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Préparations 2008/2009 - 2nde 3

Cette préparation portait sur un extrait de Manon Lescaut, de l'Abbé Prévost. Elle intervenait dans le cadre d'un groupement de textes consacré à la rencontre amoureuse (objet d'étude consacré au genre narratif). Ce groupement comprenait par ailleurs un extrait de La princesse de Clèves, de Mme de Lafayette, et du Lys dans la vallée, de Balzac.

 

 

Préparation portant sur l’extrait de Manon Lescaut, de L’Abbé Prévost (XVIIIème siècle).

Préparation d'Aurore B. :

 

a)      Quels sont les éléments du texte qui montrent que l’un des personnages est naïf au contraire de l‘autre plus mûr ?

 

Dans cet extrait, les personnages se rencontrent pour la première fois. Le Chevalier Des Grieux tombe amoureux de Manon Lescaut et l’aborde.
On s’aperçoit dans cet extrait que le chevalier Des Grieux n’est pas habitué à regarder les femmes avec attention, ce qui nous indique qu’il n’a donc aucune expérience : « Elle me parut si charmante que moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention, moi dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me retrouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport » (lignes 4 à 9).

 En opposition à cela, Manon Lescaut est envoyée au couvent par ses parents « pour arrêter sans doute son penchant au plaisir » (ligne 24). La jeune fille est donc plus mûre. Elle a déjà un passé amoureux qui l’a amenée à aller au couvent : « car elle était bien plus expérimentée que moi » (ligne 22) nous indique qu’elle a déjà eu quelques relations amoureuses, contrairement au narrateur.

Cette rencontre amoureuse est vécue par Des Grieux comme une rencontre prédestinée comme en témoigne l’expression « ou plutôt l’ascendant de ma destinée » (ligne 35), mais aussi comme un sentiment extrêmement nouveau pour lui, qu’il n’avait jamais ressenti auparavant. Cela le rend naïf aux yeux du lecteur.

 

b)      Quels sont les manifestations du sentiment amoureux dans ce passage ?

 

Dans ce passage les manifestations du sentiment amoureux se font à travers le regard d’abord et la parole ensuite.

Le chevalier Des Grieux tombe sous le charme de Manon Lescaut : « elle me parut si charmante » (lignes 4-5) ; « je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport » (lignes 8-9). Malgré sa timidité, il va à sa rencontre naturellement : « loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur » (lignes 11-12). Ils discutent ensemble. Elle lui explique qu’elle est envoyée au couvent par ses parents. Le chevalier Des Grieux, après avoir entendu cela, est peiné. Il ne s’en cache pas et lui apprend ses sentiments à ce sujet : « L’amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs » (lignes 18-20) ; « je lui parlai d’une façon qui lui fit comprendre mes sentiments » (ligne 21)

Le chevalier connaît ses sentiments pour la jeune fille. Il sait qu’il est en train de tomber amoureux d’elle. C’est le prolongement de sa destinée : « mon amour naissant » (ligne27-28) ; « l’ascendant de ma destinée » (ligne 35). Il se sent très impliqué dans ses malheurs et lui promet que si elle avait confiance en son honneur, il la libérerait de la sévère autorité de ses parents : « la tendresse infinie qu’elle m’inspirait déjà, j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse. » (lignes 38 à 41). Cela donne une dimension hyperbolique à son récit. Il se compare à un chevalier devant sauver sa belle. Cela le rend un peu ridicule aux yeux du lecteur car il rend les malheurs de la jeune fille beaucoup plus terribles qu’ils ne le sont réellement.


 

Aurore B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, septembre 2008.






Préparation de Gianni F. :


       a) Dans ce texte, plusieurs éléments montrent clairement, que les deux personnages n’ont pas du tout le même caractère. L’un est naïf au contraire de l’autre qui est beaucoup plus mûr et réfléchi. Tout d’abord, quelques citations de différents passages du texte permettent de distinguer  le personnage principal,  le plus naïf, autrement dit, le Chevalier des Grieux. On l’apprend très rapidement dès le début du texte avec une réplique venant du personnage lui-même : «  j’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter » (l 9, 10). A la suite de ce passage, on apprend aussi que le chevalier des Grieux, qui a fait connaissance de la jeune fille depuis seulement quelques minutes, est prêt à risquer sa vie pour elle : « j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse » (l 40, 41). Et en plus de cela, il lui fait pleinement confiance : « elle me confessa, que si je voyais quelques jour à la pouvoir mettre en liberté, elle croirait m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (l 47 à 49)

Tout au contraire, grâce à d’autres passages de ce texte, on peut facilement identifier le personnage principal le plus mûr qui est la jeune fille. Le chevalier le dit très nettement dans la première partie du texte : «  je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments car elle était bien plus expérimentée que moi » (l 21, 22). Et , au début du texte, on le voit très nettement car elle n’est pas embarrassée : « quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée »(l 11, 12). Ainsi, à la suite de cela, on peut facilement distinguer les caractères des deux personnages principaux ; l’un est timide et naïf, le chevalier des Grieux tandis que l’autre est beaucoup plus mûr et moins timide, la jeune fille.

 

            b)  Dans ce texte, on trouve aussi de nombreuses manifestations du sentiment amoureux. Tout au long de cet extrait de Manon Lescaut, le chevalier des Grieux donne des marques de son admiration et de son sentiment amoureux pour la jeune fille. Mais cela n’est pas réciproque, c’est-à-dire que le jeune homme n’arrête pas  de donner des manifestations de son sentiment amoureux tout au long du texte, tandis que la jeune fille n’en donne pas ou bien très peu. Dès le début du texte, le chevalier ne la quitte pas des yeux et elle produit un effet sur le jeune homme : « elle me parut si charmante que moi, qui n’avait jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvait enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. » (l 4à 8). Un peu plus tard dans le texte, le chevalier est victime d’un véritable coup de foudre et ne peut plus la quitter des yeux, il est ébloui par l’amour et sa beauté : « l’amour me rendait déjà si éclairé depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardais ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs » (l 18 à 20). On a ici une comparaison « comme un coup mortel ». Il est véritablement sous le charme de la jeune fille, celle-ci lui fait tourner la tête : « la douceur de ses regards, un air charmant de tristesse en prononçant ses paroles ou plutôt l’ascendant de ma destinée qui m’entraînait à ma perte » (l 33 à 35). Enfin, le chevalier des Grieux finit même par lui donner des surnoms : « le maîtresse de mon cœur » (l 12), « ma belle inconnue » (l 46). Pour conclure, le jeune homme est victime d’un véritable coup de foudre et donne des manifestations de son sentiment amoureux et des marques de son admiration tout au long du texte.


 

Gianni F., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, septembre 2008.




Préparation de Claire J. :

a). Quels sont les éléments du texte, qui montrent que l’un des deux personnages principaux est naïf, au contraire de l’autre, plus mûr ?       

Dans cet extrait de Manon Lescaut, écrit au XVIIIème siècle, en 1731 plus précisément, l’auteur, l’Abbé Prévost, définit une situation claire et nette dès le début.  On peut en effet remarquer que cet homme, âgé d’à peine dix-sept ans, tombe en admiration devant une jeune fille charmante dont il ne sait rien. C’est, pour lui, la première fois qu’il tombe amoureux. Il se décrit lui-même comme quelqu’un « qui n’a jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé avec attention, quelqu’un dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue »(l 4 à 8). Il dit également avoir « le défaut d’être extrêmement timide et facile à déconcerter » (l 9, 10). Ici, le narrateur introduit un personnage relativement peu sûr de lui, facile à étonner, donc facile à tromper par la même occasion. Il nous présente le Chevalier des Grieux comme une personne n’ayant pas une grande expérience de la vie et des femmes, et étant également assez naïf. Celui-ci aborde ensuite la demoiselle qui lui plaît tant. Celle-ci est loin d’être embarrassée par ses marques d’affection et répond sans aucune gêne , ce qui nous démontre qu’elle a une plus grande expérience de la vie que lui, alors qu’elle est encore plus jeune que lui : « quoiqu’elle fut encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée » ( l 14). Il dit lui-même « qu’elle était bien plus expérimentée que lui » (l 22, 23). « L’amour me rendait déjà si éclairé, avoue-t-il (l 18). Il fait déjà des projets d’avenir avec elle, alors qu’il la connaît à peine, et en apprenant qu’elle se rend au couvent sur ordre de ses parents, il est au bord de l’effondrement et le prouve ainsi : « je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs » (l 19, 20). Il ne réfléchit pas et se jette directement dans la « gueule » du loup : « ne me permirent pas de balancer un moment sur ma réponse » (l 36, 37). Il lui fait une promesse sans savoir s’il sera capable de la tenir : « je l’assurai que […] j’emploierais ma vie entière pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse » (l 37 à 41). Plus tard, il s’étonne de ce qu’il a pu dire ou faire à ce moment-là : » je me suis étonné mille fois […] qu’on n’est point trompeur à mon âge » (l 41 à 47).

A l’inverse, on a constamment l’impression que Manon Lescaut est calculatrice vis-à-vis de lui : « son penchant au plaisir » (l 24), « la douceur de son regard, un air charmant de tristesse en prononçant ces paroles » ( l 33 à 35). Il semble que, dès le début, elle se sert de lui pour qu’il lui fasse des promesses sans aucun retour en arrière possible : « elle me confessa que […] m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (l 47 à 50).

Finalement, on se rend très clairement compte que si Manon Lescaut est mûre, calculatrice et intéressée, le Chevalier des Grieux est naturel, sincère et naïf.        

b). quelles sont les manifestations du sentiment amoureux dans ce passage ?

Ici, le chevalier des Grieux éprouve un véritable coup de foudre pour Manon Lescaut. Il y a tout d’abord une attirance physique : « elle me parut si charmante » (l 5, 6), « la douceur de ses regards, un air charmant […] un moment sur ma réponse » (l 33 à 37), « je me trouvai tout enflammé ». Malgré ces faiblesses qu’il accepte, il ne peut se retenir d’aller vers elle : « mais loin d’être arrêté par mes faiblesses, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur » (l 11, 12). On assiste ici à une hyperbole : plus rien d’autre ne compte il oublie tout et la moindre déception est amplifiée et ressemble à un désastre : « l’amour me rendait déjà si éclairé […]un coup mortel pour mes désirs » (l 18 à 20). Il utilise tout de suite de grands mots et est prêt à sacrifier sa vie pour elle : "mes sentiments" (l 21), « mon amour naissant » (l 27), « tendresse infinie » (l 40), « divinité de l’Amour » (l 44), « j’emploierais ma vie » ( l 40). Des promesses sont échangées, cela nous prouve qu’une histoire d’amour débute (on ne sait pas s' il y aura une suite) : «  je l’assurai que […] la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse (l 37 à 41).
Il y a donc ici les caractéristiques d’un sentiment amoureux intense : le coup de foudre, l’attirance physique, des promesses échangées, l’admiration, le fait qu’on ne puisse pas se retenir, l’exagération et  l'hyperbole.

Claire J., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, septembre 2008.


Préparation d' Aïda Z. :


a)      Quels sont les éléments du texte qui montrent que l’un des deux personnages principaux est naïf, au contraire de l’autre plus mûr ?

 

Dans cet extrait de Manon Lescaut écrit en 1731 par l’Abbé Prévost, plusieurs éléments montrent que l’un des deux personnages principaux est naïf, alors que l’autre est plus mûr. On pourrait croire, à la première lecture du texte, que c’est la jeune femme qui est naïve, car elle ne se préoccupe que du plaisir, ce qui l’envoie donc, sur ordre de ses parents, se faire redresser dans un couvent. Son penchant au bon côté de la vie nous ferait penser qu’elle est moins mûre que le chevalier. Mais au contraire, c’est elle qui fait preuve de maturité en profitant de la situation qu’elle maîtrise alors parfaitement en voyant que le chevalier la considère comme « la maîtresse de [son] cœur », ligne 12 et utilise ses atouts (« la douceur de ses yeux, un air charmant de tristesse », ligne 33) pour se faire aider et se faire délivrer de la « cruelle intention de ses parents », ligne 26-27, car elle sait « qu’on est point trompeur » à l’âge du chevalier, ligne 47. Nous remarquerons également que la jeune femme dit alors « qu’elle ne prévoyait que trop d’être malheureuse, mais que c’était apparemment la volonté du Ciel, puisqu’il ne lui laissait nul moyen de l’éviter », lignes 31-33. Cela se place donc dans les nombreux éléments qui pourraient enrichir l’argumentation de son plan, lequel n’est absolument pas perçu par le pauvre chevalier, qui s’obstine dans sa naïveté, étant donné qu’il serait donc prêt à aller jusqu’au bout pour rendre heureuse sa Belle. C’ est une preuve de sa naïveté.

En effet, dès la ligne 5, il nous dévoile son état d’esprit en disant ne « jamais avoir pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ». Etant d’ordinaire « timide et facile à déconcentrer », comme il le dit ligne 10, il se lance alors, aveuglé par l’amour dans une conversation qui lui coûtera peut-être « [sa] vie » , ligne 40, même s’il garde une part de conscience en sachant qu’il « regarderai[t] ce dessein comme un coup mortel pour [ses] désirs », ligne 20. Cette phrase peut alors troubler le schéma selon lequel il est le personnage naïf et Manon la plus mûre mais si l’on regarde bien le double-sens de cette phrase, nous comprendrons qu’il veut dire par là que même si cela peut engendrer des conséquences, il est prêt à les affronter, ce qui est, une fois de plus une preuve sur sa naïveté et son manque de lucidité face à cette situation.

 

b)      Quelles sont les manifestations du sentiment dans ce passage ?

 

Dans cet extrait, le chevalier de Grieux, n’hésite pas à dévoiler ses sentiments envers cette jeune femme qu’il rencontre pour la première fois. Le fait qu’il aille lui parler sans réserve alors qu’il est plutôt timide et réservé prouve déjà que l’attirance qu’il ressent pour elle est à un stade avancé. Un champ lexical se forme alors autour de ce sujet: « charmante »(l.5), « enflammé »(l.8), « la maîtresse de mon cœur »(l.12),« désirs » (l.20). Puis, les sentiments du chevalier évoluent et se transforment en amour avec « la maîtresse de mon cœur », qui est une expression forte, « l’amour me rendait déjà si éclairé », ligne 18 et nous fait en part de façon direct : « mon amour naissant », ligne 27. Et enfin, il veut à tout prix, même contre « [sa] vie », ligne 40, « la rendre heureuse », ligne 41, même s’il ne la connaît que très peu.

Dans ce passage, le chevalier de Grieux manifeste alors de différentes façons ses sentiments en lui faisant comprendre dans sa manière de parler, en lui prouvant son amour grâce à sa volonté et sa détermination à vouloir la délivrer de la punition de ses parents etc… il est donc sûr de ses sentiments et de ses actes : « on ne ferait pas de divinité de l’amour, s’il n’opérait souvent des prodiges », ligne 44-45 et éprouve enfin de la tendresse envers elle. Il nous manifeste enfin son amour en disant, ligne 41-43 : « Je me suis étonné mille fois, en y réfléchissant, d’où me venait alors tant de hardiesse et de facilité à m’exprimer » ce qui nous montre un belle preuve de son amour envers la jeune inconnu, car il surmonte là ses plus grands défaut pour lui parler et l’aider.

 

Aïda Z., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, septembre 2008.

Préparation de Jan M. :

1°/Quels sont les éléments du texte qui montrent que l'un des deux personnages principaux est naïf au contraire de l'autre, plus mûr?

 

 Dans l'extrait de Manon  Lescaut, de L'abbé Prévost, les deux personnages principaux sont le chevalier Des Grieux et « La belle inconnue » dont le chevalier tombe amoureux.

 

 Lorsque Des Grieux aperçoit cette inconnue qui vient d’arriver à Amiens, il est pris sous son charme (« Elle me parut si charmante » l.4 ; « Je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. » l.8) et va à sa rencontre alors qu’il se qualifie lui-même de timide et, par la même occasion, qu’il est facile de le déconcerter. L’amour rendant aveugle les hommes les plus inexpérimentés tel que Des Grieux, la jeune fille peux lui dire ce qu’elle voudra, le chevalier la croira sur parole est c’est donc lui le plus naïf des deux personnages. Cette hypothèse peut être confirmée par cette hyperbole rendant sa vocation religieuse comme une fatalité :

« L’amour me rendait déjà si éclairé, depuis qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. » l.18 à 20 ;

« Je l’assurai que si elle voulait faire quelque fond sur mon bonheur, et sur la tendresse infinie qu’elle m’inspirait déjà, j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse. » l.37 à 41.

 Cela indique que le coup de foudre lui donne le courage de se donner à elle sans se demander sur la vérité de ses dires.

 

 La jeune inconnue qui voit le chevalier s’approcher d’elle pour la saluer, devine déjà ce qu’il a en tête et ne se retrouve pas gênée de tout cela (« Elle reçut mes politesse sans paraître embarrassée. » l.13 ; « Elle me répondit ingénument… » l.16 ;

« Lui fit comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi » l.21 à 22). De son inexpérience nous pouvons comprendre qu’elle est plus mûre que lui est pourrait le manipuler par la suite à cause de la naïveté du chevalier (On retrouve également la même situation entre Prévost et Lenki qui le mène par le bout du nez et profite de l’argent qu’il possède.). Son histoire peut être vraie comme elle peut être fausse mais on devine que de toute façon elle a l’intention de le contrôler et d’en tirer le meilleur profit (« Elle me confessa que si je voyais quelque jour à la pouvoir mettre en liberté, elle croirait m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » l.47 à 50).

                                                                                                              

Pour conclure sur cette question, le chevalier Des Grieux est le plus naïf alors que la belle inconnue qui est plus mûre va tenter de le manipuler.

 

2º/ Quelles sont les manifestations du sentiment amoureux dans ce passage ?

 

  Le chevalier Des Grieux est victime dans cet extrait du fameux coup de foudre introduit par « Elle me parut si charmante, […] je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. » (l.4 à 9).  Le mot « transport » indique le sentiment de la joie du chevalier par amour à la jeune fille, il est utilisé de manière forte, c’est une hyperbole.

 

  Alors que le chevalier se décrit comme étant timide à la ligne 10, le sentiment amoureux le pousse à avancer vers l’inconnue (« Loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur. » l.11 à 12).

 

  En temps normal, Des Grieux n’aurait peut-être pas voulu savoir qui était cette jeune fille, mais son amour pour elle le pousse à se demander sur celle qui vient de s’emparer de son cœur et il lui demande donc la raison de sa venue à Amiens et s' il y a quelques  personnes de connaissance. (« Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens, et si elle y avait quelque personnes de connaissance » l. 15 à 16)

 

  Si le chevalier n’était pas amoureux d’elle, le fait qu’elle aille au couvent ne lui aurait été d’aucune importance, mais son amour pour elle est si fort qu’il décrit ces actes comme un coup mortel, une entrave pour son amour (« L’amour me rendait déjà si éclairé, depuis qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. » l.18 à 20).

 

  Et pour finir, là où son amour est le plus caractérisé, le chevalier se dévoue à faire de tout son possible que ses parents ne l’envoient pas au couvent, il le désire par amour, par honneur et est prêt à y mettre sa vie en péril. Tout cela pour qu’il ne souffre pas du « coup mortel » et se rapprocher d’elle le plus possible. On peut relever dans le texte des hyperboles qui accentuent sa pensée de chevalier :

« Je combattis la cruelle intention de ses parents, par toutes les raisons que mon amour naissant et mon éloquence scolastique purent me suggérer. » (l.26 à 28).

« La douceur de ses regards, un air charmant de tristesse en prononçant ces paroles, ou plutôt l’ascendant de ma destinée, qui m’entrainait à ma perte, ne me permirent pas de balancer un moment sur ma réponse. » (l.33 à 37), ce passage montre spécialement que son amour pour la jeune inconnue lui permet une réponse immédiate sur sa dévotion et son engagement.

« Je l’assurai que si elle voulait faire quelque fond sur mon bonheur, et sur la tendresse infinie qu’elle m’inspirait déjà, j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents et pour la rendre heureuse. » (l.37 à 41).

« Elle me confessa que si je voyais quelque jour à la pouvoir mettre en liberté, elle croirait m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (l.47 à 50), raison de plus pour accomplir l’acte de bravoure avec lequel il pense gagner l’amour de la jeune fille.

 

La où le sentiment amoureux est exprimé par Des Grieux d’un point de vue personnel et qu’il commente l’Amour, c’est « Je me suis étonné mille fois, en y réfléchissant, d’où me venait alors tant de hardiesse et de facilité à m’exprimer ; mais on ne ferait pas une divinité de l’Amour, s’il n’opérait souvent des prodiges. » (l.41 à 45).

 

Jan M., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, septembre 2008.


 

Préparation d'Hicham D. :



 

a)      Quels sont les éléments du texte qui montrent que l’un des deux personnages principaux est naïf, au contraire de l’autre, plus mûr ?

Dans ce passage de Manon Lescault de l’Abbé Prévost, les deux personnages principaux ont des points de vue extrêmement différents : le chevalier Des Grieux est d’une grande naïveté, tandis que Manon fait preuve de beaucoup de maturité. La naïveté de Des Grieux est, tout au long du texte, démontrée par son optimisme flagrant, tel que dans les passages suivants : « Je combattis la cruelle intention de ses parents par toutes les raisons que mon amour naissant et mon éloquence scolastique purent me suggérer » (lignes 26 à 29) ainsi que « J’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents pour la rendre heureuse » (ligne 41). L’auteur fait usage de nombreuses hyperboles pour montrer à quel point Des Grieux se sent invincible, et croit qu’il va pouvoir changer les choses. Cet optimisme n’est que de la naïveté que lui procure son amour : «  L’amour me rendait déjà si éclairé » (ligne 18) ; « Je me suis demandé […] d’où me venait alors tant de hardiesse et de facilité à m’exprimer » (lignes 41 à 43). Son amour l’aveugle, et il perd de vue toute notion réaliste. Manon, qui est l’autre personnage principal, comprend qu’il n’existe aucune solution. C’est pourquoi elle est prête à accepter son sort : « elle ne prévoyait que trop qu’elle allait être malheureuse » (lignes 30-31). Par ailleurs, c’est grâce à sa maturité qu’elle comprend que Des Grieux est naïf, et d’où lui vient cette naïveté : « elle croirait m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (lignes 47 à 49). Ce dernier passage montre qu’elle sait qu’il est impossible de remédier à ce triste sort, et, en usant de la naïveté de Des Grieux, elle lui fait croire ce qu’il a envie d’entendre.

b)      Quelles sont les manifestations du sentiment amoureux dans ce passage ?

La scène se passant du point de vue de Des Grieux, qui s’exprime à la première personne du singulier, les manifestations du sentiment amoureux sont plutôt du point de vue de Des Grieux. Ce dernier fait usage d’hyperboles telles que « si charmante » (ligne 4-5) ; « je me trouvai enflammé jusqu’au transport » (ligne 8-9) ; « Je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur » (lignes 11-12) … Ces hyperboles manifestent le sentiment si fulgurant qu’est l’amour. Pour donner de l’intensité à ce sentiment, Des Grieux fait usage du champ lexical du feu : « enflammé » (ligne 8) ; éclairé (ligne 18) ; ainsi que celui du combat et de la haine : « coup mortel » (ligne 20) ; « combattis » (ligne 26) ; « perte » (lige 36) ; « tyrannie » (ligne 40) … Ces champs lexicaux, qui servent à exprimer l’amour de Des Grieux, montrent d’une part l’intensité de ce sentiment nouveau, et d’autre part la détermination qu’il a pour séduire et vivre avec Manon. Cette détermination est accrue par la vision du futur qu’a Des Grieux avec l’inconnue, qui cette fois est également la preuve de la naïveté de Des Grieux à cause de l’amour : « sur la tendresse infinie qu’elle m’inspirait déjà, j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents » (lignes 39 à 41) ; « Ma belle inconnue » (ligne 46) ; « elle croirait m’être redevable de quelque chose de plus cher que la vie » (lignes 48 à 50). Des Grieux se voit déjà dans un futur où il réussirait à convaincre les parents de Manon, et où il vivrait avec elle. En utilisant le terme « ma », il la considère déjà comme son âme sœur.

 


 


 

 

Hicham D., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, septembre 2008.






Préparation n°2, portant sur un extrait du Lys dans la vallée de Balzac.




Préparation de Julie A. :


Préparation : extrait de Le lys dans la vallée, de BALZAC (XIXème siècle)  

 

 

 
  • Vous analyserez l’image magnifiée de la femme aimée, dans cet extrait.
 

 

 
 
 
 

Dans cet extrait, on voit que l’auteur est tout à coup pris sous le charme de cette femme, c’est presque un coup de foudre. Contrairement à la Princesse de Clèves ou à Manon Lescaut, il n’éprouve qu’une attirance physique. D’autant plus accentuée car, lorsqu’il rencontre cette femme, il est boudeur et tout lui  semble laid et désagréable. Sa beauté en est alors soulignée. « Au moment où je souffrais du malaise causé par le piétinement auquel nous oblige une foule [] où je restai les yeux fixes, immobile et boudeur » (lignes 1 à 9).
Il se retrouve devant elle comme un enfant, ému de sa beauté et de sa grâce :« Trompée par ma chétive apparence, une femme me prit pour un enfant » (lignes 9 et 10) ; comparaison ligne 43 « comme un enfant ».

 
 
 

 Il finit presque comme hypnotisé, il n’est presque plus maître de ses mouvements :« Je fus pétrifié » (ligne 51) ; « je sentis alors le ridicule de ma position » (lignes 59 et 60) ; « tout me fit perdre l’esprit » (ligne 41).

 
 
 
 

 Il décrit précisément ses épaules qu’il trouve particulièrement belles  et envoûtantes : « Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules   [] de pudiques épaules qui avaient une âme et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie » (lignes 20 à 27) ; « Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coulait mon regard plus hardi que ma main » (lignes 27 à 29).  On peut voir qu’elles sont magnifiées grâce aux figures de style utilisées : les comparaisons « comme si elles se trouvaient nues pour la première fois » (ligne 24) et « comme un tissu de soie » (ligne 27) en rapport avec la délicatesse sa peau, une personnification « de pudiques épaules qui avaient une âme » (ligne 25), ces épaules ne sont plus réelles mais bien extraordinaires et enfin une hyperbole et une métaphore de la peau avec le tissu « la peau satinée éclatait à la lumière » (ligne 26).

Le narrateur est ébloui par sa grâce qu’il exagère :

 
 
 
 
 
 
 

« je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale » (lignes 14 et 15) ; « plus ébloui par elle que je ne l’avais été par la fête ; elle devint toute ma fête» (lignes16 et 17) ; « Elle s’en alla par un mouvement de reine »(ligne 59).
 Vers la moitié du texte, cette magnification est de plus en plus précise :« et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d’une gaze »(lignes 30 à 34), « le brillant des cheveux lisses » (ligne 37) ; « un cou velouté comme celui d’une petite fille » (lignes 37 et 38). ; « Sainte colère » (ligne 52) ; « une tête sublime couronnée d’un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos d’amour » (lignes 52 à 54) ;  « étincela sur son visage » (ligne 55).

 
 
 
 
 
 
 

De plus il décrit clairement les émotions qu’il ressent, celles-ci sont très fortes, au bord de l’explosion, il y a donc la présence de nombreuses hyperboles : « je me haussai tout palpitant » (ligne 30) ; « je fus pétrifié » (ligne 51) ; « je l’aurais tuée » (ligne 49) ; « des larmes chaudes jaillirent de mes yeux » (ligne 50) ; « des adorations infinies dans les larmes du repentir » (lignes 58 et 59).

 
 
 
 

La fin de l’extrait est brutale, cette femme qui tout d’abord avait pris le narrateur pour un « enfant prêt à s’endormir » réalisa soudain que c’était un homme très entreprenant. Il semble également que l’empressement et l’adoration de cet homme la flattent. Malgré sa colère contre lui, elle agit de façon distinguée, elle nous paraît alors toujours aussi parfaite. Quant à lui, il se rendit compte à son départ qu’il n’était pas à son avantage « je sentis alors le ridicule de ma position : alors seulement je compris  que j’étais fagotté comme le singe d’un Savoyard ».


 Julie A., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.

 

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Préparation de Marine B. :


 

Dans cet extrait de Le lys dans la vallée, de Honoré de Balzac au XIXème siècle, le narrateur, c’est à dire Félix de Vandenesse, raconte sa rencontre amoureuse avec Mme de Mortsauf.

 

            En effet, on remarque la présence de tournures hyperboliques pleinement evoquées montrant des sentiments d’admiration éxagérés : « un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale » (L14/15), « fus ebloui par elle »(L16), « elle devint toute ma fête »(L17/18), « les sentiments qui sourdirent dans mon cœur »(L19/20), « mes yeux furent frappés tout à coup »(L20/21), « tout palpitant »(L30), « fus complétement fasciné »(L30/31), « jouissances infinies »(L36), « tout me fit perdre l’esprit »(L40/41), « adorations infinies »(L58). Le « coup de foudre » se déclanche en tout premier lieu par la vue après se dirige vers l’esprit. Puis fini par le touché. De nombreux sens humains sont sollicités dans ce passage.

            On note que félix de Vandenesse fait une description de Mme de Mortsauf assez admirative et magnifiée presque élogieuse qui fait d’elle une beauté pure : « de pudiques épaules qui avaient une âme et dont la peau satinée éclatant à la lumière comme un tissu de soie »(L25 à 27), « le brillant des cheveux lissés au dessus d’un coup velouté comme celui d’une petite fille »(L36 à 38), « une regard animé d’une sainte colère […] ,en harmonie avec ce dos d’amour »(L52 à 54). Mais aussi quelques citations érotisées par le narrateur : « une gorge chastement couverte »(L31/32), « les globes azurés et d’une rondeur parfaite »(L32/33). Où il fait référence à la poitrine de la jeune femme. On remarque qu’il décrit celle-ci telle une reine : « une tête sublimement couronnée d’un diadème de cheveux cendrés »(L52/53),  « un mouvement de reine »(L59/60).

            On observe également dans cet extrait que la femme aimée a un rôle de mère, rasurante et attendrissante :  « je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère »(L42 à 44), « une femme me prit pour un enfant prèt a s’endormir en attendant le bon plaisir de sa mère »(L10 à 12), « un mouvement d’oiseau qui s’abbat sur son nid »(L12/13).

            Comme nous le montre ces citations, Madame de Mortsauf prend Félix pour un enfant et se comporte malgré lui comme tel :  « chétive apparence »(L9/10), « je me plongeai dans ce dos comme un enfant »(L42/43), « Mon petit bonhomme »(L48). Certaine nous prouve qu’il en est un et se comporte comme un enfant qui aurait fait une bétise :  « boudeur »(L9), « me refugiai dans un coin »(L7),« larmes chaudes »(L50). Cette rencontre amoureuse n’est point ordinaire car, d’après les éléments du texte, Félix s’apparente à un enfant et Mme de Mortsauf comme sa mère. On pourrait se conférer au complexe d’ŒDIPE où un garçon, de préférence petit, tombe éperdument amoureux de sa mère. Et inversement (père/fille).

 

            Pour résumer, le narrateur décrit bien l’image magnifiée de la femme aimée avec minutie et admiration.

 

Marine B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.

 

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Préparation d' Hicham D. :


 

Tout au long de ce passage, l’auteur fait usage de différentes figures de style telles que la métaphore ou l’hyperbole afin de décrire la beauté de la femme magnifiée.
Dès le début du texte, il fait usage de métaphores faisant référence à la légèreté : « par un mouvement d’oiseau » (lignes 12-13) ; « parfum de femme » (ligne 14) ; « les plus légers détails » (lignes 34-35). En donnant une telle image de légèreté, l’auteur essaye de donner une image pureté, car plus l’âme fait preuve de légèreté et d’innocence, plus elle fait preuve de pureté. Cette image est par la suite renforcée lors de la description des épaules où l’auteur fait usage de personnification afin de donner à ces épaules une âme pure : « de blanches épaules rebondies […] légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois » (lignes 21 à 25) ; « pudiques épaules qui avaient une âme » (lignes 25-26), « la peau satinée éclatait à la lumière » (ligne 26). D’une part, l’auteur fait usage de personnification afin de donner l’impression que les épaules sont d’une rare chasteté, et d’autre part, il fait ressortir tout un éclat des épaules afin de donner une image de pureté non entâchée métaphoriquement de par cette blancheur pure.                                                                                        
Cette blancheur éclatante est, par la suite, décrite plus intensément grâce à des métaphores du champ lexical de la lumière : « le brillant des cheveux lissés » (lignes 36-37) ; « les lignes blanches que le peigne y avait dessinées » (lignes 38-39) ; « la peau satinée éclatait à la lumière » (ligne 26), mais aussi l’usage de nombreux verbes de luminosité : « brilla […] brilla » (lignes 14-15) ; « fus plus ébloui » (ligne 16) ; « éclatait » (ligne 26) … montrent que la femme magnifiée est non seulement pure, mais aussi que sa beauté est aveuglante et presque vitale au narrateur, telle un soleil.                                                                                                  
Enfin, l’auteur fait usage d’hyperboles afin de décrire à quel point cette femme est parfaite, en usant des mots tels que « parfaite » , « fasciné » , « infinies » pour montrer que cette beauté est synonyme de perfection . Par ailleurs, il décrit cette femme comme une reine, afin d’exprimer à quel point elle est précieuse et parfaite : « par une tête sublime couronnée d’un diadème de cheveux cendrés » (lignes 52-53). Encore une fois, cette perfection est mise en évidence de part la présence des bijoux.


Hicham D., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.


 


 

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Préparation de Claire J. :




Dans cet extrait du lys dans la Vallée, écrit par Balzac au XIXème siècle, on peut facilement remarquer que le narrateur, Félix de Vandenesse, magnifie l’image de la femme aimée, Madame de Mortsauf.

 

En effet, Félix de Vandenesse, le narrateur, est frappé par le sentiment du coup de foudre. Avec un sentiment de résignation, celui-ci s’assoit sur une banquette après une fête trop longue. Après quelques instants, « une femme se posa près de [lui] par un mouvement d’oiseau qui s’abat sur son nid (l 12, 13). L’auteur fait ici une comparaison. Elle signifie que cette femme se pose sur la banquette avec une douceur infinie qui dégage une impression de légèreté. Le narrateur est immédiatement envoûté par l’odeur de Madame de Mortsauf : « aussitôt je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale » (l 13 à 15). Cette comparaison et personnification, car un parfum n’a pas de sentiments et ne vit pas, il ne peut donc pas briller ainsi, démontrent que le narrateur est déjà très fortement épris et exagère la réalité, pour montrer à quel point il est touché de cette « apparition » : « je fus plus ébloui par elle que je ne l’avais été par la fête, elle devint toute ma fête » (l 16 à 18). Madame de Mortsauf a énormément de valeur aux yeux de Félix de Vandenesse, plus rien d’autre ne compte à part elle. Tous ses sens sont attirés par elle qui lui inspire déjà de nobles et profonds sentiments. Il le dit lui-même « les sentiments qui sourdirent en mon cœur » (l19, 20). Au bout de quelques secondes, voire quelques minutes, il  est déjà amoureux de cette femme.

 

Les yeux du narrateur ont trop de choses à admirer, il ne sait plus par quoi commencer tellement la beauté de Madame de Mortsauf est admirable. Mais Félix de Vandenesse amplifie sensiblement la magnificence du physique de celle-ci « mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir me rouler , des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir, comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie » (l 20 à 26). Le narrateur désire ardemment toucher ce qui est pour lui la perfection incarnée. Il prête des sentiments humains à ce corps dont il ne peut détourner les yeux. Le narrateur utilise énormément d’hyperboles et de gradations, précédemment citées, ce qui prouve que Félix de Vandenesse magnifie l’image de sa bien-aimée. Les yeux du narrateur continuent leur exploration impudique et indiscrète, il est fasciné : « fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d’une gaze, mais dont les globes azurés et d’une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle » (l 30 à 34).

 

 Le narrateur n’hésite pas à violer l’intimité de l’objet de son désir, il ne peut plus se retenir : « les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies : le brillant des cheveux lissés au dessus d’un coup velouté comme celui d’une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avaient dessinés et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l’esprit » (l 34 à 41). Comme il le dit si bien, cette femme lui fait tourner la tête au plus profond de lui-même, il ne sait plus où il en est. Chaque partie de son corps lui inspire des jouissances infinies et il est incapable de lui trouver le moindre défaut ; elle st la perfection pour lui. Ici le proverbe « l’amour rend aveugle » convient parfaitement. Il est aveuglé par les sentiments qu’il éprouve pour Madame de Mortsauf. Il la compare à une petite fille, il la pense donc innocente et pure alors qu’il ne la connaît pas et ne lui a même jamais parlé.

 

Puis il passe à l’action : « je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. » Il se jette sur elle comme si plus rien ne pouvait l’en empêcher, ni respect, ni pudeur. Il se permet des choses qu’il ne ferait pas en état normal. Mais Félix de Vandenesse n’est pas en état normal. Cette femme le possède, corps et âme, et peut faire ce qu’elle veut de lui. Mais elle est choquée de son attitude « Cette femme poussa un cri perçant […] Monsieur ? […] des larmes chaudes jaillirent de mes yeux » ( l 45à 51). Félix de Vandenesse ne se contrôle plus et la moindre réflexion de celle qu’il aime profondément le met dans tous ses états. Il est à bout de nerfs : « je fus pétrifié par une sainte colère, par une tête sublime couronnée d’un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos d’amour » (l 51 à 54). Malgré que la femme qu’il aime le dévisage avec un regard empli de colère, in ne peut s’empêcher de continuer à l’aimer et l’admirer, même pétrifié. Elle comprend d’ailleurs très bien son combat intérieur : « pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe, devine des admirations infinies » (l 56 à 58). Il l’aime à en mourir et s’oublie : « je compris que j’étais fagotté comme le singe d’un savoyard » ( l 61, 62). Puis, Madame de Mortsauf se drape dans sa dignité et s’en va « elle s’en alla par un mouvement de reine » (l 59, 60). Tous les élements soulignés dans ce texte font allusion au champ lexicale de l’éclat et de la royauté et prouve que le narrateur élève Madame de Mortsauf au rang de reine.

 

Pendant tout cet extrait, Félix de Vandenesse ne fait que magnifier la beauté et l’image de son aimée. Il n’existe que pour elle. A force de métaphores et de comparaisons, il finit presque par nous persuader de la perfection de cette femme. Il est ébloui par son amour pour elle qui le red aveugle et élève Madame de Mortsauf au rang de reine de son cœur. Il magnifie cette femme du début à la fin de son récit.


 

Claire J., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.


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Préparation de Maëlle Q. : 


 

 

              L’extrait de Le lys dans la vallée de Balzac, se rapporte à un souvenir hyperbolique et magnifié par le narrateur, Félix de Vandenesse. Celui-ci raconte sa première rencontre avec Madame de Mortsauf avec une adoration débordante car elle l’a littéralement subjugué lors d’une fête. C’est en essayant de se replonger dans le passé avec un regard admiratif  qu’il parvient à nous décrire cette femme dont il se sentait si proche, tout comme un enfant aurait pu l’être avec sa propre mère. Il transforme alors la réalité en l’idéalisant, rendant sa description peu objective et extraordinaire. Grâce à de multiples procédés comme les champ lexicaux, le lexique, et de nombreuses images, Félix nous peint le tableau d’une femme parfaite et envoûtante.

 

                En retraçant les évènements de la fête, le narrateur se décrit comme s’il était un enfant « qui se jette dans le sein de sa mère » (l.43). Ici, « sa mère » représente Madame de Mortsauf. Ce premier élément expose toute la tendresse qu’il ressent à son égard, comme « un enfant » (l.10) pour sa mère. C’est alors qu’il indique explicitement toutes les qualités physiques de cette dernière grâce à un lexique mélioratif comme « brillant » (l.36), « velouté » (l.37), « une tête sublime, couronnée d’un diadème de cheveux » (l.53). D’ailleurs, le champ lexical de la lumière qui met en en éveil le sens visuel du lecteur, est utilisé tout au long de cet extrait afin de glorifier et de sublimer cette femme comme si elle était un ange tombé du ciel ou la bonté incarnée. « Brilla » (l.14 et 15), « brillant », « étincela » (l.55), « peau satinée » (l.26), « éclatait  à la lumière » (l. 26), « blanches » (l.21 et 38) et « azurés » (l.32) nous certifient que le narrateur est désemparé rien qu’à sa vue tellement elle est éclatante et radieuse comme le soleil. La comparaison «la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie » associe la brillance, et donc le sens visuel, avec la douceur du tissu de soie qui fait appel au sens du toucher. De même, « un parfum de femme brilla dans mon âme » (l.14) associe l’odorat et la vue.  Ce sont des synesthésies mêlant intentionnellement les sens afin de produire sur le lecteur une idée de perfection que ce soit à la vue, à l’odeur ou au toucher de cette femme. De plus, «mon regard » (l.28),  «un regard » (l.51, 52), «mes yeux » (l.51) et «regardai » (l.16), correspondant au champ lexical de la vue ou de la perception, amène le lecteur à saisir toute son importance étant donné que le regard de Félix est la seule approche possible pour toucher du bout des yeux sa bien-aimée. Son regard avide et « hardi », signifiant ici entreprenant et audacieux, se balade alors sur le corps de la jeune femme qu’il n’ose toucher au début car elle chaste et pudique (l.31 et 25). C’est lorsqu’il y a contact entre eux aux lignes 44 et 45 qu’elle montre de la « pudeur offensée » et « une sainte colère ». Les pleurs versées par Félix qui veut se « repentir » (l. 59) et se faire pardonner pour son geste déplacé dénote une dimension religieuse qui idéalise Madame de Mortsauf. Cette dernière devient bien plus qu’une femme bonne et juste, elle est désignée comme une sainte, une religieuse vertueuse qui ne pêche pas.

                   

                  La description magnifiée de Madame de Mortsauf est aussi accentuée par les diverses remarques d’admiration de la part du narrateur. Celles-ci sont hyperboliques comme «complètement fasciné » (l.31), « tout palpitant » (l.30), « des jouissances infinies » (l.36), « tout me fit perdre l’esprit » (l.40), la métaphore « ce dos d’amour » qui dénote qu’elle n’a aucun défaut et que même son dos est attrayant, et enfin, « des adorations infinies » (l.58) dont l’adjectif « infinie » intensifie l’amour inaltérable de Félix. Evidemment, son idéalisation est surdimensionnée.

 

Tous ses sentiments « jaillissent » (l.51) de tout son être comme une rivière incontrôlable et indomptable. Le champ lexical de l’eau avec « sourdirent » (l.19), « coula » (l.28), « des flots de dentelle » (l.34) et  « je me plongeai » (l.42) montrent la force de son idolâtrie.  Ses sentiments, tout comme une rivière, peuvent être dangereux car ils affluent très vite dans son coeur, l’emplissant de bonheur. Son regard « coule » sur elle et il se plonge dans ce dos comme s’il découvrait soudainement cette sirène majestueuse dans des eaux profondes. Ce champ lexical étant associé au regard, le lecteur peut en déduire que ses yeux glissent sur elle comme de l’eau tellement elle est agréable à regarder. Elle est sa « reine » (l.60).

 

                    L’imagination intarissable du narrateur engendre de nombreuses métaphores se rapportant aux épaules de Madame de Mortsauf comme les « épaules sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir me rouler » (l.21, 22) et la personnification « de pudiques épaules qui avaient une âme » (l.25,26) et « qui semblaient rougir » (l.23). Elles prouvent une nouvelle fois que les moindres parties de sa personne sont belles et voluptueuses. De ce fait, l’idéalisation de cette dame est expressément décrite dans cet extrait gorgé d’images et d’exagérations.

 

Maëlle Q., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.


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Préparation de Luc H. :


 


Dans cet extrait on voit sans peines que M. De Vandenesse dresse un portrait de Madame de Morsauft plus que magnifiée, il n’est pa           s très objectif dans sa description de cette femme qui lui vole presque sa raison grâce à sa beauté.
            En effet,  quand Félix de Vandenesse hume pour la première fois le parfum de Madame de Morsauft, là où il se serait simplement enivré avec délectation pour une autre femme, il use d’une tournure hyperbolique suggérant une admiration sans fins pour cette femme qui est l’objet de son coup de foudre : «  Aussitôt je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale. » (l. 14) Cette comparaison est très vite suivit par une deuxième métaphore : « Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne l’avais été par la fête ; elle devint toute ma fête. »(l.15-18) Ici, il est ébloui par mille feux, ceux de sa beauté qui supplante les lumières de la fête dans son esprit. Après son odorat, l’homme à la  « chétive apparence » use sans vergognes et sans limites de sa vue pour lorgner la silhouette de sa bien aimée : « Mes yeux furent tout à coup frappé par de blanches épaules rebondies […], épaules légèrement rosées qui semblaient rougir […], de pudiques épaules qui avaient une âme et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. »(l.20-27) Tous ces adjectifs inspirant la pureté : « blanches, rebondies, rosées, pudiques et satinée » sont hyperboliques pour qualifier ce qui ne sont finalement que de belles épaules.
            L’inspection de la femme aimée ne s’arrête pas là, elle continue, alors que son  auteur est tout palpitant, il se hausse, pousser par sa soif de ravissement  « pour voir le corsage et fut complètement fasciné par une gorge chastement couverte d’une gaze, mais dont les globes azurés et d’une rondeur parfaite étaient douillettement  couchés dans des flots de dentelle. »(l.30-34) Poursuivant sa quête de la beauté immaculée, il s’attache maintenant aux traits du visage de cette femme aux fascinantes proportions : « Les plus légers détails furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies : le brillants de ses cheveux lissés au-dessus d’un cou velouté comme celui d’une petite fille » (l.34-38). Cependant l’action qui prouve le mieux à quel point M. de Vandenesse est fou de Mme de Mortsauf  se situe ligne 42 à 45 lorsqu’il se jette dans ses épaules pour les baisés. Cet acte est révélateur d’une grande passion. Au même titre quand il prétend : «  Ah ! si elle avait dit : « Mon petit bonhomme, qu’est-ce qui vous prend donc ? » je l’aurai tué peut-être. » (l.48-50)  Cela atteste qu’il l’aime d’un amour déraisonné.
             On comprend plus aisément ce déferlement d’éloges sur son admirable splendeur, la fameuse image magnifiée de la femme aimée, quand est saisie l’ampleur de l’amour qu’il a pour elle. Dans ces conditions une rousse chevelure devient  « une tête sublime couronnée d’un diadème de cheveux cendrés. »(l.53-54)  Ainsi même lorsque le visage de Mme de Mortsauf pourrait être déformé par la colère ou bien enlaidi en quelques façons : « un regard d’une sainte colère […] la pourpre de la pudeur offensée. » (l .52-55)Mr de Vandenesse y voit tout de même gentillesse et beauté : « le pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe. » (l.56-57).


Luc H., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.


 


 

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Préparation de Côme F. :

 

  La première rencontre débute par une métaphore où la femme est comparée à un oiseau qui protègerait ses petits : « se posa »; « par un mouvement d’oiseau » (qui évoque immédiatement pour le lecteur un froissement d’aile); « qui s’abat sur son nid ». Cette métaphore magnifie l’image de la femme en tant que mère protectrice, indulgente et compréhensive qui sera reprise à la fin de l’extrait par ces expressions : « pardon » ; « comprend » ; « devine ».

  Avant même de la voir, il la sent ligne 13-14 : « Aussitôt, je sentis un parfum de femme ». Le parfum est associé à une idée de désir. Le souvenir qu’il en garde est intensifié par l’anaphore hyperbolique du mot « brilla » : « un parfum de femme qui brilla dans mon âme », et la comparaison : « comme y brilla depuis la poésie orientale ».

  Il l’appréhende ensuite par la vue(« regardai » l.16 ; « ébloui » l.16 ; « mes yeux » l.20 ; « voir » l.30) : l’image de la femme est magnifiée par le regard admiratif qu’il porte sur elle, qui est souligné par des tournures hyperboliques : « plus ébloui par elle que par la fête » ; «elle devint toute ma fête » ; «les sentiments qui sourdirent en mon cœur » ; «frappés » ; « tout palpitant » ; « complètement fasciné » ; « des jouissances infinis ». Le narrateur enchaîne les expressions descriptives concentrées sur ses épaules et sa gorge et qui ont toutes pour objet sa beauté et les sentiments qu’elle déclenche. Il évoque sa beauté par différentes couleurs : « blanches » ; « rosées » ; « rougir ». Il compare sa peau à des tissus précieux : « satinées ; « un tissu de soie ». Il introduit une nouvelle métaphore en personnalisant ses épaule : « qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois » ; « de pudiques épaules qui avaient une âme ». Cette auxèse culmine avec « tout me fit perdre l’esprit ».

  Après l’odorat et la vue, il s’approche d’elle pour la toucher ce qui déclenche une réaction violente où elle apparaît alors comme une déesse ou une reine : « sainte colère » ; « tête sublime » ; « couronnée » ; « par un mouvement de reine ». Elle n’est plus une femme mais “la Femme“. Elle incarne à la fois la femme, “le pardon de la femme“ et elle personnifie certains sentiments comme “la pudeur“.

            

Côme F., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.


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Préparation de Sharone B. :


 


 

Une fois de plus, le texte analysé porte sur la rencontre amoureuse. Félix, le narrateur, raconte donc l’histoire de son premier amour pour Mme de Mortsauf, à sa femme, Mme Natalie de Manerville. En lisant le paratexte, le lecteur est rapidement informé du niveau social des trois personnages. Ceux-ci sont nobles. On l’apprend grâce à leurs noms : Félix de Vandenesse, Natalie de Manerville, Madame de Mortsauf.                                                                                                                                        

Le début du texte se caractérise par le ‘’malaise ‘’ (l.2) de Félix au milieu de cette grande fête. Le narrateur se sent oppressé, gêné, pas à sa place, alors qu’une ‘’foule ‘’ (l.3) de personnes dansent. Tout à coup, il y a l’élément déclencheur, le retournement de situation. Félix fait la rencontre de Mme de Mortsauf. On remarque que cette rencontre se produit uniquement à la ligne 10 : ‘’ une femme me prit pour un enfant‘’. Ensuite la femme éveille en Félix certains sens. Tout d’abord le regard : ‘’je regardai’’ (l.5/6), ‘’mes yeux’’ (l.20), ‘’mon regard’’ (l.28/29), ‘’un regard’’ (l.51/52). Puis par l’odorat : ‘’je sentis un parfum de femme" (l.14).                                                                                                                                                                                                                On se rappelle qu’au début de l’extrait, le narrateur n’appréciait guère la fête ; mais grâce à la rencontre improbable avec Mme de Mortsauf, le bal devint bien plus plaisant :      ‘’ [Je] fus plus ébloui par elle que je ne l’avais été par la fête ; elle devint toute ma fête ‘’. (l.16 à 18). Puis le narrateur se lance dans une description érotisée et magnifiée de cette femme. Il la décrit comme parfaite, physiquement. Le lecteur peut penser que Félix cherche à valoriser cette image de femme pour révéler des désirs inexprimables. Félix ne cache pas son désir de contact physique avec Mme Mortsauf : ‘’ blanches épaules rebondies sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir me rouler’’ (l.21/22). Il énumère aussi différentes parties de son corps : ‘’peau’’ (l.26), ‘’épaules’’ (l.27), ‘’gorge’’ (l.31), ‘’globes azurés’’ (l.33). A partir de ce moment, le lecteur est sûr et devine l’intensité extrême de l’envie amoureuse de Félix pour Mme de Mortsauf. Tout cela révèle un désir amoureux chez le narrateur. Le portrait de la femme aimée est accompagné du champ lexical de la lumière ainsi que de l’éclat : ‘’ébloui’’ (l.16), ‘’diadème’’ (l.53), ‘’éclatant à la lumière" (l.26) 

                                                                                                             

   Jusque là, Félix réussit à se contrôler, mais il va projeter son inexpérience amoureuse sur Mme de Mortsauf ; il se laisse aller à un contact physique avec celle-ci : ‘’ je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête’’ (l.44/45). Immédiatement, Mme de Mortsauf répondit par un ‘’ « Monsieur ? »’’ (l.47) instinctif suite au geste de Félix. Celui-ci ne fut point déçu de cette parole, puisqu’il était heureux d’être considéré comme un homme et non comme un enfant.                                                                                                                                                                                                                                               Pour conclure, Mme de Mortsauf a certainement joué un rôle très important dans la vie de Félix. Dans ce passage, elle illustre tout d’abord l’image magnifiée de la femme aimée, mais elle joue aussi le rôle de la mère. Par exemple, on retrouve deux fois le mot "mère" dans le texte : ‘’en attendant le bon plaisir de sa mère’’ (l.11/12) ; et ; ‘’comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère’’ (l.44). Aussi, Mme de Mortsauf ne prend pas ce contact physique pour une agression mais plutôt pour une flatterie : sa ‘’sainte colère’’ (oxymore l.52) s’envole quand elle devient ‘’la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe’’ (l.37/38).


Sharone B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.

 


 

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Préparation d'Aïda Z. :

 

Le personnage principal, ici le narrateur, nous avoue son peu d'expérience en matière de relation amoureuse: "Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent en mon cœur ", (lignes 18-19). Cela nous laisse entendre que ce genre de rencontre ne se fait pas tous les jours pour le jeune homme, ce qui expliquerait donc son empressement trop brusque par rapport à cette femme qu'il n'a jamais rencontrée.

On remarque alors de nombreuses figures de style très mélioratives envers Madame de Mortsauf, ce qui met en valeur cette exagération des sentiments dans cet extrait : alors qu'il est seul et "boudeur" dans son coin, la femme arrive par un mouvement d'oiseau qui s'abat sur son nid", comme le dit le narrateur aux lignes 12 et 13. Cette métaphore exprime déjà les sentiments du narrateur à l'égard de cette femme. Il la voit donc comme un oiseau léger et libre de voler où il veut. La vision de ce petit animal évolue ensuite à partir de la ligne 17: "elle devint toute ma fête". Cette phrase est tout à fait justifiée, étant donné que cette fête était  jusqu'à présent pour lui un moment fort peu agréable. La femme étant arrivée au moment le plus terrible, elle a donc illuminé cette fête. Il en fait ainsi une hyperbole.

Puis arrive le passage où le narrateur s'émerveille de tout ce qui concerne la femme et l'embellit, défaut provenant de son peu d'expérience. La moindre chose liée à la femme devient l'objet de toute son attention. Il ne connaît que si peu le plaisir d'être près d'une femme, qu'il savoure chaque instant et chaque détail : d'abord ses épaules qu'il personnifie : "[elles] semblaient rougir comme si elles avaient été nues pour la première fois" (lignes 23-25) et qu'il compare à un "tissu de soie" (ligne 27). C'est une très jolie façon de dire que de simples épaules certainement rougies par la chaleur d'avoir bougé pendant la danse sont douces et soyeuses.

Il remarque ensuite "le brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une petite fille " (lignes 36-38). Cette comparaison avec une petite fille embellit l'image du cou de la jeune femme, aussi lisse que celui d'une petite fille dont la peau est encore jeune et fraîche.

Enfin,  après une impulsion irrésistible et le manque de contrôle de Félix qui se laisse aller à "baise[r] toutes ces épaules" (ligne 44), elle s'en va "par un mouvement de reine" (lignes 59-60). Cette phrase délivre alors l'évolution des sentiments au cours de cet extrait. Car en connaissant de plus près cette femme et en l'ayant observée avec attention, il ne la voit ainsi plus comme un petit animal, mais comme une grande reine, adorée, ayant du pouvoir, principalement sur les sentiments, alors que les deux personnages n'ont échangé aucune parole.

 

Aïda Z., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.


 


 


 

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Préparation de Pierre-Damien G. :

 

          Dans cet extrait de «Le lys dans la vallée », de Balzac, Félix de Vandenesse narre sa première rencontre amoureuse avec Madame de Mortsauf.

La description qu’il fait de cette femme dans cet extrait, ne s’adresse pas à toutes les femmes présentes sur le lieu mais uniquement à Madame de Mortsauf.

L’auteur donne de cette femme une description parfaite alors qu’elle lui est inconnue.

Cette description –principalement physique- confie au lecteur le trouble et la fascination du narrateur : « Je regardais ma voisine, et fus plus éblouis par elle que je ne l’avais été par la fête ; elle devint toute ma fête » (l. 16-17) ; « Un parfum de femme qui brilla dans mon âme » (l.14).

Dans un premier temps, Félix de Vendenesse met en avant son étonnement et sa curiosité comme en attestent les citations suivantes : « Vous devinerez les sentiments qui sourdirent en mon cœur » (l. 19-20); « les épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard » (l. 27-28); « Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage » (l. 29-30).

   Par la suite, Félix décrit la jeune femme, entraîné par un sentiment amoureux toujours plus intense : « Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies » (l. 35-36); « les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination connut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l’esprit » (l. 40-41).

   Les expressions hyperboliques « Je fus éblouis » (l. 15); « je me haussai tout palpitant » (l. 29); « Je fus complètement fasciné » (l. 31); « mon imagination courut […] tout me fit perdre l’esprit » (l. 39) démontrent que le narrateur ressent un sentiment amoureux si puissant et si radicale qu’il magnifie cette inconnue dont il vient de croiser le regard.

   Félix de Vandenesse est bouleversé par cette rencontre et nous donne une description sublime de cette personne tout en rendant compte de son bouleversement intérieur.

 

Pierre-Damien G., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2008.


 


 







Groupement de textes n°2 : La poésie romantique.

Problématique : quels sont les différents modes d'expression du Moi dans la poésie romantique?

Préparation sur El Desdichado (in Les Chimères), de Gérard de Nerval.




Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.


Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.


Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...


Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


Gérard de Nerval




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Question : Quels sont les éléments de la vie de NERVAL que l’on peut retrouver dans le texte, même de façon un peu cachée parfois ?


 

Préparation de Claire J. :

Le poème « El Desdichado », écrit en 1853 par Gérard de Nerval, est une véritable autobiographie de celui-ci. On peut y retrouver ses rêves, ses pensées, ses actes et les émotions qui ont dirigé sa vie. Gérard de Nerval, par ce poème, nous raconte ce qu’il a vécu.

Avant de comparer la vie de Gérard de Nerval et les éléments de ce poème qui nous la rappellent, il faut d’abord savoir que Gérard de Nerval était désespérément amoureux de Jenny Colon, qui en a épousé un autre, et qu’il a fait un voyage en Italie, pour s’en remettre, qui a été extraordinaire.

En premier lieu, on peut remarquer que dans la première strophe du poème (titre compris), c’est le désespoir qui est mis en avant. Le titre signifie en effet « le déshérité », ce qui annonce une suite malheureuse et sans issue « El Desdichado » est un personnage emprunté à Walter Scott. C’était un chevalier dépossédé de son château et de sa fortune, qui se retrouve seul. Il se compare donc à lui et l’annonce de cette autobiographie cachée est très claire dès le début de la lecture du poème. Au premiers vers, il écrit « je suis le ténébreux,-le veuf,- l’inconsolé ». On peut remarquer un rythme ternaire qui insiste sur le caractère morbide et désespéré des sentiments de ce personnage. Gérard de Nerval a écrit ce poème après la mort de Jenny Colon, en 1842. Bien qu’ils n’aient jamais été mariés, le lien qui l’unissait à elle était plus fort que le mariage pour lui. C’est pour cela qu’il se compare à un « veuf », et par la même occasion à un « ténébreux », car cette fatalité lui a fait effectuer une véritable descente aux enfers. En effet, il a commencé à sombrer véritablement dans la folie lors de la disparition de Jenny Colon. Il se dit également « inconsolé », car rien sur terre n’a jamais pu lui faire oublier sa douleur et à quel point il l’aimait. On peut donc remarquer, dès le premiers vers de la première strophe, une véritable comparaison entre l’homme du poème et Gérard de Nerval, qui, en réalité, ne font qu’un.  Au vers 2, il dit que « El Desdichado » est un « prince d’Aquitaine à la tour abolie ». Or, Gérard de Nerval a toujours été certain qu’il descendait d’une famille venant d’Aquitaine. On peut donc encore une fois percevoir le lien ambigu qui lie « El Desdichado » et l’auteur de ce poème. Le prince d’Aquitaine, dans le poème, a perdu son château « à la tour abolie » (v2), il est donc déshérité de ce qui lui tenait le plus à cœur, comme Gérard a perdu l’objet de son amour

Il dit également que le personnage éponyme a perdu sa seule étoile, c'est-à-dire la femme qu’il aimait, tout comme Gérard de Nerval, car « constellé » se rapporte à « étoile » (qui se rapporte ici à Jenny Colon. La métaphore de l’étoile pour désigner cette femme renforce le fait qu’elle était unique et qu’il n’en aimerait pas d’autre.) et veut dire qu’il y en a une infinité, c'est-à-dire l’endroit où jenny Colon est la plus présente en lui, c'est-à-dire son cœur. Il dit ensuite que « mon luth constellé porte le soleil noir de la Melancolie ». On peut remarquer le bel oxymore de « soleil noir » (v4), qui accentue le fait que tout était parfait et que tout est devenu sans intérêt et fatal. On peut également voir que « Mélancolie » commence par une lettre majuscule, ce qui insiste sur le fait que ce ‘est pas une mélancolie passagère, mais une profonde détresse qui aura raison de sa vie. Gérard de Nerval est en effet retrouvé pendu en 1855, à Paris. Ce vers montre donc l’importance de l’impact que la mort de Jenny Colon a eu sur sa vie ; plus rien n’allait sans elle. On peut donc affirmer que Gérard de Nerval parle de lui-même dans ce poème, car les éléments de ressemblance entre ces « deux hommes » sont trop frappants. Lors de cette première strophe, Gérard de Nerval met en évidence son amour et son désespoir infinis pour la morte, ainsi que son dégoût de la vie.

Dans la deuxième strophe, son jugement de la vie est moins tragique, mais beaucoup plus nostalgique. Il se souvient de son voyage en Italie avec Alexandre Dumas. Ensemble, ils avaient vécu des moments formidables et inoubliables. Ici, Gérard de Nerval y fait référence en parlant du « pausilippe », en italien Posilipo, qui est une colline à l’ouest de Naples et de « la mer d’Italie » (v. 6). Il parle également « de la treille où le pampre à la rose s’allie ». C’est une évocation du paysage italien où les vignes s’unissent aux roses. Il se souvient d’une « fleur qui plaisait tant à son cœur désolé ». Cela signifie qu’il a besoin d’aller en Italie et de pouvoir observer les paysages napolitains, pour pouvoir oublier à quel point sa vie est morose. Ce voyage est pour Gérard de Nerval un moment privilégié, à cause du bonheur qu’il lui a procuré.

On peut remarquer, que dans ces deux premières strophes, il y a un champ lexical récurrent de la mort : « le ténébreux » (v1), « abolie » (v2), « morte » (v3), « soleil noir » (v4), « la nuit du tombeau » (v5), « désolé » (v7). Cela montre la tentation de Gérard de Nerval à vouloir en finir avec la vie. On s’aperçoit également que, dans la première strophe, il y a une allitération en [t] : « ténébreux », « Aquitaine », « tour », »étoile », « morte », « luth constellé », « porte ». C’est une consonne à consonne à sonorité dure, ce qui provoque une augmentation de la tension qui règne.

Dans la troisième strophe de ce poème, l’auteur change radicalement de point de vue : il s’agit d’une remise en question de lui-même. Il cherche à savoir qui il est et d’où il vient. Au neuvième vers, il écrit : «  Suis-je Amour ou Phébus ?... ». Il fait référence ici à Aphrodite et à Apollon, des dieux de la mythologie grecque. Au même vers « …Lusignan ou Biron? ». Il se demande de quelle partie il fait partie : il est en quête d’une identité. Les points de suspension entre ces deux phrases interrogatives nous indiquent qu’il ne sait plus où il en est, et à quel Dieu s’en remettre pour être heureux. Au vers 11, il dit qu’il « a rêvé dans la grotte où nage la sirène…». Il fait allusion à la grotte des sirènes à Trivoli, qu’il a visité lors de son voyage en Italie. Ici encore, on retrouve donc des éléments de la vie de Gérard de Nerval, éparpillés partout dans le poème.

Pour comprendre la quatrième strophe de ce poème, il faut savoir, que dans la mythologie grecque, Orphée est connu pour son mariage malheureux avec Eurydice. Celle-ci meurt et il décide d’aller la chercher aux enfers. Il emporte sa lyre et joue un morceau à Hadès, le maître des enfers, si ému par sa musique qu’il décide de rendre Eurydice à Orphée, à condition que celui-ci ne se retourne pas pour la regarder, avant d’être sur terre. Mais Orphée se retourne trop tôt et la perd à jamais.

Dans le vers 12 « et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron » (fleuve des enfers dans la mythologie grecque), il veut dire qu’il est descend aux enfers par deux fois (ses deux crises de folie en 1841 et 1853) et en est revenu triomphant (à l’inverse d’Orphée), car il n’en est pas mort. Mais tout comme Orphée, il a perdu sa bien-aimée à jamais. Ici encore la ressemblance entre la vie de « El Desdichado » et celle de Gérard de Nerval est suffisante pour nous persuader que ce poème est, en réalité, une autobiographie de ce dernier.

Tout au long de ce poème, de nombreux éléments communs entre le vie de « El Desdichado » et Gérard de Nerval, comme le désespoir, la mort de la femme aimée, les voyages en Italie et les crises de folie, ainsi que la remise en cause de leur identité, nous font conclure que ce poème est une autobiographie, certes un peu détournée et cachée, mais très claire, par ailleurs.

 

Claire J., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.





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Préparation de Luc H. :




Gérard de Nerval perd sa mère alors qu'’il n’a que deux ans, le reste de sa vie
sera marquée par un amour passionné pour une actrice, Jenny Colon qui remplacera
peut être sa mère dans son cœoeur ainsi que des crises d’hallucinations. Le thème
principal du poème fait référence à ces trois faits, il est  « ténébreux »
durant ses crises, où il se voit en souverain d’un monde imaginaire puis « veuf
» et « inconsolé » quand en ce monde il perd son amour, seul et unique,
idolâtré. Cette opposition entre son royaume imaginaire et la réalité est
retrouvé par l’' antithèse : « Ma seule étoile est morte, - et mon luth constellé
(V3). L'’étoile qui le guidait en ce monde s’'est éteinte et pourtant son luth,  «
la Lyre d’Orphée » qui lui permet de traversé l’Achéron, frontière vers un autre
monde, reste constellé, lumineux, idée encore renforcée par l’'oxymore « soleil
noir ».
Le titre même du recueil de poésie d'’où est tiré celui-ci, « Les Chimères »
suggèrent à la fois un goût prononcé pour la Mythologie et une recherche de ce
qui ne peut être atteint. Ce qui caractérise finalement bien Gérard de Nerval
qui voudra trouver l’'amour auprès de Jenny, comme il l'’évoque dans le deuxième
quatrain au vers  5 et 7 : « Dans la nuit du tombeau, toi qui m'’as consolé » et
« la fleur qui plaisait tant à mon coeœur désolé », en vain. Cependant de Nerval
utilise un temps du passé, l’'imparfait, celle-ci est sans doute déjà morte.
 Dans le premier tercet on ressent mieux son attrait pour les mythes et légendes
auxquels il se plaît à s'’associer. Cet attrait pour les mythes et légendes
induit un nouveau sujet cher à Gérard de Nerval, celui de son identité, voire
plus généralement de l'’identité de l’'homme qu’'il voit découlant, dans son cas en
tout cas  directement de grande famille aux rôles importants. Cet esprit un peu
fantasque est la marque de Gérard de Nerval, et tous ces mythes et légendes
rythmaient sa vie. Il écrit au docteur Blanche, qui le suit qu'’il aurait été
initié par les mystérieux Druzes lors d’un voyage au Liban. Réalité ou fiction
découlant de ses hallucinations ?  Quoi qu'’ il en soit il est romantique et se
rêve des histoires fabuleuses « d[e] baiser de la reine ».
 Dans le dernier tercet Gérard de Nerval évoque sa continuelle bataille face à
la mort, peut être un rappel de ses crises d’hallucinations qui le mène proche
d’'un autre monde. Le dernier vers : « Les soupirs de la sainte et les cris de la
fée » désigne sans doute le trépas de deux femmes importantes dans sa vie, sa
mère, la sainte et la fée, Mélusine, autrefois femme de son aïeul, qu’'il aurait
retrouvé en la personne de l’'actrice Jenny Colon.



Luc H., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


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Préparation de Julie A. :

 



 


 

 

« El desdichado » in Les Chimères, de Gérard de Nerval (de son vrai nom Gérard Labrunie) a été écrit en 1853 et publié à la fin de la même année ; pour ainsi dire à la fin de sa vie puisqu’il est décédé le 25 janvier 1855.


Il a transcrit dans ce recueil, avant de mourir, les principaux épisodes de sa tragique destinée.


De plus, ce poème a été composé à un moment de sa vie où les périodes de délires alternent avec les périodes d’équilibre.


Quels sont les éléments de la vie de Nerval qu’on peut retrouver dans ce poème ?


Son œuvre, en général, renferme une série d'antithèses entre la réalité et le songe, le présent et le passé, la vie et la mort, la lumière et l'obscurité, la raison et la folie et exprime une quête de l'imaginaire où la femme joue un rôle fondamental.

Ce sonnet comprend les mêmes caractéristiques et contient beaucoup d’éléments douloureux de sa vie.



Dans la première strophe, il évoque sa perte de repères, son déséquilibre et son manque affectif dû probablement à la mort de sa mère alors qu’il avait deux ans, ses péripéties amoureuses, notamment avec une actrice et chanteuse Jenny Colon, dont il était épris d’une passion désespérée mais non partagée et dont la mort l’avait beaucoup affecté. Pour les illustrer, dès la première strophe, il écrit : «Je suis le ténébreux, -le veuf, - l’inconsolé» (vers 1) ; « Ma seule étoile est morte » (vers 3).


Il évoque également sa quête d’identité : « Le Prince d’Aquitaine à la tour abolie » qui peut faire référence à sa propre situation familiale : le pouvoir seigneurial des Labrunie (ancienne famille du Périgord) a été aboli par l’ancien régime. Il y fait allusion à nouveau en citant « Lusignan ou Biron » grandes familles du temps des croisades.


Dans la deuxième strophe, il fait référence à l’Italie, qu’il a découvert lors d’un voyage qui le mena à Florence, Rome et à Naples en 1834 et dont il garde un souvenir heureux : « Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie », « Et la treille où le pampre à la rose s’allie » évoquent un paysage italien. De plus, avec « J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène… » il fait allusion à la grotte des sirènes à Tivoli en Italie.


Dans la troisième strophe, il cite sa quête d’un idéal féminin avec par exemple : « Mon front est rouge encor du baiser de la reine ». Cette reine semble faire référence à la reine de Saba décrite comme une femme sublime, et considérée comme un personnage d'une profonde sagesse et d'une haute intelligence par certains, et comme une magicienne tentatrice par d'autres.

(Il avait d’ailleurs composé pour Jenny Colon un opéra intitulé « La Reine de Saba »).

Le dernier vers peut également représenter cet idéal féminin avec la sainte et la fée qui décrivent dans son imaginaire l’ambivalence féminine : la Sainte renverrait à l’image maternelle tandis que la fée reprendrait le personnage de la fée Mélusine épouse de Lusignan, qui grâce à un filtre d’amour l’a envoûté. Les cris de la fée impliquent une souffrance.


Les vers 12 et 13 font allusion à ses crises de démence qu’il a vécues comme des petites morts.


Ce sonnet rassemble les trois thèmes qui ont marqué la vie de Gérard de Nerval : folie, amour et poésie qui en font un poème poignant et émouvant.

Julie A., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


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Préparation d'Hicham D. :

 

 



 



‘‘El Desdichado’’ est un poème écrit par Nerval vers la fin de sa vie dans un recueil intitulé Les Chimères. On y retrouve plusieurs éléments caractéristiques de sa vie.

En premier lieu, Nerval fait une constante référence à sa possible parenté avec les Lusignan et les Biron. Il exprime cette pensée, dans un premier temps, dans le titre du poème : ‘‘El Desdichado’’ qui signifie ‘‘le déshérité’’. Cela vient du fait qu’il n’a jamais connu sa mère car il a toujours été élevé par son oncle, et sa mère a trouvé la mort alors qu’il n’avait que deux ans. Il se considère donc ainsi comme un descendant oublié des Biron et Lusignan, car il n’a jamais pu réellement savoir d’où il venait. Il complète cette idée en se qualifiant de ‘‘Prince d’Aquitaine’’ (v2) et en explicitant cette parenté : ‘‘Suis-je […] Lusignan ou Biron ?’’ (v9). Il affirme donc cette croyance de descendre de ces familles.

Toutefois, le ‘‘Prince d’Aquitaine’’ porte également le nom de ‘‘Prince Noir’’. En effet, il fut autrefois le vainqueur de Poitiers, ainsi que la représentation de la mort et de la désolation. Or, à cette période de sa vie, Nerval est atteint de manière récurrente de crises de folie. Il l’explicite par la suite en disant ‘‘j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron’’ (v12), l’Achéron étant le Fleuve des Enfers dans la mythologie grecque. Les crises de démence pour l’auteur était comme une confrontation directe avec la mort dans sa forme la plus horrible. Il accentue cette idée en parlant de ‘‘soleil noir’’ (v4) qui signifie en fait la mort. Nerval relate donc ses crises dans cette poésie.

Par ailleurs, il mentionne également l’une des raisons principales de sa folie : l’actrice Jenny Colon de qui Nerval s’est follement épris. Cependant, à l’instant où l’auteur écrit son poème, l’actrice est morte. Cet élément est révélé par Nerval : ‘‘Ma seule étoile est morte’’ (v3). Pour lui, cette femme représentait beaucoup. Il la qualifie de ‘‘reine’’ (v10), de ‘‘sirène’’ (v11) et même de ‘‘sainte’’ (v14). Il parle également de son ‘‘front rouge encor du baiser de la reine’’ (v10). Il fait, en réalité, référence à sa démence : son front représente sa tête, l’endroit d’où proviennent ses crises, et le rouge, étant la couleur du feu, représente l’enfer que Nerval doit supporter lorsqu’il est atteint. La sirène, quant à elle, représente une créature envoûtante que l’on ne peut atteindre. Il en fait part dans les premiers vers en se qualifiant de ‘‘veuf’’, de ‘‘ténébreux’’ et ‘‘d’inconsolé’’. Il exprime le regret d’avoir été délaissé de l’être qui lui était cher.

Il regrette ainsi les moments où il était heureux : ‘‘Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie’’ (v6), lieu cher à Nerval qu’il mentionne dans un de ses poèmes dédié à Jenny Colon. ‘‘La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé’’ (v7) est une autre référence à Jenny Colon, seule personne qui lui donnait une raison de vivre.

Finalement, Nerval juxtapose les deux éléments qui comptent le plus pour lui : ‘‘Les soupirs de la sainte’’ (v14) en référence à l’actrice qu’il aimait tant, et ‘‘les cris de la fée’’ (v14) en référence au Lusignan qui épousa la fée Mélusine. Ces deux éléments ont un point commun : Nerval a tout fait pour les trouver, en vain. Il les a même perdus, d’où le titre ‘‘El Desdichado’’ qui signifie ‘‘le déshérité’’ ou celui qui a perdu son héritage.


Hicham D., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


 


 


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Préparation de Marine B :


 

 

Pour commencer, « El Desdichado » de Gérard de Nerval est un sonnet à rimes croisées  comportant deux quatrains et deux tercets. Les vers sont des alexandrins, c’est à dire de longs vers pour exprimer et accentuer la tristesse, la peine du poème.

Dès la première lecture, le sens n’apparaît pas forcement si clair surtout si l’on ne connaît guère sa biographie, il s'agit d'un texte hermétique.

En effet toute son œuvre est fortement teintée d’ésotérisme.

 

Tout d’abord Nerval a choisi ce nom « El Desdichado », emprunté à Walter Scott, car il était dépossédé de quelque chose qui lui était très cher : sa bien aimée Jenny Colon.

Dans la première strophe, Nerval s’identifie à un « Ténébreux », à un « Veuf » et à un « Incosolé » pour exprimer son sentiment de déséspoir. Mais ausssi a d’autres personnes que l’on retrouve dans l’intégralité du poème comme « le Prince d’Aquitaine » ainsi qu’à « Orphée » et tant d’autres. Le mot « Ténébreux » fait référence à la mort, à l’enfer tandis que le mot « Veuf » renvoie à la perte de Jenny.

Nerval y voit donc son rattachement au domaine des morts (mort de sa mère quand il était petit et de Jenny en 1838) en même temps que sa solitude affective.

Dans le vers trois, « l’étoile est morte » représente la femme aimée qu’il a perdu, et « seule » renforce sa solitude et son désarroi, désespoir.

Au vers quatre, l’oxymore du « soleil noir » est une vision de fin du monde. Le soleil devient le symbole de sa négation. La « mélancolie » évoquerait l’impuissance psychologique du poète du fait des ses crises de folies.

 

Dans la deuxième strophe, lors du vers cinq Nerval repense à son voyage près de Naples où une certaine jeune femme « toi » qui l’aurait consolé lorsqu’il se trouvait au plus profond des ténébres d’où « Dans la nuit du tombeau ».

Au septième vers, l’auteur fait référence à une fleur qui sans doute est l’ancolie, fleur violette, symbole de la tristesse et emblème de la folie. Donc de ses crises.

Au huitième vers, le poète évoque un alliance entre la « treille » et la « rose ». En effet, puisque la rose est l’image de l’amour, l’amour pure et la vigne (treille) de la connaissance, celle des mystères de la mort. L’alliance de l’amour et de la mort concerne la même personne, Jenny qu’il a aimé et qu’il l’a perdu à jamais.

 

Dans la troisième strophe, au neuvième vers, on constate un trouble de la personnalité avec « Suis-je » et « ? »,outre cette confusion, il utilise le pronom « Je » ainsi que l’adjectif possessif « mon » dans la première strophe. Par conséquent, il est possible d’affirmer que le sujet d’énonciation n’est personne d’autre que l’auteur. Le poème débute donc par une identification concrète pour glisser vers une remise en question.

De plus Nerval pensait descendre d’une ancienne famille du Périgord, apparentée aux Biron et Lusignan.

Au dixième vers, le poète cite le mot « Reine », il s’agit de la mythique reine de Saba. En effet puisque l’auteur avait composé pour Jenny Colon un opéra intitulé «La Reine de Saba ».

 

Dans la dernière strophe, au douxième vers, Nerval avoue avoir été vainquer deux fois en traversant l’Achéron. Celui-ci représente le fleuve des Enfers dans la mythologie grecque. Il fait allusion à la mort de sa mère et de Jenny qu’il a réussi a surmonter, tel un « vainqueur ».

Au vers treize, on retrouve des référence mythologique où Nerval fait allusion à Orphée qui partage donc le même sort que lui, celui d’un amour perdu à jamais. De plus les mots « luth », « lyre » et « Orphée » donne au poéme une vraie musicalité.

 

Enfin pour finir dans le dernier vers, la « sainte » pourrait renvoyer à une image maternelle et à l’image de la femme idéalisée. Tandis que la « fée » à la fée Mélusine dont on entendait les plaintes sur les tours du château de Lusignan, dès qu’un danger menaçait la famille. Mais aussi à l’amour passionel, l’amour vécu comme une souffrance d’où les « cris » qui refletent son amour désespéré celui qu’il éprouve pour Jenny.

 

Dans ce sonnet, Nerval pleure la mort de son grand amour et il tente de retrouver du réconfort dans une poésie mélangeant le rêve et la réalité. Il n’arrive pas à cerner son identité, sombrant ainsi dans la mélancolie la plus totale, accentuée par la mort de sa bien aimée.

De plus Nerval fait allusion à    de denombreux unviers comme la littérature, la mythologie, l’histoire, les légendes… Qui s’ajoute donc à des traits personels au vecu de l’auteur.

Tous ces éléments nous ramène a trois thémes : Folie, Amour et Poésie.

Ce poème présente une forte autobiographie au point de voir une biographie tracée, révée par l’auteur. Il reflète l’essentiel des tourmants de sa vie.


 


Marine B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.

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Préparation de Sharone B. :

‘’El Desdichado’’  est une des œuvres les plus célèbres de Nerval. Poète romantique du XIXème siècle, Nerval a écrit ce poème à la fois mélancolique et mystérieux en 1853 pendant les années où ses troubles psychiques lui ont valu plusieurs internements dans la clinique du docteur Blanche avant de déboucher sur son probable suicide par pendaison. En effet, Nerval vécut ses dernières années dans la détresse matérielle et morale. Durant les deux années précédant sa mort il écrira ses principaux chefs-d’œuvre, emplis d’émotions, sur les conseils du docteur Blanche.

            Dans ce poème composé de deux quatrains et de deux tercets où l’on trouve uniquement des alexandrins, on découvre plusieurs allusions à la vie de l’auteur. Tout d’abord, dès le titre on se rend compte de la vision qu’a l’écrivain sur lui-même. ‘’Des’’ signifie ‘’sans’’ et ‘’dicha’’ signifie ‘’chance’’. Le Desdichado serait donc le malheureux, le malchanceux. Aussi, dès le premier vers on remarque que Nerval se considère comme ‘’Ténébreux, veuf, inconsolé’’. Ténébreux, du aux multiples hallucinations précédant son décès. Le ténébreux signifie aussi ‘’celui qui appartient à l’enfer’’. Il se dit veuf par référence à la femme qu’il idolâtrait, Jenny Colon, qui mourut cinq ans après leur première rencontre. Enfin, inconsolé, pour l’amour porté à Jenny et qui ne fut pas réciproque, mais qui dura pourtant de nombreuses années. Ce premier vers montre d’or et déjà la souffrance de Nerval face à l’amour. C’est le début de la crise de l’amant. Dans le deuxième vers, il parle de la ‘’tour abolie’’ ; peut être une référence à un retour brutal au sol après une tentative de s’élever jusqu’au ciel avec Jenny. C’est aussi la notion de manque. Au vers trois, c’est la première fois que l’on croise le thème amoureux. Nerval, ‘’de sa seule étoile déjà morte’’ parle bien évidemment de Jenny.  C’est au vers cinq que l’on trouve un e figure de style : ‘’le soleil noir’’ est un oxymore. Nerval tente par ce procédé littéraire de montrer sa détresse ; comme une vision de fin du monde. Dans la deuxième strophe il s’adresse directement à Jenny ‘’toi qui m’as consolé’’ (v.5). Nerval voyageait beaucoup et on suppose qu’il aurait aimé être accompagné sa bien-aimée. Le thème de l’amant en crise est bien vérifié : Nerval est un amant triste, désespéré, qui ne sait comment s’en sortir. Arrive alors le doute et les problèmes. Nerval cherche et ne sait pas réellement qui il est. Très perturbé par sa relation avec Jenny, l’homme se retrouve alors en quête de ses racines. Il se pose lui-même des questions ‘’Suis-je Amour ou Phébus… Lusignan ou Biron ?’’ (v.9). Amour est le fils de Vénus, déesse de l’amour et Phébus est le nom grec latinisé d’Apollon, c’est le dieu de la clarté solaire, de la beauté, de la raison, des arts et plus précisément de la musique et de la poésie. Nerval hésite à se classer dans deux rangs totalement différents des pensées qu’il laisse transparaitre à l’auteur. Il évoque le ‘’front rouge’’ (v.10). Le rouge est la couleur du sang ; sang qui se rapporte à la mort. Aussi on remarque un clin d’œil de la part de Nerval en inversant ‘’rouge’’ et ‘’encor’’, pour appuyer sur le mot ‘’rouge’’.

            Jenny Colon était la raison de vivre de Nerval. L’échec face à cette apogée amoureuse et sentimentale lui fit perdre pied mentalement. Ce n’est plus l’homme en quête de ses racines, mais la crise du poète poursuivi par sa folie. En effet, Nerval fait plusieurs allusions à la mort : tout d’abord en évoquant ‘’l’Achéron’’ (v.11). L’Achéron est le fleuve qui entoure les enfers dans la mythologie antique. Nerval dit avoir traversé ‘’deux fois vainqueur’’ (v.12) l’Achéron. Il évoque les deux crises de démence ; celle de 1851 et celle de 1853 qu’il a vécues comme une ‘’petite mort’’. Orphée est un personnage de la mythologie antique. Ici, Nerval fait une comparaison remarquable : tel Orphée, Nerval est revenu par deux fois des domaines infernaux, sans pour autant, comme lui, pouvoir ramener sa bien-aimée. Pour finir, il parle des soupirs de la sainte, qui pourraient renvoyer à l’image maternelle et à un idéal féminin, éternel. Tandis que la fée reprendrait le personnage légendaire, donc impossible à atteindre- de Mélusine.

            Pour conclure, on remarque dans ce poème des rimes croisés et un rythme très lent. Il y a aussi énormément de références à des personnes, des lieux et des époques connus. Les principaux thèmes sont l’amour, la détresse, l’obscurité mental. A travers ce poème, Nerval tente peut être de faire comprendre combien c’est dur d’être malchanceux.


 


Sharone B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


 


 

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Préparation de Luna S. :

 

 

Nerval, comme tout artiste, puisait de sa vie personnelle l’inspiration nécessaire pour alimenter ses œuvres. « El Desdichado », publié lors de son internement dans un asile mais sans doute rédigé en quasi lucidité, en est la preuve ; et est d’ailleurs considéré comme une autobiographie poétique même si des passages restent implicites et seront à jamais contestés. Nerval relate sa poursuite de la figure féminine, son pèlerinage dans le monde réel, mythique, et onirique et sa quête de soi qu’il n’eu pas le temps d’assouvir.

La recherche d’un amour féminin, autant maternel, sentimental que sexuel (on lui concède aussi un vœu d’amour fraternel) fut une des plus grandes préoccupations de Nerval, considérée démesurée par certains, comme en témoigne le vers 9 : « Suis-je Amour […] ? », Amour est le fils de Venus, la déesse de l’amour. Il vouait un idolâtre sans limite aux femmes de sa vie, notamment l’actrice Jenny Colon et sa mère, morte quand il n’avait que deux ans. Ce qui rend l’attribut des personnages féminins cités dans le poème aux personnes réelles complexe et délicat. Pourtant quelques indices peuvent nous aider à formuler des hypothèses comme pour le vers 10 où il cite une « reine » qui lui aurait avoué son amour, dans un passé lointain, avec « un baiser », qui restera cependant toujours vif dans l’esprit de l’amoureux comme nous le démontrent les paroles précédentes : « Mon front est rouge encor du baiser ». La reine est la célèbre Reine de Saba, que Nerval comparait à Colon. Néanmoins après ces douces paroles, il donne un autre point de vue sur l’amour dont témoignent ces propos dans le vers suivant : « J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène ». La sirène est un être mythique qui attire les marins avec la douceur de leurs chants pour les tuer plus tard, ce qui accentue le mal éprouvé par Nerval durant ses liaisons amoureuses. Quant aux hypothèses les plus explicites, et donc les plus sûres, elles seraient « les soupirs de la sainte », qui incarnerait la figure maternelle ; « les soupirs » émettent un sentiment de pitié. Quant à « la fée », affectée à la fée Mélusine, épouse de Lusignan, elle représenterait l’envoûtement et la passion et serait donc associée à Colon ou peut-être même une femme que Nerval avait rencontré durant un voyage en Italie, cité dans la deuxième strophe. Le fait qu’il est inscrit avant « les cris » donne une connotation péjorative à cet amour, devenu maléfique, et source de souffrance mais qu’elles soient mentionnées au dernier vers donne toute de même à l’amour une importance fondamentale. D’ailleurs la preuve ultime de ce paradoxe autour de l’amour est son « étoile [] morte », l’étoile est celle de Venus et symbolise l’espérance et l’amour, et il révèle donc lui-même le fait que sa poursuite de l’eternel féminin dans sa représentation humaine fut un échec et une énorme déception mais qu’elle reste toutefois source d’inspiration pour sa poésie. Mais quelle meilleure représentation de cette antinomie que « la fleur » du vers 7 qui est en fait l’ancolie, symbole d’extravagance et caprice (traits connus de la personnalité de Colon), mais aussi d’une grande sensibilité et qui  a parfois une connotation religieuse et donc d’extrême spiritualité.

Cette recherche de l’amour et ses voyages autant réels qu’imaginaires auront un lien étroit dans la vie de Nerval. C’est pour se rétablir de ces déboires sentimentaux, la plupart du temps dus à Colon, que Nerval voyageait, tant en Europe qu’en Orient. C’est l’Italie, citée au vers 6 (« la mer d’Italie »), qui est le thème principale de la deuxième strophe et est reflétée dans ce poème grâce à des lieux géographiques précis comme « le Pausilippe » dans le vers 6, qui avait créé une nostalgie chez Nerval, ou des lieux plus implicites comme « la grotte » de la sirène, qui pourrait s’agir d’une grotte à Tivoli en Italie. Elle est aussi insinuée au vers 8 : « Et la treille où le pampre à la rose s’allie » car en Italie on pouvait voir les vignes s’unir aux roses, tous les deux montant les murs. Cette alliance est révélatrice puisque la rose était le symbole de l’amour pur et la vigne, emblème de Dionysos, celle des mystères de la mort et de l’ivresse sacrée de la poésie. D’ailleurs on retrouve un champ lexical explicite dévoué à la mythologie gréco-romaine, puisque Nerval va jusqu'à se comparer à des divinités comme « Amour » ou « Phébus », et à un des personnages important de la mythologie grecque, « Orphée » et s’attribut même l’exploit que celui-ci avait accompli soit « traversé l’Achéron » (v.14), le fleuve des Enfers, de plus il dit l’avoir fait deux fois. Cela atteste de la connaissance acquise par Nerval de la mythologie et son goût pour les voyages qui cachait parfois sa quête du fantastique, de l’irréel ou même de l’au-delà. Cette caractéristique de Nerval est aussi prouvé grâce au premier vers où il se décrit comme « le ténébreux -le veuf- l’inconsolée ». Le « ténébreux » est, bien sûr, associé à l’enfer. Quant à la signification de « veuf » (v.1), encadré par des guillemets ce qui le fait ressortir et lui donne une importance expressive, et « l’inconsolé » ils pourraient faire référence a Jenny Colon, morte en 1842, il se considèrerait alors comme un veuf spirituel et sentimental puisque Colon était mariée à un autre homme ; mais la plupart des experts assignent ce mot a une signification plus morbide car il aurait une relation avec le tombeau ( qui est aussi cité au vers 5) de Mausolée, une annexion concrète dans le monde des vivants aux morts, thème présent dans toute la première strophe. « L’inconsolé » ne fait qu’accentuer cette solitude, provoquée par la mort. Mais cette mort, mentionnée au début et à la fin du poème, ne pourrait-elle pas être aussi, associée, d’une manière plus figurative, aux démences de Nerval qui lui causait des hallucinations qui effaçaient la frontière entre le rêvé et la vie réelle, comme quand il crut voir apparaître Colon après sa mort. Ce qui donnerait à cette mort un sens plus pathétique que tragique. Cette hypothèse peut être contestée vu que « le soleil noir de la Mélancolie » au vers 4, pourrait avoir plusieurs significations. L’oxymore du soleil noir comme « la tour abolie » du vers 2 est une vision de la fin du monde. Mais la mélancolie, qui dans la mythologie grecque est associée à la bile noire, similaire au soleil noir, est aussi l’image de l’impuissance créatrice du poète. Car durant ses crises de folies, le «luth », symbole de création artistique, autrefois « constellé » ne produit plus de son, à part peut-être ce du désespoir, causé par la méconnaissance de lui-même.

Le recours à l’occultisme et à la mythologie est pour beaucoup un signe de confusion mentale chez une personne, qui voudrait accéder à une connaissance cachée. C’est le cas pour Nerval qui durant toute son existence a voulu recherché au plus profond de soi, jusqu'à plonger dans sa généalogie, comme dans les vers 2 et 9 où il se dit être le prince d’Aquitaine et appartenir à la famille des Lusignan et Biron. Il se procurait aussi des réponses dans la littérature, comme l’œuvre de Walter Scott, Ivanhoé. Le titre du poème, « El Desdichado », qui signifie le déshérité, même si sa traduction exacte est le malheureux, est dérivé d’un personnage de ce roman qui est un mystérieux chevalier qui fut dépossédé de son château. Nerval voit en lui un lien matériel et social, le pouvoir  seigneurial des Labrunie avait été aboli par l’Ancien Régime, mais aussi psychologique car ce chevalier a, comme lui, perdu son identité. Toutefois, il semble que Nerval se retrouve à la fin comme poète. On ressent son assurance grandir peu à peu, « vainqueur » au vers 12 en est la preuve, et il écrit même avoir « modul[é] […] sur la Lyre d’Orphée », qui faisait pleurer même les dieux. Il est vrai que c’est à la fin de sa vie que Nerval publia ses plus grands chefs d’œuvres comme Les filles du Feu et Aurélia ou le rêve et la vie.

Mais c’est surtout avec ce poème, caractérisé par son style elliptique, ses significations diverses qui aboutissent à des paradoxes, son lyrisme romantique définit par les sentiments comme l’amour, bien sûr, mais aussi l’angoisse et la frustration et le « moi », que Nerval essaya de décrire en quelques lignes sa vie, qui gravitait autour de l’amour, le mystère et finalement la folie, qu’il croit à la fin guérie par la poésie. L’évolution des pensées de Nerval dans le poème, du désespoir à la sensation d’une certaine puissance, émette un certain espoir que devait ressentir le poète à ce moment-la et donne à sa mort, occasionnée deux ans plus tard, une connotation presque tragique.


Luna S., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


 


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Préparation  de Karim C. :


 

 

Le premier alexandrin du poème " Je suis le ténébreux , - le veuf , - l'inconsolé " souligne une identification objective de l'auteur . En utilisant des mots dépreciatifs , il cherche à obtenir une réaction compensatoire . En effet l'auteur est en quête d'identité , et se pose cette question : Qui suis-je ? Le poème débute donc par une identification concrète pour aller vers une remise en question : " Suis-je Amour ou Phébus ?...Lusignan ou Biron ? " ( Vers 9 ) . Outre cela , Nerval utilise le pronom personnel " je " ainsi que l'adjectif possessif " mon " aux vers 1 , 3 , 7 , 9 , 10 , 11 , 12 . Il est donc par conséquent possible d'affirmer que le sujet d'énonciation n'est personne d'autre que l'auteur s'adressant à un récepteur représenté par le pronom personnel " toi " . Il est important de souligner que l'auteur éprouvait un amour fou pour Jenny Colon , décédée en 1842 , après sa rencontre avec Gérard de Nerval en 1833 , d'où un mal-être sentimental et psychologique . Cela explique l'utilisation et l'emplacement central du substantif " le veuf "

au premier vers . On a donc des références mythologiques , historiques mais surtout biographiques . En 1842 , il entreprend un vaste périple autour de la Méditerrannée , visitant Naples , Constantinople et d'autres . C'est ainsi que le " Pausilippe " ( Vers 6 ) , promontoire à Naples , renvoie à une réalité biographique de Nerval . Le premier alexandrin du dernier tercet , laisse entrevoir une restitution complète de l'identité de l'écrivain . En effet la dernière strophe confère à l'auteur les caractèristiques d' " Orphée " , figure mythologique grecque . Tout comme ce dernier , le poète se dit être le vainqueur à deux reprises de l'Achéron ( Vers 12 ) . Nerval ainsi que cette figure mythologique partagent le même sort , celui d'un amour perdu à jamais après avoir franchi les barrières métaphysiques : " Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron " ( Vers 12 ) . Par conséquent nous remarquons trois étapes successives en relation avec la quête d'identité : Affirmation ( Vers 1 ) , mise en question ( Vers 9 ) et redécouverte de soi - même ( vers 12 ) .


 

Karim C., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


 

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Préparation de Pierre-Damien G. :

 

 

C’est en 1854 que sortirent « Les filles du feu », recueil de nouvelles accompagnées des sonnets de Chimères où l’on retrouve le poème « El Desdichado ».

Gérard de Nerval expliquait sur ces sonnets, qu’ils « perdraient de leur charme d’être expliquait, si la chose était possible ». Le fait est donc que ces sonnets nous enchantent par leur mystère mais que toutefois, il est possible « de chercher un fil d’Ariane, pourvu qu’ils ne prétendent pas réduire à un sens rationnel toute la richesse de ces rêves et de cet art ».

 

L’auteur d’El Desdichado », définit aujourd’hui comme un « super-naturaliste » donne deux aspects à ce poème : la lumière et les ténèbres.

Ce premier aspect se retrouve dès la première strophe, où l’on découvre l’expérience du poète, visité par l’angoisse et le désespoir: « Je suis le ténébreux » (v.1) ; « Ma seule étoile est morte » (v.2). On retrouve un manque d’affection maternelle (« l’inconsolé » v.1) causé par la mort de sa mère en 1810. Nerval n’avait alors que deux ans.

Il continue en nous confiant son désespoir amoureux (« Ma seule étoile est morte » v.1 ; « le veuf » v.2 ; « toi qui m’a consolé » v.5) que l’on retrouvera dans la totalité de l’œuvre, tel que dans sa vie, il fut hanté par le visage de Jenny Colon. Cette actrice qu’il découvrit en 1836, à son retour d’Italie se retrouve dans de nombreuses œuvres de Nerval et qui deviendra « Aurélie ou Aurélia » (cf. Sylvie : « Ermenonville…, tu as perdue ta seule étoile qui chatoyait pour moi d’un double éclat »).

Celle-ci était peut être sensible un moment à son amour, mais ne tarde pas à se marier. Cette passion malheureuse va avoir des conséquences terribles pour Nerval, ébranlant sa raison : « suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ? » (v.9).

Pour accentuer l’angoisse de l’avenir (qui ne sera pas long pour Nerval), l’auteur intègre dans plusieurs vers de l’Histoire, symbole d’un passé meilleur : «le prince d’Aquitaine à la tour abolie » v.2 ; « mon luth constellé » : rapport avec le mystérieux chevalier dans le livre Ivanhoë, de Walter Scott. Dépossédé de son fief par Jean sans Terre, le chevalier apparait en tournois avec comme seul armoiries, un jeune chêne déraciné, et avec pour devise le mot espagnol Desdichado, c'est-à-dire, Déshérité. Le luth du poète se substitue à l’écu du chevalier. Puis dans le vers 9 : « Suis-je amour ou Phébus, Lusigan ou Biron ? » : Nerval pensait descendre d’une ancienne famille de Périgord apparentée au Biron et à Lusignan, roi de Chypre, qui, d’après la légende, avait épousé une fée, Mélanie (cf. v.14).

Cette Première partie nous fait donc découvrir le peu de ressource pour Nerval, sa solitude et son désespoir qui l’on emporté jusqu’au suicide, dans la nuit du 25 au 26 janvier 1855.

 

             Le deuxième aspect du poème est une méditation de la femme aimée, qui semble ici se réfugier par un souvenir heureux, notamment dans les vers 5 à 8.

On retrouve la complexité des raisonnements  de Nerval à partir de 1851 ou des crises menacent sa raison. Il se sent de plus en plus hors de son corps, comme si le rêve l’envahissait (« La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé, et la treille ou le pampre à la rose s’allie » v.7 et 8).

Dans le vers 6 (« rends moi le Pausilippe et la mer d’Italie »), Nerval fait référence à son voyage en Italie, en 1834, qui précède sa rencontre avec Jenny Colon dont il fait référence au vers suivant (« La fleur qui plaisait tant à mon cœur » v.7).

Le poète accentue ce romantisme en faisant recours au champ lexical de la nature, qu’il personnifie quelque peu : « Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie » v.7 ; « la treille où le pampre à la rose s’allie » v.8. On retrouve dans ces vers une symbolique des fleurs et des plantes présente dans les Chimères, notamment dans les poèmes Myrtho, Delfica et Artémis.

Le poème continue et termine entre un échange de « je », mis systématiquement en début de vers, et de références avec des personnalités féminines. Nerval exprime ainsi un amour qui n’est pas rendu ou pas réciproque. « J’ai rêvé dans  la grotte ou nage la sirène » (v.11) exprime cet amour empêché par la différence de milieux. Mais ce passage fait avant tout référence à la fascination et à la rêverie de Nerval lors des prestations théâtrales de Jenny Colon (la sirène dans sa « grotte ») dont il ne laissé jamais passer une occasion pour la voir jouer.

 

 

            Ce poème El Desdichado est écrit par Gérard de Nerval peu de temps avant sa mort. Il semble ici vouloir exprimer toute ses peines, ses inquiétudes et son désespoir en l’avenir qui pourtant lui réservera une place grandissante dans le monde de la poésie romantique.


 

Pierre-Damien G., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


 



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Préparation de Benjamin B. :

 

Dans le texte on peut voir plusieurs références à la mort de l’amour de sa vie, Jenny Colon. C’est un évènement qui l’a gravement marqué et il nous le fait ressentir dans ce poème :

« Je suis le ténébreux-le veuf-l’inconsolé »(l1), « Ma seule étoile est morte »(l3), « le soleil noir de la Mélancolie »(l4). On remarque une allitération en [l]dans le premier et le dernier passage. Celles-ci doivent vouloir amplifier l’insistance sur la souffrance dans laquelle la mort de sa dulcinée l’a plongée.
On peut associer cette sonorité en [l]qui roule dans la bouche avec la douce voix de Jenny Colon qui le berçait.

Il fait ensuite beaucoup allusion à la mythologie grecque et aux Croisés qui sont allés en Orient. On peut relier ça avec ses voyages qu’il a réalisé en Orient en 1843 après la mort de Jenny, une période qui a du le marqué et dont il a du relier beaucoup a Jenny. On y retrouve le champ lexical de la mythologie et de l’Orient dans les strophes 3 et 4 :
« Phébus »(l9), « Lusignan »(l9), « l’Achéron »(l12), « Lyre d’Orphée »(l13), « la reine »(l10), « la fée »(l14), « la sirène »(l11). Ils font allusion à la mythologie grecque et d’autres aux voyages des Croisés en Orient qui ont laissé des traces inoubliables de leur passage.

Finalement on sait que Gérard de Nerval a écrit ce texte pendant ses moments de lucidité entre ses crises de folies. Il s’est inspiré des choses qu’il voyait pendant la folie pour écrire ce poème et il a dit que pour lui le soleil noir signifiait la mort, la vie après le trépas de son amour. Il voyait des choses sombres et ténébreuses pendant ses crises et les a répertoriées dans cet extrait :
« le ténébreux-le veuf-l’inconsolé , Le prince d’Aquitaine à la tour abolie »(l1,2), « le soleil noir de la Mélancolie »(l4), « la nuit du tombeau »(l5).

Ce poème résume les maux de le vie de Nerval : la perte de son amour(qu’elle ne lui renvoyait pas) et ses crises de folies qui lui remettait en tête toutes ses souffrances.


 

Benjamin B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


 


 

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Préparation d'Aurore B. :

 

 

Dans le poème « El Desdichadõ », in Les Chimères, de Gérard de Nerval, l’auteur s’identifie au personnage avec l’utilisation du pronom personnel « je » présent aux vers 1 et 9.

On suppose alors la présence, dans ce poème, de quelques événements marquants de la vie du poète.

 

 

Tout d’abord, le titre « El Desdichadõ », signifiant le déshérité, pourrait symboliser la perte de sa mère, alors qu’il n’avait que deux ans. Absence d’une mère qu’il retranscrira dans ses œuvres à travers l’omniprésence des femmes de façon réaliste ou légendaire parfois, comme aux vers 11 et 14 avec les noms « sirène » et « fée ».

Le rythme ternaire : « Je suis le ténébreux,- le veuf,-l’inconsolé » (V.1), renforcé par les anaphores « le » et « l’ » a une valeur d’insistance quant à la solitude et l’impuissance de Nerval face aux malheurs de sa vie. « le veuf »(V.1) et « ma seule étoile est morte » (V.2) représentent la perte de l’unique femme dont il était tombé éperdument amoureux, l’actrice Jenny Colon, décédée en 1842, sentiment funeste que l’on retrouve dans la majeur partie de ses œuvres.

Gérard de Nerval pensait descendre d’une ancienne famille du Périgord apparentée aux Biron et à Lusignan ( roi de Chypre, époux de la fée Mélusine, citée plus loin dans le poème) que l’on rencontre au vers 9 : « Lusignan ou Biron ? » et au vers 2 avec « le prince d’Aquitaine ».

L’auteur semble vouloir s’approprier plusieurs origines : « Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ? » (V.9). Cela est confirmé pas la mort de sa mère, cette dernière dont il a du mal à s’identifier, se cherchant une identité à travers ses différentes parentés.

L’oxymore présent au vers 4, « le soleil noir » intensifie l’opposition entre la vie, se devant d’être suave et « ensoleillée » et les désastres qui emplissent l’existence du poète.

Au vers 12, « Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron » est un lien direct entre Gérard de Nerval et ses crises de folies apparues en 1841. Selon l’auteur, il avait à deux reprises évité la mort, lors de ses crises qui le rapprochaient peu à peu de l’Enfer, sans pouvoir sauver ni sa mère, ni Jenny Colon.

 

Ce poème illustre bien la vie de cet auteur, tourmenté à la fois par la mort de sa mère, d’où le titre « El Desdichadõ », par la mort de Jenny Colon, la seule femme qu’il aimait d’un amour profond et qui mourut en 1842, et ses crises de folies, qui le conduisirent peu à peu à sa perte en 1855.


Aurore B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.

 


 


 


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Préparation de Marc R. :

 

 

Tout d’abord « le prince d’aquitaine à la tour abolie » (v1) : Nerval pensait descendre d’une famille de Perigord, apparentée aux Biron et à Lusignan, roi de chypre qui d’après la légende, avait époussée une fée, mélusine qui se refert à « la fée » (v14) et à « Lusignan ou Biron ? » (v9)

Ensuite « ma seule étoile est morte » est un deuxième éléments qui représente Sylvie dont on retrouve le nom dans un de ces recueils. Il utilise de même plusieurs fois le mot « étoile » : « Ermenonville… , tu as perdu ta seule étoile, qui chatoyait pour moi d’un double éclat. Tour à tour bleue et rose comme l’astre trompeur d’Aldebaran. » , c’était Adrienne ou Sylvie, des femmes qu’ils a aimées.

De plus « rends-moi le pausilippe et la mer d’Italie » constitue un troisième élément, concernant son voyage qu’il a fait en orient en 1843. Il décrit son voyage dans un  autre poème : « Le soleil noir de la mélancolie, qui verse des rayons obscurs sur le font de l’ange rêveur d’Albert Durer (graveur allemand), se lève aussi parfois aux plaines lumineuses du Nil »

De même « mon front est rouge encor du baiser de la reine » : constitue un quatrième éléments, une histoire de Nerval où on songés à la Dauphine Marguerite d’Ecosse embrassant le poète Alain Chartier et Nerval se reconnait au premier baiser qu’il a donné à Adrienne.

Alors « la sainte » :se réfert à Nerval qui était un homme très croyant qu’on appelle un mystique. Il croyait que Jenny pouvait sauvée son âme. Et se sentait coupable dont lui-même ne savait pas de quoi.

Finalement « la Lyre d’Orphée » constituent un dernier élément , qui se refert a une légende : « Orphée était tout joyeux d’avoir retrouvé sa bien aimée et de pouvoir la ramener à la vie. Mais le voyage fut long […] il se souvint des conditions imposées par le roi des enfers et s’éfforça tant qu’il put de ne pas se retourner. Mais son incrédulité grandit peu à peu. Il ne restait que peu de chemin à parcourir quand tout à coup, n’y tenant plus, il tourna la tête. Pour son malheur, il vit la bille Eurydice disparaître et mourir à nouveau. Orphée dut s’en retourner chez les humain, seul avec toute sa douleur. » on reconnaît Nerval dans cette légende à la mort de Jenny .


 

Marc R., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.


 


 


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Préparation de Côme F. :

 

Plusieurs éléments de la vie de Nerval se reflètent dans le poème "El Desdichado", parfois de façon subtile.

      L'oeuvre de Nerval a été marquée par le sentiment profond de la dualité de l'âme humaine et est fondée sur une série d'antithèses entre la réalité et le songe, le présent et le passé, la vie et la mort, la lumière et l'obscurité. Ces antithèses se retrouvent dans le poème. Les termes "ténébreux"(v.1); "étoile"(v.3); "nuit"(v.5) expriment l'antithèse de la lumière et l'obscurité qui est renforcée par l'oxymore "soleil noir"(v.4). L'antithèse ente la vie et la mort se retrouve dans ces expressions: "le veuf"(v.1); "Ma seule étoile est morte"(v.3); "du tombeau"(v.5) en opposition avec "le Pausilippe", "la mer d'italie"(v.6); "la fleur"(v.7); "la treille", "le pampre", "la rose"(v.8).
      La vie de Nerval est également une antithèse en cela qu'il vit dans la réalité lors de ses voyages et que le songe, l'imaginaire l'absorbe pendant ses crises. Tout au long du poème, il confond la réalité et le songe: "je suis le ténébreux, le veuf"(v.1); "j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron"(v.12) il énonce ce fait comme une réalité renforcée par le fait qu'il l'oppose au rêve dans le vers précédent. 
      Mais le vers 12 peut aussi être mis en relation avec sa première crise d'hallucinations et de délire. En effet, lors de celle-ci il s'inventa souverain d'un univers imaginaire en y associant des images de sa mère, cette dernière étant morte, son univers imaginaire pourrait être le royaume des morts. Alors le vers 12 serait un défi lancé  à la mort et un rappel de la perte de sa mère et de la femme à qui il voua une passion: Jenny Colon.   
      Gérard de Nerval ne se remet pas du chagrin d'avoir perdu sa bien aimée, il se qualifie comme étant "l'inconsolé". Mais pourtant, il trouve dans l'art poétique ("mon luth constellé"(v.3)) un réconfort: "toi qui m'as consolé"(v.5). Cela s'oppose et contredit l'appelation du premier vers. Il transforme ainsi sa souffrance dans la vraie vie en une expérience artistique qui la transcende.
      Nerval s'interroge sur son passé et sur les origine de sa famille qu'il imagine de haute lignée et désormais perdues: "prince d'Aquitaine à la tour abolie"(v.2). Pour savoir où il va, Nerval doit savoir qui il est et c'est donc dans le but d'avancer qu'il s'invente une identité. Mais le titre du poème, qui signifie "le déshérité", rappelle également bien qu'il est orphelin et montre cette envie de noblesse.
      Nerval donne à sa quête de la vérité et de l'identité une dimension fantastique qui confine parfois à l'hermétisme, et qui tend à rendre floues les frontières qui séparent le réel u merveilleux et de la folie. Cette idée est bien reprise ici avec la construction du poème: une forme classique, parfaitement claire et un fond compliqué, difficile à comprendre à la première lecture.   


Côme F., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.

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Préparation de Lucie D. :

Dans le poème, El Desdichado in « Les Chimères » de 1854 est imprégné la thématique de lenfance incomprise de lauteur (sa mère décède deux ans après sa naissance et le laisse alors aux mains de son oncle maternel). On peut percevoir plusieurs fois que le poète se pose des questions. « Suis-je Amour ou Phébus ? » (vers.9) montre ici la comparaison faite des deux personnages avec lui-même. Il ne sait pas qui il est réellement, aurait-il deux personnalités ? Quant à « Lusignan ou Biron ? » (vers.9) on voit alors ici quil y a une confusion dans son esprit quant aux descendances familiales (voire aussi dans le titre : « Le déshérité »). Il simagine encore à lâge où sa mère était encore en vie avec des sensations : « Mon front est rouge encor du baiser de la reine » (vers.10), ici la reine serait sa mère et se réfugie dans le rêve « Jai rêvé dans la grotte où nage la sirène… »(vers.11).

Pour Gérard de Nerval, le thème de lAmour est un sujet bien complexe et douloureux. La mort de sa mère le bouleversera toute sa vie, lui privant ainsi damour maternel et la disparition de la femme aimée en 1842, Jenny Colon. Au vers 1, « le veuf » exprime dès le début du poème la peine affective qui touche Nerval. Il considère ici, bien quils ne soient jamais mariés et bien que Jenny ne lais jamais aimé, Jenny alors décédée le laissa seul, veuf. Ce thème revient au vers 8 avec « Ma seule étoile est morte » : ici, il fait de nouveau allusion à Jenny Colon pour qui il navait quyeux. « Linconsolé » (vers.1) pourrait nous faire penser à sa mère qui naurait jamais pu consoler ce petit garçon sans mère, sans affection, sans amour maternel. Enfin au vers 14, « Les soupirs de la sainte et les cris de la fée » rassemblerait ces deux personnages qui pour lui étaient les seules femmes de sa vie, de qui il naurait jamais pu profiter pleinement. Ce dernier vers nous donne alors une sensation de fatalité chez la vie de lauteur.

Enfin, le dernier thème abordé par Nerval, est celui de la Mort. Lui qui à partir des années 1841 tombe dans la démence, les délires et les hallucinations. Il se définit alors comme une personne appartenant à lEnfer : « Je suis le ténébreux »(vers.1) illustre ici parfaitement cette pensée. Au vers 4, loxymore « le soleil noir » invoque ici lidée de fin du monde. Nerval revient à la fin du poème sur ces hallucinations au vers 12 « Et jai deux fois vainqueur traversé lAchéron » (lAchéron est le fleuve qui entoure les enfers dans la mythologie antique) ainsi quau vers 13 « Modulant tour a tour sur la lyre dOrphée » (il se compare à Orphée, qui lui aussi serait revenu des enfers). Lors de ces hallucinations de 1851 et 1853, Nerval a cru mourir à deux reprises et se dit un revenant.

        Voici alors les trois éléments de la vie de Gérard de Nerval (1808-1855) que lon peut retrouver dans le texte El Desdichado : une origine inconnue, lAmour et la Mort.


Lucie D., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.

 

 

 

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Préparation de Maëlle Q. :


« El Desdichado » est le poème liminaire du recueil Les Chimères publié en 1854. A cette époque, Gérard de Nerval souffre de démences et a des crises d’hallucinations. Il a commencé à être interné à la clinique du docteur Blanche dès 1841 puis à plusieurs reprises entre 1852 et 1854 , avant de se suicider par pendaison en 1855. Malgré ses troubles psychiques, il a tout de même eu des moments de lucidité qui ont donné naissance au recueil Les Chimères, qui reflète mystérieusement son état d’esprit assez tourmenté.

Tout d’abord, la chimère est définie comme un monstre dans la mythologie grecque. Le langage courant lui donne une toute autre signification avec une connotation péjorative, celle d’une douce folie, d’une pure idée imaginaire. De ce fait, le titre informe le lecteur de la réalité biographique de Gérard de Nerval qui est emporté par des accès de folies.

Le titre « El Desdichado », mot espagnol signifiant le malheureux, le malchanceux puis par la suite, le déshérité, renvoie à l’œuvre de Walter Scott, Ivanhoé, relatant l’histoire médiévale de Wilfred, un chevalier renié et déshérité par son père, qui se met au service du roi Richard Cœur de Lion. Or, Gérard de Nerval est fasciné par le Moyen-Age et sa propre situation familiale s’apparente à l’histoire de Wilfred D’Ivanhoé étant donné qu’ils sont tous deux épris d’une grande détresse face à leurs déshéritements respectifs. D’une part, le chevalier a été dépossédé de ses terres et d’autre part les Labrunie, réel nom de Gérard, a perdu son pouvoir seigneurial après l’Ancien Régime et le poète qui pensait descendre d’une ancienne famille du Périgord apparentée aux Biron et aux Lusignan n’était qu’illusion. De même, la « tour abolie » (v.2) sous-entend l’abolition de la puissance des Labrunie et leur noblesse déchue. Cette métaphore implique le retour violent à la réalité après une élévation sociale, et la chute de la convoitise humaine.

Dès le premier vers, « Le ténébreux, le veuf, l’inconsolé » dénote le désespoir et la solitude du poète. Ces adjectifs substantivés accentuent sa tristesse inexorable due à la mort de Jenny Colon, une actrice pour laquelle il a éprouvé un amour passionnel et qui a été pour lui une réelle source d’inspiration jusqu’à ce qu’elle meurt en 1842. « Le veuf » renvoie donc à une réalité biographique du deuil de la femme aimée et idéalisée. Les termes du premier vers s’ajoutent donc bien au champs lexical de la mort que l’on retrouve tout au long du poème avec « la tour abolie » (v.2), « morte » (v.3), « Dans la nuit du tombeau » (v.5), « noir » (v.4), « désolé » (v.7), « la grotte » (v.11), « les cris » et « Les soupirs » (v.14) qui reflètent une douleur encore vive depuis la mort de Jenny. Cette dernière correspond d’ailleurs à « Ma seule étoile est morte » (v.3), ce qui signifie qu’elle est irremplaçable et restera l’unique et l’éternel amour de Gérard de Nerval. Les étoiles représentent la chance et l’espérance, d’où l’expression « avoir une bonne étoile », mais elles sont aussi un moyen de retrouver son chemin. Or son « étoile » aimée est morte, il est donc condamné à rester seul, perdu et désespéré, sans sa belle auprès de lui. Le thème de l’amour, caché soit-il, revient avec le mythe d’Orphée, clairement signalé au vers treize avec « la Lyre d’Orphée ». Il constitue la tentative d’un mortel nommé Orphée à ramener dans le monde des vivant sa femme défunte, Eurydice. Ce dernier et Gérard de Nerval partagent donc la même fatalité, celle d’un amour perdu à jamais. La « reine » (v.10) évoque la Reine de Saba, nom que Nerval donne ensuite à son opéra composé pour sa bien-aimée.

D’autre part, sa démence se traduit par « la fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé » (v.7) dont la fleur symbolise la folie. Cette idée revient plus tard dans le poème avec l’évocation de sa réussite de la «traversée de  l’Achéron » (v.12), qui fait de lui un « rescapé » des Fleuves des Enfers représentant la souffrance liée aux deux grosses crises de folie qu’il a vécues comme une « petite mort » en 1851 et en 1853. « Le prince d’Aquitaine » (v.2) incarne le « ténébreux », celui qui vit la nuit et dans le mystère, tout comme Gérard de Nerval se caractérise étant donné qu’il a beaucoup fréquenté la bohème parisienne durant sa jeunesse.

Son périple autour de la Méditerranée et ses visites dans différentes villes italiennes telle que Naples sont suggérés avec la « mer d’Italie » (v.6), « la rose » (v.8), la vigne grimpante nommée « pampre » (v.8) et le paysage napolitain du « Pausilippe » (v.6) qui est un lieu cher pour Nerval, entre autres pour sa vue splendide donnant sur le Vésuve. De plus, « la grotte où nage la sirène » se situerait à Tivoli et « la sirène » fait sûrement allusion à Jenny Colon.

Gérard de Nerval révèle un être troublé, en quête d’identité et hanté par des interrogations perpétuelles basées sur une question existentielle   « Qui suis-je ? » avec « Suis-je Amour ou Phébus ?...Lusignan ou Biron » (v.12) qui dénotent de sa confusion et de son malaise.



Maëlle Q., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, janvier 2009.




Groupement de textes n°3 : le héros et le pouvoir au théâtre.



Lecture analytique n°1 : extrait d' Horace, de CORNEILLE.


Camille
Donne-moi donc, barbare, un cœur comme le tien ;
Et si tu veux enfin que je t’ouvre mon âme,
Rends-moi mon Curiace, ou laisse agir ma flamme :
Ma joie et mes douleurs dépendaient de son sort ;
Je l’adorais vivant, et je le pleure mort.
Ne cherche plus ta sœur où tu l’avais laissée ;
Tu ne revois en moi qu’une amante offensée,
Qui comme une furie attachée à tes pas,
Te veut incessamment reprocher son trépas.
Tigre altéré de sang, qui me défends les larmes,
Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes,
Et que jusques au ciel élevant tes exploits,
Moi-même je le tue une seconde fois !
Puissent tant de malheurs accompagner ta vie,
Que tu tombes au point de me porter envie ;
Et toi, bientôt souiller par quelque lâcheté
Cette gloire si chère à ta brutalité !

Horace
Ô ciel ! Qui vit jamais une pareille rage !
Crois-tu donc que je sois insensible à l’outrage,
Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur ?
Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur,
Et préfère du moins au souvenir d’un homme
Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.

Camille
Rome, l’unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant !
Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore !
Puissent tous ses voisins ensemble conjurés
Saper ses fondements encor mal assurés !
Et si ce n’est assez de toute l’Italie,
Que l’orient contre elle à l’occident s’allie ;
Que cent peuples unis des bouts de l’univers
Passent pour la détruire et les monts et les mers !
Qu’elle-même sur soi renverse ses murailles,
Et de ses propres mains déchire ses entrailles !
Que le courroux du ciel allumé par mes vœux
Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !
Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,
Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre,
Voir le dernier Romain à son dernier soupir,
Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !

 

 

Question :

Comment la haine de Camille à l’égard de son frère Horace et de Rome s’exprime-t-elle ?

 

 

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Préparation d'Aurore B. :

 

 

            Dans cet extrait d’Horace, de Corneille, un discours s’élève dans la foule. Camille, la sœur d’Horace, prend la parole et fait éclater aussitôt sa « rage » (v.18).

            Tout d’abord, Camille exprime sa haine envers son frère Horace, l’assassin de son « Curiace » (v.3), en pleurant ce dernier à l’aide des expressions : « Rends-moi mon Curiace » (v.3), « amante offensée » (v.7), « sa mort » (v.11), ou encore « immoler mon amant » (v.25). Le vers 5, « je l’adorais vivant, et je le pleure mort » caractérise parfaitement sa douleur. Camille juxtapose les antithèses « adorais » et « pleure » ainsi que « vivant » et « mort », rendant ainsi compte de l’intensité de sa peine.

La césure à l’hémistiche au niveau de la virgule rend l’atmosphère de plus en plus pesante, et s’ajoute également aux alexandrins, vers longs, symbolisant la mélancolie et la tristesse.

Le verbe « adorais », ici conjugué à l’imparfait de l’indicatif, ainsi que l’adjectif qualificatif « vivant » caractérisent le passé heureux du jeune couple avant le décès de l’amant de Camille.

Contrairement à cela, la présence du verbe « pleurer » conjugué au présent de l’indicatif et l’adjectif qualificatif « mort » traduisent une vie actuelle triste et malheureuse, propice à la mélancolie de Camille et à la haine qu’elle éprouve envers son frère. On retrouve donc ici un registre tragique : la mort, ici de Curiace, ainsi qu’un enchaînement inexorable, la peine que peut éprouver Camille.

            Cette dernière traite alors son frère de « barbare » (v.1) et utilise des procédés stylistiques tels que des comparaisons, au vers 8, par exemple, avec « comme une furie » ou encore la métaphore « tigre altéré de sang », procédés stylistiques qui ne font qu’accentuer peu à peu sa haine.

Les vers 10 à 13, « tigre altéré de sang […] une seconde fois. » représentent très bien l’incompréhension de Camille face aux actes d’Horace.

Elle lui reproche également son insensibilité : « qui me défends les larmes » (v.19).

Au vers 15 et 16, « puissent tant de malheurs accompagner ta vie, que tu tombes au point de me porter envie » accroît considérablement le fait que Camille ne pardonnera jamais son frère, et qu’elle le hait au point de vouloir sa chute et son malheur tout au long de sa vie.

« Tes lauriers en poudre » (v.39) affirment également le désir de Camille : voir tomber son frère.

            Par la suite, Horace lui rétorque qu’elle doit dépasser ses sentiments et être fière de son frère et de Rome. Camille se lance alors dans une tirade destinée à la ville romaine, dont elle espère la chute et la destruction, comme le montrent les expressions « contre «elle » (v.31), « détruire » (v.33), « renverse ses murailles » (v.34), « déchire ses entrailles » (v.35) et « déluge de feux » (v.37). L’utilisation d’hyperboles telles que « déchire ses entrailles (v.35), « déluge de feux » (v.37) et « mourir de plaisir » (v.41) renforce encore plus cette thématique de la destruction et de la haine.

L’anaphore de « Rome » aux vers 23, 24, 25, 26, 27 accentue et marque véritablement le dégoût et la haine profonde de la jeune veuve envers cette ville qui l’a vu naître et qui lui reprend maintenant l’homme auquel elle tient plus que tout.

« Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore » (v.27) fait le lien entre la haine de Camille à l’égard de son frère et la haine de Camille à l’égard de Rome.

Dans cet extrait, Camille vocifère contre Horace et souhaite l’écroulement de la cité ainsi que de la vie de son frère. Elle utilise le champ lexical de la vue avec l’anaphore du verbe voir aux vers 38, 39, 40 ainsi que les expressions « mes yeux » (v.36), « vu » (v.26), pour donner plus d’importance à la fin morbide qu’elle souhaite pour Rome et Horace.

Les allitérations présentes tout au long de l’extrait, telles que les sons [r] avec les noms « barbare » (v.1), « cœur » (v.1), « ouvre) (v.2), « rends » (v.3), « Curiace » (v.3), ou encore « agir » au même vers, ainsi que l’allitération en [m] avec les mots « moi » et « comme » au vers 2, et « ma » et « mes » au vers 4, symbolisent à la fois la rancœur et la douleur avec l’allitération en [r], et le manque de l’être aimé que peut éprouver Camille, avec l’allitération en [m].

La personnification de Rome, au début de la seconde tirade de Camille, aux vers 24 à 27, traduit encore sa colère qui ne faiblit pas. Elle hait son frère, l’homme qui a tué son amant, puis elle hait Horace, le représentant de Rome qui a simplement rendu hommage à la ville qui l’a vu naître. Cette colère envers Rome est alors tout à fait justifiée, et se traduit donc par la personnification de cette dernière.

L’antithèse « mourir de plaisir » (v.41) exprime son envie de rejoindre l’homme qu’elle aime, en le retrouvant après sa mort, et le « plaisir » d’avoir vu (anaphore du verbe voir) tomber la ville qui lui a pris son amant.

Le vers 41, avec « Moi seule en être cause et mourir de plaisir » conclut parfaitement le discours de Camille, traduisant ainsi son envie de faire tomber Rome et son frère, et en avoir elle seule le mérite et la satisfaction.

 

 

            Pour conclure, tout au long de cet extrait d’Horace, de Corneille, Camille traduit tout à fait sa haine à l’égard de son frère Horace et de Rome, utilisant parfaitement le registre tragique, des procédés stylistiques ou encore des sonorités.

 

Aurore B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

 

 

 

 

 

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Préparation de Claire J. :

 

            L’extrait à analyser fait partie d’une pièce de théâtre appelée « Horace », réalisée en 1640 par un grand dramaturge français : Pierre CORNEILLE (1606-1684). Les deux protagonistes de cette scène sont Horace et Camille, séparés par la haine de cette dernière à l’égard de son frère. En effet, celui-ci, se battant pour Rome, a gagné triomphalement le combat, qui est la cause de la mort du fiancé de Camille, Curiace. Cette dernière ressent donc une haine extrème pour son frère Horace, qu’elle rend responsable du trépas de son fiancé, mais aussi pour Rome.

 

 

         En premier lieu, on peut d’abord analyser la scène en général, sans lire les tirades de Camille et celle d’Horace. On remarque immédiatement remarquer que les tirades de Camille sont beaucoup plus longues que celles d’Horace. En effet, les deux tirades de Camille s’étalent sur dix-sept vers chacune, alors que l’unique réplique d’Horace compte en tout et pour tout seulement six vers. On peut alors penser que Camille prend l’avantage sur son frère, rien que sur la forme du texte, sans lire la scène. Ce sentiment du lecteur est ensuite renforcé par la ponctuation très forte de ses tirades, notamment aux vers 13, 17, 24, 25, 26, 27, 29, 33, 35, 37 et 41. A ce stade de la lecture analytique, on n’a toujours pas lu la scène, mais on conclut déjà que Camille est secouée par un sentiment très violent et qu’elle prend l’avantage sur son frère. Grâce à ses deux informations ainsi qu’au paratexte, on peut déjà confirmer que Camille est énervée, voire haineuse et qu’elle en  veut énormément à Horace, qui essaie de se défendre comme il peut, en vain.

        Après lecture de la scène, on perçoit très clairement la présence d’un registre lyrique, qui impose sa présence, comme l’attestent  « âme » (v2), « douleurs » (v4), « mort » (v5), « trépas » (v9), « larmes » (v10), « mort » (v11) dans la première tirade et « ressentiment » (v24), « amant » (v25), « cœur » (v26), « hais » (v27) dans la seconde.  Mais le registre pathétique est également présent dans cette scène grâce à des mots tels que : « flamme » (v3), « sort » (v4), « douleurs » (v4), « je le tue une seconde fois ! » (v13), « puissent tant de malheurs […] me porter envie » (v14, 15), » immoler mon amant » (v25). On peut également ajouter que les tirades de Camille sont connotées très négativement tout au long de la scène grâce à « barbare » (v1), « tombes » (v15), « souillée » (v16), « lâcheté » (v17), « saper » (v29), « [contre..s’allie] » (v31), « détruire » (v33), « renverse ses murailles » (v34). De plus, les vers sont des alexandrins, ce qui accentue la colère de Camille, lui donnant des proportions plus grandes, presque sans limites. Pour finir, on peut noter l’omniprésence de Curiace dans la scène : « rends-moi mon Curiace » (v3), « je l’adorais vivant et je le pleure mort » (v5), »amante offensée » (v7), « son trépas » (v9), « le tue » (v13), « mon amant » (v25). Il était l’amour de la vie de Camille, ce qui accentue la désillusion de celle-ci, et donc aussi sa peine et  sa détresse, ainsi que sa haine. Toutes ces figures de styles citées précédemment renforce l’impression que le lecteur a, c'est-à-dire que Camille est très en colère. On peut également remarquer que la colère de Camille a deux destinataires : Horace et Rome, la ville que son frère défendait et à cause de laquelle son fiancé est mort.

          

         En second lieu, on se propose d’analyser la haine de Camille à l’égard de son frère. Cette haine est seulement exprimée dans la première tirade de Camille du vers 1 au vers 17. Tout d’abord, Camille insulte son frère, notamment au vers 1 à l’aide d’une hyperbole : « barbare » ; puis elle le renie en tant que frère aux vers 6 et 7 « ne cherche plus ta sœur là où tu l’avais laissée, tu ne revois en moi qu’une amante offensée », se positionnant en tant qu’amante de Curiace plutôt qu’en sœur d’Horace. Elle le rabaisse ensuite à la condition animale au vers 10 : « tigre altéré de sang ». Camille utilise de plus le champ lexical de la brutalité et de la bassesse morale pour le définir, comme l’attestent : »barbare » (v1), « tigre » (v10), « sang » (v10), « souiller » (v16), « lâcheté » (v16) et « brutalité » (v17). Pour finir, elle le maudit et espère pour lui une vie misérable. Elle voudrait qu’il tombe encore plus bas qu’elle, de façon à ce qu’il envie son sort. On assiste donc à une véritable évolution des sentiments commençant par les insultes, passant par le reniement et le rabais au rang d’animal, en finissant par le fait qu’elle le maudit.

       On peut de plus remarquer une allitération en [r] comme le montrent : « barbare » (v1), « cœur » (v1), « rends » (v3), « Curiace » (v3), « douleurs « (v4), « sort » (v4), « aiderais » (v5), « pleure » (v5), « cherche » (v6), « sœur » (v6), qui  assomme littéralement le lecteur et est un écho à la haine de Camille. On peut également apercevoir trois antithèses dans la tirade de Camille formées par les mots : « ma joie et mes douleurs » (v4), « je l’adorais vivant et je le pleure mort » (v5) ainsi que « gloire […] brutalité ». Ces antithèses accentuent le fait que Camille a connu l’amour parfait avec Curiace, et que la désillusion en est d’autant plus forte pour elle. Ces antithèses représentent donc « l’avant » et « l’après » de la mort du fiancé de Camille. Tous ces différents procédés montrent l’étendue de la haine, que ressent Camille, à l’égard d’Horace: elle n’a pas de limites.

 

 

          Pour finir, on peut analyser la haine de Camille vis-à-vis de Rome. De manière générale, on sait déjà que Camille hait Rome, car Horace s’est battu pour cette ville qu’il aime tant, et c’est donc pour Rome qu’il a tué Curiace, le fiancé de Camille. Cette dernière exprime son aversion pour Rome dans sa seconde tirade. On peut avant tout remarquer une anaphore s’étalant du vers 24 au vers 27 utilisant « Rome ». Cette anaphore a une valeur d’insistance. Corneille, par ce procédé, insiste sur la haine de Camille vis-à-vis de Rome. On peut, par la suite, apercevoir quelques mots, qui nous prouvent que Camille hait cette ville si chère à son frère, comme l’attestent « ressentiment » (v24) et « hais » (v27). A cela s’ajoute le fait qu’elle personnifie Rome, ce qui lui permet de haïr cette ville, comme on peut haïr un humain. Elle utilise par exemple : « qu’elle-même sur soi renverse ses murailles » (v 34), « et de ses propres mains déchire ses entrailles ! » (v35). On peut également noter une allitération en [ε], comme le montrent : « objet » (v24), « immoler » (v25), « hais » (v27), « conjurer » (v28), « saper » (v29), « assurés » (v29), « et si ce n’est assez » (v30), que l’on peut interpréter comme une répétition assourdissante du désespoir et de la haine de Camille qui ne s’apaiseront jamais. Tous ces procédés ne font que renforcer la grandeur de la haine que Camille éprouve pour Rome.

         Enfin, la présence de nombreuses antithèses dans cette partie du texte est flagrante, notamment aux vers 31 «Orient […] Occident », 32 « unis […] des bouts de l’univers », 33 « les monts et les mers ». Il y a donc trois antithèses qui s’étalent sur trois vers, ce qui nous donne l’impression d’une « antithèse filée ».  Le lecteur ressent alors le fait que Camille appelle toutes les forces de l’univers à s’en prendre à Rome, pensant qu’elles seules pourraient assez détruire cette ville pour qu’elle soit soulagée, car elle  n’aurait pas de répit tant que Rome ne serait pas complètement anéantie. Cette impression est renforcée par un champ lexical des « éléments terrestres » avec : « les monts et les mers » (v33), « ciel » (v36), « déluge de feux » (v37) et « foudre » (v38). On peut par la suite voir une allitération en [l] formée des mots : « l’Orient » (v31), « elle » (v31), « l’Occident » (v31), « s’allie » (v31), « peuples » (v32), « l’univers » (v32), « les monts et les mers » (v33), « ciel allumé » (v 36), «  sur elle un déluge » (v37). On peut y voir une preuve de la grandeur de la détresse de Camille et du temps qu’elle mettra à s’en remettre, ce qui attise encore une fois sa haine. On peut dire que Camille souffre énormément, ce qui engendre une haine démesurée. Pour apaiser et alléger sa peine, elle ne voit comme solution que de détruire Rome, qui est à ses yeux fautive, par tous les moyens possibles, en s’en remettant pour cela même aux forces du ciel.

 

 

 

        Dans cette scène, Camille est en proie à une grande haine qu’elle dirige essentiellement contre son frère, Horace et la ville Rome, qu’elle rend responsables de la mort de son fiancé, Curiace. Sa haine n’a pas de limites et le seul moyen pour elle d’être soulagée est la destruction totale et sans conditions de Rome et de son frère. Tous les procédés stylistiques de cette scène nous servent à réaliser l’ampleur de la haine, ainsi que de la détresse  de Camille. Grâce à de nombreux chefs-d’œuvre tels Horace, Corneille est considéré comme un très grand dramaturge français, à l’image de Jean Racine, écrivain phare du XVIIème siècle.

 



Claire J., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

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Préparation de Lucie D. :

Dans cet extrait, les « deux haines » sont visiblement distinctes. La première tirade racontera sa haine contre Horace puis dans seconde tirade celle qu’elle exprime pour Rome, les deux séparées par l’intervention d’Horace qui fait lieu de transition. On parlera de la première dans laquelle Camille exprimera principalement son deuil dû à la mort de « son Curiace ». Elle nous y dévoile son état psychologique à l’aide d’une comparaison au vers 8 avec « comme une furie ». Les furies qui sont les divinités infernales chargées d'exécuter sur les coupables la sentence des juges. Elles doivent leur nom à la fureur qu'elles inspirent. On peut voir qu’elle en veut vraiment à son frère dès le premier vers quand elle le nomme « barbare », puis dans la suite de la tirade où elle affirme qu’elle coupe alors définitivement tout lien de parentalité (frère-sœur) aux vers 6 et 7 : « Ne cherche plus ta sœur où tu l’avais laissée ; Tu ne revois en moi qu’une amante offensée ». Elle exprime clairement qu’elle ne lui pardonnera jamais l’acte qu’il a commis « Te veut incessamment reprocher son trépas» (v.9). L’antithèse au vers 5 « Je l’adorais vivant, et je le pleure mort » marque les deux mondes qui séparent maintenant les deux amants. Cette idée est renforcée par la virgule qui fait office de césure à l’hémistiche.

        Pour la seconde tirade, on parlera de sa rage envers Rome, elle s’est totalement transformée et tombe dans le côté sombre. Elle est prête à tout pour faire tomber Rome et veut être seule cause de ce qui arrive (voir au vers 41). Elle cite même la haine dans cette tirade au vers 24 « ressentiment » et 27 « hais ». Pour exprimer sa colère elle utilise des mots de violence hyperboliquement comme « détruire » (v.33) et « déchire » (v.35). Elle nomme quatre fois le nom de « Rome » aux vers 24, 25, 26 et 27 qui constituent une anaphore pouvant être interprétée comme valeur d’insistance. Rome qui pour elle, est l’assassin indirect de son amant. Enfin, elle en appelle au monde entier pour venir à bout de Rome : « toute l’Italie » (v.30) ; « l’Orient » et « l’Occident » (v.31) ainsi qu’à « cent peuples des bouts de l’univers » (v.32). L’oxymore « mourir de plaisir » au vers 41 vient finaliser cette idée d’opposition entre Camille et Horace/Rome.

        Sur un plan général de l’extrait, on note une allitération en [m] : « comme » (v.1) ; « flamme » (v.3) ; « amante » (v.7) ; « charmes » (v.11) ; « homme » (v.22) ; « mal » (v.29) ; « monts » (v.33) ; « mains » (v.35) ; « Romain » (v.40) qui traduit  tout le malheur qu’elle souhaite à son frère ainsi qu’à Rome. On remarque aussi l’anaphore de « Que » aux vers 15, 31, 32, 34 et 36 qui marque l’instance avec  laquelle elle énumère tous les moyens bons pour faire tomber Horace et Rome. Une autre allitération est visible, celle en [r] : « barbare » (v.1) ; « brutalité » (v.17) ; « rage » (v.18) ; « détruire » (v.33) ; « courroux » (v.36) ; « dernier »x2 (v.40) qui exprime la rage de Camille, révoltée par les événements. De plus, le champ lexical de la mort, de l’au-delà est présent : « mort » (v.5) ; « mort » (v.11) « ciel » (v.12) ; « tue » (v.13) ; « immoler » (v.25) ; « dernier soupir » (v.40) ; « mourir » (v.41) ce qui montre l’omniprésence de cette thématique caractéristique du registre tragique. On a la présence également du registre pathétique (« pathos » qui signifie la souffrance) avec les points d’exclamations aux vers 13, 17, 18, 24, 25, 26, 27, 30, 33, 35, 37, 41 ainsi la présence de douleur « douleurs » (v.4) ; « pleure » (v.5) ; « larmes » (v.10) ; « souffre » (v.20) ; « dernier soupir » (v.40).



Grâce à tous ces procédés, Camille exprime donc la haine qu’elle ressent à l’égard d’Horace et de R




Lucie D., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

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Préparation d' Hicham D. :

Suite aux événements tragiques survenus au cours de la pièce Horace, Camille ne peut plus contenir sa haine profonde envers son frère et sa patrie, Rome. Celle-ci est omniprésente au cours de l’extrait.

 

            Dans un premier temps, la haine de Camille est marquée par la présence d’une allitération en [r] comme l’attestent les termes ‘‘ouvre’’ (v2), ‘‘Curiace’’ (v3), ‘‘agir’’ (v3), ‘‘sort’’ (v4), ‘‘cherche’’ (v6), ‘‘revois’’ (v7) ou encore ‘‘reprocher’’ (v9). Cette allitération mime la rage éprouvée par Camille envers Rome et Horace. Cette haine est d’autant plus marquée par la présence d’un champ lexical de la guerre et de la violence comme le montrent les mots ‘‘barbare’’ (v1), ‘‘mort’’ (v5), ‘‘trépas’’ (v9), ‘‘sang’’ (v10), ‘‘mort’’ (v11), ‘‘tue’’ (v13) ou encore ‘‘brutalité’’ (v17). La guerre et la violence étant source de haine, de colère et de mépris, ce champ lexical prouve bien l’existence de la rage qu’éprouve Camille.

            Ensuite, le fait qu’elle rejette sa patrie et son frère montre une séparation due à la haine. En effet, la séparation entre la patrie et les sentiments et propre à la tragédie, et est motif de colère. Cette séparation est mimée par les antithèses suivantes : ‘‘ma joie et mes douleurs’’ (v4), ‘‘Je l’adorais vivant, et je le pleure mort’’ (v5), ‘‘quelque lâcheté / cette gloire’’ (v16-17), ‘‘Que l’Orient contre elle à l’Occident’’ (v31) et ‘‘pleuvoir sur elle un déluge de feux’’ (v37). Celles-ci prouvent bien une séparation entre les sentiments de Camille et son devoir d’obéissance à la patrie.

            Par ailleurs, la haine qu’éprouve Camille est très forte et profonde. Elle laisse transparaître cela par l’utilisation tantôt du champ lexical de la tristesse et la colère comme le prouvent les mots ‘‘pleure’’ (v5), ‘‘larmes’’ (v10), ‘‘ressentiment’’ (v24), ‘‘hais’’ (v27) ou encore ‘‘courroux’’ (v36), et tantôt de celui de l’amour, un sentiment aussi intense que la haine comme l’illustrent les termes ‘‘cœur’’ (v1), ‘‘flamme’’ (v3), ‘‘adorais’’ (v5), ‘‘amante’’ (v7), ‘‘charmes’’ (v11) et ‘‘ton cœur adore’’ (v27). Cette juxtaposition de sentiments forts opposés montre à quel point la séparation entre Camille et sa patrie est grande, et par conséquent, sa haine est des plus importantes. Cette antithèse est d’autant plus renforcée par les anaphores ‘‘aime, aime’’ (v21) et ‘‘Rome’’ (v24-27). La première s’inscrit dans la perspective de l’amour alors que la seconde s’inscrit dans la perspective de la haine. En résumé, l’ensemble de ces séparations démontre bien à quel point Camille déteste Rome.

            A cela s’ajoutent enfin des hyperboles d’immensité telles que ‘‘ciel’’ (v12, 36), ‘‘tous’’ (v28), ‘‘toutes’’ (v30), ‘‘cent’’ (v32) et ‘‘univers’’ (v32). Camille mesure ainsi l’intensité de son désarroi, semblable à la taille du ciel et de l’univers. Elle réclame d’ailleurs que celui-ci s’abatte sur Rome, puisqu’elle est la cause d’une peine aussi grande et qu’elle mérite donc un châtiment approprié. Le fait qu’elle s’en remet au destin et à la fatalité est prouvé par la présence des anaphores ‘‘ciel’’ (v12), ‘‘puissent’’ (v14, 28) et ‘‘puissé-je’’ (v38) ainsi que ‘‘tous’’ (v28) et ‘‘toute’’ (v30), qui démontrent une imploration d’une puissance infinie. Il y a également la présence d’un rythme ternaire qui confirme ce désir d’annihilation de Rome : ‘‘voir tomber ce foudre, / voir ces maisons en cendre et tes lauriers en poudre, / voir le dernier Romain à son dernier soupir’’ (v37-40).

Ces implorations du ciel prouvent ainsi bel et bien à quel point Camille hait Rome et son frère. Il s’agit là également d’une gradation et d’une personnification de Rome, qui illustre le sentiment de colère, de part l’intensité dans les propos de la jeune héroïne.

 

Hicham D., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

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Préparation de Marc R. :

 

 

     Cet extrait est l’acte IV scène 5 tiré d’Horace de Pierre Corneille, tragédie du XVIIème siècle. Cette scène est une dispute violente entre Camille et son frère Horace. Celle-ci va exprimer sa haine, car elle considère son frère comme celui qui est responsable de la mort de Curiace.

 

     Tout d’abord  Camille exprime sa haine par le champs lexical du désespoir : « douleurs » (v4) ; « pleure mort » (v5) ; « larmes » (v10) ; « malheurs » (v14) ; « ressentiment ! » (v24). De même les hyperboles renforcent cette haine que Camille éprouve envers l’Italie et Horace : « barbare » (V1) ; « comme une furie » (V8) ; « tigre altéré de sang » (V10) ; « et si ce n’est assez de toute l’Italie, / Que l’Orient contre elle à l’Occident s’allie » (V30,31). Ces hyperboles sont encore renforcées par l’allitération en « R » qui exprime la dureté de la haine de Camille : « barbare » (V1) ; « Curiace »(V3) ; « douleurs » (V4) ; « revois » (V7) ; « Tigre » (v10) ; « ressentiment » (V24) ; « Rome » (V24, 25, 26, 27). Encore les 4 antithèses :  « joie…douleurs » (V4) ; « vivant…mort » (V5) ; « gloire…brutalité » (V17) ; « mort…bonheur » (V21), montrent tout ce qui c’est passé avant et après la mort de Curiace.          De plus les excès ou les répétitions du vers 24 aux vers 26 de « Rome » montrent bien cette haine que éprouve Camille envers l’Italie.

Ensuite, deux registres sont présent dans cette extrait, le registre lyrique : « mort » (V5) ; « âme » (V2) ;  « larmes » (V10) ; « amante » (V7), et un autre registre, pathétique : « ma flamme » (V3) ; « douleurs » (V4) ; « je le tue une seconde fois » (V13). Les pronoms personnels sont très présents a travers l’extrait qui montre l’expression du moi : « Donne-moi » (V1) ; « Rends-moi mon Curiace » (V3) ; « mon amant ! » (V25) ; « Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore ! » (V26) ; « Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore ! » (V27).

Finalement, l’utilisation du subjonctif est présent,  Camille souhaite une horreur car elle veut prendre sa vengeance, non pas seulement à Horace et à Rome mais aussi aux innocents : « Voir le dernier Romain à son dernier soupir, / Moi seule en être cause, et mourir de plaisir ! » (V40, 41).

 

Tous ces éléments montrent que sa haine envers son frère atteint une telle intensité qu’elle va detester Rome entièrement y compris les innocents et finalement cette haine va la conduire à la folie.

 

Marc R., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

 

 

 

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Préparation de Maëlle Q. :

Horace est une tragédie écrite par Corneille en 1640. L’extrait de cette tragédie fait ressortir inexorablement l’amertume que ressent Camille, la sœur d’Horace, à l’égard de ce dernier qui a tué son fiancé. Camille est outrée par le patriotisme froid de son frère, dépourvu de toute émotion ou de regrets envers son beau-frère défunt. Les ressentiments de Camille sont redondants et animent avec violence et vivacité les deux longues tirades qui lui sont attribuées. Sa haine est d’autant plus plausible que ses interventions dans cette pièce de théâtre sont rares mais puissantes dès lors où le destin de son « Curiace » (v.3) est menacé. De même qu’elle en veut terriblement à Horace, elle est affligée par toute l’allégresse provenant du peuple de Rome. Seule contre tous, Camille tente désespérément de faire entendre sa haine qui est vivement ressentie grâce au discours direct immiscé dans les répliques. Ce procédé permet ainsi de rendre les paroles des protagonistes plus tangibles pour le spectateur, qui partage alors les émotions intenses telles que les souffrances des comédiens. Les deux  tirades de Camille ont le même nombre de vers, afin de dénoter la haine équivalente qu’elle ressent à l’égard de son frère et de Rome. La versification de ce texte théâtral et l’emploi d’alexandrins permettent l’agencement éclairé d’une gravité et d’une noblesse dans les propos de Camille. Ces vers amples et longs s’harmonisent parfaitement avec sa souffrance inexorable, due à la mort de son fiancé et permettent l'expression de haine qui en résulte.

          En premier lieu, Camille exprime son ressentiment  envers son frère Horace, en incarnant subtilement le protagoniste tragique. Elle alterne le registre pathétique avec celui du tragique. La redondance du « Moi » (v.1, v.3, v.7, v.13, v.41) et les expressions de haine pourraient s’apparenter au registre lyrique, en cela que Camille exprime des sentiments intenses et personnels. Cependant, ses sentiments sont d’une puissance extrême et seul le registre pathétique permet de provoquer autant d’attendrissements et d’émotions chez le lecteur qui partage alors son malheur. Le champ lexical de la souffrance constitué des termes « mes douleurs » (v.4), « pleure » (v.5), « offensée » (v.7), « larmes » (v.10), « malheurs » (v.14) et « souiller » (v.16) ainsi que les points d’exclamation aux vers 13 et 17 caractérisent ce registre. Camille souhaite même le malheur de son frère qu’elle exprime explicitement à travers les reproches amers et les imprécations comme « Puissent tant de malheurs accompagnés ta vie/ Que tu tombes au point de me porter envie/ Et toi, bientôt souiller [...] » (v.14 à 16). D’autre part, le registre tragique prend corps avec l’émergence de la mort, comme le prouvent les termes « mort » (v.5, v.11), « trépas » (v.9), « sang » (v.10) et « tue » (v.13). En plus de cela, Camille doit faire face à la fatalité inéluctable qui a ravagé son couple, victime d’un « sort » (v.4). L’anaphore du connecteur logique d’addition « Et » (v.2, v.12, v.16 et v.30, en début de vers, est la traduction stylistique de l’enchaînement fatal des faits qui s’abattent injustement sur elle et son bien-aimé. Son chagrin s'amplifie, en parallèle à sa haine à l'égard d'Horace. De ce fait, la trahison commise par ce dernier est mimée par l’allitération en [t] formée par les termes « tu » (v.6, v.7, v.15), « attachée » (v.7), « trépas » (v.9), « Tigre altéré » (v.10), « trouve » (v.11), « lâcheté » (v.16) et « brutalité » (v.17). Par conséquent, au vers six, Camille souhaiterait presque être destituée de son titre de sœur tant elle hait Horace!

La première tirade de Camille dépeint toute la haine de cette dernière à l’égard de son frère, en insistant sur le fait que la perte de l’être aimé suscite en elle une profonde aversion pour le coupable. Son vers liminaire est vif comme l’atteste  l’impératif « Donne-moi » (v.1) qui s’inscrit dans la perspective de faire un reproche ferme et autoritaire. Puis, un second impératif « Rends-moi » (v.3) intensifie le mécontentement amer de Camille ainsi que sa demande vaine de retrouver son amour perdu. Cet amour fiévreux se traduit tout au long de sa tirade par le champ lexical des sentiments formé par les expressions « cœur » (v.1), « mon Curiace » (v.2) où l’adjectif possessif « mon » dénote l’intimité de ces personnes, « ma flamme » (v.3), « adorais » (v.5) et « amante » (v.7), ainsi que par l’assonance en [m] avec les termes « moi » (v.1, v.3, v.7), « mon » (v.3), « comme » (v.1), « âme » (v.2), « flamme » (v.3), « incessamment » (v.9), « larmes » (v.10) et « malheurs » (v.14). En l’occurrence, les sentiments amoureux qu’elle éprouve pour son Curiace ne font qu’accroître et raviver sa peine cuisante dès lors qu'elle est condamnée à vivre sans lui, seule et « offensée » (v.7). Son amour se mêle alors au malheur et à la douleur, ce qui représente symboliquement une antithèse étant donné que le rôle majeur de l'amour est d’exalter et de combler la personne et non de la détruire comme Camille l’illustre ici. Le parallélisme constituant une antithèse « Je l’adorais vivant, et je le pleure mort. » (v.5) est la traduction stylistique de la confusion de ces sentiments. Ce rythme binaire, ajouté à la similarité syntaxique de part et d’autre de la virgule, confère une certaine harmonie et sérénité qui pourraient refléter l’état d’esprit de Camille. Or, ce procédé permet simplement de montrer que l’amour de Camille équivaut à sa douleur, et donc en filigrane, à son ressentiment envers son frère, car cette structure est bouleversée par la combinaison antithétique d’un passé heureux lorsqu’elle vivait le parfait amour avec son fiancé, et d’un présent au lyrisme douloureux, causé par la mort de ce dernier. Le verbe à l’imparfait « adorais » devient alors un verbe au présent, « pleure », et l’adjectif « vivant » se transforme en « mort ». L’alliance de ces contraires illustre donc son esprit tourmenté et sa haine violente pour Horace, d’où une ponctuation forte. Le connecteur logique d’addition « et » montre que le destin du couple a pris une trajectoire funeste et il participe à l'amplification des souffrances de Camille. De même, une autre antithèse « Ma joie et mes douleurs » (v.4) s'inscrit dans la même perspective. De ce fait, une dimension tragique et insoutenable apparaît, signalant l’amour absolu et inconditionnel de Camille envers son bien-aimé, même après sa mort. En évoquant cette passion inébranlable, Camille laisse donc paraître son hostilité à l'égard d'Horace qui est la cause de son chagrin!

                De plus, la situation infortunée de Camille est si grande que sa haine l’envahit toute entière, comme l’atteste la comparaison « comme une furie » (v.7) qui montre que Camille s’insurge. Par l’intermédiaire de cette figure de style et de l’utilisation des expressions « ta sœur […] te veut » (v.6 et v.9), elle essaie de se distancer des événements en parlant d’elle-même à la troisième personne. Cela témoigne de sa douleur oppressante qui a besoin de s’extérioriser à travers une deuxième Camille fictive, comme si une partie de sa véritable personne était morte avec son fiancé et que le seul moyen de scander sa colère était de la transmettre à quelqu’un d’autre, afin de limiter sa peine. Le passage de la première personne du singulier à la troisième personne est succinct mais révéle indubitablement l’esprit tourmenté de Camille qui est toujours sous le choc émotionnel résultant de la perte de l’être aimé. La diérèse du nom « Curiace » (v.3) est intentionnelle, en cela que Camille veut faire claquer chaque syllabe de son nom pour insister sur le destin funeste et injuste dont il fut victime. Elle veut émouvoir son frère, le faire culpabiliser en lui « [reprochant] son trépas » (v.9). De plus, Camille utilise un vocabulaire dépréciatif à l'égard de son frère comme l’affirment le nom « barbare » (v.1) et la métaphore « Tigre altéré de sang » (v. 10), qui révèlent alors toute l’aversion de Camille envers Horace. Ce dernier semble avide de gloire et de reconnaissance mais surtout perverti par Rome étant donné qu'il a eu recours à la « brutalité » (v.17).

                En second lieu, Camille répond séchement à la réplique insensible d’Horace, qui affirme que la mort de son fiancé est le début de leur bonheur, par une tirade cinglante dénonçant les principes de Rome et sa violence. C’est ainsi que la ville de Rome toute entière est personnifiée comme l'indiquent l’expression « elle t’honore » (v.27), l’attribution du sens visuel « Rome qui t’a vu » (v.26), et de parties corporelles comme « ses entrailles » (v.35) et « de ses propres mains » (v.35). Camille réduit cette immense ville triomphante en un « unique objet » (v.24), donnant une image péjorative de cette ville rendue ridicule et médiocre. L’usage du ton dépréciatif lui permet alors d’insister sur l’abjection de Rome qui l’a tant faite souffrir. Camille scande enfin sa rage et son ressentiment grâce à l’anaphore de « Rome » (v.24, v.25. v.26, v.27), d’autant plus que ce procédé stylistique constitue les débuts de chaque vers, ce qui permet l'intensification du propos. De plus, en alternant l'emploi du nom « Rome » et des pronoms qui réfèrent à Horace tels que « ton » (v.25, v.26) et « t’ » (v.26, v.27), Camille rappelle l’unique motif de sa colère, c’est-à-dire la mort de son fiancé, à deux destinataires distincts. De plus, ce procédé implique que non seulement Camille méprise Horace, mais aussi que toutes les choses qui se rapportent à lui ou qui lui tiennent à cœur telles que Rome la révulsent, comme l’indique l’expression « ton cœur adore » (v.26). La brièveté des diverses phrases exclamatives telles que « Rome, l’unique objet de mon ressentiment !» (v.24) donnent du rythme et de la vigueur à ses propos qui fusent comme des attaques verbales ! Camille préfère donc utiliser la parole dans un premier temps, plutôt que la violence physique, s’opposant aux pratiques sanglantes de son frère.

                  Cependant, Camille ne tarde pas à expliciter sa volonté de tout saccager à partir du vers 31. Pour ce faire, elle utilise le champ lexical de la destruction comme le prouvent les termes « détruire » (v.33), « renverse » (v. 34), « déchire » (v.35), « courroux » (v.36), « déluge » (v.37), « tomber » (v.38), « en cendre » (v.39), « en poudre » (v.39), « dernier soupir » (v.40) et « mourir » (v.41). Ses imprécations et ses invocations à des forces de la nature telles que « les monts et les mers » (v.33), « le ciel » (v.36), « feux » (v.37), citant donc les quatre éléments, la terre, l’eau, l’air et le feu, laissent entrevoir une dimension tragique où Camille se révolte de son impuissance. Elle est seule face à des forces qui la dépassent et qui sont invinsibles, encore moins contrôlables comme elle le prétend en les sollicitant. Puis, elle fait appel à « cent peuples unis » (v.32) pour ravager Rome, expression hyperbolique qui permet d’insister sur son désir de revanche découlant purement de sa haine inassouvie. L’antithèse « Que l’Orient contre elle à l’Occident s’allie » (v.31) oppose d’une part l’Orient et l’Occident et d’autre part les termes « contre » et « s’allie », confèrant cette même idée. La combinaison de ces contraires marquent l’opposition de Camille contre son frère et Rome et leur synthèse sous-entend qu’elle demande à tous les peuples, sans exception, de lui prêter main forte. De plus, l’antithèse « un déluge de feux » (v.37) n'est que la réponse cinglante à l'attaque d'Horace lorsque ce dernier lui conseille: « Aime, aime cette mort » (v.21), une antithèse dénuée de toute morale, de bon sens, et de sensibilité. L'antithèse de Camille témoigne donc parfaitement de sa haine absolue, capable d'associer les contraires, étant donné qu'elle à tout vécu, de l'amour au deuil. Ce procédé est aussi un appel à tous, c'est pour cela qu'elle synthétise l'eau et le feu, des éléments contraires. De plus, la répétition du connecteur logique d’addition « et » dans l’expression « Passent pour la détruire et les monts et les mers !» (v.33) ne fait qu’amplifier son souhait de malheur à cette ville. L’intensité de ses propos haineux sont alors à leur maximum, d’où l’emploi de l'hyperbole « ses murailles »(v.34) et des termes évoquant le feu tels que « immoler» (v.25), « allumé » (v.36), « feux » (v.37) et « ce foudre » (v.38). Le pléonasme "Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre" (v.38) est la traduction stylistique de l'envie ardente de Camille d'assister à la perdition de Rome, impliquant à nouveau sa haine virulente. Enfin, l’antithèse « mourir de plaisir » (v.41) finalise sa tirade avec impétuosité. Camille souligne le plaisir qu’elle aurait à voir Rome dévastée et anéantie. Cela lui procurerait une mort sereine, ayant fait tout ce dont elle avait à faire pour venger son fiancé. Mais cette antithèse n’est qu’un mauvais présage car elle indique la mort à venir de Camille, qui sera tuée par Horace.

Maëlle Q., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

 

 

 

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Préparation de Côme F. :

 

Camille, sœur d’Horace, apprend qu’il a tué Curiace, du camp ennemi d’Albe mais qui était aussi son fiancé. Avec cette mort, elle a tout perdu. Elle avait tenté de convaincre Curiace d’abandonner le combat, par fidélité à son égard et comme preuve d’amour ; en vain. A l’annonce de sa mort, elle oublie ses origines patriciennes, son amour de la patrie qui à ses yeux ne valent pas le sacrifice de son amour humain. Elle est éperdue de douleur, mais sa douleur se transforme en fureur, puis en haine contre son frère et contre Rome, qui s’exprime et prend toute son ampleur dans la scène 5 de l’acte IV.


   Les deux tirades de Camille sont longues (dix-sept vers la première et 

dix-huit la seconde) et enserrent celle d’Horace, brève, de six vers. 

Il s’agit donc essentiellement d’un monologue qui a pour objet 

d’acculer Horace dans ses retranchements.


   La première tirade dévoile progressivement l’état d’esprit de Camille, 

ulcérée par l’excès de douleur. Dès le premier vers, elle use d’une 

métaphore en traitant son frère de « barbare», alors qu’il est Romain, 

cette métaphore s’amplifie au vers 10 où elle l’interpelle « Tigre 

altéré de sang » et la tirade se termine par « ta brutalité » ; celle 

d’un barbare, celle d’un tigre.


   Au début de la tirade, jusqu’au vers dix, se développe l’impression 

poignante qu’il n’y a qu’une alternative impossible à tenir : Soit 

Curiace est vivant, soit sa haine à l’égard d’Horace sera sans merci. 

Cet état d’esprit est reflété par les ordres successifs à l’égard 

d’Horace exprimés sous la forme d’impératifs : « Donne-moi » (vers 1), 

« Rends-moi » (vers 3), « Ne cherche plus » (vers 6). Il est aussi 

exprimé par « si » au vers 2, chantage 

impossible à tenir, par les assertions définitives « ne…plus » au 

vers six, ou encore « incessamment » au vers 9 et réductrices « ne… qu’ 

» au vers sept. Le passé est définitivement mort et Camille n’est plus 

une sœur, n’est plus Romaine, elle se ramène tout entière à celle qui 

pleure la mort de celui qu’elle aimait. Pour cela, elle use d’une 

antithèse au vers 5, « je l’adorais vivant, et je le pleure mort », et 

d’une tautologie « ma joie et mes douleurs », donc tout d’elle, « 

dépendaient de son sort ». Mais plus fort que la douleur, il y a la 

colère « offensée » (vers 7), « furie » (vers 8), « reprocher » (vers 

9).


   Puis un tournant se crée au vers 13 avec une première ponctuation 

d’exclamation « tue une seconde fois ! ». Une première imprécation se 

développe à l’encontre d’Horace, elle l’exprime sous la forme d’un 

souhait de malheur « puissent tant de malheurs » au vers 14, adressé, 

hors dialogue, aux divinités, puis de nouveau à lui directement au vers 

16, « Et toi, .. ». On note la progression dans l’imprécation soutenue 

par un dernier point d’exclamation à la fin de la première tirade « 

brutalité ! » vers 17.


   La deuxième tirade de Camille commence par une apostrophe « Rome » qui 

donne le ton à l’ensemble. En effet, cette apostrophe se poursuit par 

une anaphore sur les quatre premiers vers, qui se terminent tous par un 

point d’exclamation. L’imprécation de Camille est maintenant tout 

entière concentrée contre Rome comme le montre l’adjectif « unique » 

dans le premier vers de la deuxième tirade (vers 24). Rome qu’elle 

personnifie par ses apostrophes, par les sentiments qu’elle lui exprime, 

comme dans l'expression « que je hais » (vers 27), ou qu’elle suppose à 

Horace « que ton cœur adore », Rome qu’elle dote de sens « t’as vu » (vers 26), 

« t’honore » (vers 27), « ses propres mains » (vers 35). En parallèle de cette 

concentration de haine à l’égard de Rome personnifiée, Horace s’efface, 

elle le réduit par une métonymie à son « bras » (vers 25). Son 

discours exalté accumule les hyperboles « adore », « hais », « tous », 

« toute », « cent peuples». Dans sa diatribe contre Rome, elle tente 

de l’encercler au vers 31, par une inversion « contre elle » coincé 

entre « l’Orient » et « l’Occident ». Sa véhémence croît jusqu’au 

dernier vers qui culmine avec l’oxymore « mourir de plaisir » 

qui exprime l’intensité de la haine de Camille et son désir de 

vengeance en gradation.


Côme F., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

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Préparation d'Elliott B. :

 La haine et la rage de Camille à l’égard de son frère et de sa ville est clairement représentée tout au long du texte. Les figures de style et les sonorités pouvant exprimer ces sentiments sont présents dans ce dialogue entre Camille et son frère, Horace.




 

                Dans un premier temps, nous remarquons le champ lexical de la guerre et de la mort avec des termes rappelant celui-ci tout au long du texte. Dans la première tirade nous avons, au vers 1 « barbare » puis « douleurs » (v.4), « mort » (v.5), « trépas » (v.9), « Tigre altéré de sang » (v.10), de nouveau « mort » (v.11), « je le tue » (v.13), « malheurs » (v.14) et « brutalité » au vers 17, qui sont aussi des hyperboles accentuant la détestation de Camille envers Horace. Dans la réplique de celui-ci nous retrouvons cette thématique avec « Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur ? » au vers 20 et « mort « (v.21). Finalement, dans la deuxième tirade de Camille, ce champ lexical reste présent avec « immoler » (v.25), « détruire » (v.33), « renverse ses murailles » (v.34), « déchire ses entrailles » (v.35), « déluge de feux » (v.37), « maisons en cendre » (v.39) et enfin « mourir » au vers 41. La haine de Camille causée par la mort de son amant est ressentie dans ce dialogue avec des termes rappelant la guerre et la mort qu’elle voudrait voir s’abattre sur son frère et Rome. Ensuite, il y a le champ lexical de la haine et de la colère qui est présent sous forme de synonymes de ces mots dans le texte. Par exemple, au vers 8, « furie » puis « rage » (v. 18), « ressentiment » (v.24), « je hais » (v.27) et « courroux » (v.36). La haine de Camille est tellement forte qu’elle l’exprime de diverses façons. La cruauté de Horace et de Rome est aussi dénoncée par Camille avec des termes tels que « barbare » (v.1), « furie » (v.8), « Tigre altéré de sang » (v.10), « brutalité » (v.17), « rage » (v.18), « immoler » (v.25), « détruire » (v.33), « déchire » (v.35) et « Voir le dernier Romain à son dernier soupir/ Moi seule en être la cause, et mourir de plaisir. » (v.40-41). Camille, dévastée par la mort de son amant et par la bestialité des Romains et de son frère, devient sauvage elle-même et souhaite que des atrocités anéantissent sa ville et ses habitants en lançant des imprécations sur sa ville native et ses habitants.

                Dans un second temps, des sonorités fortes sont présentes dans ce texte pour renforcer la haine de Camille. Il y a tout d’abord une allitération en [r] dans le texte qui commence dans la première tirade de Camille avec « barbare » et « cœur » au vers 1, puis qui se poursuit tout au long du texte avec « Curiace » (v.3), « l’adorais », « pleure » et « mort » (v.5), « furie » (v.8), « reprocher son trépas » (v.9), « Tigre altéré » (v.10), « chère », « brutalité » (v.17), « pareille rage » (v.18) puis l’anaphore de « Rome » aux vers 24, 25, 26 et 27 qui confirme cette sonorité. Il y a aussi une anaphore de « aime » au vers 21 qui renforce l’idée que la rage de Camille est forte car l’anaphore est une figure de style de l’accentuation. Ces allitérations et ces anaphores consolident cette thématique. De plus, nous remarquons une ponctuation très forte du début jusqu'à la fin du texte. Il y a des points d’exclamation aux vers 13, 17, 18, 24, 25, 26, 27, 29, 33, 35, 37, 41. Ensuite les nombreux points-virgules qui interrompent le texte sont présents aux vers 1, 3, 4, 6, 15, et 31. Ces ponctuations confirment le fait que les sentiments de Camille sont très forts, qu’ils soient la haine ou la tristesse d’avoir perdu son amant. De plus, pour démontrer l’ampleur de la colère de Camille, des hyperboles sont présentes dans ce dialogue. Nous remarquons d’abord « jusques au ciel » et « exploits » (v.12) puis « toute l’Italie » (v.30), « Que cent peuples […] l’univers » (v.32), « les monts et les mers » (v.33), « déluge de feux » (v.37) et « le dernier Romain », au vers 40.

                Tous ces éléments mènent à la conclusion que ce texte est évidemment de registre tragique. Le fait d’avoir des anaphores et le champ lexical de la mort nous montre cela, car ce registre exprime l’enchaînement inévitable qui mène à la mort, et d’ailleurs dans le dernier vers nous retrouvons « mourir ». Mais ce texte est aussi de registre pathétique car nous retrouvons des mots du champ lexical de l’affectivité tels que « pleure » (v.6), « larmes » (v.10) ou encore « dernier soupir » (v. 40) ainsi que des exclamations fortes avec des points d’exclamation et d’interrogation. Malgré la présence de deux registres, nous pouvons remarquer que ce texte prend en plus des dimensions épiques avec la présence d’exagérations, d’hyperboles et une nature représentée de façon grandiose et déchaînée, comme la rage de Camille, avec par exemple « courroux du ciel » (v.36), « déluge de feux » (v.37) ou encore « tomber ce foudre » (v.38). Dans ce texte la haine que Camille a pour son frère et sa ville, Rome, est représentée par de nombreuses figures de style, tout au long du texte pour prouver que sa haine est bien réelle.     

Elliott B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

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Préparation de Luna S. :

Dans un premier temps, les exclamations comme au vers 17 : «Cette gloire si chère à ta brutalité!», présentes en particulier dans la deuxième tirade , soulignent l'intensité des sentiments de Camille qui sont dans cet extrait la souffrance et la haine.  Le champ lexical du chagrin, qui est composé des mots suivants: «douleurs» au vers 3, « pleure» au vers 5, «larmes» au vers 10 et  «malheurs» au vers 14 , ainsi que le champ lexical de l'animosité, constitué par «furie» au vers 8, «ressentiment» au vers 24, «haine» au vers 27 et enfin «courroux» au vers 36, révèlent l'ampleur de l'antipathie éprouvée par le personnage. L'allitération en [ r ], prouvée par les termes suivants : «barbare» et «coeur» au vers 1, «brutalité» au vers 16 et «mourir» au vers 41, met en valeur la douleur et le râle de Camille comme l'allitération en [ p ], démontrée par «trépas» et «reprocher» au vers 9, «pleuvoir» au vers 37 et «plaisir» au vers 41, qui  met en évidence la violence et la puissance des émotions de l'héroïne. Ces exagérations et les exclamations sont des caractéristiques  du registre pathétique, approprié pour la déclaration de haine que ressent Camille face à l'injustice de la situation.

            En second lieu, les antithèses comme «barbare, un coeur» au vers 1 et «je hais (…) elle t'honore» au vers 27 et «tes lauriers en poudre» signale la morale de Horace corrompue par son devoir envers sa patrie et met en valeur le fait que Camille veut en particulier détruire la gloire de son frère («gloire (souill[ée] par quelque lâcheté») aux vers 16 et 17.Pendant que les antithèses suivantes: «Ma joie et mes douleurs» au vers 4 et «Je l'adorais vivant , et je le pleure mort» au vers 5  au vers 41 révèlent le contraste entre une Camille auparavant heureuse et l'héroïne enragée et chagrinée de ce passage. Enfin l'oxymore «mourir de plaisir» met en évidence l'incompréhension de l'héroïne par rapport à la mort de son amant.

            De plus, cette haine est focalisée sur son frère Horace et sa ville natale, Rome, comme l'illustrent les pronoms personnels «tu» au vers 2 qui désigne Horace et «elle» au vers 27 qui représente Rome. De surcroît, Camille utilise des termes et figures de styles péjoratifs pour  qualifier dans la première tirade Horace.  Par exemple l'hyperbole au vers 10 : «Tigre altéré de sang» évoque l'agressivité et la fureur d'Horace qui sont d'ailleurs mises en valeur par le terme «brutalité» au vers 16 que Camille associe avec la soif de pouvoir et d'honneur qui caractérise Horace (le terme «gloire» au vers 16 est d'ailleurs connoté péjorativement à cause de ce rapprochement) ainsi que «barbare» au  vers 1. Quant à Rome, elle est mentionnée dans la deuxième tirade. Elle est d'ailleurs personnifiée, comme le prouvent les citations suivantes : «ses propres mains» au vers 35 et le vers 34, «Qu'elle même sur soi renverse ses murailles». Cette personnification permet à Camille de focaliser ses émotions plus facilement ainsi elle peut obtenir plus de plaisir en imaginant la souffrance de plusieurs personnes en une seule cible, Rome (comme «déchirer ses entrailles» au vers 35). Et l'anaphore de «Rome» du vers 24 au vers 27  et l'association de Horace révèle la naissance de la haine de Camille pour Rome et la violence grandissante de ce sentiment.

            En effet, le champ lexical de la violence est notamment présent dans la deuxième tirade comme le démontrent les verses «immoler» au vers 25, «saper» au vers 29, «détruire» au vers 33 et «mourir» au vers 41 en plus du champ lexical de l'incendie (qui représente la destruction) comme le prouvent «feux» au vers 37, «foudre» au vers 38 et «cendre» et «poudre» au vers 39 . D'ailleurs la gradation aux vers 30 et 31 : «Italie», puis «Orient» et «Occident» met en évidence la croissante envie de Camille de se venger. Ainsi que les hyperboles «cent peuples unis des bouts de l'univers» au vers 32, «de ses propres mains déchirent ses entrailles» au vers 35 et «déluge de feux» au vers 37 et les parallélisme aux vers 39 et 40: «Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre,» , «Voir le dernier Romain à son dernier soupir,».

            Enfin, dans cet extrait, le lecteur est ému par la souffrance éprouvée par Camille et comprend sa haine, d'ailleurs le fait qu'elle ne se cède pas aux  paroles de Horace et exprime tout ce qu'elle ressent impressionne le lecteur. La colère grandissante des deux personnage donne la preuve à celui-ci de l'assassinat soudain de l'héroïne par son frère.

 

 

Luna S., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

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Préparation de Marine B. :

Cet extrait d’Horace, écrit par Corneille en 1640, laisse paraître la haine considérable qu’éprouve Camille à l’égard de Rome et de son frère, qui a causé la mort de son bien aimé : Curiace.

 

            Tout d’abord, on remarque que les premiers vers, avant qu’Horace n’intervienne, sont adréssés à ce dernier et que les suivants le sont envers Rome. En ce qui concerne les premiers, on perçoit le champ lexical de la souffrance et de la tristesse comme l’attestent ces citations : « douleurs »(v.4), « pleure »(v.5) « larmes »(v.10), « malheurs »(v.14), « souffre »(v.20), « ressentiment » (v.24) ainsi que « soupir »(v.40). Le registre pathétique souligne donc son tourment et son chagrin envers Horace. L’utilisation des alexandrins, vers longs de douze syllabes assez pesants, accentue sa douleur oppressante. De même, on peut voir que cette amertume est due à l’amour que portait Camille pour l’un des rivaux de son frère qu’il a tué pour remporter le combat pour Rome. De plus le registre lyrique, par la présence du « MOI » de Camille ainsi que ses sentiments amoureux profonds, y est considérablement omniprésent comme le montrent les mots : « cœur »(v.11), « flamme »(v.3), « adorait »(v.5), « charmes » (v.11), « aime »(21), « plaisir »(v.41). Elle en était amoureuse au point qu’elle hait Horace pour ce qu’il lui a inculpé, ce qui l’a rendue vulnérable. Camille en vient même à comparer son frère a  un « barbare »(v.1) et à un « tigre altéré de sang »(v.10). Et pour encore plus lui faire savoir ce qu’elle ressent, elle utilise l’impératif (« Rends-moi », « Donne-moi », « laisse », « ne cherche plus ») pour lui montrer qu’elle ne le considère plus comme un être proche qu’elle devrait respecter. De plus cette détestation est renforcée par l’omniprésence de la ponctuation forte. Elle utilise la troisième personne pour se décrire tant son dépit est acharné, elle commence par se dépeindre tel sa « sœur » puis continue par « amante offensée » puis enfin termine sa lancée avec « furie ». Cette gradation d’elle même montre à quel point cette mort inéxorable l’envahie de tout son être.

D’autre part, au vers 5, on remarque une césure à l’hémistiche avec la conjonction « et », de plus à l’intérieur même de ce vers on retrouve deux antithèses avec « vivant » et « mort » ainsi que « adorais » et « pleure ». Cela marque le fait qu’elle ne supporte pas cette mort tragique volontaire de la part d’Horace. La tournure synthaxique de cette antithèse correspond à un passé heureux d’où le verbe « adorais » à l’imparfait et d’un présent éprouvant voire vif avec le verbe au présent « pleure ». Ce rythme binaire mis en évidence par « et » montre la dualité de ces deux protagonistes qui, si proches, se haïssent, surtout Camille vis-à-vis de son frère, au point qu’elle souhaite que beaucoup de malheurs le suivent tout au long de sa vie(v.14). L’antithèse « ma joie et mes douleurs »(v.4) adhère au même procédé. Camille éprouve donc à l’égart de son frère, Horace, une haine d’une étendue colossale qu’on pourrait qualifier d’immensurable.

 

            Au contraire, son frère ne comprend pas pourquoi sa sœur lui en veut et se lamente sur la mort de son rival au lieu de le féliciter pour son triomphe, et la gloire que lui a apporté Rome qu’il lui rétorque une invocation ( Ô ciel »). L’anaphore de « aime »(v.21) ainsi que l’oxymore « aime cette mort » laissent deviner que le trépas d’un des Curiaces n’est pas important aux yeux d’Horace face à sa victoire. Il est si insensible à cette mort qu’il demande à Camille de l’aimer comme il le fait et enfin lui « defend les larmes ». Il confirme même que cette disparition est le début de leur bonheur.

 

            Cependant Camille ne partage pas le même avis que son frère, elle lui en veut tant qu’elle parvient à extérioriser son aversion sur la ville qui honore et qui « a vu naître » Horace. On peut donc voir que Rome est personnifié comme le certifie les expressions : « Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore » ou encore  « et de ses propres mains déchire ses entrailles ! » De plus l’anaphore de « Rome » au vers 23,24,25,26,27 dépeint que Camille n’est pas flegmatique à cette ville qui a engendré le trépas de son bien-aimé, elle exhale de la haine envers Rome comme l’indique la citation au vers 24 : « ressentiment ». De plus, on remarque tout au long de l’extrait un champ lexical du combat comme l’illustre :  « trépas », « tigre altéré de sang »(qui est une hyperbole tellement sa detestation envers Horace est grande), « défends », « exploits », « tombes », « lacheté »,  « gloire », « brutalité », « allie » « contre », « unis », « détruire »… Il peut être interpréter comme le fait que la mort a été du au combat et que toute la pièce se résume au conflit. Cet acharnement inéluctable envers Rome se fait sentir par Camille comme l’atteste « Rome enfin que je hais » puisqu’elle glorifie Horace pour son combat triomphant.

Camille n’aboutit pas à cacher sa colère avec ses propos agresseurs à l’égart de Rome qui suscite chez elle le désir de « saper » tout ce qui l’entoure et ce qui lui appartient comme pour la mort de son amant. Sa détestation amer envers Rome est aussi forte voire même plus que celle vis-à-vis de son frère. La présence des alexandrins ainsi que l’allitération en [r] (« Rome »(anaphore), « ressentiment »,  « bras », « naître », « courroux », conjurés », « murailles », « foudre »…) représentent la rage, la douleur que subit Camille pour la perte de son amour. De plus la ponctuation forte voit cette rage encore plus hyperbolisée.

La présence d’un rythme ternaire(« passent pour la détruire et les monts et les mers ») au vers 33 indique que Camille ne veut plus entendre parler de Rome et de tout ce qui l’entoure (monts et les mers)surtout avec l’anaphore de la conjonction de subordination « et » qui renforce cette idée. Elle préfère se « venger »en métaphorisant l’expression « déluge de feu » au vers 37 pour représenter son ressentiment profond, son aversion extrème pour dévaster Rome. Elle est de plus formée par une antithèse du « déluge » qui fait référence à l’eau et le « feu ». De même il y a une dualité entre Rome et Camille qui se traduit par une haine redoutable comme l’atteste la césure à l’hémistiche au vers 39 : « voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre ». Enfin l’antithèse « mourir de plaisir » mentionne le fait qu’elle veut mourir pour rejoindre l’homme qu’elle a aimé et qu’elle aime toujours après avoir vu (« puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre ») la destrution de Rome qui lui procurera un plaisir indéfini. Pour terminer, on pourra remarquer la gradation finale de la haine de Camille à l’égard de tout ce qui l’entoure pour ainsi venger son Curiace.

 

            Pour conclure, Camille ressent une haine plus que puissante vis-à-vis de Rome et d’Horace, son propre frère. Elle est dépassée par la mort de son bien-aimé qu’elle en vient à haïr , à détester tous ceux qui ont contribué qu très de ce dernier. Voilà pourquoi nous sommes dans un registre tragique. Cet enchaînement inéluctable la conduira à la mort elle aussi puisque Horace la tuera peu après.

Marine B., 2nde section internationale, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, avril 2009.

 


Date de création : 23/09/2008 @ 12:24
Dernière modification : 03/06/2009 @ 13:32
Catégorie : Préparations 2008/2009
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