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Cours de français 2nde 1 - Cours du lundi 23 mars 2020

2nde

Séquence n°5

 

Œuvre intégrale n°3 : Phèdre (1677) de RACINE

 

Problématique : de quelle manière Phèdre incarne-t-elle le déchirement tragique ?

 

Lecture transversale n°1

 

Partie 2/3

 

 

ANALYSE DE LA MISE EN SCENE DE PHEDRE PAR P. CHEREAU (2003)

 

 

Enregistrée en avril 2003 à l’Odéon-Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier.

Avec Dominique Blanc (Phèdre), Éric Ruf (Hippolyte), Pascal Greggory (Thésée), Michel Duchaussoy (Théramène), Christiane Cohendy (Œnone), Marina Hands (Aricie), Nathalie Bécue (Panope), Agnès Sourdillon (Ismène).

 

 

II)                LA RÉPRESSION DU DÉSIR

 

Quel rôle joue le corps dans cette mise en scène ? Analysez l'expression du désir en vous appuyant sur la gestuelle de Phèdre dans les scènes I, 3 et II, 5. Puis montrez la contradiction du désir dans la gestuelle d'Hippolyte, d'Aricie et de Thésée dans les scènes II, 2 et et IV, 2.


- Les personnages ne sont plus livrés aux dieux mais aux désirs amoureux qu’ils répriment. La passion qui est présentée comme une lutte entre l’instinct et la culpabilité émane donc du corps et se manifeste par le corps.

Ex : Les hommes qui ont le torse nu sous leur veste aiguisent le désir des femmes en montrant et dissimulant leur corps à la fois.

 

-Phèdre : elle quitte à regret son antre (1) noire qui renferme l’interdit et paraît ployée, prostrée, honteuse de venir à la lumière. Toute son apparition en scène est marquée par la brûlure physique, la culpabilité se manifeste par des réactions épidermiques quand elle ôte fébrilement ses bracelets, artifices odieux d’une coquetterie jugée condamnable. À plusieurs reprises, elle exprime son désir et le chasse en portant sa main sur le cœur, signe de sensualité mais aussi de contrition (2). Elle se cambre et ploie sans cesse en femme désolée mais l’attention est ainsi portée sur le bassin comme si la malédiction de Vénus venait de ses entrailles.

 

- Sa relation avec Œnone : elle est physique autant qu’affective : la peur à l’annonce du retour de Thésée s’exprime par un savant jeu de mains entraînant et rejetant tour à tour la confidente dans une fuite impulsive. De même, Œnone conjure (2)  sa maîtresse de ne pas mourir en enlaçant à genoux la taille de Phèdre.
 

- L’aveu à Hippolyte : Phèdre, à la fois agitée et languide (3), trahit toute la force du désir : elle respire l’odeur du jeune prince, s’adosse à lui, caresse sa tête. Mais comme toujours, la passion s’accompagne de signes du déni du désir : elle confesse son amour penchée, la tête baissée et son corps ne s’offre qu’au glaive d’Hippolyte effrayé par l’aveu d’un désir qui lui fait horreur.
 

- Le tragique repose essentiellement sur cette conception de l’amour honteux :

→ Aricie et Phèdre couvrent leur visage de leurs mains quand elles racontent chacune à leur tour l’émoi éprouvé à la vue du « superbe Hippolyte ».


→ Quand les deux amoureux, Hippolyte et Aricie, déclarent leur amour dans des paroles pleines de tendresse, les corps s’attirent et se fuient. Un visionnage de la scène sans le texte permet aisément de le vérifier : Hippolyte s’avance tandis qu’Aricie recule. Le jeune homme honteux se jette aux genoux de la belle captive, puis Aricie cache son visage dans son col blanc et se rapproche de l’homme qu’elle aime en s’agenouillant à son tour. Les mains se cherchent, se frôlent et s’esquivent. Puis, Hippolyte se jette dans les bras d’Aricie, mais celle-ci le repousse tout en le retenant fébrilement.

 
- La relation filiale Thésée-Hippolyte est également marquée par ce refus de montrer ses émotions :

→ Les retrouvailles entre le père affectueux et le fils inquiet donnent lieu à une furtive étreinte, qui est en même temps un tressaillement d’aversion (4). Hippolyte fuit son père lorsqu’il approche, puis se prosterne devant lui.

→ Après les calomnies d’Œnone, Thésée bannit son fils en le foulant de ses pieds. En écho à l’aveu de Phèdre d’un amour incestueux, la menace du glaive sur le cœur se répète et Thésée déploie toute sa haine en jetant au loin le corps d’Hippolyte.

→ En apprenant la mort de son fils (voir le dénouement : acte V scène 6 et 7), le roi s’effondre au milieu du public. Le corps si détesté envahit cependant la fin de la pièce : c’est le sang d’Hippolyte qui macule (5) les bras d’Aricie et dont Thésée se couvre le visage comme pour porter un masque de douleur. C’est le corps tant désiré d’Hippolyte qui s’exhibe mutilé. Patrice Chéreau, le metteur en scène, prend des libertés avec la règle de bienséance classique qui interdit le sang sur scène. Cela s’explique par le fait que cette mise en scène a lieu au XXIème siècle.

Lexique :

1.      Antre : lieu, pièce où l’on s’isole des autres. Lieu obscur, mystérieux, dangereux.

2.      Conjurer : supplier.

3.      Languide : alanguie, languissante = en état de souffrance due au manque.

4.      Aversion : détestation, haine.

5.      Maculer : tacher.

 

 

 

 


Date de création : 23/03/2020 @ 09:53
Dernière modification : 23/03/2020 @ 09:55
Catégorie : Cours de français 2nde 1
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