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Cours de français 2nde 12 - Cours du jeudi 26 mars 2020

Séquence n°5

 

Œuvre intégrale n°3 : Phèdre (1677) de RACINE

 

Problématique : de quelle manière Phèdre incarne-t-elle le déchirement tragique ?

 

Lecture transversale n°1

 

Parties 2/3 et 3/3

 

 

ANALYSE DE LA MISE EN SCENE DE PHEDRE PAR P. CHEREAU (2003)

 

 

Enregistrée en avril 2003 à l’Odéon-Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier.

Avec Dominique Blanc (Phèdre), Éric Ruf (Hippolyte), Pascal Greggory (Thésée), Michel Duchaussoy (Théramène), Christiane Cohendy (Œnone), Marina Hands (Aricie), Nathalie Bécue (Panope), Agnès Sourdillon (Ismène).

 

 

II)                LA RÉPRESSION DU DÉSIR

 

Quel rôle joue le corps dans cette mise en scène ? Analysez l'expression du désir en vous appuyant sur la gestuelle de Phèdre dans les scènes I, 3 et II, 5. Puis montrez la contradiction du désir dans la gestuelle d'Hippolyte, d'Aricie et de Thésée dans les scènes II, 2 et et IV, 2.


- Les personnages ne sont plus livrés aux dieux mais aux désirs amoureux qu’ils répriment. La passion qui est présentée comme une lutte entre l’instinct et la culpabilité émane donc du corps et se manifeste par le corps.

Ex : Les hommes qui ont le torse nu sous leur veste aiguisent le désir des femmes en montrant et dissimulant leur corps à la fois.

 

-Phèdre : elle quitte à regret son antre (1) noire qui renferme l’interdit et paraît ployée, prostrée, honteuse de venir à la lumière. Toute son apparition en scène est marquée par la brûlure physique, la culpabilité se manifeste par des réactions épidermiques quand elle ôte fébrilement ses bracelets, artifices odieux d’une coquetterie jugée condamnable. À plusieurs reprises, elle exprime son désir et le chasse en portant sa main sur le cœur, signe de sensualité mais aussi de contrition (2). Elle se cambre et ploie sans cesse en femme désolée mais l’attention est ainsi portée sur le bassin comme si la malédiction de Vénus venait de ses entrailles.

 

- Sa relation avec Œnone : elle est physique autant qu’affective : la peur à l’annonce du retour de Thésée s’exprime par un savant jeu de mains entraînant et rejetant tour à tour la confidente dans une fuite impulsive. De même, Œnone conjure (2)  sa maîtresse de ne pas mourir en enlaçant à genoux la taille de Phèdre.
 

- L’aveu à Hippolyte : Phèdre, à la fois agitée et languide (3), trahit toute la force du désir : elle respire l’odeur du jeune prince, s’adosse à lui, caresse sa tête. Mais comme toujours, la passion s’accompagne de signes du déni du désir : elle confesse son amour penchée, la tête baissée et son corps ne s’offre qu’au glaive d’Hippolyte effrayé par l’aveu d’un désir qui lui fait horreur.
 

- Le tragique repose essentiellement sur cette conception de l’amour honteux :

→ Aricie et Phèdre couvrent leur visage de leurs mains quand elles racontent chacune à leur tour l’émoi éprouvé à la vue du « superbe Hippolyte ».


→ Quand les deux amoureux, Hippolyte et Aricie, déclarent leur amour dans des paroles pleines de tendresse, les corps s’attirent et se fuient. Un visionnage de la scène sans le texte permet aisément de le vérifier : Hippolyte s’avance tandis qu’Aricie recule. Le jeune homme honteux se jette aux genoux de la belle captive, puis Aricie cache son visage dans son col blanc et se rapproche de l’homme qu’elle aime en s’agenouillant à son tour. Les mains se cherchent, se frôlent et s’esquivent. Puis, Hippolyte se jette dans les bras d’Aricie, mais celle-ci le repousse tout en le retenant fébrilement.

 
- La relation filiale Thésée-Hippolyte est également marquée par ce refus de montrer ses émotions :

→ Les retrouvailles entre le père affectueux et le fils inquiet donnent lieu à une furtive étreinte, qui est en même temps un tressaillement d’aversion (4). Hippolyte fuit son père lorsqu’il approche, puis se prosterne devant lui.

→ Après les calomnies d’Œnone, Thésée bannit son fils en le foulant de ses pieds. En écho à l’aveu de Phèdre d’un amour incestueux, la menace du glaive sur le cœur se répète et Thésée déploie toute sa haine en jetant au loin le corps d’Hippolyte.

→ En apprenant la mort de son fils (voir le dénouement : acte V scène 6 et 7), le roi s’effondre au milieu du public. Le corps si détesté envahit cependant la fin de la pièce : c’est le sang d’Hippolyte qui macule (5) les bras d’Aricie et dont Thésée se couvre le visage comme pour porter un masque de douleur. C’est le corps tant désiré d’Hippolyte qui s’exhibe mutilé. Patrice Chéreau, le metteur en scène, prend des libertés avec la règle de bienséance classique qui interdit le sang sur scène. Cela s’explique par le fait que cette mise en scène a lieu au XXIème siècle.

Lexique :

1.      Antre : lieu, pièce où l’on s’isole des autres. Lieu obscur, mystérieux, dangereux.

2.      Conjurer : supplier.

3.      Languide : alanguie, languissante = en état de souffrance due au manque.

4.      Aversion : détestation, haine.

5.      Maculer : tacher.

 

 

 

 

III)             LA REPRÉSENTATION DE LA FATALITÉ

 

Comment la mise en scène parvient-elle à suggérer l'idée de fatalité ? Appuyez-vous sur le décor. Quels procédés permettent d'insuffler une dynamique tragique ?


Les héros grecs ont donc rejoint une humanité fragile, pitoyable, qui se condamne elle-même, et la culpabilité que chacun porte en soi remplace les dieux dans le mécanisme du tragique.


Cependant, un certain nombre d’éléments rappellent l’omniprésence de cette fatalité tragique sui pèse sur les personnages :

-          Les adresses répétées au Ciel, les yeux et les bras tournés vers le Ciel suggèrent que subsiste chez ces personnages le sentiment d’être écrasés par une implacable fatalité.

 

-          Le retour solennel de Thésée du monde des morts est accompagné d’une musique onirique.

 

-          L’éclairage enferme les héros solitaires dans un halo de lumière duquel ils ne peuvent s’échapper, même dans leur course poursuite. Phèdre, à l’annonce du retour de son mari, tente vainement de reculer au bord de ce halo qui la rattrape aussitôt.

 

-          Le glaive qui court de main en main tout au long de la pièce et vient prendre au piège Hippolyte avant d’être abandonné près de sa dépouille.

 

 

IV)             UNE NOUVELLE DISTRIBUTION DES RÔLES

 

Observez les parallélismes entre Phèdre et Hippolyte. Comment ce dernier est-il mis en valeur ? Comment les rôles féminins acquièrent-ils une nouvelle autorité face à Phèdre ?


Phèdre : tout au long de la pièce, elle semble ballottée par les événements, trébuche dans tous les pièges et perd toute maîtrise. La « fille du Soleil » déchue souffre de n’être qu’une femme en proie aux désirs. En conséquence, le rôle de Phèdre semble moins écrasant et offre ce que Chéreau appelle « une remise à niveau des rôles ».
 

Hippolyte : l’Hippolyte mûr joué par Éric Ruf apparaît comme un rival de son père. Son costume noir s’oppose au costume rouge de Thésée. Une colère sourde pleine de répugnance l’agite quand il conte les exploits amoureux de son père le séducteur. Le même effroi resurgit quand il évoque ses propres désirs ou entend ceux de Phèdre, comme si le libertinage du père imposait la chasteté au fils. Dès lors, la rivalité avec le père et la déclaration de son amour pour Aricie constituent des enjeux aussi importants que la passion qui déchire Phèdre.
 

Les femmes : Cette pièce, qui compte cinq femmes, présente ici des personnalités très différentes, chacune étant mise en valeur par sa spécificité.

-Ismène, qui sort des ténèbres comme un être fantomatique, est un démon très féminin et énergique qui se plaît à brandir les Enfers.

-La « timide Aricie » devient une jeune fille exaltée, coupable d’être captive, honteuse d’aimer le fils de son ennemi, mais capable de crier son courroux au roi redoutable pour réhabiliter l’honneur d’Hippolyte. Son corps tout en mouvement oscille et se courbe, suivant une chorégraphie qui lui est propre et fascine autant que celle de Phèdre.

-Œnone prend tour à tour des airs de sorcière capable des pires imprécations et des allures de religieuse guindée dans un tailleur gris sévère.

 

→ Cette mise en valeur soigneuse des différents personnages contribue à leur restituer une force et estompe la présence souvent très écrasante de Phèdre. Ce rééquilibre permet de prêter davantage attention à d’autres intrigues qui se jouent et laisse penser que Phèdre n’est pas la seule victime de l’interdit : elle vit ce qui tourmente une partie de l’humanité. Pour Chéreau, la tragédie de l’héroïne vient de ce que précisément elle pense être la seule à commettre le crime d’aimer.

 

Lexique :

·         Insuffler une dynamique tragique : donner un aspect tragique, mettre en évidence le registre tragique.

·         Onirique : en rapport avec le fait de rêver.

·         Etre ballotté : subir les mouvements qui viennent de l’extérieur, des autres.

·         Trébucher : perdre l’équilibre.

·         Etre en proie aux désirs : être victime des désirs.

·         Répugnance : dégoût.

·         Effroi : peur.

·         Libertinage amoureux : multiplier les partenaires amoureux.

·         Exaltée : passionnée.

·         Courroux : colère.

·         Réhabiliter l’honneur : rendre son honneur à quelqu’un.

·         Imprécations : paroles prononcées pour porter malheur à quelqu’un.

·         Guindée : raide.

·         Estomper : effacer peu à peu.

 

 


Date de création : 26/03/2020 @ 10:49
Dernière modification : 26/03/2020 @ 16:30
Catégorie : Cours de français 2nde 12
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