prendre vie. Il était là, à côté de moi cette fois. Son sourire involontaire créait une magnifique fossette au côté de son grain de beauté.

                « Je t’attendais », chuchota-t-il.

Cette fois-ci, nous regardions tous les deux dans la même direction le départ du train sur les rails à pleine vitesse.

 

 

Célia B. , 2nde section internationale, décembre 2018.

 

***

Devoir de Charles C. :

 

Un soir de novembre, marchant rapidement sur les petits chemins étroits, je pleurai tout le désespoir de mon corps. J’étais perdu dans une forêt incommensurable. La couleur de mes lèvres s’effaçait, laissant place à une pâleur maladive. Un dépôt de givre semblable à du velours s’était emparé de mon visage, recouvrant rapidement mon nez pourpre. Le froid, tel un bourreau, me glaçait violemment le sang et me provoqua une douleur intense au point que je crus perdre la vie. Etais-je persécuté par le dieu Boréas ?

Le ciel noir corbeau était parsemé d’un voile blanc peu visible. J’errais entre les grands châtaignés sombres et traversés par le vent glacial de cette terrible forêt. Comment m’étais-je perdu ? Je courus désespérément, essayant de fuir mon épouvantable destin. Je m’arrêtai soudain à bout de force afin de pouvoir reprendre mon souffle. En face de moi se dressait une dizaine de grands châtaignés nus. Les pauvres feuilles restantes tenaient avec une grande fierté aux troncs sombres. Le sol couvert d’humus me semblait vivant. J’entendais la nature respirer.

Trouvant un endroit pour m’abriter, j’entendis un court, léger mais doux bruit. Était-ce celui de la ville ou d’un animal flairant mon odeur ? Un frisson me traversa le corps et me glaça la nuque. J’écoutai attentivement. Je suivis ce léger bruit en me hâtant de plus en plus et c’est là que je vis une voiture. Je fis de grands signes pour l’arrêter, ce qu’elle fit.

Elle était dans sa voiture écoutant une musique populaire qui ne me déplaisait pas. À quoi devais-je ressembler ? J’avais passé trois jours et trois nuits dans le froid mordant du Mercantour après mon accident de vélo tout terrain. Je pris mon courage à deux mains et heurtai la vitre de la voiture dans laquelle elle était assise. Elle ouvrit sa fenêtre et s’écria horrifiée : « mon dieu, que vous est-il arrivé ? » Je la rassurai en lui expliquant que je m’étais perdu et lui demandai si elle pouvait me ramener en ville. Mon cœur devait davantage compter de battements par minute qu’il n’y a de jours dans l’année.

Elle sortit de sa voiture et me donna une grande couverture. Je m’assis auprès d’elle. Elle me posa de nombreuses questions, cherchant à savoir ce qui m’était arrivé. Sa présence me permit d’oublier les trois journées terribles auxquelles j’avais été confronté. Elle s’appelait Giselle ce qui me fit tout de suite penser au ballet portant le même nom. Elle possédait la grâce et la légèreté d’une ballerine. Ses yeux gris lichen scintillaient de vivacité. Lorsqu’elle souriait, une onde partait de ses yeux pour créer de petits sillons qui irradiaient toute la bienveillance du monde.

Notre discussion me parut très courte, pourtant je vis le soleil se lever. La rosée de la nuit avait rafraichi la forêt et la faisait briller. Ce paysage était tout simplement incroyable. Le ciel légèrement voilé laissait apparaître les couleurs jaunes, mauves et rouge des cieux à l’approche de l’hiver. La nuit était passée si rapidement à ses côtés, semblant figée. Nos caractères en plus d’être très complices étaient complémentaires. L’idée de perdre son contact m’était insupportable. Sa voix douce me berçait et son regard intense me rassurait. Mon âme fut inondée de bonheur.

 

Charles C., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

***

Devoir D’Ilana D. :

(Focalisation interne)

 

Depuis le départ de mon mari, en ce jour de décembre 1920, je quittais comme chaque matin mon modeste appartement de l’avenue des Flandres, pour me rendre au parc de la Villette situé à quelques encablures de chez moi. Là, assise sur un banc, les yeux embués d’une infinie tristesse, je regardais la ville s’éveiller à l’ombre de mon arbre préféré, un vieux robinier, espèce originaire d’Amérique du Nord que Jean Robin, jardinier du roi Henri IV, introduisit en France en 1601. J’apercevais au loin les immeubles qui longeaient la rue principale jusqu’au canal de l’Ourcq où étaient amarrées les péniches, et observais d’un regard envieux ces jeunes couples d’amoureux s’étreindre le long des chemins de halage.

Puis, comme à mon habitude, je pris un petit miroir que j’avais soigneusement rangé dans la poche de mon manteau et m’observais longuement. Je n’étais ni belle, ni laide, ni vieille ni jeune non plus, et pourtant, une multitude de petites rides plissaient déjà le coin de mes yeux et trahissaient ainsi quelque peu mon âge. Mes longs cheveux blonds que j’attachais toujours en chignon et que je maintenais avec quelques pinces laissaient apparaître toute la pâleur de mon visage, qui, dépourvu de maquillage, me donnait un air faussement sévère et marquait mon teint d’un découragement profond.

Fille ainée d’une famille bourgeoise, ma mère m’avait initiée dès mon plus jeune âge à l’art des grands compositeurs comme Jean-Sébastien Bach, pour lequel elle vouait une véritable passion artistique et qui lui inspira mon doux prénom d’Elisabeth en hommage à Elisabeth Lämmerhirt, sa mère. Hantée par le souvenir de mon mari, et des promenades que nous faisions ensemble, je restais prostrée ainsi, de longs moments, emmurée dans mon chagrin, figée dans le désespoir et la douleur, à songer que tout autre bonheur me serait désormais interdit. Je clignai des yeux pour retenir mes larmes. Cette vie-là, je n’en voulais plus, cette vie faite de manques, de vides, d’absences.

J’entendis soudain fredonner "Prélude en do majeur", mon morceau préféré, celui là même qui me réconfortait tant de fois quand je n’étais encore qu'une enfant.

Cette douce mélodie mêlée au bruissement des feuilles agitées par le vent me renvoya alors les effluves d’un parfum subtil. Cette odeur délicate et raffinée réveilla en moi une intense sensation de bien-être et lorsque j’ouvris les yeux, un jeune homme au sourire chaleureux qui dégageait une merveilleuse douceur, me regardait intensément. Déconcertée par cette apparition, je sentis tout à coup le sol se dérober sous mes pieds et mon ventre se nouer tandis qu’un frisson me traversa l’échine et m’arracha à mes pensées. Jamais je n’avais vu un visage aussi beau qui dégageait autant de sensibilité, et à cet instant, le seul lieu au monde où j’avais envie d’être, c'était ici, à ses cotés. En voyant la lueur d’amour et d’inquiétude qui brillait dans son regard, mon esprit s'embruma et je lui souris au travers d’une larme qui s’échappa de mes yeux et qui vint s’échouer sur ma joue empourprée. L’air froid me frappa le visage, j’inspirai alors profondément pour calmer les battements de mon cœur et reprendre doucement le contrôle de ma respiration. Il me tendit le bras et m’invita à me relever. L’espace d’une seconde, je croisai le chemin de ses grands yeux verts dans lesquels se reflétaient les premiers rayons du soleil et fut éblouie par les magnifiques nuances irisées qui s’offraient à moi. Il était si beau en cet instant, que j’aurais pu le contempler durant des heures. Constatant mon émoi, il laissa échapper un rire sensuel qui illumina son visage. Lorsque je me relevais, un trouble délicieux me saisit en sentant sa main tremblante se refermer sur la mienne. Jamais je n'aurais imaginé revivre de tels instants et éprouver ce merveilleux sentiment de bonheur absolu. Et pour la première fois depuis longtemps, je me sentais plus légère et plus heureuse encore, car je savais que je ne serai plus seule et que je ne souffrirai plus de mes chagrins ni de mes échecs.

 

Ilana D., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

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Devoir de Léa I. :

 

En octobre 1990, à l’automne de ma vie, je contemplais dans le miroir de ma chambre cette image d’un visage marqué par le vécu d’une vie passionnée dont le cœur se brûla et l’âme se vida. Mes rides, et mes yeux d’un bleu électrique me révélaient le poids de mes années passées. Mes cheveux poivre-sels et mon corps pale, désormais rachitique et fragile étaient la preuve que le temps avait accompli son œuvre. Dans ce regard noyé de chagrin et de solitude, une étincelle de vie subsistait et ravivait un temps qui autrefois était acidulé de bonheurs et de passions.

Où es-tu, mon amour intemporel ? Qui jusqu’à la saison des feuilles mortes pénétra mon âme et mes pensées. En ce 2 juillet 1949, je marchais dans cette belle ville méditerranéenne qu’est Nice et venais de quitter l’avenue des Bosquets pour me retrouver sur l’avenue de la Californie. Mon être tout entier reflétait les espoirs d’une jeunesse pleine de promesses. Je contemplais la mer. Soudain, dans le majestueux décor de fond des vagues bleues aigues-marines de l’océan qui distillaient leurs reflets, nos regards se croisèrent. Ses perles bleues azur perturbèrent mes sens et mes émotions.

En ce début d’après-midi estival où le soleil réchauffait nos âmes, nous nous sommes souri, nous nous sommes plus. Son visage sans imperfection me fascinait. Ses lèvres pulpeuses d’un rouge sanguin et ses joues creuses mettaient en valeur ses grands yeux vert émeraude de forme amandes.  Son corps n’était que finesse, pureté et ses mouvements respiraient la délicatesse et l’élégance. Elle était grande et avait la démarche tel un mannequin. Mais comment aborder cette inaccessible créature ? Digne héritière d’Aphrodite, déesse de l’amour. Moi, qui suis réservé, je ne pouvais imaginer laisser s’envoler cette beauté féminine, blanche colombe. Ce n’était pas un rêve mais le Destin qui l’avait mise sur mon chemin. Cupidon qui veilla sur nous, fit trébucher à mes pieds de façon opportune cette déesse, n’ayant pour unique reflexe que d’ouvrir mes bras pour protéger ce diamant, afin qu’il ne se brisa pas. La gratitude se dessina dans ses yeux et pour nous remettre de nos émotions, je lui proposai une paisible promenade au rythme des vagues qui s’échouèrent à nos pieds. Elle accepta avec grand plaisir.

Nous marchâmes pour mieux nous découvrir. Pour la première fois elle avait prononcé son nom ; elle s’appelait Christelle. Elle habitait non loin d’ici dans la Vieille Ville près de la cathédrale Sainte-Réparate, et tous les dimanches après la messe elle venait errer le long du bord de mer. Nous passâmes devant la plage De Carras, puis nous avons marché le long de la promenade Des Anglais jusqu’à la rue Paul Valéry.  Plus d’une heure s’écoulât et l’émotion fut si forte qu’après quelques pas, un baiser au goût salé et empli de douceur s’imposa tout naturellement. Je fus envahi de désir et d’amour. Etait-ce un coup de foudre ? Je veux bien le croire.  Notre histoire n’était que passion et tendresse durant de nombreuses années. Rires, complicité et joie animaient nos jours, nos mois, nos années.

Mais cette aquarelle de bonheur fut soudainement tachée d’une ombre noir. Dame « Faucheuse », infligea à cet ange à la longue chevelure d’or un mauvais coup du sort pour la faire plonger dans une fatale maladie qui peu de temps après, l’emporta.

 Hélas, je me retrouvais seul, mes souvenirs et moi, noyé dans un océan de larmes.

 

Léa I., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

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Devoir d’Agathe :

 

Foudroyé

 

Je me retournai pour contempler les toits distants de la ville, qui se dessinait à l’horizon. Une brume foncée, épaisse recouvrait la cité illuminée qu’était Paris, semblait la caresser, l’envelopper de sa nappe obscure. On distinguait les maisons anciennes des quartiers plus fortunés, intactes malgré le fait qu’on était au début du 21eme siècle.

Mes mains tremblaient sous mon mince manteau de couleur sombre, qui semblait imiter les teintes lugubres de cette journée, ne m’offrant qu’une expérience plus net de ces torrents qui envahissaient ma vue avec ardeur. Les eaux enragés du ciel pleuraient pertinemment leur passion, traversant ma personne, tranchait, perçait le voile sombre de mon habit. Tout mon être tremblait, se tordait, et autour de moi on s’enfuyait, on hurlait sa défiance au Ciel. L’air lourd, agité, parcourait ma figure fragile, secouait mon âme entière, et je m’envolai, emportée par le vent féroce, qui secouait le monde de sa puissance indomptable, tels des cavaliers en charge, sans peur, fonçant droit devant sur l’ennemi, avant de l’enlacer dans leurs mains diaboliques, de l’étouffer dans cette accumulation de colère.

Et moi, je savourai cet évènement, tant attendu, anticipé, espéré au cours de ces laides journées monotones, où l’air est si étouffant, une journée les yeux fermés décidément pour empêcher la lumière brillante, brûlante de pénétrer mon esprit, mes pensées, ou je me morfondais et ne me retrouvai plus.

Les yeux grands ouverts ce jour-là, mes lèvres dessinaient un sourire, révélaient mon contentement, ma montée soudaine, instantanée et grandissante d’amour pour le monde éveillé qui m’entourait. Je m’ouvrai toute entière, et une lueur fulgurante me secouait encore dans un élan de joie.

Des heures, des journées entières, ça durait, c’était bon, mon Dieu c’était bon.

Je fis tomber ma capuche, pour révéler mes longs cheveux d’ébène, dansant, entremêlées, dans le courant violent de cet endroit. Mon visage se tourna vers l’infini qui se dressait au-dessus de moi, et un son insouciant, innocent s’échappa de ma bouche entrouverte. Autour de moi, les expressions des inconnus qui se croisaient, je ne les comprenais pas, ces regards soucieux, contrariés, énervés parfois qui ornaient leur visages diverses.

Et moi je tourbillonnais, me laissait pousser par la crise du ciel, bercer par le souffle d’Eole.

Un cri strident me parvint brusquement.

Je m’immobilisai, mais ma tête continuait à tourner, et je vacillai dangereusement. Mes yeux parcoururent rapidement les alentours, cherchant la source de ce hurlement effroyable, me déchirant le cœur malgré sa sonorité inconnue. Le gémissement semblait pénétrer mes pensées, me submergeant, glacial.

Figée dans cet instant de douleur, je regardai la jeune fille tomber, ses mains se dressant contre le sol qui se rapprochait inévitablement.

Je me précipitai vers elle, me ruant pratiquement sur le sol malgré les eaux agitées, grandissantes autour de son corps immobile.

Mon souffle s’échappait, irrégulier.

Mon cœur battait si fort, tambourinant, semblait vouloir fuir de la prison qu’était mon corps, rejoindre celui de cet être invraisemblable. Une force inconnue s’empara de moi, et je demeurais abasourdie devant elle, le cœur battant toujours cette cadence rapide, tambourinant la torture que m’infligeait cette âme diabolique qui me saisit en cet instant, en observant cet être blessé, et pourtant absolument resplendissant.

Elle était somptueuse. J’étais hypnotisée par cette présence divine, par sa chevelure enflammée, par ses lèvres parfaitement roses, par son nez fin, et ses longs cils caressant sa peau blanche, pure, immaculée. Le souffle coupé, j’observais cette créature splendide, je buvais les traits fins de son corps. Je voulais lui caresser sa main, ses doigts délicats.

Je ne pus m’empêcher d’attraper l’unes de ses boucles sauvages, flamboyantes, et de la déposer derrière sa petite oreille. Et je continuais à tourner, mes pensées cherchant une explication devant cette beauté invraisemblable.

Ses paupières frémirent lentement, et elle ouvrit ses yeux d’un bleu profond, saphirs brillants.

Elle sourit, fort troublée de ma présence dans ce moment d’embarras.

Je laissais échapper alors, naïvement :

-          « Tu as mal ? »

C’était à moi de baisser les yeux, sentant le rouge me monter aux joues. Bien sûr qu’elle devait avoir mal.

Et elle riait. Surprise, je levai la tête, et un sourire timide me parvint aux lèvres, en écoutant cet éclat de joie mélodieux.

Lui prenant la main, je la relevai doucement ; le contact m’était brûlant, et une flamme semblait traverser mon être, une flamme me réchauffant malgré la pluie, virevoltant de sa lueur brillante malgré le vent. Nous étions debout, ruisselant au milieu de ses gens éparpillés, fuyant cette journée orageuse, et on se regardait tendrement, nos mains enlacées.

Les dieux s’exprimaient à grands coups, laissant tomber leur amour, et la foudre de mon cœur déchira le ciel obscur, illuminant nos visages souriants.

 

Agathe., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

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Devoir de Jamila G. :  

Focalisation zéro.

 

Thomas ne le supportait plus.

Il s’est décidé à le dire à ses parents après cette dernière présentation de danse au conservatoire. Il devra leur avouer qu’il ne supporte plus ces excursions artistiques. Depuis qu’il a montré le moindre intérêt pour ce théâtre, le prestigieux Conservatoire de Paris, ses parents ne le lâche guère. Et tous les samedis étaient devenus la routine. Aller voir une pièce de théâtre, un concert, des danseurs … Thomas était, bien sûr, très reconnaissant envers ses parents qui s’intéressaient tellement à l’une ses passions, cependant c’était devenu oppressant, presque l’en lui dégouter. Il n’osait plus regarder un piano sans penser à toutes ses sorties culturelles, quand il n’osait pas dire non à ses parents, et il se retrouvait assis à observer des spectacles pendant des heures.

Ils prirent leurs billets et avancèrent tranquillement vers les places rouges en velours.

« Tu vas adorer fiston, c’est un spectacle inédit, c’est du jamais vu. Ça pourrait même t’inspirer un peu ? », dit son père d’un ton enthousiaste.

Ah… justement, il avait dit à ses parents qu’il avait des problèmes d’inspiration… qu’il ne pouvait plus toucher un piano sans la retrouver. Ce piano dont les touches noires et blanches, couvert jadis d’ivoire, dont ses longs doigts doués adoraient jouer autres fois… Mais cette envie de jouer se détériora jusqu’à ne plus exister. Il voulait se tourner vers autre chose… les sciences peut-être ? Il voulait changer de voie, arrêter ses études artistiques et commencer des recherches scientifiques… Mais ses parents seraient-ils déçus ?

Ils s’assirent dans la première rangée, et ses parents commencèrent à parler du spectacle à venir. Thomas essayait de ne pas les écouter. Cela suffisait déjà : il allait devoir subir deux heures de danse classique. Il ne voulait pas entendre ses parents faire l’éloge d’une pièce qu’ils ne comprenaient sûrement pas.

Les lumières s’éteignirent, et Thomas ne pouvait qu’apercevoir le grand rideau rouge qui cachait la scène des spectateurs. Le silence s’installa progressivement, et on attendait avec impatience le début du spectacle.

Aussitôt les rideaux s’ouvrirent et la scène prit vie. Les danseurs, vêtus d’un accoutrement blanc comme la neige, traversaient la scène puis créèrent un demi-cercle autour de deux danseurs vêtus différemment. Une femme avec son costume de danseuse classique noire et un homme avec un costume de prince bleu marine avec des détails dorés. Ce danseur, ses mains sur la taille fine de la danseuse, la leva dans les airs. Toute l’audience contemplait la jeune fille, cependant le regard de Thomas suivi les mains qui tenaient la danseuse. Il descendit vers les bras musclés qui étaient attachés à un corps sculpté à la perfection. Son costume le serrait autour des épaules et de la poitrine juste assez pour que Thomas puisse distinguer des muscles ni trop volumineux ni trop petits. Thomas s’interrogeait sur les efforts nécessaires pour obtenir un corps aussi parfait… Ses yeux découvrirent enfin son visage. Thomas ne le croyait pas. Il était tout simplement parfait. Le temps s’était comme arrêté. Son teint frais et lumineux le surprit. Ses traits étaient anguleux, sa bouche sensuelle traçant un sourire magnifique découvrant des perles blanches et éclatantes. Il avait un nez romain, à la fois robuste et masculin, et montrant cependant une certaine sensualité. Ses cheveux ternes mais étincelants sous les lumières de la scène lui arrivaient à la mâchoire, et ornaient son visage. Et enfin, ses yeux clairs brillaient de mille feux, et son regard perçant traversait la foule avant de se poser sur celui de Thomas. Il ne savait que faire. Était-il vraiment en train de le regarder ? Thomas n’eut le temps de réagir, la scène se vida pour la prochaine partie du spectacle. Thomas resta fasciné.

Il scrutait le plateau pour revoir ce danseur dont il ne connaissait même pas le nom, mais dont il savait qu’il l’aimait de tout son cœur. Ses oreilles bourdonnaient, il entendait à peine la musique… Sa poitrine palpitait et son souffle était saccadé.

La pièce était Le Lac des Cygnes, et son cœur s’emporta à chaque apparition du danseur, qui jouait le prince. Il redécouvrit l’histoire, le sort de la pauvre Odette, le prince devant choisir une femme pour se marier. Il tombe amoureux d’Odette, mais est leurré par la fille du sorcier qui est une copie maléfique de cette dernière. La pauvre meurt de chagrin et le prince ne le saura jamais… Cependant il était assez difficile pour Thomas de se concentrer sur cette magnifique histoire, car la beauté du prince, digne d’Apollon lui-même, le distrayait à chaque fois qu’il l’apercevait.

Le spectacle fini, Thomas ne voulait pas partir, comme un jeune enfant qui aurait refusé de s’en aller. Il vérifia son téléphone portable pour l’heure. Dix-sept heures et quart.  Toute la salle se leva et se déplaça vers la sortie. Cependant, Thomas, au lieu de suivre ses parents vers la lumière éblouissante du jour, se retourna et alla vers les coulisses, persuadé que leurs destins allaient et devaient à présent s’entremêler. Tel que Tyché, la déesse du destin l’eut choisi elle-même. 

« On t’attend dans la voiture ! » signale une voix lointaine, insignifiante.

Thomas retrouva enfin son inspiration. Il savait à présent qu’il adorait l’art. Il sentait qu’il pouvait écrire mille partitions de piano sur cet être divin.

Il ouvrit la lourde porte en bois des coulisses et chercha la cabine du prince. Il la trouva enfin, il lut « Noah Gallo, Le Prince ». Il toqua timidement, et entendant une voix qui lui indiqua qu’il pouvait entrer, et il l’ouvrit. Noah était assis devant un miroir. Thomas s’aperçut à peine dans la glace, ses cheveux blonds mal coiffés, ses yeux émeraude soucieux mais doux. Sa barbe commençait à pousser, ce qui rendait son visage chaleureux. Mais malgré celle-ci, on apercevait quand même ses joues rougis par l’émotion. Il mit ses mains dans les poches pour en faire quelque chose. Il remarqua que sa posture était maladroite, et se raidit, il montrait désormais toute sa grandeur et ne se voyait plus dans le miroir. Noah se retourna pour l’observer de haut en bas avant de poser son regard sur celui de Thomas pour la deuxième fois. Les coins de ses lèvres rose pâle se levèrent à peine, créant un sourire contrôlé mais provoquant, comme si le danseur attendait le spectateur.

 

Jamila G., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

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Devoir de YOLO100304 :

 

 

Je fus réveillé par l’agitation de la rue. Je récupérai mes maigres provisions, et décidai de partir. Je quittai l’étable et me retrouvai dans la rue. C’est alors que j’aperçus mon reflet dans une flaque d’eau ; ces seize années passées à travailler m’avaient formé et endurci. Ma vivacité, ma persévérance et mes aptitudes au combat m’avaient accordé les faveurs de mon maître. Mes yeux vairons, bleu et vert, mon nez fin et mon allure me rappelaient mon père…

J’arrivais au port, sous la chaleur des rayons du Soleil. Leur lumière m’éblouissait et me réchauffait agréablement. Les voiles triangulaires, ocres et pourpres, des barques de pêcheurs se gonflaient au gré d’Eole, jouant avec les hauts mâts et les cordages. Le cri aigu des mouettes rythmait l’activité du Pirée. Au loin, à l’horizon, arrivait un bateau de commerce phénicien chargé de coquillages qui serviraient à la fabrication de la pourpre, si précieuse. L’air marin me rappelait mon enfance sur une petite île du Péloponnèse, Zachyntos. Les étales des commerçants se remplissaient des magnifiques poissons apportés par les pêcheurs.

Enfin, j’arrivai sur le quai du port militaire du Pirée, où était arrimée la trière sur laquelle je devais embarquer pour la guerre contre Sparte. Je ressentis une joie extrême ; moi, Démétrios, esclave fraichement affranchi, allais enfin pouvoir prendre ma revanche sur Sparte, qui m’avait volé mon père. C’était mon premier acte d’homme libre ! Tandis que j’avançai, pressé par une foule agitée par les préparatifs du départ en guerre ; j’aperçus alors une élégante silhouette, qui se rapprochait de moi, telle Aphrodite, fine et élancée, dans sa magnifique robe ; elle attira mon regard. Sa tunique était d’un blanc immaculé, aussi pure qu’un nuage ; sa légèreté vaporeuse me fit frissonner. C’est alors que je la découvris…

Sa chevelure brune était en partie retenue par un diadème, composé de perles et d’argent ; quelques longues boucles retombaient gracieusement sur ses épaules arrondies. Sa belle peau dorée, mise en évidence par la blancheur de sa tunique, resplendissait de mille feux, dans cette foule morne et uniforme. Je considérai son visage arrondi, gai, vif ; elle avait les traits fins, expressifs et réguliers, exprimant son bonheur infini. Sa bouche entrouverte, était délimitée par de minces lèvres d’un rouge vif, telle la flamme qui brûlait en moi ; laissait apparaitre de belles dents, rappelant les perles de sa coiffe. Je m’approchai, plein d’espoir, ses sourcils exprimaient sa douceur et ses longs cils ombrageaient ses magnifiques yeux de braise, qui me fascinèrent immédiatement, me captivèrent et m’emprisonnèrent…  J’eus l’impression de perdre ma liberté si durement acquise, et reprise par un simple regard, de feu, qui m’avait atteint en pleine poitrine, telle une flèche d’Eros. Je me trouvai envoûté, frémissant devant cette beauté divine.

Je décidai de lui parler, pour savoir qui elle était. J’avançai, timidement, quand soudain un porteur d’eau me bouscula, m’éloigna d’elle, de son regard. Je tentai de la rejoindre, mais le porteur n’était pas seul, une caravane de porteurs d’eau, lui succéda, me séparant d’elle. La foule nous emporta et nous sépara définitivement, elle disparut. C’est ainsi que je me rendis compte à quel point elle comptait déjà pour moi. On eut cru que les dieux eux-mêmes s’opposaient à notre union.

J’embarquai pour la guerre…                         

 

YOLO100304, 2nde section internationale, décembre 2018.

 

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Devoir de Lou P. :

 

En sortant du Café Florian, un des plus illustres cafés de la ville, Alfred prit le chemin menant à la Fenice. L’air frais du mois de février lui fit reboutonner sa veste. Il avait entendu dire que cet hiver 1829 était le plus froid depuis le Grand Hiver de 1709. Il en frissonna et regarda l’heure sur sa montre. Il était déjà en retard et accéléra le pas. En arrivant, il se dirigea directement vers la file afin d’acheter son billet. Durant cette attente qui lui sembla interminable, son regard se perdit dans la cohue. Les femmes portaient de larges chapeaux de couleurs vives et les hommes avaient revêtu leurs plus beaux costumes. L’excitation était à son comble. Des rires fusaient ça et là.

                Alfred commençait à s’impatienter, lorsqu’il aperçut au loin un ange tombé du ciel. Ses yeux bleus vous transperçaient en un regard et sa chevelure brune et soyeuse attirait l’attention de la foule. C’était l’homme le plus charmant qu’Alfred avait jamais rencontré. Il portait une veste de velours avec un pantalon assorti ainsi qu’une magnifique chemise de soie blanche. En le voyant, Apollon aurait frémi de jalousie. Il portait également un chapeau haut de forme blanc comme neige qui faisait ressortir son doux visage. Il paraissait plus doux encore que la peau d’un enfant. Le cœur d’Alfred battait la chamade, il était véritablement envoûté par cette créature divine. Il crut ne jamais pouvoir décrocher son regard de lui.

                Mais tout à coup, il se sentit honteux et son visage s’empourpra, mal à l’aise d’éprouver de tels sentiments à l’égard de cet homme. Ces sentiments interdits qu’il s’efforçait de rejeter à chaque fois, mais cette fois-là était de trop. Alors il voulut s’enfuir mais la densité de la foule l’en empêcha et il se heurta alors à ce ravissant individu qui lui parut encore plus beau de près. Il sentait l’eau de Cologne et le dégoût d’Alfred envers ses propres considérations pour cet homme s’amplifia.

                Une grande femme blonde interpella alors cet être si captivant : - « Ciao Romeo, come stai ? ». Et même si le faible niveau d’italien d’Alfred ne lui permit pas de comprendre entièrement la phrase, il comprit que cet homme à l’allure d’un dieu grec portait le même prénom que l’homme incarnant au mieux dans la littérature l’amour impossible. Alfred décida donc de rester assister au spectacle…

 

Lou P., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

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Devoir de Tess L-Martinez :

 

                Le 8 novembre 2018, après une longue et pénible semaine de travail, Lou, Ellia et Georgia, mes amies les plus proches depuis mes treize ans, m’avaient proposé d’aller en discothèque ; Une boite branchée située à Madrid qui s’appelait WE. Loulou, Elli et Gee savaient que ma situation amoureuse se limitait tristement à des déceptions et une peur incontrôlable de l’inconnu. Il était minuit environ quand nous nous dirigeâmes vers cette grande salle aux milles projecteurs de toutes les couleurs. À ma droite se trouvait le bar en bois et en imitation or et son barman. A ma gauche, la foule, une grande étendue de centaines de personnes qui se déchainait sauvagement. La salle sentait un mélange d’alcool, de sueur et de déodorant. J’étais d’humeur morose, je n’avais pas envie d’aller danser alors je m’étais assise sur le siège rouge qui brillait grâce à des milliers de petites paillettes dorées collées aux accoudoirs boisés.

 

                Je laissai mes amies un instant le temps de refaire ma toilette et retoucher mon maquillage. En entrant dans les toilettes aux murs tremblants à cause des basses puissantes de la musique, je restai figée   devant le miroir. J’observais la femme, grande, blonde, avec son regard indéchiffrable profond que j’étais devenue. Je baissais mon regard vers ma robe rouge pourpre, moulante et décolletée et me mis à réfléchir à la dernière fois que j’avais portée ce genre de tenue. Je ne m’en souvenais plus. Soudain, le bruit sourd de la musique me fit ressortir de mes pensées et je retournai avec mes amies sur mon canapé vermeil.

 

                Je buvais tranquillement mon cocktail mojito quand tout à coup, je vis apparaître une créature troublante. La discothèque était grande mais on ne voyait qu’elle malgré sa petite taille. Elle avait de long cheveux bruns aux racines et violet pastel sur la longueur. Son visage fin laissait apparaître une bouche pulpeuse, bien dessinée et un sourire éclatant. Elle se tourna et me fixa avec ses yeux noisette en amande et m’envouta tout aussitôt. J’avalai ma salive et me levai. Elle m’entraina sur la piste de danse et se colla à moi. Quand elle ondulait son corps d’un bout a l’autre de la boite et posait ses mains sur mes hanches et moi dans ses cheveux court et soyeux, je ne voyais plus qu’elle. C’était comme si le monde autour de nous s’était arrêté et que la foule nous regardait avec envie. Je sentais son souffle et ses lèvres sur mon cou, et rajouté à cela son doux parfum floral et ambré qui faisait resurgir la femme élégante, sensuelle, mystérieuse et même profondément douce qu’elle était. Cet être surnaturellement beau me donnait la chair de poule malgré la forte chaleur qu’elle avait créé en moi. Elle avait réussi à me faire oublier tout l’ennui de ma routine avec son touchée et sa peau de velours bronzée. Cet ange tombé du ciel me laissa bouche bée, j’en avait perdu mes mots et il était impossible pour moi de ne pas la regarder avec une profonde admiration. Comment est-ce possible ? Qui es-tu ? Ces questions trottaient dans ma tête au fur et à mesure que les heures passaient. 

 

                A quatre heures du matin, mes amies voulaient rentrer, j’ai donc demandé à cette jeune femme comment elle s’appelait et si je pouvais la revoir.  Aussitôt, je la vis s’éclipser vers le comptoir, se faufilant entre les gens encore dansant. Elle revint quelques minutes plus tard avec un papier sur lequel était écrit :

« Laure, 06.51.26.99.14 » Mon cœur se mit à battre la chamade mais quand je relevai la tête, elle m’embrassa langoureusement et disparut dans la foule. Elle n’était plus là. Je restai debout quelques minutes, paralysée par des frissons intenses. Je me rassis sur mon siège rouge brillant, mon mojito à la main, et un vide enfin comblé dans mon cœur, pensant à la prochaine fois que j’allais pouvoir la revoir.

 

               

Tess L-Martinez, 2nde section internationale, décembre 2018.

 

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Devoir d’Annamaria T. :

Focalisation interne alternée (la scène est vue par les yeux de l'amoureux puis par ceux de la femme qu'il rencontre)

 

Le luxueux bateau de plaisance se balançait mollement sur la mer scintillante des éclats de lumière d'un soleil radieux.

Le mois de juillet me trouvait, en cette année 1880, à exercer mes compètences de mécanicien sur “If Only”, le bateau de luxe sur lequel le riche armateur italien Alberto Ferrari m'avait engagé. Le somptueux bateau était provisoirement amarré au port de Monaco, sur la Côte d'Azur. Je venais de vérifier soigneusement l'état du moteur. Le capitaine et moi-même nous hâtions de tout régler pour le départ imminent du voilier dès que Madame Diana Ferrari paraîtrait. Le fiacre approchait et l'agitation à bord grandissait.

Les portières du fiacre s'ouvrirent et je remarquai que Madame Diana et son mari étaient accompagnés de deux autres personnes, des femmes, dont je ne distinguai d'abord que les silhouettes. Le petit groupe approcha du bateau et je fus vaguement attiré vers le mouvement dansant d'une robe sur une peau mate et par la démarche gracieusement chaloupée de celle qui la portait.

L'homme et les trois femmes empruntèrent successivement la passarelle qui menait du ponton à l'embarcation. La dame à la robe dansante monta la dernière. Sous son ombrelle, son regard jusqu'alors baissé se leva vers moi. Le choc fut instantané. La beauté veloutée de ses yeux noirs légèrement bridés dans un visage de type asiatique qu'ornait également une bouche fraîche et pulpeuse comme une rose tout juste épanouie fit chavirer mon coeur définitivement. J'eus immédiatement le désir de garder ce regard à la fois doux et profond posé sur moi pour le reste de ma vie.

“Qui est cet homme qui me regarde avec autant d'insistance? Je n'aime ni sa coiffure négligée, ni cette moustache trop longue. Et puis il a trop d'embompoint. Et puis ces yeux bleu trop brillants....S'il se croit séduisant, il se trompe! En tout cas, ce n'est vraiment pas mon type!”

Voilà ce que pensait ma belle en me découvrant pour la première fois et qu'elle me raconta bien des années plus tard. Et moi, devenu en quelques secondes un amoureux transi, je m'extasiais sur cette belle aux traits et à l'allure exotiques dont les yeux noirs, doux écrins d'une sombre et profonde lumière venaient de s'aliéner mon coeur. Fréderic Moreau découvrant Madame Arnoux dans le roman de Flaubert ne dut pas être plus bouleversé par cette rencontre que je le fus moi-même ce jour-là.

La dame passa devant moi, superbe et indifférente tel un oiseau charmant qui ne me voyait pas...

Ma vie venait de changer à tout jamais.

 

Annamaria T., 2nde section internationale, décembre 2018.

 

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Devoir :

 

C’était le 8 juillet 2018. Le ciel bleu était recouvert d’une épaisse couche de nuages éméché lorsque je mis enfin pieds à terre. Je venais d’aboutir un trajet d’une heure en bus de l’aéroport de Madrid. Se trouvant désormais au milieu de la campagne espagnole, je découvris finalement, après avoir rêvée de ce moment pendant si longtemps, mon camp de vacances, El Fresno, ou j’allais demeurer pendant deux semaines. C’était la première fois que j’allais me séparer de ma famille pendant autant de temps, mais étrangement, je ne ressentais aucune angoisse. Les champs secs occupés par des vaches, laissaient échapper une odeur âcre de fumier. La valise à la main je m’élançais tranquillement vers l’immense portail en métal à l’entrée du camp. Simultanément je cossais avec une Canadienne prénommée Karen avec qui je m’étais assise dans le bus. Nous marchions sur une espèce de rue pavée entourée de maisons cachées dans des buissons et des arbres fleuris. C’était très accueillant.

Je sortais mon téléphone et l’allumais discrètement afin de vérifier si j’avais reçu des messages de mes parents, les croyants inquiets de me laisser partir toute seule pour la première fois. Je n’avais rien reçu. Même pas un message. Apparemment mes parents s’en sortais très bien sans ma présence. Vexée, j’ouvrais la camera frontale de mon appareil pour me recoiffer. Effectivement j’en avais grand besoin. Mes cheveux blonds bouclés étaient encore plus ébouriffés qu’auparavant et mes yeux vert étais gonflés de fatigue après le voyage. Je passais vivement mes mains dans ma chevelure, tentant de rattraper ce désastre, sans succès. Derrière moi ma petite ombre me suivait entouré de celle de nombreuses autres personnes toutes beaucoup plus grande que moi.

 Une fois tous rassemblés dans la grande salle de réunion au bout de la rue, les moniteurs expliquaient les règles les plus importantes et le fonctionnement du camp, puis nous proposaient de participer à des jeux afin de sociabiliser avec les autres. Alors ils épelaient des noms pour nous repartir en différents groupes. Just avant d’être appelé j’entendais le nom ‘Patrick Domsa’. Je ne sais pourquoi mais se nom avait un effet surprenant sur moi contrairement aux autres. Une curiosité s’était emparé de moi. J’étais intriguée de voir à quoi ressemblait cet individu dont le nom m’avait tant intéressé pour une raison que j’ignorais.

 J’entendais quelqu’un se lever derrière moi et je me tournais pour voir. Soudainement mon cœur se mettait à battre très fort. Je sentais la flèche de Cupidon me cibler. C’était le plus beau garçon que j’avais vu de ma vie. Il se tenait debout, les bras croisés devant moi, ses yeux verts perçant et ses cheveux bruns scintillants même en se temps monotone. Il avait un charme qui me donnait une sensation désagréable de papillon dans le ventre. Ni trop grand ni trop petit, ni trop mince ni trop empâté. Il était parfait. Nous échangions un regard et il me sourit avec des dents irréprochables. Je m’empourprais d’embarras. Je l’admirais avec une adoration dévouée. C’est là que je savais qu’il allait prendre une grande place dans ma vie. Qu’il allait me rendre heureuse comme jamais vécu, mais qu’il allait aussi me faire souffrir de même. Je l’aimais comme je n’avais jamais aimée personne auparavant et cela me faisait peur.

Décembre 2018.

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Devoir d’Emile S. :

Les nuages épais disparaissaient peu à peu au dessus de la ville d’Oxford pour laisser place en ce début de soirée à une lune qui semblait éclairer les contours de la prestigieuse université King’s College dont les locaux avaient abrité l’élite de l’aristocratie londonienne. Édifiée au XII-ème siècle par le roi Henri II, elle fût considérée depuis lors comme la meilleure université du Royaume-uni. En ce début de l’année 1905, rien ne semblait avoir terni la beauté de son architecture et j’admirais ce château majestueux, ces pierres grises sur lesquelles une lumière dorée semblait donner à ce « vieux » monument un éclat flamboyant. Je restais longtemps à le contempler, hypnotisé par son immensité. La vielle bâtisse orgueilleuse enveloppait toute la ville et la campagne dans son ombre solennelle.

J’avais décidé de rejoindre mon hôtel dans lequel je séjournais depuis une semaine dans le cadre de mes études en littérature Anglaise en me promenant à travers la ville. Jeune provincial, je quittais pour la première fois ma Normandie natale et le confort de ma demeure et je ressentais déjà une certaine nostalgie malgré l’excitation d’une nouvelle vie. Je marchais précipitamment, saisi par le froid et la faim quand une sensation d’oppression me fit ralentir. Ne pouvant presque plus respirer, je m’étais assis sur un banc de la King Eduard street et c’est en voulant reprendre mes esprits que je levais les yeux et découvris ce haut-lieu de l’excellence britannique. Tout en essayant de me calmer, je restais sur ce banc, comme hypnotisé par la majesté du lieu, respirant la fraîcheur du soir, le bruit du vent doux et régulier m’apaisant peu à peu. Je ne sais pas combien de temps j’étais resté ainsi, égaré dans mes pensées mais je compris que ce séjour ne serait parfait que si je pouvais rencontrer quelqu’un avec qui partager mon expérience. La solitude me paraissait terrifiante et j’avais besoin d’un ami. J’avais toujours eu une très faible estime de moi même, considérant que mon physique commun et mon intelligence moyenne n’attiraient que peu de personnes. Je m’étais résigné à cet état ne trouvant de consolation que par une lecture compulsive des grands auteurs français et anglais des siècles passés.

J’étais toujours assis sur mon banc lorsque j’aperçus une haute silhouette s’approchant rapidement de moi. Je restais immobile, retenant mon souffle mais elle continua son chemin sans paraître m’avoir vu. Ce passage si bref soit-il, produisit en moi un mélange de sentiments. En quelques secondes, j’avais vu un homme d’une très grande stature, vêtu d’un pardessus en cachemire fumant un cigare dont l’odeur se mêlait à un parfum de musc et d’ambre, un homme qui me semblait être tout ce que je n’étais pas. Plus tard, je ne pourrais jamais m’expliquer pourquoi j’avais décidé de le suivre et de l’aborder. D’un naturel timide et renfermé, très mal a l‘aise en société j’étais toujours pris d’une grande honte lorsque je devais m’adresser à autrui. Je n’avais aucun ami, au mieux quelques camarades et encore moins de relations amoureuses.

A ce moment là pourtant, je me levai et commençai à suivre un inconnu qui m’apercevant, accéléra l’allure. Je dus marcher de plus en plus vite, ma respiration devenant plus difficile, mon cœur tambourinant dans ma poitrine, proche de évanouissement. Pourtant je continuais à avancer, je devais absolument lui parler. Lui poursuivait son chemin sans se retourner, empruntant des ruelles de plus en plus sombres et étroites avec le sentiment évident de vouloir me perdre. C’est pourquoi je fus aussi surpris et confus que honteux quand je le heurtais. Visiblement, cette rencontre n’était pas fortuite. Il m’attendait et avec une voix profonde et grave il me demanda pourquoi je le suivais. Il n’avait pas l’air furieux ni agressif, plutôt curieux et intrigué devant une situation si contraire à toutes les règles de la bienséance. Il me regardait intensément et je ne réussis seulement qu’à balbutier quelques brèves onomatopées avant de lui demander, à ma plus grande surprise d’ailleurs, l’heure qu’il était. Je sentis alors une main me prendre le bras et dégager la manche de mon manteau dévoilant mon poignet. Je ne sais plus combien de temps j’ai cessé de respirer, combien de temps sa main est restée sur la mienne, ni même si je ne me suis pas évanoui mais quand j’ai ouvert les yeux, la lune étincelait malgré une minuscule tâche sombre. L’homme ralluma son cigare et me dit : « continuons le chemin ensemble, voulez-vous ? » Je ne savais pas où me conduirait ce chemin ni combien de temps nous resterions ensemble mais je pris une immense inspiration et je le suivis.

 

 

Emilie S., 2nde section internationale, décembre 2018.

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Devoir de Felix : 

Les assourdissantes détonations des obus et des rafales qui s’abattaient sur Dresde, résonnaient orageusement dans mon oreille. Je percevais depuis mon lit, la fumée et les cris qui envahissaient la ville et qui chaque jour, paraissaient plus vrais, plus puissants, et, aussi interminables et épouvantables que la punition de Prométhée. Le parfum lourd et désagréable de la fumée me montait à la tête, de sorte à faire apparaitre chez moi, d’importants maux de tête m’empêchant de m’assoupir. J’ai alors passé la nuit entière à observer les bombardiers qui, avec flegme, lâchaient leurs obus réduisant à chaque fois un peu plus la ville déjà réduite de moitié depuis le début de la guerre. Les cris des femmes et des enfants terrifiés qui venaient sûrement de perdre un proche où d’y échapper de justesse me rendaient triste, et m’emplissaient de haine et de désir de vengeance. Malheureusement, ma blessure au niveau de ma jambe m’empêchait de pratiquer une quelconque activité physique qui requérait l’usage des deux jambes.

Le soleil se levait enfin. Il était d’un rouge sanglant. Sa lumière écarlate éclairait toute la région de façon à ce qu’on se crût dans un sinistre conte, où régnaient les ténèbres et la destruction. Hélios, dieu du soleil, devait lui aussi trouver les idées et actes d’Hitler effroyables, à tel point qu’il semblait vouloir faire ressembler l’Allemagne à un pays dans lequel les ténèbres et l’horreur étaient dominants.

Pourtant, plus l’aube approchait, plus mon esprit s’apaisait et mes maux de tête s’estompaient. Si bien, que le lever du soleil venu, je m’endormis si brusquement qu’on y crût voir un évanouissement. A mon réveil, je distinguai un bon nombre d’infirmiers et de médecins autour de mon lit. Une fois que mes yeux s’étaient habitués à la lumière, je constatai qu’à part les médecins, il n’y avait plus personne dans l’hôpital. De plus, le peu de personnes qui étaient encore présentes avaient l’air inquiet et hâté de partir. Je dus partir bousculé et désorienté du bâtiment. Une fois arrivés je compris que nous avions été transférés dans un autre établissement, et le personnel m’expliqua que le déplacement était dû à l’avancée de la ligne de front de l’ennemi.

En sortant du transport, je vis une femme d’une beauté éblouissante. Son visage parfait, ses cheveux bruns et soyeux, ses épaules douces et légèrement hâlées, son buste aux courbes incomparables, dissimulées sous sa blouse, mais aussi son pelvis et ses hanches arrondis faisaient d’elle, une déesse de la beauté, un être céleste auquel j’appartenais entièrement et auquel j’étais incapable de faire un quelconque mal. Je restai alors là, bouche bée, immobile, comme ensorcelé par le charme de sa beauté divine. C’est alors qu’elle me dit : « Vous venez, monsieur von Manstein ? » Cette voix, était d’une douceur, d’une délicatesse sans égales. Moi, mon corps, mon esprit, tout mon être ; elle l’avait, elle m’avait envoûté. Je ne répondis pas, et étais complètement désemparé par sa splendeur et ses paroles dignes d’Hélène, si ce n’est Aphrodite. Elle posa à nouveau une question, semblable à la précédente, mais cette fois-ci avec un ton plus maternel et plus empathique : « Qu’y a-t-il, monsieur von Manstein ? Venez donc. » Je finis par bouger légèrement mes bras, afin de faire avancer le fauteuil sur lequel j’étais assis. Je la suivis jusqu’à ma nouvelle chambre où je pus m’allonger sur mon lit et converser avec elle, pendant qu’elle renouvelait les pansements de ma blessure.

Le temps passa, mais malgré mes efforts, la femme dont je venais de tomber amoureux, parti une fois qu’elle eut fini de penser mes plaies, sans avoir eu l’air de s’être vraiment intéressé à moi.

J’avais ce jour-là, malgré l’avancée de la ligne de front de l’ennemi, repris espoir en la victoire de mon pays et goût à la vie, qui n’était depuis ma blessure que tristesse et désespoir. Je ne voyais plus le monde de la même manière. Les bâtiments et les villes se reconstruisaient, les habitants semblaient tout aussi joyeux que les villes, et leurs cris étaient perçus à mon oreille comme des chants de bonheur et d’épanouissement. Les militaires faisaient leur parade nuptiale et les bombardiers lâchaient des fusées et feux d’artifices au-dessus des villes. Je me voyais, au milieu de ces paysages joyeux et colorés, errer avec elle, pendant des heures, pendant des jours, sans rien faire, sans rien dire, jusqu’à mourir, comblé par mon bonheur.

Félix, 2nde section internationale, décembre 2018.

 

 

 

 


Date de création : 03/12/2018 @ 14:00
Dernière modification : 08/12/2018 @ 16:02
Catégorie : Copies d'élèves 2018/2019
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